DEUXIEME EPOQUE
Suite des Procédés magnétiques de M. de Puységur.
APPARENTE SIMILITUDE ENTRE l’AIMA NT ANIMAL ET L’AIMANT MINÉRAL.
« Lorsque je fis imprimer mon ouvrage de 1807, intitulé : Du magnétisme animal considéré dans ses rapports avec diverses branches de la physique générale , je crus devoir y insérer l’essai d’instruction pour apprendre à magnétiser, que j’avais dressé en 1784, pour les élèves magnétiseurs de la société harmonique de Strasbourg ; et comme les procédés que j’indiquais m’avaient depuis lors toujours par- II. 10
failement réussi, je n'avais pas jugé nécessaire d’y faire aucun changement. En présentant d’ailleurs le magnétisme de l’homme non comme une science , mais comme une faculté, j’avais lieu de présumer que mes lecteurs en magnétisant reconnaîtraient bientôt que ces procédés en peuvent bien faciliter l’exercice, mais qu’ils n’ont et ne peuvent jamais par eux-mêmes avoir la moindre efficacité.
cc Comme j’employais cependant indistinctement dans cette instruction les mot s toucher et magnétiser, beaucoup de personnes en avaient inféré que le contact de la main était un procédé nécessaire à l’opération magnétique, d’autres que la chaleur communiquée par ce contact, était la cause active des effets que l’on voulait obtenir, d’autres avaient même été jusqu’à penser que la pression sur quelques parties nerveuses, ou sensibles du corps indépendamment de la chaleur, pouvait avoir quelque efficacité. Toutes ces fausses interprétations du mot toucher, pouvant par la suite jeter du vague et de l’incertitude dans l’esprit des nouveaux magnétiseurs, je crois leur rendre service en entrant avec eux dans quelques nouveaux détails à cet égard.
cc Ce que j’ai dit dans mon instruction de 1784 , que, soit qu’il y eût ou qu’il n’v eût pas de fluide magnétique dans le monde, je 11e voyais nul inconvénient à ce qu’un magnétiseur en adoptât l’hypothèse , je le pense et je le répète aujourd’hui. En effet, notre pensée renfermée dans des organes matériels, ne pouvant que corporellement se mani-
tester, se dirigera toujours hors de son enveloppe avec d’autant plus d’assurance et d’énergie, qu’elle se sera fait ou qu’elle aura acquis une idée plus nette de l acte ou de l’effet qu’elle voudra produire. De meme donc que les astronomes d’autrefois, qui, d’api es le témoignage de leurs sens, s’étaient fait l’idée que le soleil tournait autour de la terre, n’en avaient pas moins fort bien calculé le retour des équinoxes, et fait d aussi bons almanachs que les astronomes coperniciens, de meme j’étais sur qu’en fixant l’idée des nouveaux magnétiseurs sur un fluide ou des fluides dont ils croiraient avoir la faculté de disposer au gre de leur volonté, ils n’en magnétiseraient qu’avec plus de confiance et de sécurité; je savais d’ailleurs par ma propre expérience toute l’utilité et i efficacité de cette illusion, car ce n’était qu’à elle, ainsi qu on peut le voir dans mes mémoires de 1784, que j’avais dû mes premiers succès.
« Quoique le magnétisme de l’homme puisse être présenté aujourd hui sous son véritable point de vue, c est-a-dire comme étant bien moins le fatal résultat d’un agent matériel, que l’évidente manifestation d’un principe actif et intelligent en lui ; néanmoins comme ce magnétisme de la pensée , ainsi que je viens de l’observer tout-à-Pheure, ne pourrait agir extérieurement si l’on ne se faisait pas une idée de la manière dont il s’émane et dont il agit, je conseillerai toujours aux nouveaux magnétiseurs de se représenter idéalement la cause des phénomènes de Péleetro-magnétisme de l’homme
((ne nos physiciens actuels aiment à se représenter la cause des phénomènes de l’aimant et de l’électricité.
ic II n’en est pas de même de la chaleur, dont j’avais aussi considéré l’action comme coopérante et
même stimulante des effets et phenomenes magnétiques ; cette opinion, émise par M. de Jussieu lors de l’examen par des commissaires du roi, de la
doctrine de Mesmer, en 1784, et que j’avais adoptée sur son autorité, n’est plus admissible aujourd’hui , depuis qu’il est reconnu qu’on peut de loin comme de près magnétiser un malade , et sans jamais le toucher. Mais quoique beaucoup de faits obtenus tant par moi que par beaucoup d’autres magnétiseurs , m’eussent du persuader de cette vérité , l’habitude que j’avais prise de poser les mains sur les malades en les magnétisant, était telle , que j’eusse continue peut-etre a magnétiser toujours ainsi, si le fait que je vais rapporter ne m’en eût enfin totalement dissuade.
a Mon imprimeur, M. Dentu, les compositeurs des feuilles de mon ouvrage sur le somnambulisme, et
le prote chargé de les corriger, étonnés des phénomènes qu’ils avaient a retracer, ni avaient souvent témoigné leur curiosité d en voir de semblables, en m’ajoutant qu’ils ne pourraient sans cela croire à leur réalité; et comme je ne demandais pas mieux que de les en convaincre, je leur avais dit que ce ne serait cependant quà une condition ,
c’est que la personne sur laquelle j’opérerais devant eux serait de leur connaissance, et non pas de la mienne, et cela pour leur ôter tout motif de douter de ce qu’ils verraient, lis ne furent pas long-temps sans me présenter un sujet d’expérience. C’était un jeune commissionnaire de la librairie, âgé de treize à quatorze ans, d’une constitution délicate, mais du reste assez bien portant.
« Selon mon usage accoutumé, je commençai à magnétiser ce jeune homme, en lui mettant une main sur la tête et l’autre sur l’estomac. Au bout d’un quart-d’heure d’attention et de concentration de ma part, et de tranquillité de la sienne, il me dit qu’il n’éprouvait rien. Comme il n’était pas malade, cela me paraissait tout simple; néanmoins , je. le repris encore entre mes deux mains, pour essayer si je serais plus chanceux ; mais il n’éprouva pas plus cette seconde fois que la première, et j’allais enfin le quitter, quand en éloignant lentement ma main de son estomac, il fit un soupir, et se plaignit que je lui faisais mal. Comme je ne le touchais pas, je n ? en crus rien: mais lui de me saisir la main avec précipitation, et de la baisser, en me disant qu’elle l’empêchait de respirer. Je me remets bien vite en contact immédiat avec lui, croyant qu’il allait s’ensuivre un effet plus marqué ; ce fut tout le contraire, La pression de ma main ne lui fit plus aucun effet ; je l’éloigne à un pied environ de lui ; il se plaint de nouveau : à deux pieds sa poitrine s’oppresse , et il me prie de me retirer. Je
me lève alors, et en me reculant graduellement ; je ne m’arrête que lorsqu’il me dit ne plus souffrir , et ne rien éprouver. Je me trouvais à quatre à cinq pas de lui; de cette distance, je le magnétise en oscillant la main lentement et circulairement ; aussitôt sa tête se panche sur son épaule , et je juge, à l’attitude de son corps, qu’il vient de s’endormir. Voyant cela, je me rapproche de lui, le touche, le fais même se rasseoir mieux qu’il n’était, et cela sans le réveiller ni lui causer de malaise. A ma question comment il se trouve, il me répondit 'fort bien . Ses camarades lui parlent, il ne les entend que lorsque je les mets en rapport avec lui ; jugeant d’après cette épreuve, qu’il est dans le somnambulisme magnétique le plus complet, je lui demande des nouvelles de sa santé. Il n’est point malade , sa poitrine seulement est faible > et se fortifiera en grandissant ; il n’a point de régime ci suivre ni besoin de prendre aucun remède . Le magnétisme , c’est-à-dire Vétat dans lequel il se trouve , lui serait utile et agréable à éprouver souvent ; mais comme cela n’est pas possible , il ne fallait pas y penser. Ses révélations achevées, je le transporte sur une autre chaise, car son système musculaire était tellement distendu, qu’il n’aurait pu lever le bras ni marcher. Un moment après je le réveille , et comme tous les somnambules, il ne se ressouvient de rien de tout ce qu’il a fait et dit pendant le sommeil.
« Si cette expérience fut convainquante pour tous ceux qui en furent les témoins, elle fut pour moi ,
je l’avoue , une des plus satisfaisantes que j’eusse jamais obtenues, puisqu’aveç la confiance et la certitude de pouvoir à l’avenir magnétiser avec fruit de cette manière, elle me donnait l’espoir d’amener plus promptement les physiologistes et les médecins, en leur en montrant de semblables, à reconnaître enfin la réalité d’un agent magnétique dans l’homme indépendant de tous les accessoires de chaleur , de pression, d’imitation et d’imagination auxquels ils avaient jusqu’alors attribué tous ses effets.
« Depuis l’époque de cette belle expérience, c’était, je crois, en décembre 1811, je n’ai plus en effet magnétisé qu’à distance, et sans les toucher, tous les malades auxquels j’ai rendu des soins, et toutes les personnes qui m’en ont vu faire entrer à Paris dans un sommeil pins ou moins somnambulique , pendant les hivers de i8n à 1812, et de 1812 à 181Ô, en auront dû faire l’observation. Le traitement des accès de frénésie du petit Hébert et du somnambulisme dérangé de la femme Maréchal, ne m’avaient plus d’ailleurs laissé de doute sur l’efficacité de cette manière de magnétiser. Ce qui doit la faire apprécier davantage encore des physiciens, est l’application qu’ils peuvent en faire à tous les phénomènes du magnétisme minéral. En effet, si nous comparons ces derniers phénomènes à ceux du magnétisme de l’homme , nous verrons que
Uqe aiguille ou barre «l’a- De même qu’un malade peut
cier, à une distance plus ou recevoir, à une distance plus
moins rapprochée d’une pierre ou barre d’aimant, s’aimante sans être mise en contact avec elle.
L’aiguille artificiellement aimantée conserve plus ou moins long-temps sa vertu magnétique , selon qu’elle aura été plus ou moins long-temps soumise à l’influence de la barre ou pierre d’aimant.
Une aiguille à coudre, frottée légèrement sur une barre d’aimant, acquiert aussitôt une vertu magnétique, laquelle est tellement précaire et fugitive , qu’elle disparaît et s’atténue souvent le moment d’après.
