SUITE DES QUESTIONS
Du jeune Docteur.
Si j’avais eu l’honneur de disputer quelquefois avec vous, infallibles docteurs, vous jugeriez que ce discours du Mesmerien, que j’ai transcrit d’une seule contexture, fut pourtant convenablement interrompu par moi, de toutes les manières possibles :
* JÊ>c.
mon adversaire en suait à grosses gouttes, et il faillit à 11’achever jamais : aussi, je 11e pense pas qu’il se vante beaucoup de son triomphe; et pendant qu’il me parlait, j’avais quelquefois tel souris , tel coup de tete si profondément dédaigneux, que j’ai cru voir mon homme interdit, pâlir et rougir tour à tour Cependant, docteurs-régens, puisque nous sommes entre nous, parlons sans feinte : tout considéré 5 laissons-là , croyez-moi, cette explication des effets du Magnétisme par l’imagination ; abandonnons ce poste, il 11’est pas tenable : on nous forcerait à quelque capitulation honteuse. Convenons bonnement que le Magnétisme est un agent réel et différent de la seule imagination : la pilule est amère, je le sais, je le sens; et c’est pour cela qu’il faut l’avaler sans la mâcher : épargnons au moins les grimaces, et 11’amusons point les spectateurs à nos dépens : mon
Dieu ! on n’a que trop ri depuis Molière.
Mais en même temps, illustres confrères, promettons, jurons tous par les objets les plus sacrés, par notre fortune et not»e orgueil; jurons que jamais, au grand jamais, nous nVvouerons que ce Magnétisme soit utile : ah ! c’est déjà trop qu’il soit réel !
Véridiques docteurs, recevez donc mon serment : je me hâte de le déposer le premier dans vos mains ! Oui, je jure par ces mains terribles, que je n’avouerai jamais dussé-je en crever, la cure d’une piqur-e d’épingle par le moyen d,u Magnétisme ; ils auront beau faire; témoignages de vive voix; attestations par écrit, je me fermerai les yeux; je me boucherai
les oreilles, je ne verrai rien, n’entendrai rien; jè serai pis que l’idole en Israël. Oui, messieurs, un mort ressusciterait en propre personne par la vertu du Magnétisme, que je lui soutiendrais en face qu’il est plus mort que jamais : jugez de ce que je dirai à ceux qui ne sont que guéris. Assurément, graves docteurs, vous entendrez parler de moi; et moins j’aurai à dire, plus je parlerai.
QUESTION
Sur la récrimination du Magnétisme contre la Médecine.
Mais, sur le point d’entrer dans ce combat, je ne in’en dissimule point le danger : nos ennemis, invincibles docteurs, ont des ressources infinies : en vérité, je doute quelquefois d’y résister. Si par hasard ces Mesmerœns embrassent contre nous le parti si facile de la récrimination, dites-moi ce que nous deviendrons ?
Quand je demanderai à l’un de ces gens-la : Qui avez-vous guéri avec votre Magnétisme ? S’il me répond : Et vous , messieurs , qui guérissez-vous avec votre médecine? que lui répliquerai-je pour le confondre ?
Et si l’insolent me demande à son tour : Qui avons-nous tue avec le Magnétisme? De bonne foi, messieurs les docteurs-régens , me conseillez-vous
de hasarder la même question , et de lui dire : Et nous , qui avons-nous tué avec notre médecine ? ali ! docteurs vénérables, ah! mes maîtres, je tombe à vos genoux ; non, jamais je n’oserai tenter une si périlleuse question : justes dieux! quelle terrible réponse !... Pardonnez si je vous montre tant de faiblesse, après vous avoir promis tant de courage..... Pardonnez 5 mais la nature et la vérité l’emportent quelquefois encore dans un très jeune médecin.
Messieurs les docteurs-régens, je vous prie de vous remémorer que l’argument de la récrimination est terrible en matière de religion : quand sur ce chapitre vous avez bien prouvé à votre adversaire qu’il est un sot, vous êtes tout ébahi de voir votre adverse partie vous prouver à son tour, que vous êtes tout aussi sot que lui. Respectables confrères, la médecine a beaucoup de rapport avec la religion : elle a ses dogmes et ses mystères que personne ne comprend : elle a sa foi que peu de gens aujourd’hui possèdent : elle a ses prophètes, ses apôtres, et sur- • tout ses martyrs : aussi, daignez m’en croire , n’attaquons pas trop cette espèce de religion nouvelle.
