QUATRIÈME STROPHE
1. — Cette nouvelle section se trouve rattachée au chapitre IT par la conjonction ?2 car, marquant la raison de la proposition précédente. Parmi ceux qui échapperont au jugement qui se prépare, seront ceux que l'Éternel aura appelés. Ceux-là ne se trouveront pas seulement à Jérusalem ou dans le pays d'Israël, 1l en est aussi dans la terre étrangère où leurs ennemis les retiennent captifs. Comme membres du peuple de Dieu, ils doivent participer aux bénédictions promises; pour cela, ils seront rappelés au pays de leurs pères, où l'Éternel répandra aussi sur eux son esprit et où ils seront témoins de la ruine de leurs ennemis. Car voici ce que l'Éternel va faire en ces jours dont 1l vient d’être parlé dans le chapitre précédent. La période où cela doit avoir lieu est bien déterminée par la double déclaration dans ces jours et dans ce temps-là, ce qui reporte aux circonstances rappelées dans le chapitre précédent, et indique que le retour des exilés et le jugement qui doit frapper leurs ennemis sont deux faits qui coïncideront avec le grand événement dont parle le chapitre III. ÜX, ce pronom relatif, employé avec un nom de temps ou de lieu se rend par où, ubi, Nomb. XX, 18; Ps. LXXXIV, 4, ou par lorsque, Ps. LXXXV, IX. — 2UN la ponctuation massorétique qui suppose la forme Hiphil 2’ÛX indiquée par le Keri, est inutile. Le Qal, qui signifie revenir, retourner a aussi le sens de ramener, rétablir, Ps. LXXXV, 5; Nah. II, 3 (Texte). M2Ù [a transportation c’est-à-dire
(concret) ceux qui ont été transportés comme prisonniers de guerre. Ce mot n’est employé que dans cette acception avec le verbe 2\Ÿ. Une fois métaphorique- ment pour rappeler le retour d’un homme à un état de prospérité d’où 1l était tombé, Job XLII, 10; de la rac. n2Ù emmener en captivité. Les expressions 20 et M20 captivité, qui ont la même racine, sont plus simples et de formation plus ancienne. Juda et Jérusalem, Y'union de ces deux noms se retrouve fréquemment, surtout dans le style historique. Le premier désigne d’une manière générale le pays entier, le second la capitale dont l’importance au point de vue théocratique était si considérable.
2. — DNTVS Je les ferai descendre. 1° pers. sing. . Prêt. Hiph. de 71 avec pronom personnel se rapportant aux nations, à celles qui sont spécialement indiquées v. 12 comme étant voisines d'Israël. Ces nations seront conduites dans un lieu désigné ici par le nom de vallée de Josaphat. Mais où faut-il chercher cette vallée dont le nom se trouve pour la première fois 1c1 et verset 12 et ne reparaît plus dans l'Ancien n1 dans le Nouveau Testament, non plus que dans l'historien Joséphe? Au IV® siècle de l’ère chrétienne, ce nom est généralement employé pour désigner la vallée au fond de laquelle coule le torrent du Cédron, entre la montagne du temple et celle des Oliviers, à l’est de Jérusalem. Dans la suite, 1l fut admis, parmi les Chrétiens, les Juifs et les Mahométans que c’est dans cette vallée que se tiendra le jugement dernier. D’après la tradition, l’épithète de vallée de Josaphat se rattacherait à l’idée que c’est là que se trouve
le tombeau du pieux roi de Juda de ce nom, ce qui est une erreur, car le récit biblique dit positivement qu’? fut enseveli avec ses pères dans la ville de David, I Rois XXII, 51. Quant à l’idée assez singulière de faire de cette vallée étroite et profonde le lieu de rassemblement général de la race humaine en vue du jugement dernier, cette idée prend sa source dans une interprétation littérale, exagérée de ce passage. Il n'existe aucune preuve qu’une vallée quelconque ait porté ce nom avant Joël et tout porte à croire que c’est à lui qu'est due cette appellation dont l’idée lui vint sans doute en se rappelant que, 90 ans auparavant, l'Éternel avait exercé un terrible jugement contre les ennemis de son peuple par le moyen de son serviteur Josaphat qui remporta miraculeusement une victoire éclatante sur les Ammonites, les Moabites et les Édomites au désert de Tékoah, au sud-est de Jérusalem. A ce fait historique se rattache aussi le souvenir d’une vallée dont le nom primitif est inconnu, mais qui, dans cette circonstance, prit celui de vallée de bénédiction, parce qu'après le partage du butin, le pieux Josaphat se recueillit là avec son armée pour bénir l'Éternel de cette merveilleuse délivrance: 2 Chron. XX, 25—28. C’est évidemment cette vallée de bénédiction que Joël appelle 1c1 vallée de Josaphat et qui est distincte de la vallée de Cédron. Le désert de Tékoah où Josaphat remporta cette victoire mémorable s’ouvre près de la petite ville de ce nom située à 4 heures de Jérusalem. La vallée de bénédiction, N292 PAY, se trouvait dans le voisinage du champ de bataille où l’on resta 3 jours à piller le butin, le 4° jour eut lieu la fête d'action de grâce dans la vallée qui tira de là son nom.