Il est des mines d’aimant ou plutôt des mines de fer mises à l’état d’aimant par la nature, dont l’influence ou l’action magnétique restent infertes pu inaperçues , faute de la présence ou de l’approche d’un corps qui en stimule ou en opère le développement.
Un paratonnerre , l’extrémité de la flèche de fer au haut d’un clocher, s’aimantent isolément dans l’atmosphère ,
ou moins grande, l’impression ou l’influence de son magnétiseur.
Tout comme le malade magnétisé conserve son mode d’existence magnétique pendant un temps proportionnel à la force ou puissance de son magnétiseur, ou à la continuité de son action.
Toute espèce de chose quelconque peut de même recevoir spontanément l’action magnétique et la conserver de manière à être ressentie plus ou moins long-temps par le malade précédemment magnétisé.
Il est aussi des hommes naturellement magnétiques dont l’actipn demeure inferte faute d’être stimulée ou développée par des circonstances qui la leur fassent découvrir en eu^.
Mesmer eit le premier homme naturellement magnétique qui ait observé physiologiquement cette humaine faculté en lui.
L’homme naturellement magnétique ou qui l’est devenu artificiellement par l’exercice et l’emploi de son aimant-, peut
fît jamais il n’est venu dans l’idée d’aucun physicien d’attribuer ce phénomène à la chaleur du soleil ni à la pesanteur de l’air, ni à des évaporations de fluide ou de miasmes quelconques échappées de la terre.
L’électricité que les savans reconnaîtront bientôt n’ètre qu’une manifestation particulière, et je pourrais même dire secondaire de l’attraction , ou action magnétique universelle de tous les corps , produit, à des distancer incommensurables , des phénomènes attractifs et répulsifs.
Que les conducteurs métalliques d’une machine se trouvent recouverts de vapeurs ou de poussière, qu’une pointe à portée de ces conducteurs en soutire le fluide électrique, etc., le physicien en vain tournera la manivelle de celte machine, aucun effet électrique ne se manifestera.
Ainsi donc que l’on ne peut électriser un corps éloigné qu’à l’aide d’un conducteur qui établisse un rapport entre la roue tournante de la machine et ce corps.
de même rendre magnétique un autre homme sans que la chaleur animale contribue en rien à la manifestation de ce phénomène, et le magnétisme à distance prouve évidemment cette assertion.
Tout comme le magnétisme de l’homme exerce son action au loin sur les malades qui , ayant été déjà mis en état magnétique , se trouvent pat* là en rapport ou en communication avec leur magnétiseur.
Qu’il n’y ait aucun rapport réciproque de confiance et d’in-* térêt entre le magnétiseur et le magnétisé, que le second oppose une forte résistance de volonté, et que l’action magnétisante du premier soit indifférente ou distraite , de même aucun résultat magnétique ne se manifestera.
De même, et fort heureusement , nul ne peut être magnétisé à une distance éloi-r gnée^ et à son insu, s’il n’a pas été précédemment mis eu rapport ou communication magnétique avec celui qui vou-?
drait agir ainsi sur lui.
Plus un aimant sera chargé * autrement dit plus sa vertu magnétique se sera renforcée par son adhérence ou sa communication plus ou moins prolongée avec un autre aimant, et plus il agira promptement sur son analogue , et deviendra susceptible d’en supporter un plus grand poids.
Un aimant minéral peut communiquer sa verttTmagnétique à cent verges de fer sans rien perdre de ses propriétés.
Deux aimans en communication par leurs pôles analogues ou amis se rapprochent et adhèrent fortement l’un à l’autre , tandis qu’à pôles opposés ou ennemis ils s’écartent au contraire, et ne peuvent se rapprocher
Ainsi qu’on peut changer les pôles d’une barre d’aimant, de manière que le pôle sud devienne nord ? et le pôle nord, pôle sud, changement qui ne s’opère jamais qu’avec effort, et plus ou moins lentement ,
Un magnétiseur acquerra de même d’autant plus de force ou de puissance magnétique, selon qu’il aura fait ou fera un plus continuel exercice de sa faculté magnétisante.
Semblable à la flamme d’une bougie qui peut en allumer cen autres sans rien perdre de son active incandescence , un magnétiseur pourra de meme agir magnétiquement sur plus de cent malades, sans que sa puissance ou faculté magnétique en soit altérée.
Tout malade dans un état magnétique complet, semblable à l’aiguille d’une boussole, n’est, de même en rapport et union qu’avec son magnétiseur , et ne peut souffrir le contact ni meme l’approche de tout autre corps animé.
De même un somnambule magnétique peut perdre tous ses rapports avec son magnétiseur lorsqu’il se trouve forcément ou se met volontairement sous la dépendance d’un autre magnétiseur , change-
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par suite de l’approche ou le ment de rapport qui , ne poufrottement continué d’un ai- vant de même s’opérer sans mant supérieur en force ace- contrariété, est toujours danlui dont on yeut changer les gereux pour un somnambule , directions. dont il peut désorganiser toutes
les facultés.
Tant de ressemblance et d’analogie entre les manifestations de l’aimant dans les deux règnes animal et minéral , en même temps qu’elles prouvent l’unité de la cause matérielle qui les produit, ne doivent donc plus laisser de doute i°que de tout temps il a dû exister des hommes qui, passagèrement ou naturellement doués d’une grande puissance en vertu magnétique , ont dû l’exercer avec d’autant plus d’énergie , que leurs imaginations s’exaltaient davantage à la vue des phénomènes inopinés qu’ils exerçaient ;
2° Que ces magnétiseurs ignorant en eux l’existence de leur humaine faculté d’agir magnétiquement sur leurs semblables, devaient se croire un pouvoir surnaturel, et passer aux yeux de leurs contemporains pour des magiciens, des enchanteurs et des sorciers •
3 ° Enfin, qu’entre les magnétiseurs - m agiciens d’autrefois, et les magnétiseurs d’aujourd’hui , qui certes ne sont nullement sorciers, toute la différence consiste en ce que les premiers attribuant leur humaine puissance à des divinités fantastiques ou à des puissances occultes dont leur orgueil les portait à se croire les délégués ou les instrument , n’en voyaient et n’en présentaient les manifesta-
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tions que comme des preuves éclatantes des divers systèmes enfantés par leur imagination, tandis que les derniers, éclairés par les lumières des sciences physiques et physiologiques perfectionnées, intimement persuadés que la matière animée et inanimée est soumise à des lois constantes et invariables , ne voient dans leur faculté magnétique qu’une manifestation de ces lois, et ne l’exercent, ou du moins peuvent toujours ne vouloir l’exercer, que pour l’avantage et le bien de l’humanité. »
Nous avons promis d’examiner les divers procédés magnétiques qui ont été enseignés : pour remplir nos promesses, nous devons donner ici un extrait d’un journal d’une cure magnétique, traduit de l’allemand, Rastadt, 1787.
C’est une somnambule, jeune personne de ans, n’ayant que peu d’instruction, qui, en somnambulisme, a dicté la théorie qu’on va lire. Nous avons supprimé tout ce qui était étranger à l’objet que nous traitons.
cc i° Du Magnétisme. L’homme porte en luimême autant de fluide qu’il lui en faut pour exister ; mais il n’en a pas toujours assez pour le communiquer aux autres. Ce fluide est élémentaire , léger , subtil, blanchâtre : lorsqu’il émane de notre corps, et qu’il est mu avec vivacité, il devient brillant. Les
malades, pendant qu’on les magnétise, l’attirent selon leurs différens besoins.
« Ce fluide est répandu dans toute la nature ; mais il n’y a que l’homme qui sache l’employer : c’est, par une vertu que sa volonté met en action, et qu au défaut d’un terme plus convenable on peut nommer vertu magnétique.
« U faut que le magnétise«r se recueille, qu’il soit sans distraction, uniquement occupé de lui et delà personne qu’il veut magnétiser, afin d’employer un des moyens de la nature pour agir sur elle-même. 11 faut que son cœur s’élève au plus haut degré de l’amour du prochain, non parce qu’il nous a été ordonné de l’aimer, mais parce que, tous les hommes étant liés par des rapports indissolubles, et le genre humain formant un corps, cet amour résulte de la nature de l’homme.
« Le magnétiseur donne, par le mouvement de ses mains, plus d’essor au fluide qui émane de lui ; il agit ainsi sur le fluide de celui qu’il magnétise, et lui communique une rapidité qui, dans l’état naturel, ne lui est pas propre.
« Le magnétiseur ne doit avoir d’autre but que de faire le bien, et de soulager le souffrant. Que l’un et l’auti'e soient tranquilles, et soumis à la Providence. Que le malade se recueille, que sa volonté reste sans action, qu’il songe à la vertu dont il attend du secours.
« Pour donner le premier rapport, il faut que le magnétiseur se place vis-à-vis de la personne m;.-
gnétisée, qu’il tienne les mains sur les épaules, qu’il les glisse le long des bras, et qu’il tienne les pouces: cette manipulation doitse répéter pendant une demiheure au moins, pour que le fluide circule de l’un à l’autre, et se mette en harmonie.
« Dans les maladies graves et invétérées, il faut seconder le magnétisme par des remèdes. Le magnétiseur doit avoir soin de la conservation de ses forces physiques, et maintenir son ame dans une assiettetranquille.Lemaguétisme convient à presque tous les hommes; mais ses effets sont plus salutaires et plus prompts dans les uns que dans les autres.
« On peut agir sur des personnes éloignées, mais cet effet n’est possible qu’autant qu’il y a eu préalablement un rapport fortement établi par une action immédiate.
« Souvent, pendant la cure magnétique, se manifestent des maux qui, sans le magnétisme, se seraient développés plus tard, et auxquels il peut remédier. Si le magnétiseur connaît le genre de maladie , il dirigera le magnétisme sur la partie affectée ; s’il ne le connaît pas d’abord, le magnétisé le lui indiquera bientôt, parce qu’il ne manquera pas d’éprouver quelques sensations à l’endroit où siège le mal.
« U est impossible de donner des règles fixes sur la manière dont on doit magnétiser : elle dépend des circonstances et du genre de maladie; mais il importe de distribuer le fluide dans tout le corps , pour y occâsioner une circulation prompte et égale.