Je ne sais, mais il me semble que le Mesmerisme est à la médecine, ce que la religion réformée fut au papisme : ne l’irritons pas, laissons couler ce torrent; il ne faudrait, je vous le répète, que ce malheureux argument de la récrimination pour nous perdre : où nous cacherons-nous, dites-moi ? si ces novateurs nous demandent, pour l’utilité de notre médecine, les mêmes preuves que nous exigeons
pour Futilité de leur Magnétisme ; ali ! messieurs , je ne me lasserai point de vous le redire, ne poussons point ces drôles-là jusqu’au désespoir : ils présenteront requête au genre humain : ils révéleront.... Mais
détournons la vue de ces affreux présages. La
Providence a permis qu’un tremblement de terre inouï engloutît la Sicile, elle est trop juste pour permettre encore que la médecine soit engloutie dans les convulsions du Magnétisme. L’histoire du monde n’offrirait point d’exemple de deux désastres semblables et consécutifs.
Le proverbe dit : Qui prouve trop ne prouve rien , et moi je dis : Qui nie tout laisse tout croire. Croyezmoi vous même, docteurs indubitables, ne nions pas tout absolument à ces furieux, usons d’une indulgence qui nous conciliera les esprits doux et équitables, accordons à nos ennemis quelques cures, non pas complètes, mais des portions, des fractions de cures.... Trouvez-vous que ce soit trop? Eh bien! disons hautement que ces cures (car enfin il y en a d’évidentes) ne sont, quelles qu’elles soient, que le pur ouvrage de la nature et non du Magnétisme : comment nous prouveront-ils le contraire ? Heureusement cette nature n’a point de voix pour nous démentir : ou du moins cette voix parle un langage que nous n’entendons plus.... Oui, tenonsnous-en là. ... La nature fait tout : je sens bien que ce soufflet appliqué au Magnétisme, vient directement retomber sur la joue de la médecine ; mais qu’importe, il est des occasions où il faut savoir périr
JL*e.
avec son ennemi. Cependant, docteurs-régens, je veux vous proposer quelques réflexions sur cet in¬
vincible argument.
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QUESTION
Sur cet argument , que la nature fait tout , et que le Magnétisme ne fait rien .
Je n’ai pas d’abord osé tout vous dire, illustres confrères, car je tremble devant vous comme la feuille, quoique je sois votre confrère, et d’ailleurs de fort bonne sauté; mais je m’enhardis en finissant a vous confesser que j’ai eu une seconde conversation, ou plutôt une seconde dispute avec ce Mesmeriejs douceâtre, dont je vous ai déjà trop parle ; et je vous confesse encore que je le cherchais avec une sorte d’empressement, pour le bourrer de cet argument de la nature. Parbleu, disais-je, si cet homme m’a nié le pouvoir de l’imaginatjon, il n’osera pas me nier celui de la nature.
Je lui dis donc : Cest la nature et non votre Magnétisme qui fait les cures dont vous vous vantez : voici ce qu’il me répondit :
Si ce que vous dites est vrai, j’estime le Magnétisme plus que jamais : car si le Magnétisme est un art, je craindrais peut-être, tout simple qu’il est, que les mains des hommes ne le gâtassent, et qu’il ne fit beaucoup de mal : mais si le Magnétisme n’est qu’un moyen de laisser tout faire à la nature, il fera des i 20
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biens infinis : et sur cela, ce Mksmerien me fil une comparaison que je ne trouvai pas trop bonne ; c’est pourquoi, docteurs raisonnables, je vais vous la dire : il comparait donc les malades à des hommes qui, les yeux bandes, traversent un torrent fougueux, sur un pont étroit et tremblant; mais, ce qu’il y a de pis, ce pont est tout semé de petites fioles remplies d’une liqueur noirâtre, de tubes de métal, de petites boules grosses comme des pilules, et d’instrumens tranclians de toute espèce. Quand ces pauvres aveugles mettent le pied sur quelqu’une de ces fioles qui se cassent, sur ces tubes, sur ces petites boules qui roulent, ou ces instrumens trahehans qui les blessent, il n’en faut pas davantage pour les faire trébucher, et ils tombent dans le torrent, où ils se noient infailliblement : ceux au contraire qui se traînent lentement et ont le bonheur ou l’adresse d’écarter ou d’éviter ces fioles, ces tubes, ces petites boules, ces instrumens, enfin tous ces embarras, ne tombent point, traversent heureusement le pont, tout étroit et branlant qu’il est, et vont se rendre sur le rivage dans des bocages d’une verdure délicieuse.
