JUIN
Sensation bizarre . qu’ éprouvent certains malades lorsqu on les magnétise .
le,
Une dame que je traite, et qui est obligée de fermer les yeux pendant que je la magnétise, éprouve une sensation très bizarre, et que j’ai eu déjà occasion de remarquer chez plusieurs autres personnes. 11 lui semble que tout son corps devient extrêmement gros; sa tête surtout lui paraît avoir doublé de volume, et comme si la pesanteur spécifique de cette partie avait en eiFet augmenté dans la même proportion que la grosseur, il y a impossibilité de la redresser; les jambes également n’obéissent plus à
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la volonté, et tout le corps est comme une masse inerte.
Une autre personne que je traitais aussi par le Magnétisme, tombait dans un état de demi-sommeil ; ses membres s’engourdissaient, et elle perdait le sentiment de leur position ; sa volonté n’agissait plus sur eux; sa mâchoire se refusait à articuler des sons, et quoique le sommeil ne fût pas complet, la sensibilité n’existait plus : on pouvait la pincer impunément, car il n’en résultait aucune douleur.
Tous ces effets sont loin d’être préjudiciables; au contraire, il semble qu’il se fasse pendant leur durée un travail avantageux, et les malades qui les présentent sentent, en rentrant dans l’état ordinaire, un bien-être que ne procure pas la simple saturation magnétique , ou le Magnétisme habituel. Mais ce qu’il y a de singulier, c’est que ceux qui sortent de ces crises désirent ardemment d’v rentrer, et croient que cet état est un bienfait de la nature qui peut seul leur rendre la santé.
CORRESPONDANCE
CVsâlons-sur-Saôné , 24 juin 1828.
Je crois faire plaisir à M. Dupotet, en lui annonçant que mes deux sœurs vont beaucoup mieux. îl y a huit jours qu’en magnétisant celle qu’il a vue chez lui, elle eut une crise ; je continuai de la ma-
gnétiser, comme il me l’a ordonné, et depuis elle est parfaitement.
Dans quinze jours j’aurai l’honneur de lui écrire.
Observations .
Comme je l’avais annoncé dans le PS° précédent, les procédés que j’ai enseignés pour magnétiser cette personne suffiront pour la guérir entièrement d’une maladie qui ne tendait à rien moins qu’à la rendre folle. Déjà elle en ressentait les premiers symptômes, et tout faisait craindre une terminaison prochaine.
Je jouis d’avance du bonheur d’avoir rendu au monde une jeune et belle personne; la médecine ordinaire était insuffisante pour amener ce résultat; j’ai l’espoir que ce nouvel exemple de la puissance magnétique engagera quelques médecins à essayer dans de^rmaladies semblables le pouvoir qu’ils ont de faire le bien. La nature le leur a donné comme à nous : il ne faut que vouloir pour réussir. C’est ce que prouvent un millier de faits rapportés dans tous les ouvrages qu’on a écrits depuis plus de 4 o ans sur le Magnétisme ; mais comme il semble que les faits anciens ne soient pas capables de porter la conviction dans l’esprit des incrédules, soit que, ne connaissant pas les auteurs qui les rapportent, ils doutent de la véracité de leur récit, ou qu’ils les croient eux-mêmes dans l’erreur, ou enfin qu’ils demandent des faits et des noms imposans, ils ne s’occupent nullement de rechercher la vérité ; nous allons bientôt,
afin de leur ôter tout prétexte de doute , leur citer un nouveau fait qui sera fameux par le nombre de preuves qu’il contiendra. Toute l’élite des médecins de Paris aura été consultée,leur médication aura été suivie avec la plus grande exactitude, et cependant la maladie dont était atteint le malade , qui guérit maintenant, marchait et se compliquait avec les traitemens suivis, et laissait peu d’espoir delà vie.
Que va dire la 1 acuité, quand elle apprendra que l’homme dont il s’agit ici, et dont elle avait fait un martyr, à force de lui appliquer et vésicatoires, et moxas, et sétons, et cautères, etc. etc., a guéri malgré l’emploi de tous ces redoutables moyens? 11 faudra bien qu’elle finisse par examiner ce Magnétisme qui fait de si grandes merveilles.