« La personne qu’on magnétise n’éprouvera des
effets sensibles que lorsque ses nerfs seront suffisamment irrités; les uns s’en trouvent bien, les autres mal. Ces derniers s’en ressentent ordinairement à la tête et à l’estomac. Les personnes dont tout le corps est souffrant ont plus tard des sensations, et elles ne sont pas désagréables.
« Les personnes robustes sont moins susceptibles de magnétisme. Toutefois les hommes faibles et délicats sont plus difficiles à magnétiser, parce que le fluide ne peut guère agir sur des nerfs trop tendus qui semblent le repousser,
« Le magnétisme a été connu de tout temps; mais on en a fait souvent un mauvais usage, on l’a employé pour servir de spectacle, ou pour faire valoir des superstitions.
« 2° De la crise , ou sommeil magnétique. Chez les personnes qui tombent en crise, il s’opère dans la région du plexus solaire une espèce de solution et de dégagement, d’où résulte un rapport différent entre les opérations respectives et réciproques de l’esprit, de l’ame et du corps.
«Beaucoup de magnétiseurs font des efforts pour établir la crise. Au lieu de s’occuper de la maladie, ils ne songent qu’au somnambulisme. Ils réussissent quelquefois à étourdir ou à endormir leurs malades, mais non à les mettre en crise. Pour y parvenir, il faut que la vertu magnétique, la nature et la volonté s’accordent et concourent au même but.
« Le magnétiseur ne saurait jamais commander à la nature, sur laquelle il doit opérer, et qui ne fait
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que le travail qui lui convient. Si, par des raisons qui tiennent au tempérament de la personne magnétisée, elle n’est pas disposée à entrer en crise, tous les efforts du magnétiseur pour obtenir^cet état seront inutiles.
« Mille circonstances peuvent s’opposer à la crise. Chez les personnes robustes, elle est rarement complète. Chez les personnes sensibles, les peines de l’ame, les souffrances du corps, les maladies de nerfs et d’autres infirmités peuvent également l’empêcher, et rendre inutiles tous les efforts du magnétiseur.
a Pendant la crise, les yeux du malade sont fermés; le fluide, en s’attachant aux nerfs des paupières, colle les yeux : toutefois ils sont fermés différemment que dans le sommeil ordinaire. Cette espèce de désorganisation n’empêclie pas qu’on ne puisse se représenter les objets, ce qui se fait par le moyen du sens dont notre ame est douée, et à proportion de l’usage qu’en l’état de veille on a fait de ses sens corporels, et de l’expérience qu’on a acquise par leur secours.
d Le somnambule n’existe que pour lui, pour ceux qui sont en rapport avec lui, et pour les objets sur lesquels il fixe son attention. C’est pourquoi, lorsque la crise est bien complète, il n’entend pas le bruit qui se fait autour de lui.
ce L’état de crise est un état heureux. L’esprit est plus indépendant, les idées se succèdent avec plus de facilité : on voit plus clairement, et l’on embrasse
davantage. L’ame est plus éclairée, le sens dont elld est douée est frappé plus vivement ; on est plus homme pour soi et pour les autres; on sent l’harmonie de la nature, et l’enchaînement de tout ce qui existe.
<£ Une personne en crise peut devenir son médecin, et opérer sa guérison ; mais ce n’est qu’autant que son rétablissement est conforme aux décrets de la Providence. Elle peut aussi connaître les maladies des autres ; mais on aurait tort de croire qu’elle puisse guérir tous les malades qui la consulteraient.
« Iæ magnétiseur ne doit pas se pi-esser de faire parler la personne qu’il a mise en crise ; il faut qu’il patiente jusqu’à ce qu’elle parle de son propre mouvement. Pendant qu’elle se repose, sa vertu magnétique se fortifie, ses idées se développent> et elle fait des progrès.
« Lors même que la crise est complète, le magnétiseur ne doit questionner le somnambule qu’autant qu’il y est encouragé par lui.
« 11 ne doit jamais se presser. ïl y a des magnétiseurs qui ne songent qu’à faire parler leur somnambule, et qui, à force de vouloir , parviennent à l’y engager : ceux-là ne peuvent se flatter qu’il devienne clairvoyant; au lieu de l’avancer, ils le reculent.
a On ne doit faire aux personnes en crise que des questions relatives à leur santé, ou à la santé des autres, ou au bien de l’humanité. H est aussi inutile que téméraire de les interroger sur l’avenir, ou sur le sort des autres.
« Sans doute l’homme en crise juge mieux de l’avenir par le passé; il aperçoit l’enchaînement naturel des évènemens; mais il ignorera toujours si leur cours ne sera pas changé par les décrets de la Providence.
cc La crise est toujours analogue à la disposition de l’esprit et de l’ame de celui qui l’éprouve : il y porte son caractère, sa façon de penser et ses connaissances. L’esprit est doué de certaines facultés, de certaines idées primitives, ou, pour mieux dire, d’un germe qui les contient; mais ce germe a besoin d’être cultivé par l’éducation et par l’instruction. Les connaissances qu’on acquiert en crise sont toujours relatives au degré de lumière dont on jouissait dans l’état de veille. Celui qu'l ne s’est point occupé de choses spirituelles, et qu’on questionnera en crise sur cet objet, n’en paxlera que vaguement. Celui qui en état de veille n’a aucune idée de la religion chrétienne, n’en aura pas non plus en crise : son esprit n’ayant jamais réfléchi sur cette doctrine, elle lui sera tout-à-fait étrangère.
« Les connaissances physiques qu’on avait dans l’état de veille se développent mieux en crise. Les idées qu’on s’en fait sont plus distinctes, et on peut les communiquer. D’ailleurs, tout homme se trouve en rapport avec le monde physique.
a Des personnes simples et bornées peuvent, lorsqu’elles sont en crise, raisonner bien mieux qu’elles ne faisaient auparavant, parce que, dans cet état, leurs nerfs sont plus sensibles et plus irritables ; peu-
dantla veille leur aine était maîtrisée par les besoins physiques, ce qui ne peut avoir lieu en crise. C’est de la délicatesse des nerfs que dépend, du moins en partie , la facilité de concevoir.
cc On ne doit point communiquer à une personne qui a été en crise ce qu’elle a dit dans Cet état , à moins qu’elle ne l’ait exigé.
cc 11 est avantageux aux enfans de tomber en crise ; il leur est plus aisé qu’il ne l’est aux adultes d’y jouir paisiblement de la vertu magnétique; tout ce qu’ils diront, sans y être provoqués, de l’état de leur santé, etc., ne trouble point leur repos : mais il faut se garder de les questionner et de leur fournir l’occasion de réfléchir et de faire des recherches. Dans ce cas, quelque peu d’idées qu’ils aient, elles se développent; leur ame parvient à juger avec plus de justesse et de précision, mais au détriment de leurs nerfs. Ceux-ci sont, à cause de leur délicatesse, trop susceptibles d’impression, et portés à rendre des services précoces et peu proportionnés à leurs facultés : ils en seront trop affectés et affaiblis ; et il est à présumer qu’ils n’atteindront jamais le degré de vigueur auquel ils peuvent prétendre en suivant l’ordre établi dans la nature. Il est physiquement impossible que des enfans dont, pendant la crise , on aura fatigué les nerfs à force de questions, puissent parvenir à un âge bien avancé.
cc Lorsque la crise est bonne, il semble que les parties les plus nobles de l’ame se concentrent vers le plexus solaire. C’est là que l’ame est éclairée ; elle
y a un sentiment vif de tous les objets que, dans l’état de veille, nous ne saurions voir que par le secours des yeux. Chez tel somnambule c’est l’intelligence, chez tel autre c’est la raison qui se manifeste le plus. 11 y en a qui, dans leur crise, ont toute sorte d’adresse ; qui , les yeux fermés , peuvent lire , écrire, etc. Cette faculté de voir en crise n’est autre chose qu’un sentiment très délicat de l’ame qui se communique aux nerfs : toutefois elle ne peut avoir lieu que chez ceux qui, dans l’état de veille, ont la facilité de lire, d’écrire, etc., et qui ont quelque connaissance préliminaire des objets qu’on leur montre pendant la crise : sans quoi il faudrait croire qu’un aveugle-né peut avoir des idées distinctes des objets visibles; ce qui répugne à la raison. On n’a proprement de science que celle qu’on acquiert à force d’étude, de recherches et d’expériences.
c< La personne en crise peut être très clairvoyante sur un objet, et se tromper sur un autre. On ne doit accorder de confiance aux somnambules que lorsqu’à plusieurs reprises ils ont insisté sur leurs sentimens. En général, il importe de soumettre tout à l’examen le plus rigoureux. Un somnambule se trompe ou paraît se tromper lorsqu’on le force à répondre contre son gré, lorsqu’il n’a pas la faculté de se communiquer , ou lorsque les assistans , ne le comprenant qu’à moitié, ou point du tout,se croient pourtant autorisés à interpréter son sentiment.
cc 11 faut, à force d’expériences, sonder les dispositions de son somnambule, mettre à profit son gé-
nie, el le ramener autant que possible sur les matières dont il a parlé de son propre mouvenient. Toutefois il faut être en garde contre nous-mêmes, surveiller notre imagination, nous recueillir, et de la sorte puiser de l’instruction dans la nature.
cc La présence de personnes de senti mens opposés empêche le somnambule de devenir clairvoyant, ou, du moins, de se communiquer. On fera bien d’éloigner les curieux, les railleurs et tous ceux dont la présence pourrait le gêner, afin d’éviter les suites fâcheuses.
cc 11 y a des personnes qui prétendent que les crises sont contraires aux bonnes moeurs et à la bienséance. Cela ne peut jamais être fondé qu’à l’égard de ceux qui, en état de veille, ont le caractère moralement mauvais, et dans le cas où les somnambules, d’accord avec leurs magnétiseurs, ne respirent que la dépravation. C’est en crise surtout que l’homme a des idées nettes sur le bon emploi de ses moyens, et sur l’abus qu’on en peut faire. Si un magnétiseur s’oubliait au point de commettre quelque indécence, la personne qui est en crise en sortirait subitement, et s’éveillerait aussitôt.
cc 11 n’y a rien de surnaturel dans le somnambulisme. On a tort de l’envisager comme un phénomène étranger à la nature humaine. La nature renferme d’autres secrets encore plus incompréhensibles.
« Le Magnétisme tient au physique et au spirituel à la fois. Une crise spirituelle ne se conçoit pas.