Touché de ce spectacle , un homme compatissant pose enfin sur ce pont un garde - fou fort simple ; au moyen de ce secours, les uns évitent plus sûrement ces corps étrangers qui sont autant de pièges, et ceux qui les heurtent peuvent encore se retenir au garde - fou.
Je n’ai pas besoin de vous expliquer, ajouta le
Mesmerien , que ce pont étroit et peu sur ne signifie autre chose que les maladies humaines, que ces pauvres aveugles qui sont obligés de le traverser, sont les malades : vous comprenez très bien que le torrent où l’on se noie , c’est la mort ; que les fioles, les tubes de métal, les pilules, les instrumens tranclians, sont l’attirail de la médecine, semé sur la route entière des malheureux aveugles; et je n’ai pas besoin de vous dire que les bocages verts, placés sur le rivage, signifient la santé, mais ce que je dois vous dire et vous faire remarquer, c’est qu’à mon avis, le Magnétisme est justement le garde-fou qu’un homme prudent et compatissant a posé sur le pont. Là dessus l’homme du baquet ajouta : le plus grand des arts, monsieur, serait sans contredit celui qui rendrait inutiles un très grand nombre d’arts : et si le Magnétisme n’est pas une chimère, il produira cet heureux effet.
Docteurs salutaires , Jean-Jacques, ce fou si célèbre, a-t-il jamais dit de plus insigne sotiise? Je vous le confesse à ma très grande honte : mais je n’ai que vingt-cinq ans, et lorsque mes oreilles sont frappées par certains raisonnemens qui m’étourdissent et m’embarrassent la tête, alors, par un reflux des esprits animaux ( dont je vous parle sans les connaître), je sens pétiller au bout de mes doigts et le long de mon bras cet argument du geste , que je vous proposais tantôt modestement d’employer dans les cas urgens : cet argument du geste , docteurs efficaces, n’est-il pas l’un de ces remèdes que vous appelez
héroïques? iVest-ce pas le vrai spécifique du doute?
Au reste, je vous promets de n’employer ce topique violent que d’apres une consultation en bonne forme, signee de quatre d’entre vous ; et je me souviendrai en attendant, de ce grand principe que j’ai appris dans vos ecoles : Que dans les corps vivants , Vaction produit la réaction.
Je me suis écarté de mon sujet, estimables docteurs; mais vous me le pardonnerez: il s’agissait, s’il m’en souvient, des opérations de la nature; et nous autres médecins, nous sommes gens de l’art, et du plus grand des arts. Or, vous savez assez que l’art et la nature ne font pas bon ménage ensemble : aussi ne consentons-nous guère à parler de cette nature sans nous en écarter le plus tôt et le plus que nous pouvons : ainsi ma digression est dans l’ordre.
Quoi qu’il en soit, le Mesmeribn , après sa sotte comparaison, me fit sur la nature , le Magnétisme et la médecine un raisonnement qui m’embarrassa un peu; mais vous, docteurs pénétrans, vous le dissiperez comme le soleil dissipe un nuage : Qu’est-ce devant vous qu’un raisonnement?
