‹ Le Propagateur du magnétisme animal. Tome secondChapitre 31 sur 33 · MIRACLES · texte numérisé non relu

MIRACLES

Il existe à Paris des magnétiseurs dont la manie est de croire qu’ils ont le pouvoir de faire des mU racles, et ce qui est bien plus extraordinaire, il y a

fies gens dans cette capitale qui ont la simplicité de ne pas douter de la réalité de cette puissance. Les malades accourent de tous côtés, avec l’espoir de guérison, ils se prosternent devant le saint d’une nouvelle espèce, prient avec ferveur. Le saint homme s’approche, souffle ou fait quelques signes sur la partie souffrante, ferme les yeux, se recueille un instant et dit avec force , levez-vous et marchez : or il arrive ce qui doit arriver ; le boiteux reste boiteux, les douleurs continuent à tourmenter ceux qui en sont atteints, etc. etc., et le saint de s’écrier: Vous ne guérirez jamais, vous n’avez point de foi, vous êtes des réprouvés. Les pauvres patiens se retirent le coeur navré, et plus affligés qu’avant l’opération. Ils maudissent leur sort, et quelquefois font entendre des murmures contre celui qui s’interpose entre la divinité et eux.

11 est bon de prémunir les personnes honnêtes contre cette jonglerie d’un nouveau genre. Nous connaissons les saints dont il s’agit et nous pourrions faire leur biographie j car nous savons comment ils ont débuté dans la carrière ; nous avons été témoins de quelques-uns de leurs miracles, qui consistaient seulement dans le principe , à faire allumer des bougies placées à une certaine distance des inspirés (*) dont les prières faisaient descendre une flamme céleste sur les cierges consacrés qui s’allumaient aussi-

(*) C’était alors un jeune garçon et une jeune fille, qui venaient récemment de faire leur première communion.

tôt. Loin dès regarda profanes e ,dan S t,n C Æ»mbre dont tout était clos, un de ces inspn es qui magnétisé par M. Ch .... avait même 1,^

heur d’envisager Dieu face à face. Interroge comme

il le voyait, il répondait avec beaucoup de n^tequ^

c’était un gros joufflu et que deux de ses ap 1 distinguai^ a,ifailementétaient ^'“”' reel a| ,

La foule que cesinepties n’ecUiratent P 01n ’ au miracle et se frappai, la poitrine s ’arr«chaUles cheveux et répandait d’abondantes larmes. 3 avoue £ qu’avant d’avoir assisté à de pare,lies scènes d

m’eèt été impossible d’y croire et ^"aû pût se porter à de semblables actes de > ilraivus, ainsique beaucoup d’autre, masseurs qui pourraient au besoin le certifie.

m On se sent pénétré d’indignation contre les individus qui fanatisent ainsi les pauvres de jngem“ ne serait pas sans quelque danger que »" y .

rait à nier ou contester en face la rea i

lions, et malheur pourrait vous en arrtvertdneS

drait pas même avoir 1 apparence ce ^

me rappelle ce qui m’advint un puf q ue 1 troduit pour être témoin de ces ridicu e J’avais l’impassibilité qui convient à un observateur; tTie fus vivement aposté, traité et de réprouvé. Quand on songe que 1 on veut per pétuer de semblables bouffonneries et qu d se n om I huitième siècle un parterre pour en appto* les acteurs, on sc demande si l’espnt human, es, fatt

pour la vérité !... Oh! MM. de la Marne et consorts avec vos possessions, vos obsessions et vos exorcismes, vous etes bien dignes de vous associer à

MM. Ch... S... etc. ! que de belles choses vous feriez ensemble !

Effets de Vimagination selon quelques médecins.