L’esprit ne peut être mis en crise , et n’en a pas besoin.
« Parmi les magnétiseurs spirituels, il y en a qui supposent que leurs somnambules parlent par l’inspiration des esprits. C’est une erreur dans laquelle les somnambules mêmes les ont entraînés. Ceux-ci prenaient pour des révélations ce que leur propre esprit était parvenu à découvrir, à apercevoir et à sentir. Les connaissances qu’ils avaient acquises pendant la crise, et qu’ils avaient pu communiquer leur paraissaient autant d’inspirations. Les notions imparfaites qu’ils avaient de leur propre esprit, les préjugés de l’éducation, le défaut d’expériences suffisantes en crise, et leur peu d’aptitude à maîtriser leur imagination les engagea sans doute à se le persuader à eux-mêmes, et à l’assurer à leurs magnétiseurs.
« Ceux-ci, séduits par ce que l’état de crise présente de merveilleux, et ne pouvant s’en rendre compte d’une manière plus simple, ajoutèrent foi aux insinuations de leurs somnambules. Tout ce qu’on aperçoit en crise, tout ce qu’on y sent n’est aucunement dû aux communications des autres esprits. Notre esprit n’en a pas besoin; pendant la crise il fait des observations, et il augmente ses lumières et ses connaissances, r
( La suite de VExamen dans un prochain numéro . )
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Nous éprouvons quelque plaisir à mettre sous les yeux de nos lecteurs les conclusions d’un ancien ouvrage écrit en faveur du Magnétisme, les circonstances sont à peu près les mêmes que lors de sa publication, les médecins et surtout les commissaires chargés de nouveau de l’examen du Magnétisme, pourront y puiser d’utiles réflexions, et les magnétiseurs de nouvelles armes pour la lutte qui se prépare ; car bientôt on demandera compte a la commission de ce qu’elle a fait, de ce qu’elle a vu; il faudra bien qu’elle réponde : car si elle s’obstinait à garder le silence, elle serait attaquée vigoureusement et ne trouverait pas les esprits aussi modérés qu’ils l’étaient en 1784.
On connaît l’embarras des commissaires; ils tremblent d’avouer publiquement la vérité ; ils craignent une lutte : car beaucoup de leurs confrères 11e veulent point du Magnétisme. Mais, s’il leur est permis d’échapper, en gardant le silence, aux révélations que l’Académie attend d’eux, il faudra bien qu’ils parlent quand ce sera le public qui interviendra et qui leur demandera compte de leurs travaux. Ils regretteront peut-être alors d’avoir manqué de courage et de n’avoir pas su braver l’opinion de quelques brouillons qui ont fait vœu de s’opposer a
toute decouverte qui peut être utile; mais il ne sera plus temps, ils auront perdu le plus beau titre qu’il soit permis d ambitionner, celui de bienfaiteur de l’humanité,
1 Si le magnétisme est un agent réel, la découverte de M. Mesmer peut être considérée comme une science vaste, d ou l’on pourrait déduire, avec le temps, un art, et même plusieurs arts utiles; alors le gouvernement doit la protéger, parce que le§ hommes doivent l’étudier.
conséquence. Si le magnétisme animal n’est qu’un agent chimérique, sans le protéger, on doit au moins le tolérer, i° parce que cette chimère, quoi qu on en dise, est au fond très innocente ; 2° parce qu’elle devient utile aux hommes, en sauvant plusigius d entre eux des dangers incontestables de la médecine vulgaire.
Enfin la derniere conséquence utile que nous devons tirer de ces, débats, où nous avons ajouté beaucoup de ridicule sur un fonds très sérieux, c’est la réforme de notre médecine. Tous ces pombats que cette medecine ne cesse de soutenir contre les cliarlataneries nouvelles, prouvent qu’elle n’est elle-même que la charlatanerie la plus ancienne. Si nous avions réellement un art qui sût guérir, écouterions-nous ces hommes qui nous promettraient ce que nous possédons déjà? Si la médecine cessait dg
nous tromper, ne cesserions-nous pas d’être crédule par désespoir pour tous les charlatans !
Trompé moi-même par la médecine depuis vingt ans, toujours plus malade par ses remèdes que par mes maux, j’aurois peut-être quelque droit d’avancer, ou qu’il n’y a point de bonne médecine, ou qu’il est trop difficile de la rencontrer et de la reconnaître ; mais je me rends justice sans hésiter ; je suis des ces hommes fruges consumere nati , et qu on peut tuer sans conséquence, parce qu’on les guéri-» rait sans honneur; aussi je proteste que, dans tout ceci, je compte ma propre expérience pour rien; mais j’atteste en même temps qu’en fréquentant, 4 titre de malade, beaucoup de médecins et beaucoup de malades , j’ai constamment recueilli de leurs aveux, l’une de ces deux vérités que je viens de dire : qu’il n’y a point de bonne médecine, ou que les moyens de la discerner ou elle est nous manquent.
Ne me dites donc point ici, messieurs : Qui êtes vousj vous qui parlez ?car tant que je parlerai contre la médecine, je vous répondrai que je m’appelle légion . Si le diable a fait une fois cette réponse au nom de ses confrères, je crois qu’elle est bien permise aux pauvres damnés de la médecine. Oui , messieurs, c’est au nom de la nombreuse tribu des anciens valétudinaires que j’ose vous dire : Ou laisseznous le magnétisme, ou faites-nous une médecipe.
Mais avant que d’accpser hautement votre art, il faut remplir un devoir plus pressant, celui de louer plusieurs de ceux qui l’exercent, et le Ciel m’est te*
moin que la justice et la reconnaissance rendent ce devoir bien cher à mon cœur.
Oui, messieurs, je le dis sans flatterie, à considérer toutes les professions qui, dans la société, remplissent le loisir ou les besoins des hommes, je n’en connais aucune, quant moi, où l’on trouve plus que dans la vôtre des hommes aimables, de vrais savans, de bons citoyens, d’excellens pères de famille, des amis sûrs.
11 est arrivé dans votre science le contraire de ce qu’on voit dans les autres : il est peu de science qui ne vaille mieux que les savans, et par un contraste singulier, il est peu de médecins qui ne valent mieux que la médecine. Rousseau a dit : Faites-moi venir la médecine , pourvu qu’elle vienne sans le médecin ; j’oserais dire, au contraire : Faites-moi venir le médecin 9 pour eu qu'il vienne sans la médecine.
Mais il faut tout dire, ces hommes qu’on doit, pour la plupart, estimer et chérir comme parens, comme amis, comme concitoyens, ne sont plus les mêmes, sitôt qu’il s’agit de médecine; il en est bien peu qui ne déploient deux passions également dangereuses : l’une de ces passions a pour objet leur médecine particulière; l’objet de l’autre est la médecine en général.
Chaque médecin, autant que j’ai pu l’observer, s’est fait à lui tout seul une médecine particulière ; c’est l’œuvre de ses cinq sens et de ses dix doigts ; aussi la chérit-il, la défend-il comme le palladium de sa gloire personnelle.
- Mais de plus, tous chérissent, tous défendent en corps la médecine en général,telle qu’elle est, talis qualis y et ils la défendent, non pas cdmme une science qu’ils croient vraie, mais comme un état qu’ils ont payé, qui leur appartient, et qui leur est bon : c'est un bien de communauté.
Or, ces deux passions, qui, je ne sais comment, et malgré leurs oppositions, se combinent à merveille dans le coeur des médecins, les rendent en général aussi dangereux pour leurs confrères que pour leurs concitoyens.
La passion secrète que chaque médecin a pour la médecine qu’il s’est faite, le rend presque toujours l’ennemi de tous ses collègues qui affectent de la mépriser et de la décrier; et la passion non moins vive qu’ils ont tous pour les droits d’une profession qui fait leur existence sociale, les rend souvent bien dangereux pour la société même.
Tant qu’il n’est question que de leur médecine particulière, et qu’il s’agit seulement de savoir lequel est un bon ou mauvais médecin, ils sont tous divisés entre eux; mais quelqu’un s’avise-t-il de mettre en question la médecine même, et prétend-d guérir sans être médecin en forme? aussitôt les voilà tous unis contre cet ennemi commun.
Cependant il est bon d’observer quels sont ceux que les médecins regardent comme leurs ennemis ; le public, messieurs, ne le croirait jamais, et je ne sais si vous l’avez assez remarqué vous-mêmes : vos premiers ennemis ne sont pas ceux que vous appelez
Charlatans y ils le sont si peu, que la plupart de leurs poisons ne paroissent que sous l’enseigne de vos certificats authentiques. Qu’avez-vous à craindre de ces gens-là? ils passent tous comme l’ombre , tandis que vous restez. N’ont-ils qu’un remède pour un mal particulier? il vous reste tant d’autres maux! Prétendent-ils au spécifique universel? trop promettre dégoûte d’espérer, et la panacée reste dans la boîte*
Mais vos ennemis, messieurs, vos véritables ennemis, quels sont-ils? Ce sont ceux qui s’avisent de vanter aux dépens de votre art la puissance de la nature, bussent-ils médecins, il faut qu’ils se rétractent, se taisent ou périssent. Celui qui, vantant cette nature, dira que votre art ne peut rien sur elle , et qu’elle peut presque tout sans votre art, celui-là sera un traître, s’il est médecin; un imposteur, s’il est etranger, et l’on tentera de les écraser tous deux sous les ruines meme de la nature.
Ce n est pas, messieurs, que vous ne conveniez vous-jnefnes du grand pouvoir de la nature dans les jnaladies humaines; mais à condition que vous serez les seuls à le dire, et que les autres ne l’entendront qu’à votre guise. Faut-il s’expliquer en un mot? vous convenez du pouvoir souverain de la nature à peu près comme les maires du palais convenaient de l’autorité de nos rois fainéans, en prétendant tout faire à leur place, et les détrônant à la fin.
Messieurs, votre empire est encore bien fort, car il est fondé sur notre ignorance et notre faiblesse. Mais prenez garde que trop de confiance ne vous
perde : vous n’avez point, comme le despotisme, de force physique et réelle, tout votre pouvoir est dans notre opinion; et quand nous cesserons d’être ignorans, nous cesserons d’être foibles, et vous cesserez d’être forts.
