HISTOIRE DU MAGNÉTISME DEPUIS MESMER
J’ai promis, dans le 5 e A TO du Propagateur y d’examiner les divers procédés magnétiques qui ont été enseignés. Je vais, remontant seulement jusqu’à Mesmer, donner en abrégé l’histoire de cette découverte, ainsi que des diffe'rens écrits qui ont été publiés pour ou contre.
L’histoire du Magnétisme animal en France se divise en deux grandes époques ; la première comprend depuis l’arrivée de Mesmer à Paris jusqu’à la révolution, ou plutôt jusqu’à la découverte du
somnambulisme par le marquis de Puységur. Les faits et les théories en faveur de cette première période diffèrent presque entièrement des faits et des théories qui ont régné dans la seconde ; c’està-dire depuis les écrits de M. de Puységur jusqu’à nos jours: (C'est même cette différence marquante du Magnétisme animal d’aujourd’hui à celui de 1784, qui a décidé l’académie de médecine à en commencer de nouveau l’examen. )
Magnétisme animal du temps de Mesmer.
Antoine Mesmer vint en 1778 à Paris, dans l’intention d’y essayer la propagation d’un système nouveau. H avait échoué déjà à Vienne , à Berlin, à Munich. Les cures qu’il prétendait avoir opérées n’avaient pas paru incontestables, et lui, de son côté, soutenait qu’il avait à se plaindre de la mauvaise foi de ses ennemis et de l’ingratitude de ses malades. Dégoûté de l’Allemagne, il se rendit en France, espérant un meilleur succès. Ce ne fut d’abord qu’avec défiance qu’il entreprit quelques traitemens. Les savans lui faisaient peur ; il les déclara même incompétens dès son début, et donna^ pour décliner leur jugement, la singulière raison que son système était contraire à toutes les idées reçues. Il refusa d’admettre une commission de la Société royale de médecine (i),et fit de sa doctrine un secret.
(1) Nous sollicitons maintenant ce qu’il refusait.
Cette conduite n’était pas propre à inspirer la confiance, et, dès les premiers pas, les accusations de charlatanisme qu’il redoutait si fort vinrent le contrarier dans sa course. Cependant, comme il était fortement pénétré et convaincu de la vérité de sa doctrine, il ne perdit pas courage. Il eut le bonheur de contracter une liaison étroite avec d’Eslon, membre de la faculté de médecine et médecin du comte d’Artois, qui prit du goût pour ses idées, et devint en peu de temps son élève et son confident. Il se décida alors à publier son Mémoire sur la découverte du Magnétisme animal. Sa doctrine s’y trouve exposée en vingt-sept aphorismes dont nous donnons la substance , parce que c’est sur eux qu’a roulé tout le Magnétisme animal de cette époque : en voici.le résumé fait par Sprengel : « i° Les corps célestes, la terre et les êtres vivans exercent réciproquement une action les uns sur les autres ; 2 0 l’intermède de cette influence est le fluide universel qui pénètre et entoure tout ; 3° cette influence mutuelle agit d’après des lois mécaniques, mais qui nous sont inconnues jusqu’à ce jour; 4° elle produit deseffets alternatifs que l’on peut comparer avec le flux et le reflux; 5 ° les propriétés de la matière et des corps dépendent de cette influence réciproque ; 6° tout agent agit immédiatement sur les nerfs, et donne lieu, dans le corps de l’homme, à des phénomènes analogues à ceux que produit l’aimant ; il v a des pôles différens et opposés dans je corps; 7° le Magnétisme animal est la qualité du
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corps animal qui donne la réceptivité pour ces agens généraux ; 8 " le Magnétisme animal passe avec une promptitude incroyable d’un corps dans un autre, que ceux-ci soient vivans ou inertes ; 9 0 il agit à des distances considérables, sans avoir besoin d’intermèdes 5 lo 1 ? il est réfléchi, comme la lumière, par un miroir ; n” il est augmenté, propagé et communiqué par le son ; 12° il y a des corps vivans qui ont une propriété tellement contraire au Magnétisme animal, que leur présence détruit tous les effets de ce dernier ; i 5 ° cette force opposée peut être également accumulée , propagée ; elle pénètre de même tous les corps, et c’est par conséquent une force positive; i 4 ° l’aimant est aussi susceptible du Magnétisme animal, et même de la force contraire , sans que son attraction pour le fer en éprouve la moindre altération ; le Magnétisme animal est donc totalement différent du Magnétisme minéral; i 5 ° on peut, à l’aide de ce principe , guérir immédiatement les maladies nerveuses, et rnédiatement toutes les autres ; il nous explique l’action des médicamens et provoque les crises; 16 0 c’est par lui que le médecin reconnaît toutes les maladies , mêmes les plus compliquées, et c’est avec son secours que la médecine peut être portée au plus haut point de perfection.