C’est donc à l’entrée du désert de Tékoah qu'il faut la chercher et non entre la montagne du temple et celle des
Oliviers, car après la fête d'actions de gràäce1l est dit que . Josaphat et ses hommes se mirent en marche pour revenir solennellement à Jérusalem, 2 Chron. XX, 27. Aucun doute à cet égard ne peut d’ailleurs plus exister depuis les découvertes modernes. Jérôme et Épiphane avaient déjà parlé d’un Æaphar-Barucha dans les environs de Tékoah, mais dans ces derniers temps, des voyageurs ont retrouvé les traces de ce village sous le nom arabe Pereikat et près de là un Wadi Pereikat, c'est-à-dire vallée de Pereikat, nom sous lequel s’est conservé le souvenir de celui de vallée de "272 ou de la bénédiction. (Voir Encycl. XV, 613. Bertheau, sur les Chron. p. 344.) — NDEU) au Qal DEV signifie juger ; au Niph. plaider, entrer en jugement avec qq. — T2 Qal disperser, Piel idem. Mon pays qu'ils ont partagé entre eux. L’ennemi à transporté dans l’exil une parüe du peuple et s’est partagé, non le pays tout entier, puisque le royaume de Juda existait encore au temps du prophète, mails certaines portions des parties limitrophes des contrées habitées par les puissantes tribus qui avaient envahi la terre de Juda.
3. — 11? 3° plur. prét. Qal de T7 jeter, mème sens que 17 dont on trouve la forme 111, fut. Piel pour 1771, Jeter le sort, c’est-à-dire en vue de se partager les prisonmiers, une partie du peuple seulement, car le pays ne fut pas démembré, ni le peuple entier transporté au temps de Joël. — 77 fém. 1), l'enfant, mot poétique = ]2. — MIT prostituée; part. fém. Qal de r"ùT
commettre fornication. — 728 vendre, ici échanger pour du vin. — YAŸ? 3° fut. Qal de AND fut. AA? apoc. AU boire. Ce sont les ennemis qui font entre eux ces affreux échanges: un jeune garçon (sans doute allusion au vice infâme de la pédérastie) pour une prostituée, dans le sens général. Il ne s’agit pas, n1 pour le garcon de celui désigné sous le nom de ©? enfant mâle, cinaedus, consacré au culte odieux d’Astarté ou de Vénus, ni, pour la jeune fille, de la TP la meretriæ, faisant publiquement profession de la prostitution.
4. — Et par quels ennemis le peuple de Dieu est-1l ainsi outragé? Par Tyr et Sidon, dont les villes formaient presque tout le territoire, et par quelques petits districts au sud-ouest de Jérusalem appartenant aux Philisüns, Josué XIII, 2. 8. De l’état de prospérité matérielle de ces peuples, l’humiliation d'Israël est augmentée, mais l’arrogance que leur inspire la victoire est un sujet de pitié pour le Tout-Puissant. — BA cette particule chez Joël exprime toujours une idée de progression, d’intensité: et même, c'est-à-dire ef de plus, en outre. — *? DNN712 expression qui a un sens différent de 7 ? ra 2 Sam. XVI, 10, qu'on traduit habituellement par: qu’aïi-je à faire avec toi? L'expression de Joël signifie mot à mot: quoi vous à moi? c'est-à-dire qu’étes-vous par rapport & moi, en comparaison de moi pour oser, etc. — 7% et 7%, même sens que VX rocher, nom propre de Tyr. — TPK péche, piscatus, nom propre de Sidon. — ni? plur. de Do) qui, comme "22, signifie une contrée limitée, un circulus, une région. — nu?» Philistæa, pays des Philistins, Palestine. Racine inus.