Une dame de 45 ans environ, paralysée de tout un cote, par suite d’une épanchement au cerveau, fut traitée pendant 16 mois consécutifs pour cette maladie par plusieurs médecins ; lasse de ne pas éprouver d amelioration dans son état, elle se décida à employer le magnétisme. Ce dernier moyen arrivé un peu tard, fut trois mois à la rétablir, après avoir produit divers phénomènes très sensibles. Pendant tout ee temps, le médecin ordinaire venait toujours rendre des soins à sa malade et ordonnait, comme il est d’usage , quelques petites prescriptions que l’on avait grand soin de ne plus suivre. Enfin fatiguée de se cacher ainsi ( chose qui avait été nécessaire, car le docteur, n’entendait pas raillerie sur le magnétisme) et se trouvant toul-à-fait rétablie, un jour que l’on annonçait le médecin, cette dame se coucha sur le tapis de sa chambre et attendit dans cette attitude le visiteur. Son Esculape, étonné de celte vue, s’empressa de lui demander pourquoi elle

sans re-

était dans cette position. Mais cette clame pondre se tourna, se retourna, fit des mouvemens en tout sens et finit par se lever. Le docteur de plus en plus surpris, lui dit qu’elle allait, sans doute , lui apprendre la cause d’un aussi grand changement, survenu dans son état contre toute espérance. Cette dame ne fit plus alors attendre sa réponse et lui avoua qu elle devait son rétablissement au magnétisme ♦ — Au magnétisme ! répéta le docteur interdit. Au magnétisme! dites plutôt à l’imagination.—Soit, docteur, mais pourquoi ne m’avez vous pas traitée par ce moyen-la. Le docteur se fâcha de cette réponse, il eut tort, il ne revint plus. Il eut doublement tort, il devait etudier et chercher à connaître la nouvelle vérité cjue nous avons pris à tâche de défendre, afin qu une autrefois il ne fut point exposé à pareil évènement, ce qui est très possible.

Emploi de la médecine ordinaire et de la médecine magnétique .

Madame la comtesse de R... victime d’une cruelle maladie, existerait encore, si le magnétisme eût été plus généralement connu. Voici sur quoi je fonde mon opinion.

Malade depuis 76 jours d’une fièvre muqueusedont les symptômes persistèrent malgré les traitemens habillement ordonnés par les docteurs D. B., etc. •

Malgré tous les purgatifs, les emplâtres et 200 L-

vemens, qui ne procurèrent pas une garde-robe, et des doses d’opium qui ne firent pas dormir;

Malgré bien d’autres remèdes ; car que ne fait-on pas, pour ne plus souffrir ! le magnétisme fut du nombre des moyens essayés, et l’avant dernier de tous.

Chargé de l’appliquer, je magnétisai la malade qui ne croyait point à la vertu du moyen que j employais : mes passes la faisaient sourire, je continuai néanmoins sans m’inquiéter de son incrédulité et de sa critique. Ce remède contre toute attente opéra. La malade dormit trois heures de suite , et eut deux évacuations. Une aussi bonne nouvelle charma les médecins qui ne surent à quoi attribuer un semblable changement; ils le mirent sur le compte de la nature; prétendant qu’elle faisait des efforts etqu d fallait l’aider, ils ordonnèrent en conséquence des remèdes que l’on eut la faiblesse de prendre malgré les défenses expresses de ma part. Je sentis de suite quel danger courait la malade ; j’en avertis madame la comtesse de N... sa soeur ; je lui dis que les nouveaux médicamens qu’on lui avait administrés, empêcheraient l’action magnétique de se renouveler. Mes craintes ne furent que trop bien justifiées, la malade mourut le surlendemain, me laissant a moi et à quelques autres personnes la cruelle cerutu e que le magnétisme seul eût pula guérir.

Dans un des derniers numéros de notre journal , nous regrettions que M. Broussais, ne se soit nas ins-

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truit du magnétisme avant la publication de son der* nier ouvrage 3 nous sommes heureux aujourd’hui d’avoir à annoncer à nos lecteurs, que des expériences ont été faites devant ce médecin et qu’il en à paru satisfait. La médecine et la philosophie gagneront beaucoup à cette conversion, car M. Broussais n’est pas de ces hommes chez lesquels les impressions glissent légèrement ; il les mûrit et en garde mémoire pour les faire tourner au profit de la science; bien différent en cela de beaucoup de ses confrères, qui, ayant été convaincus du magnétisme, semblent avoir tout-à fait, depuis cette époque, oublié son existence.

Système curieux a examiner.

Extrait de la correspondance d'un médecin .

«^Maintenant, et dans le cas ou cette découverte ne serait pas une chimère (le magnétisme), ne conviendrait-il pas de la proscrire comme pouvant produire une révolutionjjdangereuse?

