A NOS LECTEURS
En entreprenant ce journal, nous n’avons e'té
mus par aucune vue d’intérêt; l’avancement de la
science fut notre but. Nos efforts, sans être entièrement couronnés de succès , ont eu quelques ré*
sultats utiles. La publicité que nous avons donnée à
certains faits a porté le doute chez quelques sceptiques, et des esprits moins timorés que ces derniers, ont, en essayant les procédés que nous avons fait connaître, pu se convaincre que nous n’avons rien avancé qui ne fût fondé.
Si nous n’avons pas tenu tout ce que nous avions promis, il faut moins en accuser notre zèle que le temps qui est toujours trop court quand on cherche la vérité. Maintenant que nous avons pu nous livrer aux recherches que nous désirions faire, notre
allure sera moins gênée, et nous espérons aller plus promptement au but.
On a dû voir que, suivant la règle que nous nous sommes tracée , nous avons combattu le charlatanisme partout où nous l’avons rencontré. La mauvaise foi des gens qui, par état, sont chargés de nous guérir, n’a pas non plus été ménagée.
Certains magnétiseurs ont eu peut-être à se plaindre de nous lorsque .nous avons attaqué leur doctrine, et cependant nous n’avons fait que glisser sur les exagérations de leur croyance. Désormais nous allons pénétrer dans le vif et faire connaître à nos lecteurs ce qu’il faut croire et ce qu’il faut rejeter de toutes les théories émises sur la science qui nous occupe.
INotre opinion doit avoir quelque valeur ; car, depuis nombre d’années, nous nous sommes occupés sans relâche de rechercher la cause des phénomènes somnambuliques; et, comme nous avons toujours eu un grand nombre de sujets à magnétiser, nous avons pu vérifier , par des expériences multipliées, si tour ce qui a été avancé était fondé, et profiter des chances qui s’offrent à l’observation : bien différeus en cela de ceux qui ont écrit sur le même sujet, et qui n’avaient, pour porter leur jugement, qu’un petit nombre de faits souvent encore observés par d’autres que par eux. On verra si les inductions que nous avons tirées de la production des phénomènes se rapprochent plus de la vérité que les opinions de messieurs tels ou tels.
Nous nous estimerons heureux, si nous pouvons faire sortir la mérité de ce chaos d’opinions, et ramener à un principe d’unité les diverses croyances qui régnent parmi ceux qni s’occupent de la pratique de notre art : plus heureux encore si nous parvenons a simplifier les moyens que l’on a indiqués pour arriver à la production clés faits.
Mais ici l’embarras est grand : celui qui veut se livrer à l’étude du magnétisme doit-il croire, avec MM. l’abbé Fariat, Bertrand et d’Hénin, que tous les effets obtenus par des passes faites devant un individu, sont, chez le patient, le résultat de son imagination frappée ? ou bien faut-il croire, avec MM. Rostan , Georget, Deleuze et autres, qu’ils sont le résultat immédiat d’un agent indépendant de l’imagination ? ou bien encore doit-il tenir compte cle l’opinion d’une secte de magnétiseurs, qui croient à un pouvoir spirituel existant en eux,et se manifestant alors qu’ils se mettent en état cle grâces ?
Doit il, lorsqu’il veut pratiquer le magnétisme , croire avant cle vouloir, ou vouloir avant cle croire? doit il toucher le malade ou le magnétiser à dis—
tance? Toutes ces opinions diffèrent, et chacun croit avoir raison ; car, que sa méthode soit juste ou défectueuse, qu’on magnétise à pôles opposés, en touchant les pouces ou l’épigastre , en roulant les yeux ou en magnétisant spirituellement comme M. Chambelan, madame cle Sainte-Amour, Sirop et beaucoup
(VAllemands, on parvient toujours à produire ce qu’on désire.
One doit-il penser, en abordant toutes ces questions ? Doit-il rejeter toutes les opinions émises et magnétiser à l’aventure, comme nous l’avons fait nous-mêmes, lorsque nous essayâmes de nous convaincre en suivant notre propre instinct? ou bien doit-il se garder de faire des expériences, parce que M. Deleuze recommande de n’en point faire?
Nous aurons à examiner toutes ces questions, à les débattre et à en faire sortir une grande vérité qui s’y trouve renfermée. Ne donnant rien au hasard, nous marcherons appuyés par des faits; nous dirons comment ils se sont manifestés et comment on peut les reproduire, et nous donnerons enfin les moyens de baser sa croyance au magnétisme, non sur de vaincs spéculations de l’esprit, mais sur une certitude toute physique.