w?D émigrer, s'enfuir dans le sens de mo». Sur l’origine des Philistins, qui paraissent venir de l'ile de Kaphtor ou de Crète, voir Ebers, p. 145 et suiv.; Æncycl. XI. 5959 etc. — 7124 litt. acte, action d’une nature quelconque, ici rétribution, d’après la racine Da, montrer, ou faire quelque chose de bon ou de mauvais, mais toujours avec l’idée d’une rétribution méritée. Lire est donc le salaire mérité pour une action bonne ou mauvaise. Voir Hupfeld, sur Ps. VII, 5; XX VIII, 4. Ici, dans le sens de DYIoN Dire retributio Dei, Ésaïe XXXV, 4. Représailles rend assez bien l’idée, car les ennemis de l'Éternel sont censés vouloir lui infliger un mauvais traitement pour se venger du dommage qu'il leur à causé. L’idée de rétribution se trouve souvent liée à 2" faire retourner, Hiph. de 219 et surtout à D? dont on a le participe Piel. Ce verbe D? qui, au Qal, signifie éfre entier, sain et sauf, à, au Piel, le sens de payer, rétribuer, habituellement suivi de ?, ici de ?Ÿ. — *?D sur moi, contre moi. FDP APT2 YAP dit la note massorétique, c’est-à-dire qu’au lieu de ??Ÿ, nous avons ici un Qâmets à la place du Pathah régulier, par suite de l’action de l'accent tonique nommé Zakeph Qatôn, ou petit Zakeph. L'effet de cet accent tient beaucoup à l’intention que mettent les Massorètes dans la manière de diviser la phrase, car, comme on le voit quatre mots plus loin, l’action de cet accent n’est pas nécessairement d’allonser la voyelle de la lettre qui le porte. Mais l’emphase repose sur le premier 2}; l'emploi de cette préposition se rapportant à Dieu, montre que cette emphase est bien dans l'intention de l'écrivain, qüi veut indiquer par là la témérité et la folie des ennemis de Dieu. — ENT Hit.
et si, = ou, particule disjonctive, ou plutôt conjonctive alternative, car, tout en séparant les idées, elle sert à unir les deux membres de la période commençant par V2 et se terminant par v2ÿ, Il faut alors prendre n dans Dan non comme un article, mais comme la particule interrogative par laquelle commence l’interrogation portant sur deux choses entre lesquelles il y à incertitude ou option. Il est vrai qu’en pareil cas cette particule est généralement accompagnée d’un — mais souvent aussi de la voyelle pleine — et cela comme ici devant une lettre portant, — Gen. XVII, 17; XVIII, 21; XXX VII, 32. Le Daguesch dans la lettre voisine de la particule interrogative est alors un Daguesch fort (appelé dirimens) voy. Gésen. p. 186, Ewald, p. 227; Credner veut à tort voir dans le 1 l’article (voir 227 et contre Meier, p. 163). MA 5? litt. léger de promptitude = soudain, en un clin d'œil. — Je ramènerai votre action sur votre tête. Expression fréquemment employée pour rappeler l’idée de représailles ou d’une rétribution justement méritée par l’auteur de l’action indiquée. Il semblerait plus naturel de dire: je ferai retomber votre action sur etc. comme on dit în auctoris caput recidere, idée qui s’explique assez bien par l’image d’un homme lançant une pierre ou une flèche vers un but élevé et qui sent cet objet lui retomber sur la tête. C’est en effet, dans ce sens que bien des exégètes prennent 5%; mais ce verbe ne signifie pas {omber en arrière, ou retomber, mais retourner, à l’'Hiphil faire retourner, ramener, c’est-à-dire qu’au moral, Dieu fait toujours trouver à l’homme dans son action même la récompense ou le chàtiment qu’elle mérite (voir Hupfeld, sur Ps. VII, 17).