« Oui, monsieur le docteur, me dit notre en- « nemi, j’estime la puissance de la nature beaucoup « plus sans doute que celle de votre médecine et du « Magnétisme, en supposant que le Magnétisme ne cc soit pas un simple procédé de la nature même ;
« mais s il fallait juger entre les méthodes de l’in- « dustrie humaine ; celle du Magnétisme a un avan. a tage que la médecine n’aura presque jamais, celui
(t de reconumtre les cures qu’elle fait; tandis que u vous autres médecins ne pouvez guère recoimaî- (C ** e c l ue tas cures que vous ne faites pas. »
A ce propos, docteurs discrets, je lui dis qu’il en avait menti, et il continua.... Il est vrai que je le dis assez bas pour qu’il ne l’entendit pas.... « Yous (( niullnnre z , dit-il, et pourtant rien n’est plus vrai : « un médecin peut bien s’assurer que c’est lui qui a « tué, mais presque jamais que c’est lui qui a guéri: « car enfin, messieurs, »(c’est toujours ce réprouvé qui parle, sages-docteurs, n’allez pas vous méprendre) «vous vous vantez d’une médecine, « que ne vous vantez vous de cent médecines? Âucc tant de médecins, autant de médecines: autant « d artistes, autant d’arts difFerens. Vous ne trouée verez pas un médecin de cinquante ans qui ne se ec soit fait à lui tout seul une médecine non-seulece ment différente, mais souvent contraire à celle de ce tous les autres ; quand vous dites à un médecin :
« Voilà un malade qiie la médecine a visiblement « tué; il vous répond ; Oui, la médecine de mon « confrère i’a tué, mais la mienne l’aurait sauvé ;
« en cas pareil interrogez le confrère à son tour ;il « vous en dira tout autant de la médecine de son « très cher collègue : et ce qu’il y a de vrai, cc c’est qu’à intelligence égale, tous ces médecins,
« avec des médecines si différentes, guérissent et « tuent à peu près également ; ou en laisseraient le « choix pour une épingle. Médecins anciens, méde- « cins modernes, médecins à purgation, médecins
( Sto )
« à saignées, médecins à émétique , calculez bien les cc listes mortuaires, et je suis fort trompé si la diffe- « rence vaut la peine d’en parler.
«Or, quand un homme sensé verra guérir la « même maladie en la traitant par deux méthodes « différentes, que conclura-t-il, je vous prie? que « ni l’une, ni l’autre n’a guéri, mais seulement « la bonne nature, dont la méthode est partout et « toujours la même.
« Le Magnétisme a ce même avantage : saméthode « est uniforme et constante; et s’il fait peu , on peut « du moins reconnaître plus facilement le peu qu’il « fait. . . • Vous secouez la tête, » ajouta-t-il, ( effectivement docteurs inébranlables, je la secouais pour lui faire entendre qu’il ne savait ce qu il disait! « et « je vous entends déjà, quand un malade chez qui « la nature est défaillante sera soulagé près d’un ba- « quet, vous me crierez : C’est la nature qui a tout « à coup repris ses forces , je vous répondrai : Je « l’accorde ; mais en voici deux, en voici trois, « quatre, dix, vingt de guéris ou soulagés auprès de « ce baquet; ce qu’un seul ne suffit point à prouver, « plusieurs ne le prouvent-ils pas? La nature n’est « après tout, par l'apport à i’iioinme , que son orga- « nisation même : cette nature a ses règles et sa « marche dans les maladies comme dans la santé ; « on connaît à peu près ses époques de force et de « faiblesse; tantôt elle paraît languir, tantôt se réveiller; mais cette marche, ces périodes ne sont
cc pas du tout les mêmes dans des tempéramens et cc des maladies différentes : je ne concevrai donc jacc mais que dix, vingt personnes d’âge et de ternpéc< rament qui ne sont pas plus semblables que leurs « maux, soient précisément soulagées presque à la (c même époque, par le concours fortuit des efforts « heureux dans eux tous, de la seule nature.
« Il y a surtout entre la médecine et le Magnécc iisme, une différence que je vous prie de reraarcc quer, c’est que presque tous vos malades éproucc vent d’abord la médecine avant la nature ; et dans « cet ordre d’expérience, les hommes ont pu très « bien reconnaître l’impuissance de voire art et la cc grande puissance de la nature.
cc 11 n’en va pas ainsi pour le Magnétisme : comme <c il n’a guère attiré jusqu’à présent que de très an- « ciens malades rebutés et détrompés des remèdes, « il est arrivé que la plupart avaient déjà essayé le cc pouvoir de la seule nature avant celui du Magné- <c tisme ; et de là vient que dans cet ordre contraire a d’expériences, l’observateur a pu, dans plu— cc sieurs cas, discerner avec évidence l’insuffisance cc de la nature et l’efficacité du Magnétisme : c< car enfin, quelle sera la cause secrète du cc soulagement que ces malades vétérans éprouvent cc et sous l’action du Magnétisme ? sera-ce donc cc cette nature qui n’avait rien voulu faire pour eux cc dans leur maison et dans leur lit ? Certes, ceci est cc très singulier : quel est donc l’attrait de ce baquet <c pour la nature qui paraît si souvent ne vouloir
cc opérer qu’auprès de lui? Dans ce cas, ajouta le cc Mesmerien, il faudrait encore se soumettre à cet cc inexplicable caprice, et conduire les malades à cc nos baquets comme à une espèce cCHôtel - Dieu de cc la nature. »
Ce n’était-là , de la part du mécréant, qu’une très fade plaisanterie, et je la méprisai comme je devais : mais je vous supplie, graves docteurs, de ne pas trop mépriser, dans ce discours, plusieurs idées qui m’ont paru passer la plaisanterie; et je me flatte que vous me fournirez, contre ces sortes de choses, de bonnes raisons ou de bonnes épigrammes : à parler franchement, j’aimerais mieux encore les épi grammes, même mauvaises, que les raisons même bonnes.
