CHAPITRE PREMIER
I. 1. Parole de l'Éternel, adressée à Joël fils de Péthuel. — D’après ce titre, dont il n’existe aucune raison de mettre en doute l’authenticité, ce livre est une parole de l'Éternel : MWV 927, adressée au prophète qui la transmet à ses concitoyens. Cette parole n’est pas le son articulé d’un langage, comme s’il s'agissait d’un discours que l'Éternel aurait fait entendre au prophète. Dieu parle à l’homme en exerçant sur son esprit une influence qui le met à même de discerner l'intention ou la volonté divine. C’est cette idée qu’exprime plus parüculiérement un mot fréquemment employé dans le langage prophétique : BNJ, lequel, comme nom, a le sens de communication divine transmise doucement et comme à l'oreille, une inspiration (afflatus) qui pénètre l'esprit de celui à qui elle s’adresse, et qui fait naître en lui des sentiments et des pensées se traduisant dans ce langage que nous remarquons plus particulièrement chez les
prophètes et les poëtes religieux. Aussi est-il dit que cette parole est quelque chose qui est, "1, ou mieux : qui devient (eyervion, xx), qui prend naissance dans l'esprit du prophète. Elle s’adresse à lui et en même temps elle prend-une forme en lui, tellement que, parfois, 1l est dit non seulement qu’il l'entend, mais aussi qu’il la voit, És. II, 1, etc., MT ou FIN voir, rappelant tout parüculièrement l'intuition prophétique, cette puissance de l’âme percevant le 927, c’est-à-dire la révélation qui se présente soit comme une pure idée, soit sous une forme symbolique. De là l’épithète de FIN", voyant, par laquelle on désignait primitivement un prophête, non pas tant parce qu’il voyait dans l’avenir que parce qu’il discernait ou voyait la pensée ou les desseins de Dieu; c’est léntellectualis visio dont parle saint Augustin à propos de Genèse XII, 25. D’après de nombreux exemples, on peut voir que dans l'expression 727 nn”, nr doit être considéré comme un collectif rappelant l’idée générale de effatum, oraculum ou de révélation, et c’est dans ce dernier sens qu’il convient de le prendre dans le titre du livre de Joël. Non qu’en son entier le contenu de ce livre soit une révélation proprement dite. Quelle parole, quelle révélation de l'Éternel trouverait-on, par exemple, dans le chapitre premier? Le prophète y parle en son propre nom de choses qui se passent sous ses yeux, et son discours n’est que l’expression de l’émotion qu’il partage avec ses concitoyens, dans ces jours d’épreuve nationale. Cette page d’une harmonieuse et sublime éloquence ne contient rien qui ne soit très naturel. Devant cet émouvant tableau, nous admirons le génie de l'artiste, la puissance du poûte,
mais nous n’y voyons pas ce qu’on appelle une révélation surnaturelle. Le chapitre IE, 1-17, fin de la pre- mièêre partie du livre, est, comme le premier chapitre
d’'Habakuk, l’un des plus beaux morceaux de poésie des- | criptive ; le génie hébreu y atteint pour ainsi dire son apogée, cette brillante peinture d’une invasion de sauterelles, cet émouvant appel à la repentance comme pouvant détourner le fléau, tout cela se déroule dans un style grandiose, gracieux et pathétique et avec une effusion de piété qui excite l’admiration et éveille de’saintes pensées. Qu’a-t-1l fallu pour cela ? Un beau talent naturel associé à un sentiment profondément religieux, mais pas de révélation proprement dite. Il est bien vrai que c'est par inspiration que parle le prophète d’un bout à l’autre de son livre, étant de ces saints hommes de Dieu dont il est dit qu'ils ont parlé «étant poussés par le Saint-Esprit» , 2 Pierre I, 21. Néanmoins, comme nous le voyons, toutes ces paroles ne sont pas des révélations dans le sens propre du mot. L'action du Saint- Esprit de Dieu sur le prophète a pour effet, comme chez tout homme pieux, de réveiller et de fortifier son sentiment religieux; mais cette action est distincte de celle qui, par moment, l’appelait à devenir l’organe de Dieu auprès du peuple pour lui communiquer une révélation spéciale, ce qui lui conférait alors le caractère de prophète proprement dit. C’est ce que Jérôme parait avoir compris lorsqu'il dit sur Ézéchiel XXXV : «Si la parole de l'Éternel se trouvait toujours chez les prophètes et habitait constamment dans leurs cœurs, Ézéchiel ne dirait pas si souvent: 1l arriva que la parole de l'Éternel me fut adressée, disant...». C’est donc exclusivement aux
portions prophétiques contenues dans notre livre que s’applique le titre général : "#1? 927, révélation de Jéhovah. — ?RŸ. Ce nom paraît être incontestablement composé de l’abréviation de Jéhovah Ÿ, et d’un autre nom de Dieu, ©, ce qui nous donne pour sens: Jéhovah est Dieu. Sur PANE, voir l'introduction.