‹ Le prophète JoëlChapitre 14 sur 28 · PREMIÈRE STROPHE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE STROPHE

Le premier chapitre se divise en quatre strophes ou subdivisions bien marquées, dont la première comprend les quatre premiers versets, sorte d’exorde ex abrupto des plus propres à fixer l’attention des auditeurs composant l'assemblée du peuple réunie par la circonstance. Le pays, sous le poids d’une épreuve sans exemple, est plongé dans le deuil. l’un des plus terribles fléaux qui puissent l’atteindre, une invasion extraordinaire et successivement répétée de sauterelles à dévasté les campagnes et les pâturages, toute végétation a disparu d'autant plus complétement qu’une grande sécheresse a suivi l'invasion des sauterelles, Les troupeaux souffrent , et périssent, la vie des hommes est menacée et Le service du temple est interrompu par l’impossibilité où l’on se trouve de pourvoir à l'entretien des sacrifices journaliers. La souffrance est telle qu’on y pressent le signe avant-

1 Jéhovah. Nous conservons cette prononciation du tétragramme nY1 auquel les Massorètes, par un Qeré perpétuel qui se rattache à une tradition beaucoup plus ancienne qu'eux, ont appliqué les voyelles du nom JSK. Il est probable que la véritable prononciation du tétragramme était Jahvé. Le Hateph-Pathah de VK dans °9K devient Scheva dans "1. :

coureur de ce jugement terrible et final que l’Éternel doit exercer contre les contempteurs de sa loi. Le prophète, s’adressant d’abord aux vieillards, comme à ceux qui ont le plus vécu, puis à tous les assistants, quel que soit leur àge et leur expérience, leur demande si, aussi loin que leur souvenir peut se reporter vers le passé, ils peuvent se rappeler un malheur comparable à celui par lequel l'Éternel vient de visiter son peuple. Quelle sublimité et en même temps quelle grâce dans ce début! Les mots bien choisis sont disposés de manière à présenter des exemples de parallélismes parfaits qui permettent de cadencer ces vers avec une facilité égale à celle que nous trouvons dans leur interprétation.

2,— Écoutez. prêtez l'oreille, ces deux mots associés appartiennent au grand style de la poésie hébraïque, soit que par eux le poète s’adresse à la nature inanimée, comme Ésaïe I, 2 et Moïse, Deutér. XXXII, 1, à la terre et à ses habitants, Michée I, 2, soit qu'il parle exclusivement à des êtres intelligents comme dans notre verset, voir encore Gen. IV, 23. Le livre des Psaumes présente aussi des invocations de ce genre adressées à Dieu, Ps. XVIL 1, etc. Ces deux verbes rappellent bien la même idée, celle d'entendre, d'écouter, mais elle est pourtant plus intense dans le second, TN, lequel n’est employé qu’à l’'Hiphil et seulement dans le langage poétique. Sa signification primitive parait être acutus fuit, être pointu d’où le TX oreille, de la forme pointue de cette partie chez l’animal. La forme Hiphil donne le sens de dresser l'oreille, c’est-à-dire écouter attentivement. Le terme D'ITNE, balance, vient d’une autre signification de la rac. 7 qu’on peut rapprocher de l'arabe

& 9 et qui signifie «peser». Comparez le sens de 3x au Piel dans Éccl. XII, 9. Le pronom féminin ANT avec le sens neutre : ceci, cela, cette chose, fait allusion à ce qui va être raconté dans le verset 4. 797, ancien, vieillard, de PT être vieux, vieillir. Ici, ce mot pluriel avec l’article doit être pris comme un vocaüf, cas pour lequel l’hébreu n’a pas de forme spéciale ou de particule. Ordinairement, comme 10], sauf devant les noms propres, on fait précéder le substantif de l’article, règle qui pourtant n’est pas toujours observée dans le langage poétique, Josué X, 12; Ps. Il, 10, et dans ce chapitre v. 5. YANT VAUT habitants de ce pays, c’est eux seuls que le prophète a en vue v. 14; II, 1. L’hébreu n’a pas de mot pour exprimer notre idée de pays, c’est le contexte qui indique si nous devons traduire ainsi ŸTN, qui . sionifie d’une manière générale la terre, la partie inférieure de l’univers opposée au ciel. Dans notre verset, il s’agit exclusivement des habitants de la Palestine et VIN VAUT fait parallèle à PPT. — MN une telle

chose a-t-elle été? Le "3 est interrogatif. Devant les gutturales portant un Qâmets, le ñ interrogatif prend toujours la voyelle Seghol. EN littéral «eé sis. Lorsque, comme dans cette phrase, la question est répétée immédiatement sous une autre forme, le premier membre de la proposition est introduit par #1, le second par EN, plus habituellement ENT est-ce que... ou...? Vos pères, vos ancêtres; il n’existe pas de mot spécial pour cette idée; on se sert du mot père, Osée IX, 10; Ps. XXII, 5.