« Or, Monsieur, sur cette question, voici tout mon système : je dis mon système, car je dois vous prévenir que l’opinion que je vais développer est à moi, et qu’elle n’a parmi “nous d’autres partisans que ceux de nos docteurs qui, s’élevant au-dessus des préjugés de leur profession, regardent la médecine comme une institution qui appartient autant a

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la politique qu’à la nature , comme une institution qui n’intéresse pas moins l’homme considéré comme un être physique qu’il faut conserver, que comme un être moral qu’il faut conduire.

Voici donc tout mon système.

C’est dans notre constitution physique que la nature a déposé tous les germes de nos habitudes morales. Ces grandes différences qu’on remarque entre les préjugés et les coutumes des peuples qui vivent sous des zones opposées, c’est dans le climat, dans des circonstances purement locales, qu’il faut en chercher la première origine. Ce n’est aussi que dans le cours plus ou moins réglé de nos humeurs, dans la plus ou moins grande mobilité de nos fibres, dans une disposition plus ou moins prochaine à être ému ou irrité par les objets qui nous environnent , qu’on peut trouver la raison de cette prodigieuse variété de caractères qu’on observe tous les jours dans la société, et qu’on ne suppose pas devoir exister parmi des êtres, que les mêmes besoins, les mêmes lois, une même éducation rassemblent.

Tout changement, toute altération dans notre constitution physique, produisent donc infailliblement un changement, une altération dans notre constitution morale.

Il ne faut donc quelquefois qu’épurer ou corrompre le régime physique d’une nation pour opérer une révolution dans ses mœurs.

On sait tout ce que les Egyptiens, les Perses, les Spartiates durent de force et de vertu, au genre de

vie sobre et austère que leurs législateurs letif avaient imposé \ du sait aussi que le moment de la dépravation de leurs mœurs fut celui ou ils commencèrent a porter avec impatience lé joug des institutions salutaires auxquelles leurs pères s’étaient asservis.

Cela posé, si le but des hommes qui Se rassemblent dans un meme lieu est de vivre en société, si la société est dans l’ordre de la nature ; il est évident qu il n y a de révolution utile dans la constitution physique d une nation , que celle cjui tend à développer dans les individus qui là Composent, toutes les habitudes propres à les rapprocher et à les unir.

« Or,Monsieur,comment se formentde telles habitudes?

a Tant que nous n’avons d’autres besoins que ceux de la nature, comme il est assez rare qu’il nous faille recourir à la volonté d’un autre pour les satisfaire, nous existons sans rapports constans avec les êtres qui nous environnent, et les habitudes qui résultent de ces rapports ne nous sont pas connues.

«Les choses changent, lorsque la masse de nos besoins s accrôit. A vec plus de désirs et les mêmes facultés, il nous faut, pour jouir, ajouter à nos forces une force étrangère. Ce n’est plus en nous seulement que nous plaçons la vie, mais aussi dans tous les êtres qui, en contribuant à nos plaisirs, peuvent améliorer notre destinée. Alors notre solitude nous pèse, nous sentons la nécessité d’être ensemble, et avec cette iï. 24

nécessité commencent toutes les habitudes sans les-» quelles la société humaine ne subsisterait pas.

«Maintenant, monsieur, tous les hommes sontils susceptibles au même degré, d’acquérir des habitudes?

« Non. Ce n’est pas dans toutes les âmes que se développent avec énergie les affections douces que supposent nos habitudes sociales, et qui, comme par autant de fibres, nous attachent «à toutes les parties de l’univers moral dans lequel nous existons. Ce.n’est pas non plus pour tous les hommes que sont faites les situations fortes, les passions orageuses, tous les événemens qui impriment à l’ame un ineffaçable et grand caractère. Celui, par exemple, qui n’obéit qu’à des sensations passagères, qu’un souvenir pénible n’a jamais tourmenté; qui ne connaît, ni l’espérance., ni la crainte, ni les regrets; qui n'a pas besoin d’émotions pour vivre et pour être heureux ; cet être, s’il existe, dans quelque situation que la fortune le jette, n’aui'a certainement ni caractère, ni mœurs, ni habitudes. U usera des hommes sans les aimer, ni les haïr, il vivra dans la société,. mais à coup sur il n’est pas né pour elle.