Le Magnétisme gagne tous les jours : les gens guéris sont bavards de leur naturel; ils vont prônant partout ce qu’ils doivent à cet agent, et ce qu’ils ont vu des phénomènes qu’il produit. Bientôt, nous le prévoyons, on se passera du consentement de la Faculté; son rapport arrivera quand on n’en aura plus besoin pour former son jugement, puisque le public connaîtra alors aussi bien qu’elle les avantages et les inconvéniens de ce nouveau moyen de guérison.
Dupotet.
A Monsieur lé Rédacteur du Propagateur du Magnétisme.
Monsieur,
La bonté que vous avez eue de publier ma lettre sur les Magnétoscopes me fait espérer que vous ne refuserez pas d’accueillir les nouvelles observations que je vous adresse dans l’intérêt de la science et de l’humanité.
Je vais vous parler du jugement rendu dernièrement contre deux somnambules.
Je me félicite d’abord de ce que le tribunal a réformé le premier jugement pour ce . qui concerne la gravité des peines prononcées contre ces somnambules de profession* il était injuste de leur faire supporter des peines qu’elles ne méritaient point. Les juges l’ont senti ; ils ont pensé qu’elles ne forçaient personne à aller les trouver ; que , ne prenant aucun titre, elles étaient presque innocentes des abus qui résultaient de leur médication ; qu’il ne tenait qu’aux malades de les éviter en n’allant pas les consulter.
Mais, Monsieur, si les juges ont fait leur devoir, ne pensez-vous pas comme moi que les principaux témoins appelés pour déposer dans ce procès eussent rendu un plus grand service au Magnétisme en avouant franchement le danger du somnambulisme de profession, au lieu d’en faire l’apologie sans aucune restriction?
Certes, il est très beau de chercher à faire alléger des peines non méritées ! Mais est-il permis, pour arriver à ce but, de taire une grande partie de la vérité? Est-il permis d’avoir des restrictions mentales, quand des milliers d’individus sont intéressés à ce que nous fassions connaître tout ce que nous savons? Faut-il, au contraire, par une pitié mal entendue, louer ce qui est blâmable, égarer l’esprit public, et compromettre une découverte qui, débarrassée de quelques abus,peut rendre le plus grand sei'vice à l’humanité ?
Quoi! de tout côté vous entendez citer des malheurs arrivés à la suite de presciûptions somnambuliques, et vous venez faire leur éloge ! Avez - vous donc oublié, en entrant dans le sanctuaire de la Justice, les exemples funestes que l’on vous a rapportés, ceux que vous avez été à même de voir de vos propres yeux, et dont tous les magnétiseurs gémissent? Si cela était, je me ferais un devoir de vous les rappeler : ^e vous nommerais, si cela était nécessaire, les malades qui se plaignent, ceux qui ont eu des superpurgations à la suite de purgatifs drastiques; ceux qui ont eu des inflammations d’entrailles pour avoir pris de la gratiole sans ménagemens. Je vous citerais des crachemens de sang survenus à la suite de toniques violens, pris dans un moment contr’indiqué ; un avortement qui a eu lieu après une application de sangsues pour rappeler des règles supprimées par une grossesse qui n’avait pas été reconnue ; je vous ferais ressouvenir... ; mais
qu’est-ilbesoin d’énoncer ici mille autres faits semblables, que vous connaissez, Messieurs, aussi bien que moi ?
Vous ririez de ma bonne foi, si j’allais vous rappeler aussi celle somnambule de profession, qui électrise tous ses malades, sans considérer les cas où ce moyen est nuisible. Si je vous disais qu’elle trouve que tout le monde a des vers, que plusieurs de ces vers sont si gros, qu’ils ont des têtes garnies de poils , et un crâne très bien formé?
Si je vous entretenais de cet autre du même genre, qui ordonne à tous ses consultans des médicaraens de sa composition : l 'élixir de Piniagre , les pillules immortelles , qui font passer la barque aux mortels qui les prennent, sans doute pour qu’ils aillent jouir plus tôt de l’immortalité; mais chacun y trouve son compte,excepté le malade à qui l’on fait peu d’attention.
Ignorent - ils, ces témoins, que l’on fait antichambre chez ces nouvelle Sibylles? et que vingt, trente consultations sont données par elles dans moins d’une heure ? Je les défie eux-mêmes d’oser soutenir que la lucidité somnambulique puisse se prêter à de semblables choses !