3. — mob, sur ceci, là-dessus. 29 plur. constr. de Dy, avec suffixe 3° fém. dans le sens neutre, comme

NNT, v. 2. 1120 à cause de l’accent pausal afhnah, au lieu de 1120, 2° plur. impér. Piel de 20 graiter, graver, écrire; Piel V£0, compter, numerare, raconter, . parler surtout des actions de Dieu; il se construit avec ©N Ps. XXVII ou ?Ÿ comme ici. — 72 pl. D%2 ne désigne pas exclusivement des fils, des enfants mâles, bien que ce soit le plus souvent le cas, mais aussi des enfants des deux sexes. Gen. IIT, 16; XXX, 1; Ésaiïe XLIX, 15 etc. Il s’agit ici indistinctement de tous les individus composant une génération, qui doivent se transmettre le souvenir du fait dont la génération présente a été témoin. — L’hébreu n’a point de mot autre que celui de 72 fils pour désigner les descendants. Le fils du fils = le petit-fils. — 7 racine 7 fournoyer, faire le tour. Le nom indique ce que nous désignons par génération, c’est-à-dire un ensemble d'individus contemporains. Après avoir ainsi éveillé l'attention de ses auditeurs, le prophète trace le sombre tableau du malheur qui affecte si douloureusement le pays.

4. — MAN, etc. Il est évidemment ici question de sauterelles; mais les noms désignent-1ls autant d’espêces particulières, ou seulement différents âges du même animal qui n'arrive à l’état parfait qu’en passant par une série de mues ou de métamorphoses qui seraient indiquées ici dans l’ordre où elles se produisent? Ou finalement ces noms ne sont-ils que des synonymes du terme général de sauterelles? Mais tout d’abord, que signifie chacun de ces mots ? MIX, de la racine A éfre nombreux, est le terme le plus généralement employé pour désigner la sauterelle adulte et volante, le gryllus

migratorius qui, en Orient, s’abat sur les arbres et Les champs par bandes innombrables; Juges VI, 5; Prov. XXX, 27. — ETA à rapprocher de la racine arabe djazama, couper, ronger; le mot rappelle les dégâts causés sur la végétation par les sauterelles, Amos IV, 9. — po, la racine P?” n’est pas usitée en hébreu, mais on peut la rapprocher d’une racine très analogue P? lécher, enlever en léchant, ou de l'arabe walaka, sautiller, sauter. — Enfin on, d’une racine ?ÈM, employée Deut. XX VIIT, 38 dans le sens de paître, brouter, consumer. Rien n’empêche de considérer ces trois derniers termes comme autant d’épithètes pouvant convenir à l’insecte du nom d’ M21N ; il serait bien moins naturel d'y voir des noms d’espèces différentes. De plus, en comparant les passages où ces noms se retrouvent, nous voyons qu'il en est qui sont d’un usage purement poétique et qu’ils sont souvent employés l’un pour l’autre. Dans la plaie des sauterelles en Égypte, le narrateur du livre de l’Exode X, 13-15 ne parle que de l M2°K, Mais le Psaume LXX VIIL, 46 rapportant le même fait, joint à l MAX le Don et le Psaume CV, 34, parlant également de la plaie d'Égypte, à côté de l’M2N met le P?°, lequel, d’après Nahum III, 16, est une sauterelle volante comme l M2K, et dont la force est comparée à celle des chevaux effrayants ou hérissés dans Jérémie LI, 14. 27. — Les termes P?° et 707 désignent donc le même individu et sont des noms poétiques de la sauterelle. Enfin, Ésaie XXXIIL, 4, 707 a le sens de sauterelle en général, de même que son parallèle 27234, autre nom ou épithète du même insecte, racine #12] inusitée en hébreu, mais en arabe gabaa, sortir de terre.

Quant à DT, Amos seul l’emploie et il en fait un synonyme de 2, la sauterelle en général IV, 9. Enfin, on peut remarquer que, dans une seconde énumération de ces noms faite au chapitre II, 25 de Joël, ils ne sont point rappelés dans le même ordre, d’où l’on peut conclure qu'ici le prophète n’a -pas, comme l'ont pensé quelques exégètes, l'intention de désigner différents âges de la sauterelle, suivant l’ordre de ses métamorphoses. Comme, d'autre part, 1l est très difficile de dire à quelle espèce particulière de sauterelles chacun de ces noms correspond (voy. l’ Archéologie de De Wette, S 82), nous les considérerons comme autant d’épithètes désignant les traits caractéristiques principaux de la famille des sauterelles et comme des synonymes poétiques du nom génerique f2N. Certaines versions ont conservé les noms hébreux de la sauterelle, sans chercher à les rendre dans nos langues. Il paraît toutefois préférable d'essayer de les traduire comme nous l’avons fait. M? reste, résidu, ce qu'un premier essaim de sauterelles a laissé de reste. Ce sens suffit à lui seul pour réfuter l’idée de ceux qui veulent qu’il soit ici question d’une dévastation qui se serait prolongée pendant deux années successives, l’invasion de la seconde année achevant les dégäts commencés par celle de la première. Mais ce que l’essaim de Ia seconde année aurait dévoré ne serait pas le reste de l’année précédente, chaque année donnant une nouvelle végétation. On pourrait croire, 1l est vrai, d’après IT, 25 que les invasions se sont répétées plusieurs années de suite, mais même dans ce cas, qui est contestable, 1l ne peut être question de sauterelles achevant de dévorer ce que d’autres avaient laissé de reste l’année précédente,

mais seulement d’une gradation dans l’acte de la dévastation opérée par des essaims successifs de sauterelles dans la même année.

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