‹ Le Propagateur du magnétisme animal. Tome secondChapitre 19 sur 33 · PREMIÈRE DIFFERENCE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE DIFFERENCE

Les phénomènes de l’imagination, n’affectent que les personnes même en qui l’imagination agit, au lieu que les phénomènes du Magnétisme embrassent évidemment des personnes en qui l’imagination n’agit point du tout : expliquons ceci par des exemples.

"V ous me montrez une personne agitée par des mouvemens extraordinaires : voilà un phénomène dans un sujet isolé, et je n’oserais nier que l’imagination, dont la puissance ne m’est pas entièrement connue, ne puisse produire de tels mouvemens dans la machine humaine.

Tous me dites d’écouter parler anglais et latin une n. 19

femme qui ne sait ni l’anglais ni le latin; vous l’impuiez à la force de l’imagination, et je ne sais que vous répondre : j’ignore en effet jusqu’à quel point l’ame a pu emmagasiner dans les recoins de sa mémoire, des mots anglais et latins, qu’elle a recueillis quelquefois et retenus sans les comprendre ; j’ignore encore jusqu’à quel point l’ame, dans l’état actif de l’imagination, peut tout à coup tirer tous ces mots étrangers du fond de ce magasin où elle les avait oubliés, et les employer d’une manière qui semble tenir du prodige.

Tous croyez faire plus : vous me montrez huit ou dix personnes qui entrent en convulsion à la vue d’une autre personne en convulsion ; tout cela est encore un phénomène dont je conçois la cause dans la seule imagination : dix personnes cédant chacune aux efforts de leur imagination ne m’étonnent pas plus qu’une seule.

Mais, comment expliquer par l’imagination certains effets du Magnétisme; par exemple, vous avez ouï raconter un fait que vous auriez pu facilement vérifier par vous-mêmes; c’est que l’action du Ma- ' gnétisme animal plonge certains sujets fort sensibles dans un assoupissement profond, dans une véritable catalepsie. A cet état, déjà fort étonnant, succède un autre état qu’on ne peut guère comparer qu’à celui de certains somnambules, lesquels exécutent en dormant les actions qui exigent dans les autres hommes toute l’attention d’un esprit éveillé. De même, Ces personnes magnétisées et parvenues à

cet état de somnambulisme , les yeux parfaitement fermés et d'une manière à éloigner tout soupçon, paraissent jouir d’une espèce de vie intérieure plus active et plus complète que la vie même de leur veille : leurssens semblent devenir plus parfaits, leur esprit plus pénétrant ; mais voici le plus extraordinaire: faites approcher de ces sortes de somnambules une personne véritablementmalade, et qui aitquelque partie du corps notablement viciée, alors, par une espèce d’impulsion sympathique ou peut-être antipathique, ces somnambules portent la main avec précision sur la partie malade ; et quand on les interroge sur un fait si singulier, ils vous répondent que cette partie leur fait éprouver une sensation nullement agréable, et qu’ils n’éprouvent point à rapproche des autres parties saines et bien vivantes. A peu près comme Bleton , placé sur une eau souterraine, est tout à coup agité d’une sensation particulière , qui est pour lui comme l’effet d’un sixième sens.

S’il était permis de hasarder quelque explication sur de tels phénomènes, ne pourrait-on pas conjecturer, que l’émanation continuelle de ce fluide, qui dans l’homme est l’agent de la vie et de la santé, se trouve entièrement interrompue ou considérablement altérée dans toutes les parties de notre corps , en qui la maladie a diminué la force et la vie?

Sans doute aussi dans les personnes que le Magnétisme a réduites à l’état de somnambulisme , il se fait une circulation de ce fluide vital plus active, plus

pénétrante qu’auparavant; et quand leur main rencontre des parties pour ainsi dire mortes,elle se retire avec la meme répugnance qu’on éprouverait en touchant un cadavre, après avoir touché des chairs pénétrées d’une chaleur douce et vivifiante.

Mais, quoi qu’il en soit de cette explication bonne ou mauvaise, le fait suffit pour marquer une différence ineffaçable entre le Magnétisme et l’imagination. Car si l’on dit que l’imagination agit sur ces somnambules , on ne dira point qu’elle agisse dans ces personnes dont ils indiquent le mal : ce mal et le siège qu’il occupe, sont des faits absolument étrangers à l’action du Magnétisme dans une autre personne; et ces faits ont surtout l’avantage de pouvoir être facilement avérés. Quel rapport, quel passage pourra-t-on assigner entre l’imagination de ce somnambule et le mal qu’il désignera chez dix personnes de sang-froid.

QUESTION PASSAGÈRE Du Jeune Docteur* sur ce fait.

Excusez ma faiblesse, docteurs courageux; mais je vous le confesse en passant, j’ai eu la curiosité de voir quelques-uns de ces somnambules; etsansfaire semblant de rien, je les ai observés de toutes mes jorces. O mes illustres confrères , quoique je nie ce fait comme je le dois, et que j’affecte de m’en mo-

quer devant tout le monde , je vous dois la vérité, à vous, parce qu’elle sera sans conséquence, et je vais répandre mon ame toute entière à vos yeux : ce phénomène me confond, il me foudroie, et quand je le vis, j’aurais pu dire de Mesmer :

Mon génie étonné tremble devant le sien

Témoin de ces faits accablans, le croiriez vous, j’allais être réduit peut être à me taire, si je ne me fusse heureusement sauvé eu criant aux convulsion nciires , aux vampires , aux incubes , aux succubes , à Vimposturej à la charlatanerie; et de ce pas, comme vous jugez bien, j’allai chez mes malades leur faire d’excellens contes sur ce que j’appelais une mauvaise comédie, dont les acteurs étaient fort bien payés parles auteurs : mes malades m’ont cru (car le métier d’un malade est de croire, comme celui d’un médecin est de faire croire); mais quant à moi, docteurs magnanimes, j’emportai de ce spectacle (combien l’homme estimbécille !) j’emportai et je conservai long-temps dans le fond de mon ame la conviction et la terreur.

Au nom du ciel, docteurs subtils et profonds, au nom Surtout de la médecine, fdle du ciel, du haut de vos inépuisables bonnets, faites découler sur moi, comme une rosée céleste, quelques raisons et explications que je puisse distribuer et faire goûter à d’autres que mes malades : voilà déjà plusieurs mois que je ne cesse de tout niei\au Magnétisme; j’en suis

un peu las, et je voudrais bien que vous me missiez enfin en état de prouver quelque chose, y Après cette prière que je vous fais en passant et que vous exaucerez à votre loisir, je reviens aux objections de ce Mesmeiuen que Dieu punisse.

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