Nous laisserons de côté toutes explications dé la nature de l’agent. Que nous importe, en effet, que ce soit l’archer de Yanhelmont, le principe vital de Barthez , le fluide nerveux , ou la vie spiritualisée d’un autre, on ne pourra jamais l’analyser,pas plus que le fluide de l’aimant ou de l’électricité ; toutes recherches, à cet effet, seraient superflues.
Nous montrerons la similitude qui existe entre tous les effets produits par ceux qui croient au fluide, par ceux qui n’y croient point, et par ceux qui s’imaginent faire des miracles.
On verra cependant que les procédés ne sont pas indifferens pour arriver au but ; que ceux de M- Deleuze et de tous ceux qui , comme lui , ont commencé par établir un rapport, par toucher les pouces, etc., étaient dans une grave erreur ; que cette méthode est vicieuse , et que les magnétiseurs spiritualistes ne pouvaient avoir que des demi-succès , et enfin que ceux qui croient employer seulement l’imagination ne doivent réussir que dans un très petit nombre de cas.
Ce n’est point par des hypothèses que nous prouverons ces vérités, mais par des expériences dont les résultats ne peuvent être douteux.
Nous rechercherons quelques-unes des lois de l’agent magnétique, et nous verrons bientôt qu’il a une manière d’agir qui lui est propre et que nous n’avons pas la puissance de changer.
Nous verrons également que c’est de sa saturation sur nous que naissent tous les phénomènes de chaleur augmentés ou diminués, d’augmentation de pulsations, de production de sommeil, de convulsions, etc., etc.
Qu’il ne nous est pas possible d’en saturer outre mesure un individu , parce que, dès que ce principe est en excès, il tend a se mettre en équilibre avec les corps arnbians, et qu’il s’y met en effet.
On pourra donc expliquer la plupart des phénomènes de lucidité par l’excès de vie que produit le fluide magnétique chez les somnambules, lorsque leurs organes s’en trouvent saturés, et l’oubli, au mo-
meut du réveil, de ce qui s’est passé dans leur sommeil, par la privation subite de ce qui les excitait(i).
On concevra facilement que, s’il est possible d’augmenter l’énergie des propriétés vitales d’un individu, il doit s’ensuivre une foule de phénomènes qui lui sont utiles ou nuisibles , et que l’emploi d’un semblable moyen de traitement demandera , chez; celui qui sera chargé de l’employer, des connaissances spéciales.
]Nous arriverons enfin à avoir une marche plus certaine, en ce que nous pourrons suivre le développement de notre action, et la régulariser, tandis qu’avec les méthodes usitées , vous ne pouvez jamais connaître avec certitude si le malade que vous magnétisez l’est trop ou trop peu.
Les magnétiseurs apprendront que , lorsqu’ils veulent commandera la nature, il existe des lois qui l’empêchent d’obéir ; que le somnambulisme, objet de leur prédilection, ne se manifeste souvent que parce qu’ils ne le cherchent pas ; qu’une des grandes causes de sa non production vient de ce qu’ils le désirent avec trop d’ardeur. Ils apprendront
(1) Un somnambule me disait ; « Tant que vous versez eu moi le principe qui me vivifie , mon cerveau se trouve comme une lampe qui éclaire à une assez grande distance; mais dès le moment où vous cessez de penser à moi, cette lampe, en s’af-^ faiblissant, m’avertit de votre distraction, et s’éteint bientôt, si par un retour de votre action sur moi , vous ne versez de quoi
*a rpUumer. »
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aussi avec nous à rechercher tes sympathies q 1 existent entre tous les organes, à diriger leur action souvent loin de la partie malade pour déterminer des ehangemens dans cette dermere.
Les magnétiseurs, qui se croient des puissances, sauront qu’il est un terme à leur pouvoir, et qu ils ne franchiront pas certaines bornes sans s’exposer a devenir la risée des gens qui les entourent.
Les dispositions d’esprit et de corps n’ont pas besoin non plus de réunir les conditions que 1 on a toujours exigées.
S’il est bon d’aimer son prochain, de lui vouloir du bien et de compatir à ses souffrances , ces dispositions ne font rien à votre action , si vous n e mettez en jeu le véritable principe agissant.
