STYLE DE L'OUVRAGE
Au point de vue de l’art et de l'inspiration poétique, le livre de Joël est incontestablement l’œuvre la plus parfaite que contienne l'Ancien Testament. On trouverait sans doute bien des pages dans Job et dans Ésaie, certains passages dans Habakuk et Nahum comparables pour le style, supérieurs même pour l’éloquence et l’ardeur du génie, à tels morceaux de Joël; mais aucun livre ne présente, comme celui-ci, d’une manière aussi complète et aussi soutenue, un pareil ensemble de qualités littéraires. Joël est bien, comme on l’a dit, entre tous les prophètes, le poëte par excellence. Du commencement à la fin des deux discours composant son livre, ce n’est qu’un jet poétique; pas une pensée prosaïque, pas une phrase qui ne soit régulièrement
1 Voyez là dessus Bruston, Histoire critique de la littérature prophétique des Hébreux, Paris 1881 (pages 108 et suiv.).
? Cette partie des notes de M. Le Savoureux était la moins développée; l’auteur n'avait pas jugé nécessaire de traiter la question en détail, sans doute à cause du grand nombre d'ouvrages qui existent sur la matière. J'indiquerai ici les deux écrits de M. Montet (Genève, 1877 et 1880); l’ouvrage susmentionné de M. Bruston et l’article du même auteur dans l'Encyclopédie des sciences religieuses ; l'étude devenue classique de Credner, 1831; celle de Wünsche, 1872; celle de Schmoller, dans le Bibelwerk de Lange, 1872; l’article de Kleinert dans le Handwürterbuch de Riehm, etc. Voir, du reste, la notice bibliographique à la fin du volume (A. J. B ).
rythmée. Ces discours sont évidemment des compositions faites dans le calme de la retraite et non, comme on se le représente habituellement, des improvisations prononcées en public. Tout au plus pourrait-on admettre que, pour le fond, les principales idées développées avec tant d'art dans le livre ont été émises verbalement; mais leur rédaction finale, telle que nous la possédons aujourd’hui, ne peut être que le résultat d’un travail littéraire. Nous avons donc ici une œuvre essentiellement poétique, rédigée plus ou moins longtemps après les événements servant de thème à la composition de Joël. Mais si, dans ces deux discours, tout est poétique, tout y est aussi profondément religieux; l'imagination naturelle la plus brillante y est constamment mise au service de l'inspiration la plus ardente, de l'esprit prophétique le plus clairvoyant.
Ces qualités littéraires si supérieures, les critiques de tous les temps les ont pleinement reconnues au livre de Joël. Entre toutes les appréciations que nous pourrions rappeler 1c1 (celles d’Kichhorn, de Bleek, etc.), bornonsnous à citer celle d’un des juges les plus compétents qui se soient occupés de notre prophète. Reuss, dans son premier volume des Prophètes, s'exprime comme suit: «Quel que soit d’ailleurs le jugement qu’on veuille porter sur Joël et son livre, nous avons de la peine à croire que la littérature prophétique ait commencé par là. Il se révèle dans ces pages, à ce qu’il nous semble, un si haut degré de perfection dans le rapport entre la forme et le fond, que nous ne pouvons nous défaire de l’idée que divers essais, moins parfaits d’abord, ont dù précéder celui-ci».