J’aurais encore, docteurs intarissables, mille questions aussi curieuses qu’importantes à vous proposer. Mais je songe au prix que vous mettez à votre temps : ce temps qui n’est que du cuivre dans les mains vulgaires, devient de l’or dans les vôtres : je ne veux plus le prodiguer, et je cesse mes questions.
J’ai lu le rapport des commissaires nommés par le Roi pour l’examen du Magnétisme animal, non pas chez M. Mesmer, mais chez M. Desion ; et ces commissaires sont presque tous médecins, ou amis des médecins; amicus Plato , arnicas Aristoleles (i), en tenant clans mes mains ce rapport, et l’élevant
(1) Le reste de la citation est inutile.
vers le ciel, je me suis écrié : Que béni soit le Dieu qui t’envoie : que de peines épargnées, si je t ai possède plus tôt : livre plus précieux que l’or et lesdiamans ! tu vas donc m’inonder de lumières, et résoudre d’avance toutes mes questions : mes doutes vont disparaître devant toi, \ comme la fumée devant un orage: parlez, dignes représentons de la médecine, de cette ancienne science des Dieux : parlez , car votre serviteur vous écouté .
Ainsi j’ai lu, que dis-je? j’ai dévoré ce rapport : peu s’en est fallu que je n’aie fait cette lecture a
genoux.Eh bien ! vénérables docteurs.Eh
bien !... Que vous dirai je ? .... O surprise •'••••• Mes chers confrères, le croirez-vous ? d faut, comm 1 si de rien n’était, répondre à toutes mes
questions.
Ce rapport est. ... il est divin sans doute, du moins c’est ainsi qu’il faut le dire à l’univers : mais, entre nous, ces messieurs ont commis une grande faute en le divulguant : que vous en semble, docteurs prévoyans ? ne vaîait-il pas bien mieux le laisser dans un double étui comme les choses sacrées? Ah ! que j’ai peur qu’il n’arrive à ce rapport divin Sa même chose qu’à certaines écritures divines : quand tout le monde les a lues, personne n’a plus voulu les croire : enfin docteurs- régens, me voilà plus irrésolu et plus questionneur que jamais : c’en est fait, je n’espère qu’en vous, soulagez cet état si pénible : une question non résolue est dans mon cerveau ce qu’un aliment indigeste est dans mon estomac ; je
souffre cruellement jusqu’à ce qu’il soit digéré ou |uirgé ; j attends donc votre réponse avec angoisse ; elle sera pour moi un excellent digestif ou un vrai purgatif. Par vous, mon jugement digérera mes doutes ou bien enfin j’en purgerai toul-à fait ma mémoire.
Je finis, venerables docteurs-régens, en vous disant au nom du genre humain personnifié, ce que Cicéron disait à l’un de ses amis qui n’était pas son médecin : Si bene va/es , ego i ene va l eo
JN'ous nous sommes déterminés à réimprimer ce petit écrit, qui contient toute la logique de ceux qui s opposent a la propagation du Magnétisme ; nous le ferons suivre d’autres morceaux, qui ne sont pas moins forts : puisque nous avons embrassé la défense du Magnétisme , il nous paraît tout naturel de ne point ménager les intérêts de nos antagonistes de mauvaise foi; nous mettrons le public dans la confidence. 11 faut qu’il sache pourquoi la vente, qui lui est le plus important de connaître, languit et se traîne depuis quarante ans, malgré les eliorts d’Une foule d’hommes justement recommandables , et par leur science et leur vertu.