Laplume tombe des mains! et cependant qu’avonsnous dit, eu égard à ce que nous pourrions dire? Fautil révéler au public jusqu’où va l’audace de ces femmes? faut-il mettre au jour les mille moyens qu’elles emploient pour tromper? Mais vous qui les consultez, si vous avez les moindres notions sur le
somnambulisme, comment peut-il se faire que vous ne découvriez pas qu’elles cherchent à vous surprendre? Elles vous bâtissent si gauchement l’histoire de votre maladie, vous disent des choses si contraires au bon sens, qu’il est impossible de ne pas s’apercevoir qu’elles errent faute de lucidité ! cc Vous avez mal à Yebigastre y votre sang est dé- « composé ; vous avez des humeurs dans la tête ; un « amas de sang sur le cœur, etc., etc. )) Et pour mettre le public plus à même de décider si j’ai raison, je vais, en me servant des propres expressions du premier témoin , « demander la permission à messieurs les juges de leur citer une seule ordonnance de ces somnambules, que j’ai reçue y AB UNO disce omnes . J’en ai cent autres semblables. »
Consultation somnambulique ,
Une femme très nerveuse, et dont les menstrues avaient été dérangées par suite de chagrins, consulta l’oracle , et obtint cette réponse :
cc Une humeur âcre existe en vous; elle s’est recuite cc dans les concavités organiques, et s’est aussi récc pandue dans les voies intestines; ce qui fait que « l’estomac ne peut garder tous les alimens qu’il re- <c çoit. Du reste, les parties nobles, telles que le cc cerveau, les poumons et tout ce qui en dépend , cc le foie, la raie et la matrice , n’ont rien d’affecté. « Au résumé, la circulation du sang a besoin d’être cc activée, et pour cela faire il faut attaquer, liquécc fier, déplacer et provoquer â la fusion, à l'évacua-
« lion y les humeurs qui existent en vous, et par là « dégager les intestins et les concavite's organiques.
a Pour parvenir a ce résultat > voici le traite- (( ment que je vous ordonne de la part de Dieu :
« Conserve de genièvre dans du miel indien.
<c Boisson.—Faites bouillir dans six grands verres cc d 5 eau * pendant 27 minutes :
ce Ecorce de chêne, deux onces ; cc Gen-sing, quatre gros; cc Racine d’angélique sauvage ., une once 3 <c Miel blanc, cinq onces.
cc Passez le tout avec forte expression et buvez tiède.
cc Ne mangez que du poisson bouilli ; ne prenez cc point de bains 3 buvez du vin de Madère ; les « confitures de gingembre vous sont également cc bonnes. »
Comme on l 5 a déjà prévu, ce régime suivi avec exactitude fit beaucoup de mal 3 la malade avait le feu dans le corps , et de graves désordres commençaient à se manifester : heureusement les antiphlogistiques et les bains qu’on ordonna à la malade, calmèrent bientôt les tourmens qu’elle éprouvait.
Si c’est là de la médecine magnétique à la manière de ces messieurs, j’avoue que je n’y connais plus rien. Ou êtes - vous, M. de Puységur , vous qui disiez : <t Quand un somnambule me trompe une fois, je ne dis rien3 deux , je le renvoie! » Auriezvous pu entendre de sang-froid faire l’éloge de ces femmes qui trompent sans cesse ? Auriez-vous
pensé que des hommes qui se disent versés dans la science , seraient les panégyristes de toutes ces choses? Auriez-vous cru que leur aveuglenient irait au point de regarder comme indigne celui qui s’élève contre ce charlatanisme ? qu’il ne pourrait révéler au public son indignation sans remuer la bile d’une foule de gens qui le taxent d’exagération, et font tout leur possible pour lui nuire, parce qu’il a le malheur de leur dire la vérité ?