D. — EN vous qui, ellipse du pronom EF trois fois répété dans le verset précédent. D’où l’ennemi avait-il enlevé ces richesses? Il est très probable que c’étart surtout du temple où, suivant l’usage des peuples d'alors, on amassait des trésors de métaux et d'objets précieux, aussi Tacite appelle-t-1l le temple de Jérusalem #mmensæ opulentiæ templum (ist. 5. 8.), ce que confirme d’ailleurs Josèphe (Guerre des Juifs, 6, Al); ces richesses étaient considérées comme consacrées à l'Éternel et, par cela même, d’une manière toute spéciale, comme étant sa propriété. Mais peut-être le prophète parle-t-1l d’une manière plus générale, voulant rappeler le pillage des richesses du peuple de Dieu. Sous Joram, dit le 2° livre des Chroniques XXI, 16. 17, les Philistins et les Arabes envahirent le pays et pillèrent en particulier la maison du roi; le temple ne fut, sans doute, pas épargné. Ceci doit se passer peu de temps avant Joël. — ÊYT2M plur. de TAMA désir, ce qu'on désire, chose précieuse. Rac. 70n désirer ardemment, concupivit. L’adjectif suivant avec l’article forme ici un superlatif. — DNN2N 2° plur. prét. Hiphil de Ni vous avez emporté, transporté. — D292"7 plur. de 72 d’après l’étymologie, un édifice Spacieuæ, un palais, soit qu'on prenne la racine arabe inusitée en hébreu hékala être grand, être élevé, ou, ce qui semble plus naturel, l’hébreu Del re pouvoir, être capable de, contenir. En tout cas, ce mot ne rappelle jamais qu’un vaste bâtiment tel qu’un palais ou un temple, #1 22 le palais de l’Éternel = le temple de Jérusalem. Appliqué, comme ici, à un édifice d’un peuple païen, il ne peut guère désigner qu’un temple de leurs divinités, car dans notre passage en particulier, le
prophète accentue la culpabilité des ennemis en rappelant qu’ils ont transporté les trésors du RIRE de l’Éternel dans les temples de leurs idoles.
6. — Voir, sur ce commerce, Credner et Meier, et Gesenius sur Ésaie XI, 11. 231 du sing. °2” formé de 1) nom par lequel les Hébreux désignaient les Grecs. Voir sur ce nom ce que dit Adolphe Pictet dans les Origines indo-européennes. ?ÿ = y 12, litt. de dessus.
7. — OV ÿ2, part. Hiph. avec suff. de M} être réveillé, veiller, se réveiller. Hiph. exciter, faire lever. Pour la fin du verset, voir v. 4.
8. — 72 litt. dans la main = au pouvoir de, Juges IL TOR les vendit en la main de, c’est-à-dire il les livra au pouvoir de, etc., c’est bien 1c1 l’idée; l'Éternel livre ses ennemis à son peuple qui, à son tour, les vend à la nation lointaine des D'N2Ù habitants du pays de NAU, les Sabéens, au sud de l'Arabie, contrée qu'il ne faut pas confondre avec N20, la Méroé des Anciens, en Éthiopie, renommée pour son or, Ps. LXXII, 15, et, de mème que Schéba, par son commerce, Esaïe LX AE Ps. LXXII, 18, etc. D’après ce passage de Joël, les Sabéens faisaient aussi le commerce des esclaves. La capitale était Mariaba, c’est de là que vint la reine qui visita Salomon, 1 Rois, X. Relativement à Canaan, c'était une nation éloignée, ce qui rendait la PR d'y être esclave encore plus pénible.
Les 8 premiers versets du chapitre IV ne sont qu’une description anticipée du résultat final de la lutte qui aura
lieu entre Israël et ses ennemis. Une guerre terrible va s'engager, et c’est Israël qui la provoquera sur l’ordre de l'Éternel; c’est une guerre sainte, car, non seulement elle est voulue de Dieu, mais lui-même y conduit ses héros, ce qui leur assure une éclatante victoire, 9-12.
9. — Publiez ceci parmi les nations. NNT ceci, cette | chose, pouvant se rapporter à ce qui précède, mais le plus souvent à ce qui suit. C’est aux Hébreux que s’adressait cet ordre et comme le donne à entendre l’emploi du verbe ©? consacrer, déclarer saint, tout spécialement aux prètres qui, par des rites appropriés à la circonstance, déclaraient la guerre approuvée de Dieu et les combattants comme engagés à son service, Jér. LI, 27; VI, 4; Es. XIIL, 13. — Ils doivent faire connaître ce jugement que l'Éternel se propose d’exercer envers les ennemis de son peuple. Ici, le pronom se rapporterait donc à ce qui précède. A l’intérieur, ils doivent préparer la guerre sainte. La suite de l’exhortation s'adresse au peuple en général, qui est invité à s’armer et à monter à Jérusalem d’où l'Éternel doit faire entendre sa voix comme pour commander dans la bataille. — 197, imp. Hiphil de M9 re réveillé, veiller. Hiph. éveiller, exciter (voy. v. 7) et, dans le sens du Qal, veiller, faire attention. Grammaticalement, on peut, il est vrai, lui donner le sens transitif et alors ce seraient les prêtres que le prophète mviterait à exciter les hommes vaillants à la guerre; mais, comme le sens réfléchi peut être admis (comp. Ps. VII, 7; XXXV, 23), cette tournure semble mieux convenir que la première.