«Indépendamment de toutes les circonstances qui peuvent dépraver nos premiers penchans, le plus sensible de tous les hommes en est donc aussi le plus sociable. J’omets ici beaucoup d’idées intermédiaires. Mais si vous doutez de cette vérité, ouvrez les annales de l’histoire , et vous verrez que nos mœurs ne sont devenues plus faciles et plus douces, nos ma-

nières n’ont acquis plus de politesse et d’agrément que lorsque nos organes exercés par toutes les jouissances du luxe, ont porté à notre ame des émotions plus délicates et plus variées, des sensations plus profondes et plus fines. Vous verrez que les progrès de la sociabilité parmi les hommes ont été les memes que ceux des arts, non pas seulement parce que les arts, en nous donnant plus de besoins, nous mettent dans une dépendance plus universelle et plus étroite les uns des autres, mais aussi parce que l’effet des arts est de changer notre constitution primitive ; de donner plus de jeu, plus de mouvement à nos fibres, en multipliant autour de nous les objets de nos peines et de nos plaisirs; d’entretenir par ce moyen dans une action presque continuelle , la sensibilité plus ou moins grande dont nous sommes pourvus, et de hâter ainsi dans tous les coeurs le développement des qualités sociales dont cette sensibilité est la mère.

Une vérité que vous trouverez encore dans l’histoire, c’est qu’il n’y a que les hommes doués d’une sensibilité très active, qui aient fait ici-bas de grandes choses. Tels ont été ceux qui ont disposé d’une manière violente et rapide de la destinée des nations; ceux auxquels les peuples ont dû leurs mœurs, leur génie et tous les élémens de leur prospérité ; ceux qui, en étendant les progrès des arts, avec de nouvelles sensations, nous ont procuré de nouvelles jouissances; ceux surtout, qui, loin des routes ordinaires ont trouvé d’importantes vérités,

qui n’ont approché des sciences que pour y produire* de vastes révolutions, qui, échappant à tous les préjugés, ont donné à l’intelligence humaine d’autres opinions, d’autres lois, d’autres maximes; en un mot* tous ceux qui ont exercé une grande influence sur les évènemens et les idées de leur siècle.

a Or, monsieur, si c’est de l’excès de nos besoins sur nos facultés que résultent toutes nos habitudes sociales; si ces habitudes ne se développent qu'en proportion de notre sensibilité; si nous devons à cette même sensibilité nos coutumes, nos opinions, nos arts, tout ce que le génie peut créer pour ajouter à notre existence; et si, comme je l’ai dit plus haut, il n’est aucune de nos qualités morales, qui n’ait son germe dans notre constitution physique; n’est il pas évident que ce n’est que parce que les hommes n’ont pas tous la même constitution , qu’ils ne sont pas également susceptibles des mêmes habitudes?

cc Quelle sera donc alors la constitution la plus farable au progrès de la sociabilité?

« Jetez les yeux sur cet homme que la nature a doué d’une constitution robuste, et qu’on a soigneusement préservé, dès l’enfance, de tous les évènemens qui pouvaient y porter atteinte; avec des fibres qu’il est difficile d’ébranler, des organes qui ne portent à l’ame que des sensations grossières, vous le voyez passer sans effort d’une situation à une autre; parcourir les scènes de la vie, sans réflexion comme sans regret; se donner des relations parce

qu’il a des besoins, mais ne point former d’habitudes, parce qu’aucun objet ne l’émeut assez profondément pour l’occuper d’une manière durable ; et se rapprocher d’autant plus de l’indépendance primitive dans laquelle la nature nous a fait naître, qu’il lui faut moins souvent recourir à la volonté d’autrui, pour appaiser les désirs qu’elle lui donne.