Mais dans quel endroit de cette lettre suis-je exagéré? J’en appelle encore à votre raison, à vos souvenirs, vous tous qui soutenez ces somnambules? * Je pourrais vous citer une foule de faits, plus vi vans, si je puis m’exprimer ainsi, car ils sont récens, mais qu’est-il besoin de le faire. Hélas!,., je crains bien qu’il ensoitde la lucidité de ses somnambules, comme^ de vos expériences sur les magnétoscopes, jenepensc pas qu’elles puissent subir un examen rigoureux; je, crois, au contraire, qu’il ne serait pas très difficile de prouver , que, depuis long - temps , leur extase magnétique ne peut plus se reproduire; qu’elles travaillent sur des connaissances acquises dans leur état primitif; que tout ce qu’elles vous ordonnent est pris dans une petite pharmacopée qu’elles se sont ,' à la longue composée avec les médicamens qui avaient peut-être réussi quand elles les avaient présents dans leur lucidité défunte, et que maintenant, à défaut d’en trouver d’autres, elles vous ordonnent à boc et à: bac , avec l’assurance de ce bon curé de Yauchassie en Champagne qui, après avoir exa-
mine ses malades, disait : cc Donnez à monsieur l’orcc donnance de la page 2; celle de la page 4 à ce madame ; celle de la page 7 à mademoiselle, et cc ainsi de suite. » On faisait antichambre aussi chez lui5 on le prônait, jusqu’à ce qu’enfin le bon sens des consultans eut rendu justice à son défaut de savoir.
Il est triste d’avoir à révéler de semblables faits ! mais peut-on s’empêcher de le faire quand des hommes, d’ailleurs fort respectables, et qui se disent les premiers magnétiseurs, croient agir dans l’intérêt de la science, en soutenant toutes ces absurdités ? Quoi! le Magnétisme a besoin, pour se propagei, de tous ces commérages de mauvaises somnambules ! Mais si cela était, quel serait l’homme instruit assez fou pour vouloir s’en occuper? Et de quels noms n aurait on pas droit de vous qualifier , ^ ous , messieurs, qui pressez tous les jours la commission de se déclarer en faveur d’une découverte qui ne pourrait se soutenir que par ces misérables moyens?
Grâces a Dieu, le Magnétisme possède en luimeme des sources de propagation indépendantes, du sommeil de ces femmes et de leurs révélations. Laissez-lej il peut se passer dans ce cas ci de vos apologies ; et comme je suis persuadé que vos intentions ne peuvent être ma uvaises et que c’est uniquement par erreur que vous l’avez desservi, croyez-moi, prenez le seul paiti qui soit bon dans un siècle de lumières, dites tou le la vérité ; élaguez tout le charlatanisme; et les
savans, charmés de ce que vous leur aplanissiez le chemin , s’empresseront d’examiner cette nouvelle découverte: ils reviendront de leur prévention contre elle, et ceux qui auront examiné de bonne foi ? ne craindront plus d’avouer leur croyance, et de la publier partout. Ils feront justice de toutes ces somnambules dont le sommeil n’est pas certain et marcheront sur les traces des Tardy de Montravel, Rederne Rostan, Georget, de Puységur et autres, qui tous ont connu, pratiqué et enseigné le véritable Magnétisme.
Je laisse à vous, Monsieur, qui connaissez mieux que moi la valeur de ces consultations, le soin de prémunir le public sur leur danger.
J’ai Phonneur d’être, etc.
Toutes.les observations de M. P. D. S. me paraissent très justes. Ce n’est point là le Magnétisme et le somnambulisme comme il doit être exercé. Je m’étonne que des hommes, d’ailleurs recommandables, viennent justifier ce genre de charlatanisme, eux que j’ai vus s’élever contre tous ces abus , et être remplis d’aversion pour les somnambules connus pour exercer publiquement ce métier! A qui feront-ils croire que le sommeil magnétique soit assez complet pour permettre aux somnanbules endormies de cette manière de donner des consultations souvent en grand nombre, quand, avec beaucoup de
peine, unebonne somnambule endormie directement examine deux malades ?
Un somnambule très clairvoyant me disait :
cc Tant que vous êtes près de moi, j’ai la faculté de cc voir; quand vous vous éloignez, et que vous « pensez à moi, je conserve encore cette faculté ; cc mais, dès le moment que vous cessez de verser cc en moi , par votre pensée, le principe qui me cc vivifie , je rentre dans la classe ordinaire , et je cc n’y vois plus. » C’est le sentiment de M. Tardv de Montravel, car il dit: cc La pensée du magnétiseur cc est absolument nécessaire pour soutenir le somcc nambule. » 11 ajoute que, cc malgré ce secours, cc on ne doit pas être surpris si les somnambules se cc trompent quelquefois dans ce qu’ils annoncent ; cc quelque bien conduits qu’ils soient, cela peut, et cc cela doit même arriver. »
Je pourrais multiplier à l’infini les témoignages en faveur de cette opinion. Beaucoup de.ceux qui se sont occupés de Magnétisme le savent fort bien ; et par quelle étrange idée vient - on donc aujourd’hui justifier le contraire de ce qu’on a avancé et reconnu comme vrai à une autre époque? Cela semble impossible ! ISous croyons plutôt que ces personnes s’abusent et sur la réalité du sommeil magnétique, et sur la prétendue lucidité des somnambules, qui donnent des consultations journalières et multipliées.
