‹ Le prophète JoëlChapitre 28 sur 28 · CINQUIÈME STROPHE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME STROPHE

17. — Par cette protection si éclatante, [Israël pourra reconnaître que son Dieu habite réellement au milieu de lui. Le peuple devait déjà trouver une occasion de s’assurer de la présence de son Dieu dans le fait de la délivrance des sauterelles et le retour de la prospérité qui la suivit, IT, 23-27. Mais ce n'était là qu’un type de choses bien autrement excellentes et surtout d’un état permanent que rien désormais ne viendrait plus troubler, par suite de la demeure fixe de Dieu sur cette montagne de Sion qui lui est consacrée, et non plus comme dans le cas de IT, 27 où il vient dans certaines circonstances au milieu, 2792, de son peuple. Par ce séjour permanent de Dieu au milieu de son peuple, Israël atteint au plus haut degré de ses privilèges, c’est le terme des dispensations de Dieu envers lui. En cela se retrouve une sublime aspiration vers l’état de choses qui n’était réalisable que par l’apparition du Christ. Jérusalem sera désormais une ville sainte, entièrement consacrée à l'Éternel; non seulement l’étranger qui, comme tel, est un ennemi, ny séjournera pas, mais 1l ne lui sera même pas permis d’y passer, F2 MAYTNS. — ip encore, plus, faisant allusion aux invasions précédentes.

18. — Toute opposition étant détruite, le règne messianique s'établit glorieusement; 1l se fait remarquer: 1° par une fertilité remarquable; 2° par l’ouverture d’une source dans la maison de l’Éternel ; 3° par la

ruine de l'Égypte et du pays d'Édom, v. 18, 19. — 7 arrivera dans ce jour c’est-à-dire dans ce temps-là, après que ce jugement aura été exercé. — 297 3° fut. Qal de AB: stillavit, dégoutter, tomber goutte à goutte. — L'article devant montagnes et collines indique qu'il s’agit des montagnes bien connues de Juda. nn 3° fem. fut. Qal de 997 et 79 aller, couler, de l'eau. Il s'emploie chez les poëtes avec l’accusatif de la chose qui découle. Lament. III, 48; Jér. IIT, 17. etc. — Il va de soi que c’est là un langage figuré qui ne signifie pas autre chose qu'une abondance extraordinaire qui, chez tous les prophêtes, est inséparable de la période messianique. (Voy. sur ce point, Meier, p. 184.) — PEN voir I, 20; alors, les ruisseaux étaient desséchés, mais maintenant, 1ls vont déborder; de même que les pâturages manqualent, ce qui causa la ruine des troupeaux, I, 18, mais maintenant, au lieu de cette campagne dévastée, etc. [, 10, le pays jouira d’une admirable fertilité et ne craindra plus les temps de sécheresse, car l'élément qui entretient la vie et la fécondité des champs, l’eau, ne fera plus défaut. — Le point important dans ces promesses est celui relatif à cette source qui doit jaillir de la maison de l'Éternel. — 172 dénom. dérivé de PY œil, fontaine, source; avec formatif, lieu où se trouvent des sources, Ps. LXXXIV, 7; mais aussi une source, Gen. VII, 11; 2 Rois III, 25, ete. PU, de npw, inus. au Qal (boire), Hiph. donner à boire, arroser, Gen. II, 6. HER EX vallée, le premier sens est rivière, torrent, mais il rappelle aussi un terrain où coule une rivière et qui est bien ce que nous entendons par vallée, il équivaut alors à PA et à N°74 dont il diffère pourtant

en ceci qu'il rappelle toujours que dans la vallée coule de l’eau, idée qui n’est pas nécessairement rattachée aux deux autres. Voir ce sujet d’après Gesenius dans ses dictionnaires ADŸ pour MDI, comme M2 froment pour "DAT. D'une manière générale acacia. On a hésité relativement à l'emplacement de cette vallée de Sibtim. Ce Sittim ne peut être l'endroit où les Israëlites campérent pour la dernière fois avant d’entrer dans le pays de Canaan (Jos. IT, 1). On a appliqué ce nom à la vallée du Cédron peu avant l'embouchure de ce torrent dans la mer Morte. Cette application se comprendrait d’autant mieux que la source sortant de la maison de Jahvé viendra précisément, d’après Joël, se déverser dans cette vallée de Sittim. Cette source ne doit, il est vrai, être regardée que comme un symbole des grâces spirituelles que l'Éternel accordera aux fidèles d’entre son peuple. Mais il importe que l’image, quoique représentant des phénomênes de l’ordre spirituel, soit aussi vraisemblable que possible dans ses traits extérieurs et matériels. Nous croyons donc que cette vallée de Sittim (ou des Acacias) peut être identifiée avec la partie inférieure de la vallée du Cédron.