Nous ferons voir comment les gens qui, par état et par devoir, devraient avoir embrassé notre cause reculent devant des considérations toutes personnelles et opposées au bien général. Le publie connaîtra une foule de petites particularités, qui lui
apprendront à juger nos savans; il verra s’il est plus essentiel à son bonheur de savoirs, la taupe a des yeux pour ne point voir, ou si elle voit e effet (car ces messieurs ne se sont point encoie prononcés là-dessus, bien qu’ils aient employé plusieurs séances à cette utile découverte ); que detre instruit d’une faculté qu’il possède à son insçu et qui peut le soulager dans ses souffrances.
H saura qu’une commission de onze individus, membres de l’Académie de médecine, nommée depuis plus de deux ans pour faire un rapport sur le Magnétisme, tremble de révéler l’existence de cette utile découverte ; il connaîtra les faits que les commissaires ont eu à constater, ceux qu’ils n’ont point vus-, mais qu’ils auraient pu voir, et le défi qu’on leur porte de se prononcer pour la négative.
Peut-être qu’éclairé sur ses vrais intérêts, d laissera de côté les corps savans, qui ont, comme chacun le sait, découvert très peu de vérités utiles, et qui en ont toujours persécuté les inventeurs. Il ne voudra pas attendre la décision de la commission, pour connaître la vérité et pour mettre a profit ce que Dieu , dans sa bonté , voulut qu’il connut; quant à nous, nous opposerons à la force d’inertie de nos adversaires, une force d’action sans cesse renaissante, et nous promettons de «'abandonner la partie que lorsque nous aurons fait triompher la
vérité. ,
« Le Magnétisme animal est une de ces doctrines dont on doit se glorifier, qu’il laut faire con-
, naUU ' lîautement ) publiquement parce que tous les hommes ont droit à ce qui est bon, salutaire et ' onnc par a nature : il faut que ceux qui la connaissent aient autant de constance pour lui faire vaincre 1 erreur et l’ignorance, que les détracteurs en ont pour 1 anéantir. L’honneur de la nation exige meme que la vérité trouve des défenseurs zélés »
M. Broussais vient de faire paraître un ouvrage sur la folie; nous regrettons que ce savant médecin ne se soit pas occupé du Magnétisme, et qu’il
n ait pas surtout observé le somnambulisme. Il y eût
apperçu des phénomènes qui auraient changé la nature de ses idées, et qui l’auraient empêchés sans doute de jeter dans le public un livre où le matérialisme est mis à nu. Nous espérons que cette publication loin de nuire au Magnétisme, le servira au contraire, en ce qu’elle forcera de recourir aux faits qu’il présente, et qui semblent en contradiction avec la doctrine désolante préchée par le savant professeur.
Le plus rude adversaire du Magnétisme animal, est sans contredit M. M... de la xMarne, il faut voir comment il traite les pauvres magnétiseurs. Ce n’est pas assez d avoir prouvé, malgré les assertions contraires de MM. jrigault-Lebrun et Deleuze, que nous
faisons un pacte avec le diable, il sollicite contre nous les foudres du gouvernement pour empêcher la propagation de notre magie.
La faculté de médecine est aussi en butte aux attaques de M. M... de la Marne, et nous le conce-, vons ; car elle ne veut pas non plus avouer la puissance du diable dans les phénomènes magnétiques, tandis qu il est de toute évidence que sa présence y joue un grand rôle.
Beaucoup de nos lecteurs seront tentés de rire des assertions de M. M... de la Marne , et de ne croire que le témoignage de leurs sens qui semblent leur indiquer que 1 agent magnétique n’est que le produit de la matière organisée, mais qu’ilssongent que tous les soirs le diable se montre à la porte Saint-Martin, devant des milliers de spectateurs, et qu’ils doutent encoi’e , s’ils l’osenî, de sa présence parmi nous.
Monsieur M.... de la Marne a surpris le grand secret des magnétiseursj il a découvert, oh Ciel! qui pourrait le croire, que toutes les femmes devenaient amoureuses de leurs magnétiseurs, toutes, notez bien, pas une n’est exceptée.
On se demande comment M. M.... de la Marne a été amené à connaître ce grand secret ; Je voici : il a lu quelque part qu’un jeune homme était doué d’une organisation tellement magnétique, qu’il n’était pas plus possible de résister à la puissance de son, regard qu’aux charmes de sou individu. Qui pourrait douter du fait d’après un tel aveu.
Extrait clu journal tE clair.