Si, comme je le crois, ce qui se passait il y a plusieurs années se passe encore maintenant, tout est
expliqué. Cette lucidité chez les somnambules n’est pas très difficile à trouver , il suffit d’un peu de tact aux individus qui veulent donner des consultations pour réussir. Poursuivons, et nous trouverons peutêtre le secret. Un magnétiseur célèbre écrivait en 1787 : « J’ai toujours blâmé la manière dont quelques magnétiseurs consultent les somnambules. Veulent-ils leur faire toucher un malade, ils commencent par lui dire : Monsieur se plaint d’un tel mal, il éprouve telle ou telle incommodité. Touchezle, et tâchez de découvrir sa maladie. Ils font plus 5 ils indiquent aux somnambules, par forme de questions , les remèdes que, selon eux, le malade doit faire; en un mot, sans s’en apercevoir, ils donnent à leur somnambule la consultation toute préparée. »
Je puis affirmer ici que, sur plus de 100 personnes qui sont allées, à ma connaissance, prendre des consultations des somnambules publiques, et qui avaient eu la précaution de ne leur rien dire d’avarice, g 5 au moins sont sorties mécontentés; et je pourrais même citerbeaucoup de témoignages que l’on ne récuserait cei’tainement pas, qui prouveraient que, dans le plus grand nombre de cas., les somnambules ont dit tout le contraire de ce qui était vrai.
11 y aurait une chose à faire, et que sans doute l’on sera obligé de mettre à exécution quelque jour, ce serait de soumettre les somnambules à une espèce d’épreuve, où leurs facultés seraient examinées de très près et jugées. Plusieurs de mes somnambules s’y prêteraient volontiers, et en sortiraient avec
honneur; mais je crains fort que les mauvaises dormeuses tentassent de passer par ces épreuves. Et par là l’on serait à même de pouvoir séparer les bonnes des mauvaises. Celles qui auraient échoué dans l’examen, ou qui auraient refusé de le passer, seraient forcées de renoncer au somnambulisme pour toujours, ou du moins jusqu’à ce qu’elles eussent donné de nouvelles preuves de lucidité; et celles dont la production de l’état somnambulique aurait été reconnue d’une manière rigoureuse(t), auraient seules le droit de donner des consultations ; encore faudrait - il que ces consultations fussent soumises a quelqu’un capable d’en apprécier la valeur.
Il y a des moyens pour reconnaître'la lucidité ; employons-les. Depuis trop long-temps le Magnétisme sert de manteau au charlatanisme; il faut que les gens qui s’en sont occupés avec franchise et loyauté cessent d’être confondus avec ceux qui en abusent, et d’être rangés dans la même classe. L’on pouvait faire cette séparation lors du procès qui a motivé cette lettre et mes observations. L’occasion était belle; mais elle se représentera, gardons nous d’en
(i) J’ai signé un procès-verbal dans lequel je déclare que je prouverais par des preuves physiques l'existence du sommeil magnétique, et que je démontrerais l’impossibilité de le simu¬
ler. La commission qui avait accepté avec enthousiasme cette déclaration, ne m’a jamais sommé de la justifier par des faits : j’attends son invitation.
douter. Espérons seulement qu'on ne la laissera pas échapper une seconde fois, et que les amis sincères de l’humanité se garderont de trahir leur cause en faveur de gens qui ne le méritent point, et qui prennent à tâche de nous compromettre.
Nota . Je n’ai entendu, dans cet article, désigner aucune somnambule en particulier. J’ai révélé, il est vrai, ce qui se passe chez elles toutes; mais c’est uniquement par amour pour la science, n’ayant pas directement à me plaindre d’aucune d’elles.
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