Ce système fut l’objet d’une multitude d’écrits de toute espèce, aujourd’hui pour la plupart^oubliés. Parmi les partisans de Mesmer, on doit citer cependant M. Bcrgasse de Lyon, qui publia, en 1784,
un mémoire intitulé : Considérations sur le Magnétisme animal et sur la Théorie du monde et des êtres organisés. Cet ouvrage entièrement théorique contient un système de physique générale. M. Bergasse y construit synthétiquement le monde , en partant de la supposition du fluide magnétique ; 1 auteur, dans son enthousiasme, voit l’amélioration des moeurs publiques, les forces politiques, la fraternité de l’espèce humaine, attachée à la pratique du Magnétisme animal. Parmi les écrits publiés contre Mesmer, nous citerons surtout les Recherches et Doutes sur le Magnétisme animal , de Thouret, docteur-régent delà faculté et membre de la Société royale de médecine. Ce médecin prouva que la théorie de Mesmer n’était rien moins que nouvelle , et qu’elle avait formé pendant un siècle une opinion dominante. Il cite une multitude d’auteurs , dans lesquels cette théorie se retrouve avec tous les caractères qu’elle eut sous Mesmer. Parmi eux on remarque particulièrement Burgravius , Ferdin , Santanelli, Nicolas de Lacques ( Traité des vertus magnétiques du Sang, l 664 ) ; Tenzelius, JFirdig , Kircher , Van-helmont , Goclenius, Pierre Borel et enfin Maxwell. Les passages extraits de ce dernier auteur offrent surtout une telle ressemblanece avec les aphorismes de Mesmer,'que ceux-ci n’en sont quelquefois que la traduction.
La théorie de Mesmer n’était point nouvelle , ni sous le rapport philosophique, ni sous le rapport médical -, Thouret lui porta un grand coup en le
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prouvant (1).Mesmer, convaincu Je l’inutilité d’une simple controverse, en appelait à l’expérience. II promettait Jes cures: il s’engageait à faire voir des faits eonclttans ; il voulut s’adresser aux sens et prouver physiquement la réalité du fluide universel et son action thérapeutique.
Malgré tous les obstacles qui s’étaient offerts à lui, malgré les anathèmes de l’académ e de médecine, son nom commença à faire grand bruit ; il n’était question que des cures qui s’opéraient chez lui j les singulières choses qu’on racontait de la bizarrerie de se> procédés médicaux leur donnaient un air de merveilleux très propre à stimuler la curiosité. Plusieurs personnes, au nombre desquelles
(1) Il est remarquable que Maxwell se disait aussi l’Inventeur de sa théorie , et se plaignait comme Mesmer, des savons de son temps. « Je suis le premier, dit-il , qui ait annoncé « celle doctrine, et par cela seul je mérite quelques égards. « Que dois-je donc attendre de ces a grès et ignorans détrac- « leurs, moi qui n’ai pas proposé seulement un remède, mais <c tous les remèdes; non un principe applicable a un cas parti- « culier, mais à tous les cas ; moi qui ai posé des règles cer- « laines, affable desquelles un esprit pénétrant peut faire tant « .d’autres découvertes.... — Quelle est cette philosophie ( de « son époque) qui est en contradiction avec les faits les plus « communs? — Ke m’a-t-on pas déjà depuis deux ans retardé u 1 édition de mon livre ? IN’ai-je pas vu au mépris de i'expé- « rience qui do t être sacrée et toujours consul de, déclarer « ma doctrine magique , diabolique, abominable ? <Jh! insup- <c portable iniquité !... »
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étaient Bergasse et Puységur , ouvrirent une souscription en sa faveur ; malgré la cherté des leçons ? la foule des élèves fut grande. Il arriva bientôt à son sallon de traitement une foule de malades. Ses élèves, d’abord au nombre de 4 o, s’étaient engagés à garder le plus strict secret ; ils furent le noyau de la première société magnétique qui fut fondée en 1784, sous le nom d 'Ordre de l'Harmonie. C’est sur le même modèle que se formèrent, vers la même époque , celles de Strasbourg, d’Ostende, de Lyon, de Grenoble, de Nantes, de Malte, du Cap Français, de Toulouse, etc.
( La suite au prochain numéro ).
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