10. — Cette partie de l’exhortation ne peut évidemment s'adresser qu’au peuple hébreu qui tout entier doit se soulever et se procurer des armes en transformant ses instruments aratoires et de culture. — 1n5, impér. Qal de NN forger, briser. — DK doit désigner un instrument de fer propre à l’agriculture, mais il n’est pas facile de préciser exactement ce que c'était; l’étymologie n’a pu, jusqu'ici, en être donnée avec certitude. Réguliërement, 1l faudrait une racine ANN qui ne se trouve pas, mais il est probable que la racine nnn rompre, briser, qui existe en hébreu, lui est apparentée, et, dans ce cas, DN désignerait un instrument tranchant propre à la culture, mais spécialement aux travaux aratoires, tel qu'un soc de charrue, une pioche, une houe, une bêche. C’est dans cet ordre d’instruments qu'il est impossible de préciser celui que le nom DK désigne à l'exclusion de tout autre. Toutefois 1l importe de remarquer que l'instrument aratoire qui doit être transformé en instrument de guerre se rapproche déjà de ce dernier, par la dimension et par la forme. C’est ainsi que les LXX, la Vulgate, le Targüm, le Syriaque donnent ici à ce mot le sens d’un fer de charrue, ce qui paraît assez probable. Il est vrai qu'on peut opposer à cette asser-. tion le passage 1 Sam. XIII, 20, où NOM, qui signifie un fer de charrue, vomer, de la racine VW inciser, labourer, se trouve employée avec MN qui doit désigner autre chose. Aussi plusieurs traducteurs donnent-ils à PK le sens de houe, pioche, bêche qui, dans la circonstance peut avoir également le sens de pioche ou de faux, faucille. D’après les monuments égyptiens, nous voyons que la pioche se composait de deux parties: un manche
trés court à l'extrémité duquel était fixée à angle aigu une pièce, probablement en fer, plus longue que le manche et reliée, en outre, à ce dernier par une sorte de ligature allant du milieu du manche au milieu de la branche de fer. Rien ne s'oppose à ce que cet instrument fût également en usage chez les Israëlites, et dès lors la transformation de cette pioche en épée est tout naturellement indiquée par la forme et la longueur de la pièce métallique. Préfère-t-on adopter le sens de faux? On sait que dans des cas analogues à celui où se trouvaient les Israëlites, les paysans se servaient de leurs faux pour le combat, en mettant la lame dans le prolongement du manche et que cela constituait une arme assez redoutable. Reste à savoir si la faux était en usage en Orient dans ce temps là; or 1l est à peu près certain que, comme l’on ne coupait pas la paille par le pied, mais un peu au-dessous de l’épi, on se servait plutôt de serpettes ou mieux de ciseaux (Wünsche, Joël, p. 287). Le terme consacré était MAT rac. VAT failler, émonder la vigne. Cet instrument, sans doute avec quelques modifications de détail, servait à tailler la vigne et à couper les épis. Sa forme le désignait comme devant fournir un fer de lance, — MAN Zance, pique. La racine M9 n’existe pas en hébreu, mais en arabe, elle signifie percer d'une lance. Il s’agit, non d’un instrument de trait, c’est-à-dire destiné à être lancé, mais d’une arme dont on se sert pour frapper dans la bataille. — UT rac. won abattre, renverser, vaincre. Au sens intransitif: re faible, fragile, vaincu. Voir Job XIV, 10, L'homme meurt Don et Ù est étendu sans force, prostratus est. L’adjectif doit donc rappeler un état de faiblesse extrême, lassa humus, dit
Ovide, terre épuisée. C’est le sens opposé à celui de 23, qui désigne l’homme dans la plénitude de sa force, vir validus, strenuus. — À qui s'adresse l’exhortation contenue dans ces deux derniers versets? Évidemment à Israël (voir les opinions contraires de Credner et Meier).