« Remarquez à côté de lui,cetindividu tourmenté par une constitution faible et délicate. Avec des organes extrêmement déliés, avec des fibres dont la mobilité est quelquefois excessive, il n’y a pas d’objet qui ne l’émeuve,pas d’évènemensqui ne le frappe, pas de situation qui ne puisse accroître ses peines, ou ajouter à ses plaisirs. Partout il a donc ou des sensations à recueillir, ou des souhaits à former, ou des jouissances à poursuivre. Et que résulte-t-il pour lui d’une telle manière d’être ? Des idées plus étendues, plus variées que n’en aura jamais l’homme né avec une constitution robuste ; mais aussi des besoins nombreux, et des forces insuffisantes pour les satisfaire ; des besoins qui n’ont d’autres bornes que les désirs d’une ame impétueuse, et des forces qui ne repondent pas à ces désirs. S’il veut vivre et ne pas souffrir toujours, il faut donc qu’il intéresse à sa destinée tous ceux qui peuvent contribuer à la rendre plus douce ; voilà donc des liens, des habitudes, et des habitudes d’autant plus difficiles à détruire, qu’elles importent à sa conservation, et qu’elles deviennent comme autant de ressources pour sa faiblesse.

« Toutes choses égales d’ailleurs , il est donc certain que moins notre constitution est robuste, et plus nous avons de penchant à vivre en société, et plus facilement nous acquérons les qualités propres à y exister d’une manière avantageuse pour les autres et pour nous.

« Une révolution dans le régime physique d’une nation qui aurait pour objet de fortifier le tempérament des individus qui la composent, ne serait donc pas toujours une révolution salutaire.

«Dans une société quelconque, plus les forces des individus augmentent, et plus la force commune qui les unit diminue. Or l’effet d’une semblable révolution est nécessairement d’accroître les forces pailiculières, au détriment de la force commune Avec des organes plus robustes, nous éprouverions moins souvent le sentiment de la peine et du besoin. Tous nos rapports avec nos semblables qui ne résultent que de ce sentiment, toutes les habitudes que ces rapports enfantent, perdraient donc de leur variété, de leur énergie : les moeurs qui nous mettent dans une dépendance si douce les uns des autres, les arts qui épurent, qui embellissent les moeurs, ietourneraient promptement à leur grossièreté première : avec une sensibilité moins développée, moins active , une intelligence plus bornée, un caractère moins flexible, une opinion plus décidée de nos forces, et surtout avec moins d’occasions d’exercer autour de nous cette pitié dont la nature a déposé le germe dans toutes les âmes, et qui entre comme

un élément nécessaire dans la composition de toutes nos qualités sociales et de toutes nos vertus; il nous faudrait d’autres coutumes, d’autres institutions, d’autres préjugés; et ce ne serait plus par les lois qui régissent des hommes civilisés, qu’il conviendrait de nous conduire.

cc Et ici, monsieur, j’ai une observation à faire, que je crois absolument neuve. Ce n’est pas seulement dans nos vertus, dans nos qualités sociales que la pitié entre comme un élément nécessaire, mais encore dans toutes nos passions, et dans tous les plaisirs dont nos passions sont la source.

« Cette femme belle encore , mais dont un chagrin secret dévore lentement tous les charmes; que vous voyez chercher autour d’elle avec tant d inquiétude et d’intérêt l’homme sensible auquel elle a besoin de confier sa peine; qui rejette vos consolations, mais qui aime tant les pleurs que sa destinée vous fait répandre : cette femme qui parle avec des grâces si touchantes le langage de la plainte et de la douleur, ne vous attache-t-elle pas mille fois davantage qu’une femme dans tout l’éclat de la jeunesse et de la beauté, mais non pas comme celle-là souffrante et malheureuse? Avec la seconde, vous cheicherez à jouir ; mais ce n’est qu’avec la première que vous aimerez à vivre. Elle seule saura vous donnei des habitudes constantes, vous inspirer une passion durable, vous faire goûter tous les charmes cl une volupté douce et tranquille. Et pourquoi? Parce qu’elle exerce sans cesse votre sensibilité; parce que

vous ne pouvez la voir sans être ému; et qu’il n’est point cl émotion, quand elle n’est pas trop vive , qui ne soit déjà ou qui 11e devienne bientôt un plaisir (1).