Y songez-vous bien, messieurs, et n’êtes-vous pas frappés de toutes les conquêtes que depuis trente années seulement, la saine raison et l’expérience qui la guide ont faites sur les usurpations de votre art? Prêtez l’oreille à la voix publique. Quand on veut aujourd’hui louer un médecin, que dit-on de lui? C’est un homme qui ordonne peu de remèdes. Et que signifie cette espèce de sentence? sinon, c’est un médecin qui fait très peu d’usage de la médecine,’ Messieurs, vous n’avez pas un moment à perdre; vous pourrez peut-être, à force de cris, d’intrigues* de cabales, nous enchaîner encore, accabler aujourd’hui Mesmer, le chasser, le poursuivre; mais, vous devez vous y attendre, cet homme reviendra demain, et si ce n’est lui, un autre reviendra bientôt à sa place. Deux grands secrets que vous aviez soigneusement cachés aux hommes commencent à se divulguer; l’un est le secret de la faiblesse de votre art, l’autre est Celui de la force de la nature. Cette nature, n’en doutez point, suscitera de temps en temps des apôtres, et nous les écouterons, nous les croirons toujours davantage. Hâtez vous donc, et prévenez votre subversion entière par quelques réformes sages.
Songez , il en est temps, au bien des hommes, à
la gloire véritable de votre art, à votre gloire prcH pre; laissez, laissez enfin vos professeurs, maîtres de mensonges et d’erreurs, et vos écoles, échos de siècle en siècle de ces erreurs et de ces mensonges* Vous n’avez qu’un maître, messieurs, c’est la nature , et vous n’avez qu’une école, c’est le lit des malades. Sans cesse attentifs à la voix de ce maître, toujours pi'ésens à son école , alors peut-être vous pourrez créer ou du moins refaire un art dont la plus grande force est de savoir ce qu’il ne doit point faire, et la plus grande sagacité est de déterminer ce qu’il ne saurait voir; n’ayant jamais la dangereuse présomption de surpasser la nature, ni même de l’égaler, se permettant à peine de la suppléer quelquefois, et toujours en imitant avec respect ses propres procédés.
Votre gloire personnelle, messieurs, consisterait dans l’abolition de tous vos systèmes particuliers et l’union de toutes vos expériences. Elle consisterait à regarder comme un collègue, comme un frère, celui qui, même par d’autres moyens que vous, guérirait autant que vous, et comme un maître, celui qui constamment guérirait davantage.
Enfin, messieurs, la gloire de chaque médecin serait de se regarder lui-même, non plus comme l’homme de tel corps, de telle université, telle agrégation, tel collège, mais comme l’homme de l’univers, l’homme des hommes, ou plutôt l’homme de la nature.
11 me semble, messieurs, que je l’entends tout à
Coup cette nature élever sa voix douce et pénétrante, pour dire au médecin :
« Tu prétends être mon guide et mon rival : ne « suffit-il pas à ton orgueil d’être mon disciple et « mon héraut? Comme mon disciple , je veux que « tu observes long-temps ma sagesse pour admirer « enfin ma puissance; et comme mon héraut, je « veux que tu ne cesses point d’annoncer l’un et te l’autre aux hommes qui ne cessent point de me « méconnaître.
« Mais si tu veux connaître ma sagesse, connais « d’abord ta propre témérité, et, pour admirer ma « puissance, apprends à t’humilier devant ta faite blesse; en un mot, connais-toi d’abord si tu veux tt me connaître.
tt Rappelle-toi donc que depuis quatre mille ans, « tu n’as point cessé d’agiter, de tourmenter, de « briser tous mes ouvrages, pour te faire à toi-même « ce que tu appelles un art. Que de travaux, etqueis « efforts! tu as dévasté les végétaux, égorgé les ani- « maux, extrait les minéraux, disséqué des cadavres, ce discerné les parties les plus subtiles et les plus « cachées; ensuite tu t’es vanté par toute la terre de « tes découvertes et des chefs-d’œuvre de ton ima- « gination et de ton industrie. Cependant sois sin- « cère, et réponds-moi : as-tu prolongé la durée de « l’homme? as tu plus que moi guéri les maux? les « as-tu du moins adoucis? n’as-tu pas au contraire « augmenté les maux qu’il avait et suscité des maux
« qu’il n’avait pas? Je te demande enfin si tu te « crois plus grand médecin que ton Hyppocrate, qui « ne savait rien de ce que tu prétends avoir' appris?
« Rentre en toi-même , ou plutôt reviens à moi ; il « n’est qu’un art, et c’est le mien. Cesse de vouloir « me dicter tes lois particulières, je ne les connais « pas, et connais toi-même enfin les lois générales cc que je t’ai dictées, ainsi qu’à tous les êtres.
« Ma loi universelle est de conduire successive- « ment tous les êtres de la vie à la mort, et de la « mort à la vie; d’assigner à chacun l’époque et la « forme où il doit paraître, durer, fuir et reparaître. « La loi générale que j’ai imposée à tous les êtressen- « sibles est de passer du plaisir à la douleur, et de la « douleur au plaisir; tel est mon immuable décret; « c’est des maux mêmes que je fais découler tous « les biens. Audacieux et aveugles que vous êtes, « tantôt vous reconnaissez cette loi pour calomnier « ma sagesse, tantôt vous la niez pour vous exagérer « votre propre puissance. Vous vous flattez de faire « à votre gré durer le plaisir et cesser la douleur ; « c’est là le but de vos arts, de vos sciences, des « travaux de vos journées, des rêves de vos nuits. « Vous avez fait une morale où vous cherchez le « souverain bonheur ; une médecine où vous croyez « trouver une santé parfaite. Insensés ! considérez « ce qui vous est revenu de vos chimères : votre « fausse morale a voulu guérir vos passions, elle a « tué votre ame par l’indifférence ; votre médecine
cc a voulu guérir vos maux, elle a tué vos corps par cc les remèdes.
cc Voyez les animaux; bien plus sages que vous , cc sans efforts de leur part, sans violence de la mienne, cc ils jouissent du plaisir et supportent la douleur, oc Paisibles et soumis sous l’influence de mes lois, cc ils abrègent tous leurs maux par la patience, et cc prolongent tous leurs plaisirs par la tempérance, cc tandis que vous, au contraire, vous augmentez cc vos maux par l’inquiétude, et corrompez tous vos cc plaisirs par la crainte, en les abrégeant par leurs cc excès; enfin en vous débattant avec violence dans cc les liens même dont je vous attachais à la vie, k vous vous serrez comme dans un lacet, et vous cc vous étouffez vous-mêmes
cc Le malheur de vos arts, ajouterait la nature , cc est de faire penser aux hommes qu’ils ont beaucc coup de forces, et le malheur de vos sciences est cc de leur persuader qu’ils ont beaucoup de lumières, cc Je laisse le temps et l’expérience les corriger peu cc à peu et les ramener insensiblement à moi.
cc Mais quand l’homme est malade, quand la folle cc présomption de la force de ses arts et des lumières cc de ses sciences peut lui coûter l’existence même, cc abandonnerai-je cet être à qui mes lois avaient ascc signé une plus longue durée? Non; et c’est toi, cc dirait la nature au vrai médecin , c’est toi que cc j’ai choisi pour le sauver de lui-même.
cc Tu le verras, dans cet état de maladie, trembler c< comme la feuille, ou se dépiter comme un enfant ou II, 15
« s'agiter comme un furieux ; tu l’entendras te decc mander la vie et la santé, tantôt avec le ton impérieux cc d’un maître à son esclave, tantôtavec la soumission (( d’un homme envers un Dieu , et tu riras en toicc même de son orgueil comme de sa faiblesse ; tu le cc flatteras, tu le calmeras comme un enfant. Promets cc lui, j’y consens, plus que tu n’espères et beaucoup cc plus que tu ne peux ; remplis d’abord son ame du cc baume de la douce espérance : l’espérance est pour cc lesmauxdeshommesle premier remède de lanature.
cc Mais l’ame de l’homme, et surtout de l’homme cc malade, est une mer agitée, et tu verras bientôt cc succéder à l’espérance les alarmes et l’effroi. 11 cc s’irritera et de ses maux et de ton inaction; il t’accc cusera de ce qu’il souffre et de ce que tu ne fais cc pas; il menacera de chercher ailleurs des secours; cc il les appellera peut-être, et tu le verras aussitôt cc environné d’hommes ignorans, qui, sous le nom cc de remèdes, lui prodigueront des poisons. Prends cc pitié de ce misérable ; éloigne de lui ces secours cc pires que son danger; cache-lui bien, il le faut, ce que l’unique secours est dans lui-même et dans cc mes bienfaisantes et inévitables lois : dis à cet cc homme crédule que tu possèdes un art et même un cc grand art, descends jusqu’à le tromper pour son cc bien même. Au nom de cet art, presente-lui des cc boissons douces et des alimens sains; feins d’agir cc et ne cesse point de promettre, et crois qu’en agiscc sant à ta place, je démentirai rarement tes procc messes.
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<x Si cependant j’avais marqué le moment de la fin cc de cet être, que je n’ai fait naître que sous la concc dition même de finir, baisse la tête, soumets-toi, cc et supporte avec courage les reproches que des cc hommes mortels oseront te faire de la mort d’un cc homme condamné par moi-même dès sa naissance.
cc Mais aussi, quand tu te verras comblé d’éloges cc et de reconnaissance pour des guérisons qui ne cc sont que de moi, quand on appellera tes prodiges cc les purs effets de mes lois, prends bien garde de cc me méconnaître dans mes ouvrages; ne rougis cc point de publier mes bienfaits, accoutume insencc siblement l’esprit des hommes à s’y confier, et tire cc ta gloire de celle que tu rends à la nature.
cc Que si pourtant, àibrce de m’observer, tu parce viens à surprendre quelques-uns de mes procédés, cc je te permets de les imiter; mais n’oublie jamais, cc en m’imitant, le respect que tu dois à ma puissance, cc et la défiance que tu dois à ta faiblesse: garde-toi cc bien alors de confondre le moment où je recueille cc mes forces et celui où j’en désespère, le moment cc où je suspends pour revenir et celui où j’abancc donne sans retour. Piappelle-toi sans cesse que cc puisque ma première règle est d’agir, ton premier cc devoir est d’attendre. »
Ainsi, peut-être, s’expliquerait la nature. Mais c’est à vous, messieurs, si souvent à portée de l’entendre, qu’il conviendrait de la faire parler d’une manière vraiment digne d’elle. Qu’il est fâcheux, je
le dis du fond du cœur, qu’il est triste pour le progrès de la vérité, que des hommes tels que vous n’aient pas voulu, dans cette occasion célèbre, se rendre les arbitres de la médecine et les interprètes de la nature !