19. — Au nombre des peuples d’alentour (v. 11) contre lesquels, en tant qu’ennemis d'Israël, l'Éternel doit exercer un jugement, deux ont été déjà désignés nominalement et leur sort fixé 6—8; ce sont les Phéniciens de Tyr et de Sidon et les Philistins de la Palestine, 4. Restent deux autres nations, ennemis invétérés du peuple de Dieu: c’est tout d’abord l'Égypte qui, plusieurs fois, a fait des guerres cruelles contre Israël

depuis son établissement en Canaan (voir Meier, à ce passage); son sort sera d’être réduite en désolation. — nav , de la racine Da, être étonné, interdit, stupuit ; étre dévasté, désolé, rendu solitaire. C’est une ruine complète et dont la vue remplit le spectateur d’étonnement et de stupéfaction. — Viennent ensuite les Édomites qui, de tout temps, ont été d’irréconciliables ennemis et dont la cruauté envers Israël (qui leur était allié par le sang) s’est particulièrement montrée en ce qu'ils ont versé le sang innocent, N°3 27, dans le pays même d'Israël, c’est-à-dire que, sans provocation, ils se sont rendus coupables de crimes restés impunis. — Le sufixe de BSN2 se rapporte aux Israëlites et sert à mettre en relief l’énormité du crime commis, qu'indiquaient déjà les mots: sang innocent. Comme l’Éeypte, " Édom sera réduit en un affreux désert. — O9MA. Le sénitif qui se trouve 1c1 ne se rapporte pas au sujet, mais à l’objet, comme cela se rencontre assez souvent. Dans la règle ce serait: à cause de la violence des enfants de Juda; mais l’ensemble de la proposition indique qu'il s’agit de la violence faite aux enfants de Juda, voir Genèse XVIII, 20 ; Juges IX, 24. C’est donc le génitif de l’objet (comme Hab. II, 8, à cause de la violence faite au pays, etc.). — ÈN ou il faut traduire: parce que, en ce que, OU, unissant ce pronom au sufiixe dans DSN2 : quorum in terra, etc. Le mot EN est, en effet, habituellement séparé par un ou plusieurs mots de celui auquel il se rapporte, Gen. XIIT, 3; ce n’est même

1 Voy. sur cette construction relative, Gramm. hébr. de Strack (trad. fr.), $ 16 d.

que rarement que les mots se trouvent réunis, comme Exode XX, 18; Gesen. 216. — N°93 = 792 pur, innocent, rac. être pur, innocent. Cet N ajouté à la terminaison ?— est rare en hébreu et n’a d'importance que pour l’euphonie en ce qu'il sert à allonger le son en le soutenant. (Ewald, p. 129. c.) — MAA% 9279 un désert affreux. Joël s’est déjà servi de cette expression, IT, 8, en parlant de l’état dans lequel le passage des sauterelles laisse le pays. Le mot 9274 n’ajoute rien à l’idée exprimée par 220 lequel contient tout. dom sera réduit en désert, et ce sera un désert affreux. L’ex- pression dans ce second membre est plus forte que dans le premier, mais l’idée est la même.

20. — Reprise de l’idée du verset 18. En même temps que la complète destruction des ennemis, la promesse est faite de l’éternelle conservation du peuple de Dieu. Tandis que les nations d’alentour sont anéanties et leurs cités réduites en désert, la Judée sera toujours couverte d'habitants et 1l en sera de même à Jérusalem de génération en génération. — AÙN, de 20° habiter et être habité. Cet emploi de 28° dans un sens passif est particulier aux poëtes (Jér. XVII, 25; Zach. VIL 7; Es. XIII, 20 etc) et rappelle le grec vatw, vauerdw dans Homère.

21. — Le 1* hémistiche reprend l’idée du verset 19 et le 2° celle du verset 20. — 77P3 1° prét. Piel de ñj3 qui, à cette conjugaison, signifie déclarer innocent, absoudre comme j”721 avec l’accusatif de la personne, Ex. XX, 7; 1 Rois II, 9; ou bien cet accusatif reste sous-entendu

comme dans Ex. XXXIV, 7. — L'idée fondamentale de ce verbe n’est pas, comme le veulent certains exégètes, celle de purifier, rendre pur ; mais, dans un sens légal, celle de déclarer pur, innocent, absoudre. Au Piel avec le sens actif: {enir pour pur ou innocent, tenir pour tel, de là: faire grâce, remettre une dette, faire grâce d'une punition, de là, enfin, pardonner, justifier. Pour obtenir l’idée de «vengeance», Gesenius lit 23, de Op) venger, verbe qui se trouve en effet avec DT et 2727 sang, Deut. XXXII, 43; 2 Rois IX, 7. Il faudrait donc traduire: 7e vengerai leur sang que je n'aurai pas vengé jusqu'alors; idée qui correspond à celle de Deut. XXXIII, 43 et qui paraît seule convenir au texte. Du reste, sans l'hypothèse de Gesenius, on arrive à la même idée en conservant la lecon actuelle: Je déclarerai leur sang innocent, et de quelle mamère? en exerçant un jugement contre ceux qui l'ont versé injustement. De là l’idée de le venger. — Israël n’aura plus à craindre un retour de ses ennemis, car la présence permanente de l'Éternel au milieu de lui, lui assure une éternelle protection. C’est là le terme des dispensations de Dieu envers son peuple, terme atteint par l’établissement du règne messianique. Sublime prophétie qui n’a trouvé son entier accomplissement que par l’habitation de Dieu au milieu de l’humanité par son Esprit, conséquence de son apparition au milieu d’elle en Jésus-Christ.

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