cc Ou me conduisent ces réflexions, monsieur? A vous prouver que si l’on s’obstine à considérer la médecine comme un fléau dans l’ordre de la nature, elle est cependant un bien dans l’ordre de la société. Pujsqu il n y a que les constitutions faibles qui peuvent etre constamment modifiées par les lois, les arts et les mœurs ; puisque avec une organisation plus ou moins délicate, nous avons une intelligence plus ou moins étendue, une ame plus ou moins sensible, une disposition plus ou moins grande ànousat-* tachera tout ce qui nous environne; puisque encore, en nous faisant une analyse raisonnée de nos plaisirs* nous trouvons, qu’à l’exception des plaisirs purement physiques, tous ceux qu’il nous est donné de goûter, c’est la seule pitié qui les produit : vous devez m’accorder, monsieur, que si l’on connaît un moyen (1 énerver l’espece humaine, de la réduire à n’avoir que le degré de force nécessaire pour porter avec

( 1 ) Je ne conçois pas comment on peut aimer long-temps une femme qui se porte bien; c’est toujours la même joie, les mêmes besoins, le même plaisir ; rien qui interrompe la fatiguante uniformité de son caractère; point de caprices, point de saillies; des idées d’une seule couleur , des sentimens d’une seule espèce, un roman sans morale, ou l’on rencontre quelques situations , mais où l’on chercherait vainemeut de Viuté~ rêt, d(3 la délicatesse et de la grâce,

docilité le joug des institutions sociales, de faire, autant qu’il est possible, de tous les individus qui la composent, des objets de pitié les uns pour les autres; ce moyen, après tout ce que je viens de dire, doit etre soigneusement conservé.

cc Dès-lors n’est-il pas dans les principes d’une saine législation, d’une législation qui ne doit avoir pour but que de civiliser les hommes, de veiller à ce qu’il ne soit fait dans la médecine aucune innovation qui la dépouille de ses abus? Si par hasard le Magnétisme animal existait; si, au moyen de cette découverte singulière, on pouvait, comme je n’en doute pas, substituer à cette science que nous appelons si improprement l’art de guérir, l’art bien plus utile de préserver; à quelle révolution, je vous le demande, monsieur, ne faudrait-il pas nous attendre, lorsqu’à notre génération épuisée par des maux de toute espèce, et par les remèdes inventés pour la délivrer de ces maux, succéderait une génération hardie, vigoureuse, et qui ne connaîtrait d’autres lois pour se conserver, que celles de la nature? Que deviendraient nos habitudes, nos arts, nos coutumes, nos passions nos plaisirs, en un mot, tout ce qui constitue notre existence morale dans la société? Avec peu de dangers à craindre, peu de besoins à satis^ faire, aurions-nous les mêmes motifs de nous rapprocher et de nous unir? et tandis qu’une organisation plus robuste nous rappellerait à l’indépendance; quand avec une autre constitution, il nous faudrait d’autres moeurs, parce que nous aurions une autre ma^

nière d’être et de jouir, comment poumons nous supporter le joug des institutions qui nous régissent aujourd’hui; et sur quelle base établirait-on le système des lois nouvelles, avec lesquelles on voudrait nous gouverner?

« Ainsi donc, monsieur, il y a un rapport essentiel entre la législation, les moeurs et la médecine d’un peuple; ainsi plus un peuple est civilisé, plus il importe d’y maintenir, comme un moyen constant de civilisation, tous les préjugés qui peuvent rendre la médecine respectable; ainsi, parmi nous le corps des médecins est un corps politique , dont la destinée se lie avec celle de l’Etat, et dont l’existence est absolument essentielle à sa prospérité; ainsi dans l’ordre social il nous faut absolument des maladies, des drogues et des lois; et les distributeurs des drogues et des maladies, influent peut-être autant sur les habitudes d’une nation, que les dépositaires des lois.

et M. Mesmer, qui ne veut pas de l’influence de nos docteurs, parce qu’il n’aperçoit que les effets physiques qu’elle peut produire, ne nous ferait donc qu’un présent funeste, si en publiant sa découverte, il rendait leur profession inutile. L’époque de notre retour vers les mœurs barbares de nos ancêtres, serait infailliblement celle où sa doctrine serait adoptée. Et que gagnerions-nous en acquérant, aux dépens de tous les biens que la société nous donne, une constitution saine , à la bonne heure , mais une existence stupide et bornée, avec laquelle

nous ne pourrions jouir que comme le veut lana ture?

« Je borne ici mes reflexions, monsieur,etc. »

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