Oh ! messieurs, quelle occasion vous avez perdue ! Les hommes les plus ambitieux en cherchent toute leur vie de pareilles, et ne la trouvent point; ou, s’ils la trouvent, ils meurent contens en l’embrassant; et vous, messieurs, elle vous cherche ellemême, et vous la repoussez. Ces hommes, si avides de l’estime de leurs semblables, se croient heureux quand ils peuvent montrer une fois, aux yeux de quelques-uns, un peu de supériorité, soit par le cœur, soit par l’esprit; et vous, messieurs, vous pouviez (ce qui ne se rencontre presque jamais) prouver à la fois et à tous, et votre cœur et votre esprit. Yous pouviez , en vous montrant les amis généreux de la seule humanité, vous voir déférer le titre de réformateurs d’un art dont on vous a cru les esclaves : il ne fallait peut-être qu’un peu de patience équitable pour faire éclater les plus grandes lumières, et mériter le plus grand honneur. Non, messieurs, non, cette occasion est passée pour ne revenir jamais....
Après avoir tâché de parler pour la justice, maintenant je réclame votre indulgence. Puis-je espérer, en finissant, messieurs, que vous pardonnerez ces réflexions sévères à un ancien malade qui , de très bonne foi, croit avoir été soulagé par le magnétisme
des maux que la médecine ordinaire n avait fait qu’aigrir?
Un juge excuse, dit-on, les reproches du client qu’il a dû condamner : des médecins ne doivent-ils pas quelque indulgence aux plaintes meme injustes d’un malade qu’ils n’ont pu guérir ni du mal de la nature, ni du mal de leurs remèdes?
Notice sur Valentin Greterick.
Puisque de nos jours certains hommes voudraient faire revivre les possessions et nous ramener aux temps des exorcismes ( 1 ), nous ne pouvons mieux faire que de donner ici l’histoire d’un prophète irlandais, fameux par ses miracles, afin de faire sentir le ridicule de toutes ces scènes qui ont si long-temps contribué à tenir les peuples dans l’ignorance et la barbarie.
L’agent magnétique dont on s’est servi long-temps, sans le connaître, va bientôt, nous n’en doutons pas, donner la clef de tous les phénomènes attribués aux puissances infernales, et en empêchera le retour.
En i665 M. de Cominges, alors ambassadeur de
(i) Voyez Etude raisonnée du Magnétisme animal par M. de la Marne , brochure in-8% chezHivert,rue desMathurms - St.-Jacques, n° 18.
France en Angleterre* fit venir chez lui Valentin Greterick pour voir quelques-uns des miracles qu’il opérait alors en grand nombre ; la foule des infirmes et des curieux était si grande à son hôtel, qu’on eut beaucoup de peine à contenir le monde et à régler les rangs.
Le prophète irlandais rapportait toutes les maladies aux esprits malins, et tous les malades étaient autant de possédés. Le premier qu’on lui présenta était un homme accablé de goutte et de douleurs de rhumatisme , ce que voyant, le faiseur de miracles dit : J’ai vu de cette sorte d y esprits en Irlande, il y a long-temps . Ce sont des esprits aquatiques, qui apportent des froidures, et excitent des débordemens d’humeurs en ces pauvres corps. Esprit malin, dit-il, qui as quitté le séjour des eaux pour venir affliger ce corps, je f ordonne de quitter ta nouvelle demeure, et de t’en retourner à ton ancienne habitation. Cela dit, le malade se retira"; il en vint un autre qui se disait tourmenté de vapeurs mélancoliques, hypocondriaques : Esprit aérien , dit l’Irlandais, retourne dans l’air y exerce ton métier pour les tempêtes , et n’excite plus de vents dans ce triste et malheureux corps .
Ce malade fit place à un troisième qui, suivant le prophète, n’était tourmenté que par un simple lutin, incapable de tenir un moment à sa parole. 11 fit un souris à l’assemblée, en disant : Cette sorte d’esprit afflige peu souvent, et divertit presque toujours. A l’entendre, il n’ignorait rien en matière d’esprits; il
ni
( «Si-)
savait leur nombre, leur rang, leurs emplois, et se vantait d’entendre beaucoup mieux les intrigues des démons que celles des hommes.
Un homme et une femme mariés ensemble, vinrent chercher du secours dans sa vertu, contre un esprit de discorde, disaient-ils, qui troublait leur ménage et y portait toujours la division. C’était un gentilhomme (le quarante-cinq ans, dont la femme , assez bien faite, en avait environ trentecinq. Elle voulut parler la première. cc J’ai un mari, « dit-elle, le plus honnête homme du monde, à qui « je donne mille chagrins, et qui ne m’en donne pas « moins à son tour. Mon intention est de bien vivre « avec lui, et cela serait, si un mauvais esprit dont « je me sens saisie ne me rendait insupportable, et ce ne me donnait les plus violentes agitations. Lors- {( qu’elles ont cesse, je reviens a ma douceur natu- « relie, et je n’oublie rien pour plaire à mon époux ; « mais son démon le tourmente à son tour, lorsque ce le mien me laisse ; et ce mari, qui a tant de parc tience pour mes transports, n’a que de la fureur ce pour ma raison. Là se tut la dame, en apparence cc assez sincère , et le mari reprit ainsi :
ce Quelque sujet que j’aie de me plaindre du diable ce de ma femme , je dois avouer qu’il est sincère, et cc qu’il vient de dire la vérité. Lorsqu’il a fini, le cc mien commence son train. Ainsi, notre vie se cc passe à faire le mal et à l’endurer. Voilà nostour- « mens ; s’il y a du remède, je vous prie de nous le cc donner. La cure d’un mal aussi étrange que le
c< nôtre ne sera pas celle qui vous fera le moins « d’honneur. ))
Ce ne sont ici ni lutins ni farfadets, dit le prophète Irlandais ; ce sont des esprits du premier ordre de la légion de Lucifer, démons orgueilleux , grands ennemis de Vobéissance, et fort difficiles à chasser . Alors, il demanda la permission à l’assemblée de se retirer dans un cabinet pour y consulter ses livres, car il avait besoin de paroles extraordinaires, et d’une formule un peu forte. 11 en trouva une, dit-il, capable de confondre tous les diables de l’enfer. Le premier effet de la conjuration se fit sur lui -même ; car ses yeux roulaient dans sa tête d’une manière violente , et il faisait des grimaces et des contorsions horribles. Après avoir tourné ses yeux de toutes parts, il les fixa sur ces bonnes gens, elles ayant frappés tous deux d’une baguette qui ne devait pas être sans vertu : Allez, démons, dit il, allez, esprits de dissension , exercer la discorde dans Venfer, et laissez rétablir par votre départ F heureuse union que vous avez troublée! Et vous, mes amis, en s’adressant aux époux, allez goûter avec joie le repos dont vous êtes privés depuis long-temps .
Les démons expédiés, le bon Irlandais se retira; tout le monde sortit, et nos bonnes gens retournèrent à leur logis, avec une satisfaction plus merveilleuse que le prodige fait en leur faveur. Mais elle fut de courte durée. Sur le mot d’obéissance, lâché imprudemment par le mari, il y eut une nouvelle scène qui lui fit faire des réflexions sur leur malheur , et
leur persuada qu’ils n’étaient pas guéris. Ils prirent le parti d’aller demander une plus forte et plus efficace conjuration au prophète. Du moment qu’il les aperçut, il crut qu’ils venaient le remercier; mais la femme l’ayant désabusé, il examina attentivement leurs yeux, et convint, un peu honteux, que tous les esprits n’étaient pas délogés; et après les avoir conjurés de la manière la plus énergique les patiens se crurent pour le coup à la fin de leur malheur. Ce jour leur parut comme un jour de noces, et la nuit fut attendue, dit Saint-Évremont, avec la même impatience que celle du premier jour de leur mariage. Mais, hélas, dit-il, qu’elle répondit mal à leurs désirs ! le trop d’amour fait la honte des amans. Heureusement pour l’honneur du mari, la femme accusa les démons, et le prophète ne fut plus a son égard qu’un pauvre Hibernois, qui n’avait pas la vertu de chasser un feu follet. Sa confusion se tourna en dépit contre l'Irlandais, qui n’avait pas su les délivrer. Il v a long-temps, dit-elle brusquement, et comme si elle eût été inspirée, que la simplicité de cet homme amuse la nôtre, et je vois bien que nous attendrions vainement notre guérison de lui. lvîais ce n’est pas assez d’être détrompés ; la charité nous oblige à détromper les autres aussi bien que nous, et à faire connaître sa vanité ou sa sottise.
Le triomphe de l’Irlandais était complet, lorsque notre couple fendit la presse courageusement pour venir le démasquer au milieu de sa gloire. N’as-tu point de honte, lui dit la femme, d’abuser le peupla
simple et crédule y comme tu fais , par Vostentation (Vun pouvoir que tu neus jamais, tu avais ordonné à nos démons de nous laisser en repos , et ils n’ont fait que nous tourmenter encore davantage ; tu leur avais commandé de sortir y et ils s’opiniâtrent encore avec plus de force à rester en dépit de tes ordres 9 se moquant également de notre crédulité et de ton imbécille puissance. Le mari continua les mêmes reproches, jusqu’à lui refuser la qualité d’imposteur> parce qu’il fallait, disait-il, de l’esprit pour l’imposture, et que ce misérable n’en avait point. Le prophète perdit la parole , en perdant l’autorité qui le rendait vénérable} et ce redoutable pouvoir établi sur les esprits, devint à rien aussitôt qu’il y eut des gens assez hardis pour ne pas le reconnaître ( 1 ).
Preuve manifeste que le diable a été aussi quelquefois dans le corps des jésuites t
Lettre du révérend père Surin, jésuite , exorciste des religieuses Ursulines de Loudun , écrite à un sien ami jésuite.
cc 11 n’y a guère de personnes à qui je prenne cc plaisir de raconter mes aventures qu’à votre révé-
(1) Voyez la Lie de Saint-Evremond j par M. de Maizeaux , et surtout la pièce intitulée : Le Prophète Irlandais.