On sera de même ^disposé à penser que l’incrédulité de celui que l’on magnétise n’empêche pas qu il ne puisse éprouver des effets ; l’état préférable , celui que l’on doit désirer, n’est pas non plus la croyance, mais bien un état entièrement passif.
Que les passes faites en touchant, tant recommandées par M. Deleuze et dautres magnétiseurs ne sont pas du magnétisme , proprement dit, quelles nuisent au développement de ses effets , et produisent un état mixte qui est le moins préférable.
Que les passes faites contrairement à ce qui a ete indiqué par ces derniers, peuvent être faites en long, en large , en descendant, en remontant, etc.* poui produire le même effet, etc., etc.
jNous bornerons ici nos observations. Chaque ai-
astr 9
iicle deviendra le sujet de dissertations approfon* dies et d’un mur examen. Ainsi que nous l’a-» vons avance , nous nous appuierons d’un grand nombre de fait ; et, si bientôt, suivant notre espërance , un concours de circonstances favorables nous permet d’avoir des sujets , nous nous empresserons de rendre témoins les personnes qui le désireraient, afin de justifier par des exemples vivans, si nous pouvons nous exprimer ainsi , que nous n’avons rien avancé qui ne fût fondé.
En prouvant que le magnétisme n’offre rien qui ne soit dans la nature, nous réduirons au silence les nouveaux ennemis du magnétisme, gens d’une piété peu éclairée, qui argumentent de certains faits d’action magnétique et de somnambulisme pour balancer l’autorité des miracles ; ils craignent pour la religion ; qu’ils se rassurent. : le magnétisme ne change pas l’eau en vin, ne multiplie pas les pains, etue ressuscite pas les morts ; il 11’y a rien de surnaturel dans ses opérations; c’est un des bienfaits de la Providence, plus propre à nous élever à Dieu qu’à nous en éloigner. Nous déplorons le zèle aveugle qui voit le mal où est le bien. Nous pourrions raconter ici comment plusieurs prêtres respectables ont été victimes de leur charité, et persécutés par leurs supérieurs, parce qu’i($ s’étaient occupés de magnétisme. Espérons que , plus éclairés sur leurs vrais intérêts, nos évêques ne dédaigneront pas de vérifier pap eux-mêmes que notre doctrine n’offre rien de contraire à la religion et aux bonnes; mœurs.
Nous répondrons à d’autres personnes pieuses, qui ne voient dans nos oeuvres que la manifestation des puissances infernales , que , la première fois qu’on entendit parler de l’aimant , qu’on vit un homme qui tenait suspendue en l’air une aiguille dont la tète était en bas et la pointe en haut, attachée à la lame de son couteau , on en fut aussi surpris que de tout ce qu’on entend dire des effets du magnétisme. Beaucoup de gens crurent que cet homme était sorcier, et que cela ne pouvait se faire naturellement. Nous pourrions citer bien des exemples semblables, et, pour parler le langage du baron d’Hénin , dire que l’ignorance des lois de la nature enfanta les faux miracles, etc.
Qu’il nous soit permis, avant de terminer cet article, de déplorer l’aveuglement de certains hommes qui repoussent tout examen. Serait il possible qu’une doctrine qui doit faire disparaître bien des maux, ou au moins nous soulager quand tout espoir de guérison nous est enlevé ^ fût destinée à rester des siècles sans être généralement connue ? Seraitil donc vrai que les entraves de toute espèce , le discrédit le plus injuste , le moins fondé , en pussent restreindre la pratique et en retarder les progrès?
« Est-ce comme frivole ou indifférent que le magnétisme est aussi légèrement traité?Non, puisqu’il a pour objet la santé, le bien-être et les lumières de l’homme. Est - ce comme dangereux et abusif ? Non; il n’y a point d’exemple qui soit en lui-même
pernicieux ; on en a beaucoup de ses avantages. On sait bien qu'il faut distinguer le magnétisme de ce qu’il est par lui-même, avec ce qu’il peut être par les magnétiseurs, et ne pas le charger de leur impéritie , de leurs imprudences, de leurs fautes. Est-ce par l’influence des personnes d’une sagacité reconnue et imposante? Non; on refuse cette sagacité au plus grand nombre de ses détracteurs , et l’on voit journellement redresser et ajouter à leurs notions les plus accréditées. Est-ce une suite de la négligence, de l’insouciance des gens qui se portent bien? Non ; c’est à eux de soigner les malades, de pourvoir à leur soulagement. Ils savent que l’on peut vouloir ou avoir besoin tour à tour d’être secourable ou d’être secouru , et qu’il ne faut donc pas écarter la bienfaisance et les lumières. Est-ce l’effet de ce penchant, de ce goût, de ce dévouement à la plaisanterie, à la critique, à l’apathie , à la fatalité , délits trop communs et si préjudiciables à la société ? Est-ee à cause de son analogie avec certaines connaissances curatives que le magnétisme se trouve
ainsi partager, encourir les sarcasmes.? Mais il
n’est pas besoin d’articuler , de démasquer, de combattre les obstacles, les tribulations qu’il éprouve ; il suffit de le mettre dans une évidence convenable , chacun est assez soigneux de son avantage particulier, pour ne l’apprécier et ne l’accréditer qu’en proportion de son utilité et de ses ressources.