Nos savans de l’Académie de médecine sont toujours, au sujet des possessions diabolico-magnétiques, dans un embarras vraiment rjsible. Ne pouvant d’une part, ni les contester, ni les expliquer scientifiquement, et de l’autre, n’osant pas lesattribuei a qui de droit , ces pauvres philosophes s’engourdissent dans le silence, et semblent vouloir y entraîner les magnétiseurs eux-mêmes. Ah! ah! c’est ainsi, prétendus amis des lumières, que vous invoquez, quand elles vous gênent, le secours des ténèbres !
Extrait du même ouvrage.
On va publier Vhistoire inédite des possessions de Loudun, par le P. Surin, encore un affront pour les magnétiseurs !
« H y a environ six ans que l’on exorcisait à Bordeaux une femme connue dans cette ville et qui avait déclaré être obsédée d’un démon. Pendant les exorcismes, qui furent discontinués et repris à des jours différens, et auxquels assistèrent Mgr. l’archevêque de Bordeaux, des membres de son clergé, des médecins , et beaucoup d’autres personnes , voici les phénomènes qui frappèrent le plus l’attention. L’obsédée étant assise au milieu d’un oratoire, l’exorciste s’enfermait dans la sacristie et adressait au démon, en latin et à voix basse, différentes questions. Ceiui-ci répondait aussitôt par l’organe de l’obsédée qui n’avait aucune connaissance de la lan-
gue latine. 11 parlait aussi quelquefois un langage très harmonieux que les assistans ne comprirent pas. L’exorciste commandait - il, toujours à \oix basse, divers mouvement? L’obsédée les exécutait. Mais, s’il lui donnait ordre d’aller adorer le Saint-Sacrement, alors on la voyait tomber tout à coup dans de violentes convulsions ; elle se frappait avec force la tete contre le pave de l’oratoire. Dans son état naturel, elle l’eût infailliblement brisée; eh bien! de tous les coups dont elle la frappa aucun ne fut suivi de blessures. Lorsqu’on plaçait sur elle quelque objet bénit, une étole surtout, elle était saisie d un frémissement si subit, d’une si extrême agitation, qu’on eût dit que des charbons ardens étaient caches sous ces objets. Comme les somnambules des magnétiseurs, elle ne répondait qu’à l’exorciste; et rendue à elle-même, n’avait aucune notion de ce qui s’était passé pendant l’exorcisme. Elle annonçait aussi des faits réels et cachés dont elle n’avait jamais été instruite. Or, veut - on savoir qui opérait tous ces prodiges? L’exorciste fit avouer plusieurs fois à un démon, parlant par la bouche de l’obsédée, que lui seul en était l’auteur. »
Note du Rédacteur du Propagateur.
Toujours des possédés — citons un petit fait pour corroborer les assertions de messieurs de VÉclair . cc On rapporte que le comte de Lude, étant allé
à Louclun pour examiner ce qui s’y passait, voulut faire une expérience qui lui montrât â quoi i! devait s’en tenir sur la prétendue possession ; il feignit donc de vouloir faire constater l’autlienticité des reliques qui lui avaient été léguées par ses ancêtres; et demanda qu’il lui fût permis de s’assurer si le diable en ressentirait la vertu. Les exorcistes l’assurèrent qu’il ne pouvait mettre ses reliques à une meilleure épreuve. Ils les prirent de sa main, et les appliquèrent à la prieure, qui aussitôt fit des cris horribles et des contorsions épouvantables; on eût dit qu’elle était dévorée par un feu invisible, tant ses tourmens étaient extraordinaires, et ses agitations violentes. Au plus fort de ses accès, on lui ôta le reliquaire, et à l’instant elle redevint aussi tranquille qu’elle l’était auparavant. L’exorcisle, se tournant alors vers le comte, lui dit : Je ne crois pets, monsieur , que vous doutiez maintenant fie la vertu de vos reliques . —Je rien doute pas plus , repartit celui-ci, que de la vérité de la possession ; et à l’instant,il ouvrit la boîte dans laquelle, à la grande confusion de l’exorciste, on ne vit, au lieu de reliques, que de la plume et du poil. Ah ! monsieur, s’écria le prêtre, pourquoi vous-etes vous moqué de nous?—Mais vous , mon père , répliqua le comte, pourquoi vous moquez vous de Dieu et du monde?
FIN
Xe topaaoieti/U
DU
magnétisme animal.