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c< rence qui les écouté volontiers, et forme dessus cc des pense'es qui ne viendraient pas facilement aux <( autres, qui ne me connaissent pas comme elle. « Depuis la dernière lettre que je vous ai écrite, je ce suis tombé en un état bien éloigné de ma prête voyance, mais bien conforme à la providence de ce Dieu sur mon ame. Je ne suis plus à Marennes, ee niais à Loudun, où j’ai reçu la vôtre depuis peu. ee Je suis en perpétuelle conversation avec les diaec blés , où j’ai eu des fortunes qui seraient trop loncc gués à vous déduire, et qui m’ont donné plus de ee sujet que je n’eus jamais de connaître et d’aclmicc rer la bonté de Dieu. Je vous en veux dire quelee que chose, et je vous en dirais davantage, si vous ce étiez plus secret. Je suis entré en combat avec ce quatre démons des plus puissans et malicieux de ee l’enfer; moi, dis-je, de qui vous connaissez les ee infirmités. Dieu a permis que les combats ont été ee si rudes et les approches si fréquentes, que le ce moindre champ de bataille était l’exorcisme ; car ee les ennemis se sont déclarés en secret, de nuit et c< de jour, en mille manières différentes. Tous pouce vez vous figurer quel plaisir il y a de se trouver à « la merci de Dipii seul. Je ne vous en dii’ai pas cc davantage; il me suffit que, sachant mon état, « vous preniez sujet de prier pour moi. Tant y a cc que depuis ti’ois mois et demi je ne suis jamais « sans avoir un diable auprès de moi en exercice, cc Les choses en sont venues si avant, que Dieu a çc permis, je pense pour mes péchés, ce qu’on n’a
« peut-êlre jamais vu en l’Eglise, que, clans Pexerc( eiee de mon ministère, le diable passe du corps « de la personne possédée, et, venant dans le mien, cc m’assaut et me renverse, m’agite et me traverse « visiblement, eu me possédant plusieurs heures (( comme un energumène. Je ne saurais vous expli- (( quer ce qui se passe en moi durant ce temps, et (C comme cet esprit s’unit avec le mien; sans m’ôter cc ni la connaissance ni la liberté de mon ame, en cc se faisant neanmoins comme un autre moi-même, ce et comme si j avais deux âmes, dont l’une est dé- <c possédée de son corps, de l’usage de ses organes , cc et se tient a quartier en voyant faire celle qui s’y ce est introduite. Les deux esprits se combattent dans cc un même champ qui est le corps, et l’ame est cc comme partagée. Selon une partie de soi, elle est cc le sujet des impressions diaboliques; et, selon cc 1 autre, des raouvemens qui lui sont propres ou cc que Dieu lui donne En même temps je sens une cc grande paix., sous le bon plaisir de Dieu, et sans cc connaître comme vient une rage extrême, et avercc sion de lui, qui produit comme des impétuosités « pour s’en séparer, qui étonnent ceux qui les voient ; ce et en même temps une grande joie et douceur, et <( d’autre part une tristesse qui se produit par des ce lamentations et cris semblables à ceux des dé~ cc nions. Je sens l’état de damnation et l’appréhende, cc et me sens comme percé des pointes du désespoir cc en cette ame étrangère, qui me semble mienne ? * CC et l’autre ame > qui se trouve en pleine confiance ,
cc se moque de tels sentiments, et maudit en toute liberté' celui qui les cause; voire je sens que les « mêmes cris qui sortent de ma bouche viennent « e'galement de ces deux âmes, et je suis en peine de « discerner si c’est l’ale'gresse qui les produit ou la cc fureur extrême qui me remplit. Les tremblemens a qui me saisissent quand le Saint-Sacrement m’est « appliqué viennent également, ce me semble, cc d’horreur de sa présence, qui m’est insupportable, cc et d’une révérence cordiale et douce, sans les cc pouvoir attribuer à l’une plutôt qu’à l’autre, et ce sans qu’il soit en ma puissance de les retenir, cc Quand je veux, par le mouvement de l’une de ces cc deux âmes, faire un signe de croix sur ma bouche, cc l’autre me détourne la main avec grande vitesse, cc et me saisit le doigt avec les dents, pour me le <c mordre de rage. Je ne trouve guère jamais l’oraicc son plus facile et plus tranquille qu’en ces agitacc tions, Pendant que le corps roule par la place, et cc que les ministres de l’Eglise me parlent comme à cc un diable, et me chargent de malédictions, je ne cc saurais vous dire la joie que je ressens, étant decc venu diable, non par rébellion à Dieu, mais par cc la calamité qui me représente naïvement l’état où cc le péché m’a réduit; et comme quoi n’appropriant cc toutes les malédictions qui me sont données, mon cc aine a sujet de s’abîmer en son néant. Lorsque les cc autres possédées me voient en cet état, c’est un cc plaisir de voir comme elles triomphent, et comme u les diables se moquent de moi, disant: Médecin,
« Guéris-toi toi-meme, va-l’en à cette heure monter « en chaire; qifil le fera beau voir prêcher, après (c qu il aura roule par la place : tentaverunt , subsa - (( naverunt me subsctnatione,frenduerunt super me cf dentibus suis. Quel sujet de bénédiction de se ce voir le jouet des diables, et que la justice de Dieu ce en ce monde tire raison de mes péchés ! mais ce quelles faveurs d’expérimenter de quel état m’a ce tiré Jésus-Christ, et sentir combien est grande la
c< rédemption, non plus par ouï-dire, mais par im- « pression de ce même état; et qu’il est bon d’avoir « ensemble la capacité de pénétrer ce malheur, et cc de remercier la bonté qui nous a délivrés avec « tant de travaux ! Voilà où j’en suis à cette heure a quasi tous les jours. Il se forme sur cela de grandes « disputes, et factus sam magna quœstio : S’il y a « possession, ou non; s’il se peut faire que les mi- « nistres de l’Evangile tombent en de si grands in- « convéniens. Les uns disent que c’est un châti- « ment de Dieu sur moi , en punition de quelque « illusion; les autres disent quelque autre chose; et « moi je m’en tiens là, et ne changerais pas mafor- « tune avec un autre, ayant ferme persuasion qu’il « n’y a rien de meilleur que d’être réduit en de « grandes extrémités. Celle où je suis est telle que « j’ai peu d’opérations libres : quand je veux parler, « on m’arrête la parole; à la messe, je suis arrêté « tout court; à la table, je ne puis porter le mor- «. ceau à la bouche; à la confession, je m’oublie « tout-à-coup de mes péchés, et je sens le diable
« aller et venir chez moi comme en sa maison ; dès « que je me réveille, il est là; à l’oraison, il m’ôte (( la pensée quand il lui plaît; quand le cœur com- « mence à se dilater en Dieu, il le remplit de rage ; « il m’endortquand je veux veiller;etpubliquement, « par la bouche de la possédée, il se vante qu’il est « mon maître, à quoi je n’ai rien à contredire. Ayant a le reproche de ma conscience, et sur ma tête la « sentence prononcée contre lespécheurs, je la dois « subir, et révérer l’ordre de la providence divine, « à laquelle toute créature se doit assujettir. Ce « n’est pas un seul démon qui me travaille; ils sont « ordinairement deux. L’un est Leviatan opposé au « Saint-Esprit, d’autant que, comme iis ont dit ici, « en enfer, ils ont une trinité, que les magiciens « adorent, Lucifer, Belzébutli et Leviatan, qui est la « troisième personne de l’enfer; et quelques auteurs « l’ont remarqué et écrit ci-devant. Or les opéra- « tions de ce faux paraclet sont toutes contraires « au véritable, et impriment une désolation qu’on « ne saurait assez bien représenter. C’est le chef de « toute la bande de nos démons, et il a l’intendance « de toute cette affaire, qui est une des plus étranges « qui se soient vues peut-être jamais. Nous voyons « en ce même lieu le paradis et l’enfer: les reli- « gieuses qui sont comme des Ursules, prises en un « sens; et en l’autre, pires que les plus perdues en « toutes sortes de dérèglemens, de saletés, de blas- <c phêmes et de fureurs. Je ne désiré point que « votre révérence rende ma lettre publique, s’il lui
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« plaît. Vous êtes le seul à q ii, hors mon confesseur « et mes supérieurs, j’en ai voulu tant dire. Ce n’est « que pour entretenir quelque communication, qui « nous aide à glorifier Dieu, en qui je suis votre « très humble serviteur.
Jean-Joseph Surin.
« Je vous prie de me moyenner des prières, en « ayant besoin. Je suis des semaines entières si stu- « pide vers les choses divines, que je serais bien « aise que quelqu’un me fît prier Dieu comme un « enfant, et m’expliquât grossièrement le Pater « noster. Le diable m’a dit : Je te dépouillerai de a tout, et tu auras besoin que la foi te demeure ; je ce te ferai devenir hébété. 11 a fait pacte avec une « magicienne, pour m’empêcher de parler de Dieu , « et avoir force de me tenir l’esprit bridé, ce qu’il « effectue fort fidèlement comme il a promis; et je « suis contraint, pour avoir quelque conception , de k tenir souvent le Saint-Sacrement sur ma tête, me « servant de la clef de David pour ouvrir ma mé- « mcire. »
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Supercherie des Somnambules.
Dans un des numéros précédens nous avons fait sentir combien il importait de s’assurer d’avance si le sommeil d’une personne que l’on va consulter est réel ou simulé ; avant de donner les moyens de reconnaître ce sommeil nous allons mettre sous les yeux du lecteur une petite anecdote rapportée par M. de Puységur dans ses Mémoires ; comme le même fait s’est plusieurs fois reproduit, on se tiendra en garde contre les personnes qui prétendent dormir depuis plusieurs années sans être même magnétisées.
Bientôt nous citerons des faits qui prouvent que plusieurs magnétiseurs très instruits ont été la dupe de prétendus somnambules dont le sommeil était si bien simulé, qu’ils inspiraient la plus grande confiance dans leurs prescriptions, jusqu’à ce qu’enfin le hasard ou un accident soient venus découvrir la fraude et mystifier les endormeurs.