a Elevez la voix, mères de famille à qui le magnétisme est déjà naturel dans les sollicitudes de la
maternité; demandez à le connaître bien , pour en profiter davantage. Vous , les plus pauvres habitans des villes et surtout des campagnes, dites que les soins éclairés, affectueux, familiers dé vos égaux, vous seront plùs efficaces que la pitié stupide et les secours indolens ou salariés. Vous ne connaissez pas les charmes d’une bienfaisance qui peut etre réciproque ; attendez des du magnétisme. Vous, incurables abandonnés à vos maux , à l’affliction , livrez-vous à l’espérance, c’est à vous que les magnétiseurs prennent le plus d’intérêt, c’est sur vous qu’ils se sont le plus exercés ; leur zèle, leurs efforts, très rarement infructueux, sont du moins consolans. Vous , assez fortunés pour payer les services et les traite mens auxquels vous êtes aveuglément résignés, vous désirez cependant un moyen de plus pour votre santé; vous aurez d’autant plus de confiance au magnétisme que vous le connaîtrez assez pour en savoir bien apprécier les ressources. Vous enfin, au «dessus de toute considération qui puisse vous engager à ménagerie magnétisme, pourrez-vous , sans scrupule, en autoriser l’éloignement, et vous refuser la douceur de contribuer à le faire prospérer, tandis que son examen et sa pratique peuvent combler l’attente et les voeux de l’homme placé sous tous les points de vue ?
« L’explosion de cette découverte, aussi intéressante par ses moyens faciles que par son objet salutaire, non - seulement fixe a cet égard l’attention, la curiosité générale, mais elle promet encore
d’autres aperçus , d’autres lumières. Des prétendues connaissances secrettes laissent entrevoir qu’elles existent (1), qu’elles sont analogues aux nouvelles observations, qu’elles sont immenses; mais que ce serait les profaner que de les livrer au vulgaire, en lui donnant le fil du précieux labyrinthe qui les renferme , dans lequel M. Mesmer nous a introduits , soit avec un bandeau qu’il a mis sur nos yeux, soit qu’il ne fût lui-même dirigé que par un crépuscule de lumière.
ç< Travaillons donc par nous-mêmes à constater la vérité, les moyens, les détails d’une découverte si étonnante, si étendue. En pratiquant le magnétisme , tel qu’il est le plus connu, nous profiterons des bienfaits certains qui en résultent, et nos besoins les plus pressans seront satisfaits. Attendons, dans cette jouissance inespérée, les nouvelles lumières que les connaissances plus secrettes disent ne devoir être le partage que des consciences résignées y bienfaisantes et sans reproche ; et surtout méritons-les.
« La vérité est le caractère du sage ; sa recherche l’unique objet de ses études, la vertu sa seule ha-
( :} Notamment îe spiritualisme , on peut y ajouter les grades tes plus supérieurs et les moins connus de la franc-maçonnerie, 1rs mystérieux travaux de plusieurs sociétés qui lui sont analogues ; on dit que ces connaissances , ainsi que plusieurs autres , prétendent tenir par quelque rapport au maguélisme •mimai.
bitude. Il doit cette recherche à lui-même, il la doit à tout le genre humain. Ce n’est pas un amusesement, c’est une obligation, un devoir.,Être heureux, faire des heureux, voilà sans doute le but; il ne parvient à l’un qu’en multipliant ses connaissances; à l’autre, qu’en les communiquant à ses semblables. Ces connaissances sont funestes quand elles sont fausses; il faut donc qu il s’assure de leur vérité, pour ne pas empoisonner ses jours et ceux des autres hommes. »
Traitement (Tune gastrique chronique .