11. — SP (ax. Ley.). La racine &4Ÿ ne signifie pas se rassembler, comme le veulent les LXX et quelques autres anciens traducteurs; ce sens ne va pas 1cl; mais, en rapprochant ce verbe de la racine ©, on obtient une sionification qui convient parfaitement: se hûter, se presser. C’est bien l’idée qui ressort du second membre de la strophe comprenant les versets 11 et 12. — 1K2ÿ3 Niph. de Ÿ2f rassembler, pass. être rassemblé, se rassembler. Qàmets à cause de l’Athnah. — Mais ce parfait passif ne va guère ici; 1l faudrait régulièrement l’impératif 8211. Si l'hypothèse de Credner était admissible, la difficulté disparaîtrait, car d’après elle, ce parfait ne serait qu'une glose explicative des deux premiers mots du verset et dont l’un présente un sens peu clair, ne se trouvant employé qu'ici. Il semble, en effet, que ce mot considéré comme glose est un élément étranger à la strophe dont il arrête l’élan, dérange le développement naturel des idées en en amenant une nouvelle qui reste isolée, vu qu’elle n’a point de parallèle. On pourrait donc facilement le supprimer. Si on le garde, 1l faut expliquer ce qu’a d’irréguler cette forme que l’on est obligé de prendre pour un imparfait Niphal, tandis que c’est réellement un prétérit Niphal. (Voir là-dessus Ewald S 226, c, page 506.) — Mn, Hiph. au Qal M rac. araméenne pour l’hébreu 77
descendre, Exclusivement poétique. L’Hiphil est synonyme de V1, faire descendre, conduire: Eo deduc, Jova, heroes tuos. Mais DT est-il, comme le veut en particulier Credner, la 3° personne préterit Hiphil dont les voyelles devraient, être alors AM", ou bien est-ce, comme le veulent la plupart des exégètes, l'impératif Hiphil que régulièrement on devrait lire M2? Le sens de la phrase ne permet guère de lire autre chose que l’impératif. D’après Credner, il faudrait traduire : Zà l’Éternel renverse tes héros, cela toujours dans la supposition inadmissible que c’est aux paiens qu'on s’adresse. Ce sens brise le fil des idées et en change la nature. Il s’agit d’un lieu de rassemblement et non du moment où l'Éternel va détruire les ennemis de son peuple. C’est dans la vallée de Josaphat que les peuples sont assignés et c’est là que l'Éternel doit s’asseoir pour exercer le jugement. Puis les héros dont il est ici question sont les soldats de l'Éternel et jamais ceux qui composent les armées des nations, Juges V, 13; Ps. LX, 12. C’est donc l’impératif qu’il faut admettre, car lui seul convient ici.
12. — 19° 8° fut. Niph. de "7 au sens du jussif, voir v. 9. Dans le parallélisme des membres, ce verbe correspond à @1Y, comme le 2° verbe 12p9 à IN21 du v. 11. Au Qal, ce verbe ne se trouve qu’à l’impér. 2p?, fut. Qal de 99 monter ; régulièrement, le verbe 71 descendre conviendrait mieux, puisqu'il s’agit de la vallée de Josaphat, où l'Éternel se propose de faire descendre les nations ATV v. 2; mais ce verbe doit être pris dans un sens technique, appliqué à une armée en marche; monter, c’est-à-dire, d’une manière générale,
se rendre au lieu assigné. — 2UN 1° pers. fut. Qal de au, s'asseoir. Là, l'Éternel doit prendre place en qualité de juge assis à son tribunal, tandis que ceux qu'il doit juger se tiennent debout devant lui, attendant la sentence, Ps. IX, 5, 8; Ex. XVIII, 13. — Ces peuples d'alentour sont ceux qui sont rappelés d’une manière générale v. 2 par l'expression: foutes les nations. Il
s’agit de celles qui, à cette époque, étaient en guerre avec le peuple hébreu.
13. — Les partis sont en présence et le juge prononce la sentence dont l’un d’eux doit se faire l’exécuteur contre l’autre. Cette sentence déclare que la culpabilité est arrivée à son comble et qu’il ne peut y avoir aucun délai dans l’exécution du jugement. Les héros de l'Éternel sont donc invités à se mettre à l’œuvre; et cette œuvre de destruction, le poëte la décrit sous les images champètres les plus gracieuses et les plus justes, fréquemment imitées après lui (voir Gesenius, sur Ésaïe XVII, 5).