« Un paysan de Carrè-l’Etompe, en Bourgogne, avait passé par l’état de crise magnétique pour arriver à la guérison parfaite d’une maladie très grave ; dans le temps de ses crises il avait les sensations très déliées, et tous les malades avaient une très grande confiance en lui ; il découvrait parfaitement la cause
du mal, et apparemment au moyen de quelques connaissances acquises précédemment, il s’entendait assez bien à ordonner des remèdes simples et salutaires. Un jour, passant auprès d’un cabaret du village , je demandai la cause de la foule du monde que j’y voyais rassemblé ; on me dit que c’étaient des malades qui venaient consulter le Bourguignon. J’imaginais d’après cela qu’il était apparemment en crise magnétique ; je m’approche ; mais quelle est ma surprise de le voir les yeux bien ouverts, toucher à droite et d gauche tou$ ces pauvres gens, et leur ordonner des remèdes a tort et à travers : heureusement j’étais arrivé à temps pour désabuser tout le monde. Je déclare devant to.us qu’il ne fallait ajouter aucune foi à ce qu’il avait pu dire dans cet état \ que, passé le temps de sa crise, il était aussi ignorant que moi et que tous les autres hommes dans la connaissance des maladies, et je mis mon rusé paysan dans une confusion extrême. Je lui fais les reproches les plus vifs de la tromperie qu’il venait de faire ; il m’en demande pardon, et m’avoue que , persécuté par beaucoup de monde qui lui venaient demander de leur répéter ce qu’il leur avait dit dans sa crise , il n’avait pas voulu rester court, d’autant qu’on lui promettait de le payer pour ses consultations. Yoilà comme, dans tout, le mensonge est auprès de la vérité. »
Je trouve à l’instant, dans un mémoire sur le Magnétisme, qu’une dame de Metz me fait parvenir, le fait suivant :
cc Cet été, on me présenta une jeune fille de vingt-cinq ans, pauvre, et fort malade depuis onze mois : elle ne tarda pas à tomber dans un parfait somnambulisme. Elle se voyait très bien, les remèdes qu’elle s’ordonna lui réussirent ; elle me fut également fort utile pour un enfant que j’avais , et qui était extrêmement souffrant ; dans son sommeil, elle était extrêmement reconnaissante de mes soins, et me le témoignait avec des larmes. Tout ce quelle prédit sur sa maladie s’est vérifié. J’attendais un de mes amis, magnétiseur, je le lui dis ; elle me répondit : S’il veut me voir en somnambulisme , il faut qu’il se dépêche d’arriver; car ma lucidité sera de très peu de durée. Deux ou trois jours après le terme qu’elle avait fixé pour la cessation de son somnambulisme , je la magnétisai, elle s’endormit de suite. Etonnée, et d’après quelques observations, je doutais qu’elle dormit du sommeil magnétique. Je la consultai néanmoins sur la santé d’une personne qui m’était chère, et je lui demandai si elle voulait rester endormie dans ma chambre pendant mon dîner. Elle me répondit qu’elle en éprouverait du bien ;
mais elle me recommanda de l’enfermer et d’emporter la clef; ce que je fis sur-le-champ , afin qu’elle ne fût point troublée. Je quittai mes souliers, et revins très doucement me mettre deri'ière la porte. J’avoue que j’étais agitée : l’épreuve que j’allais faire devait détruire l’attachement que j’avais conçu pour cette fille, à laquelle j’avais donné les plus grands soins. Cependant je me décidai à regarder par le trou de la serrure, et je vis cette fille que j’avais laissée deux minutes avant bien endormie, arrangeant son fichu , et se regardant dans une glace avec deux yeux bien ouverts. Je quittai la porte; je fus chercher une de mes amies qui, s’approchant avec les mêmes précautions, la vit comme moi très éveillée. Nous nous retirâmes sans bruit. Après le dîner, je montai ; j’ouvris la porte avec bruit, et je trouvai ma somnambule endormie profondément. Je lui demandai si son sommeil n’avait pas été interrompu; elle me dit que non. Je la fis réveiller par mon amie, étant trop indignée pour la toucher désormais. Je ne lui fis aucun reproche; mais, le lendemain, je la renvoyai. Cette épreuve a coûté à mon cœur et à mon amour-propre, mais elle m’a rendue moins crédule sur la lucidité des somnambules. Celle-ci était une paysanne ignorante, qui, ayant entendu répéter ce qu’elle avait dit dans ses premières crises, voulut peut-être, en feignant de dormir, connaître ce qui se passait dans son véritable somnambulisme, et continuer le tendre intérêt qu’on lui témoignait. Que ne doit-on pas attendre d’une femme d’une
classe plus instruite, et dont l’intérêt est de jouer un rôle qui lui donne de l’aisance, et qui ne calcule pas les maux dont elle peut être la cause. »
Extrait du Journal du Commerce du dimanche i 4 septembre 1828.
« On nous écrit de Nantes, qu’une femme, se faisant appeler madame de St.-Amour, prétend guérir les maladies les plus invétérées par le seul attouchement du malade, auquel elle fait réciter une petite profession de foi de sa composition. Cette jonglerie paraît assez innocente jusqu’ici, puisque la prophétesse, comme on la nomme, ne se fait point payer : il nous semble que la publicité suffira pour en faire justice. »
Extrait du même Journal du mardi 16 septembre
«Nous avons parlé, dans notre feuille de dimanche dernier, des miracles opérés à Nantes, par madame de St.-Amour. Nous avions pensé, d’après nos premières informations, que la prophétesse n’avait trouvé de crédulité que dans les classes ignorantes et grossières ; mais il n’en est pas ainsi, la contagion gagne jusqu’aux rangs les plus élevés de la société. Voici ce qu’on nous mande au sujet de ce singulier personnage qui joue à Nantes un rôle presque important.
« Madame de St.-Amour (c’est du moins le nom qu’elle se donne), âgée d’environ trente ans, se disant femme d’un officier supérieur en activité, de service à Paris, s’annonce comme éclairée de la lumière céleste. En moins d’un jour, une ville de cent mille habitans, toute commerçante, néglige ses affaires, pour ne plus s’occuper que de la sainte : on ne la désigne pas autrement. Deux mille personnes vont assiéger sa porte, y passent même la nuit, dans l’espoir d’être admises à la voir et à se faire guérir de sa main : le boiteux, l’aveugle, le paralytique, le muet, le sourd, se pressent sur son passage. « Le croiriez-vous, dit notre correspondant, à la bourse, au tribunal, au spectacle, dans tous les bureaux, chacun en parle, et il faut une certaine hardiesse pour exprimer hautement des doutes sur sa mission. J’ai vu des hommes les plus marquans de la ville, le directeur des contributions indirectes, courant derrière sa voiture, et implorant une audience ; l’exprésident de l’Académie l’a reçue à sa table, et l’a consultée avec une bonne foi qui m’a fait peine. Des négocians notables vont briguer à sa porte l’honneur d’être admis. Je ne reconnais plus nosfroids et graves Bretons. Déjà les habitans des campagnes couvrent la route, pour venir adorer la sainte. Elle habite, dans un des faubourgs les plus pauvres, une modeste maison d’artisan. Une voiture de place la promène dans la ville. Tous ses soins sont gratuits. Ce qui frappe le plus les consciences, c’est qu’elle se dit envoyée de Dieu : elle prétend appartenir à la secte
des illuminés. Les gens raisonnables la soupçonnent d’être l'émissaire d’une autre secte qui, depuis quelques années, essaie de tous les genres do jongleries pour rétablir sa domination.
« On s’étonne que l’autorité ne mette pas fin à cette mystification. Que veut-on que l’autorite fasse contre une sotte crédulité? Tant que cette femme n’aura d’autre tort que de tourner de pauvres tetes, sans danger pour le bon ordre, sans dommage poui la bourse ou la santé des dupes, elle ne sera justiciable que de la publicité qui a fait justice de chailatans plus redoutables. »
Le correspondant du rédacteur du Journal du Commerce paraît bien effrayé des suites que peuvent avoir les miracles de madame de St.-Amour. Nous croyons pouvoir le rassurer. Il ne s’opère aujourd’hui que des miracles facilement explicables par des causes naturelles. Les guérisons de madame de St.- Amour, quoique extraordinaires, sont dues, comme celles des magnétiseurs , à un agent que l’Académie de médecine est chargée d’étudier. Au moment du rapport de cette savante Société, tout le prestige qui entoure encore les thaumaturges disparaîtra, pour ne laisser voir qu’une propriété qui appartient en commun à notre espèce , mais qui ne se manifeste que dans des circonstances que nous ne pouvons pas toujours faire naître. ;
Madame de St.-Amour s’étant beaucoup occupée de magnétisme, ayant même été somnambule nar. turelle tout le temps de sa jeunesse , peut très
bien utiliser aujourd’hui les heureuses dispositions de son organisation. On doit lui savoir gré de son désintéressement, il est si rare aujourd’hui de voir faire le bien sans espoir de salaire.
{Dans un prochain numéro nous reviendrons sur cet article.)
Le 18 avril i 654 , le malheureux Urbain Grandier, accusé de magie, fut brûlé vif à Loudun. Douze juges le condamnèrent.
1784. — Arrêt de la Faculté de médecine de Paris .
cc i° Injonction à M. Desion d’être plus circonspect à l’avenir;
cc 2° Suspension, pendant un an, de voix délibérative dans les assemblées de la Faculté ;
cc 5 ° Radiation, à l’expiration de l’année, du tableau des médecins de la Faculté, s’il n’avait pas , à cette époque, désavoué ses observations sur le Magnétisme animal. )>
Autre arrêt de même date .
Aucun docteur ne se déclarera partisan du Magnétisme animal, ni par ses écrits,ni par sa pratique* sous peine d’être rayé du tableau des docteursrégens.
1828.—Les Jésuites engagent le gouvernement à proscrire Je Magnétisme, comme une chose dangereuse pour les moeurs et pour la religion ; ils dé-
clarent que les magnétiseurs ont fait un pacte avec le diable, et que tout le bien qu’ils font vient du malin esprit.
Le roi de Zouman, dans la Perse, était couvert d’une lèpre qui résistait à tous les efforts oes médecins de son empire, et même aux doctes d’Ispahan, qu’il avait fait appeler. Douban se présente à la cour, et promet au roi de le guérir, en lui faisant toucher le manche d’une raquette. Le roi sue , la lèpre disparaît, Douban est comblé de richesses. Le grandvisir, séduit par les médecins de Zouman, persuade à Sa Majesté que sa santé apparente est l’effet d’un poison lent. Sur cette accusation, on arrête le médecin magnétique, et, sans écouter sa justification, on lui fait trancher la tête.