19 faucille. Rac. inus. 73), en arabe = couper, trancher.Ce nom, qui ne se retrouve que Jérémie L, 16, a, en arabe et en syriaque, le même sens qu’en hébreu. — PU2 être cuit par le feu, devenir mür par le soleil, ne s'applique qu’au raisin, Gen. XL, 1; il est employé ici avec VX qui désigne la moisson du froment. Cette liberté de l'écrivain, dans le choix de ses expressions, n’a rien d’exagéré, car la maturité qu'il veut indiquer est celle du dernier degré qui correspond au dessèchement des épis, grillés ou comme cuits par le soleil. Les deux impératifs suivants, sans | copulatif, qui est omis lorsque les deux verbes désignent une action qui est
spécialement dans le 2° verbe, Gen. XX VII, 18. — 17. ‘impér. Qal de 71 jouler, dominer, mot poétique pour 797 employé habituellement pour désigner le foulage au pressoir, Néh. XIII, 15; Lament. I, 15; Ésaie LXIITI, 1. — MA contracté pour M3 ou NY d’une rac. inus. 4” qui, en arabe, signifie presser, fouler, broyer. C’est la cuve où l’on presse le raisin, comme en latin prelum de premo, presser fouler. — WPŸ7 8° plur. prét. Hiph. de Pÿ imus. au Qal = ppÙ courir, Hiph. regorger, déborder. Voir, sur ce mot et Le suivant, II, 24.
14. — NAN signifie proprement bruit, tumulte, rac. nn = D son onomatopée bien rendu par l’anglais éo hum et par l'allemand brummen, gronder, bourdonner, faire un bruit confus. Mais le nom signifie aussi multi- tude comme le latin éwrba dont le premier sens est trouble, tumulte et qui signifie aussi éroupe, multitude sans ordre faisant du tumulte. C’est aimsi qu'il est dit : tu deviendras père 23 TAN c’est-à-dire d’une multitude de nations, Gen. XVII, 4. 5. On dit aussi M7 71 Le bruit de la multitude, Ës. XIII, 4; XXXIIL, 3. Dans l'esprit du prophète se trouve assurément cette double idée de multitude et de tumulte que rappelle le nom. La répétition du mot exprime l’intensité et la durée du fait, ou, s'il s’agit d'individus, leur grand nombre, voir Genèse XIV, 11 où il est question de choses qui peuvent se compter: ce n'était que puits de bitume. Dans notre passage, si nous gardons le sens primitif du mot on traduira: violent tumulte ou immense tumulte, sans perdre de vue qu’il est causé par la multitude d'hommes, dont la réunion est censée avoir lieu en ce moment. — Le
pluriel, dans ce cas, est poétique et pris dans un sens abstrait. (Hitzig répète Meier et veut qu’on traduise par : des multitudes; voir son commentaire.) — 1 Rac. VN couper, trancher, décider, déterminer, Job XIV, 5. Le nom rappelle donc une décision, une détermination, un Jugement. C’est ce dernier sens qui convient ici. La vallée où s'était déjà exercé un jugement de Dieu contre les ennemis de son peuple et à laquelle se rattachait le nom de Josaphat comme étant un principal instrument dont Dieu s'était servi en cette circonstance; cette même vallée s’appellera aussi: la vallée du jugement, c’est-àdire de la punition, du châtiment que l'Éternel est sur le point d’infliger de nouveau à ses ennemis.
15, 16. — La présence de l'Éternel se révèle par les phénomènes effrayants qui, d’ailleurs, ne sont ici que la répétition de ceux déjà produits à l’occasion de l’invasion des sauterelles IT, 10, autre jugement de Dieu par lequel il vient châtier son peuple. Dans ce bouleversement atmosphérique, c’est la voix de l'Éternel qui se fait entendre, car 1l est là sur Sion, où 1l rugit comme un lion et d’où, par l'éclat de sa voix, il ébranle les cieux et la terre. — ANŸ” remarquer la hardiesse de cette image, imitée par Amos I, 2; Jérém. XXV, 30; Encycl. XII, 225. Mais le peuple de l'Éternel n’a rien à craindre dans cette terrible journée, car Jérusalem, où se trouve son Dieu, est une retraite et une forteresse qui lui assure le salut.