NOM DE L'AUTEUR ET DATE DU LIVRE
Joël est, selon toute probabilité, le second en date des prophètes dont les écrits sont parvenus jusqu’à nous. Tout détail historique manque sur son compte. Nous savons seulement qu'il était fils d’un certain Pethuel, personnage d’ailleurs inconnu. La tradition fournit également peu de renseignements sur ce prophète. D’après quelques Pères de l’Église, il aurait été or:igimaire de la tribu de Ruben; mais plusieurs indices (entre autres, la façon dont il parle des prêtres) font supposer avec plus de raison qu'il a appartenu à la tribu de Lévi.
Su signifie «Jéhova est Dieu». Toute autre étymologie est bien moins conforme au génie de la langue. Vouloir, comme Jérôme, que ce nom soit le participe de 5N°, «commencer», et le rendre par incipiens, c’est perdre de vue que le verbe en question n’est employé qu'à l’Hiphil dont PNŸ ne peut être le participe. D’ailleurs, le sens que l’on obtient ainsi est absolument émgmatique. Le nom a été porté par plusieurs person-
tes LE PROPHÈTE JOËL
nages de l'Ancien Testament appartenant à la classe des Lévites; voy. par exemple, I Sam. VIIT, 2; I Chron. VI, 38; IT Chron. XXIX, 12, etc. On le trouve également porté par des membres d’autres tribus, ainsi Néh. XI, 9; Esdr. X, 43. On suppose à bon droit que Joël a dû prophétiser en Juda et peut-être à Jérusalem même; voy. [, 138; Il, 1-9; IV, 1. 6. 18-20. Le nom du père, DNINE, signifie, selon quelques interprêtes, «simplicité de Dieu» (rac. ñn2, d’où 712); selon d’autres, le 2 remplacerait un % (deux labiales qui permutent souvent en hébreu) et PAANE seralé MIS à la place de MIN (de A, homme, dont la forme construite NA entre dans la composition de plusieurs noms tels que SNWINE, Mount).
La fixation de la date du livre de Joël à donné lieu à un très grand nombre d’hypothèses; mais on peut dire qu'actuellement les critiques sont arrivés à se mettre à peu près d'accord sur ce point. Nous énumérerons ciaprès, sans les soumettre à une discussion approfondie que d’autres ont déjà faite, les principales opinions relatives à l’époque du prophète.
Celui qui fait remonter Joël le plus haut est Bunsen. D’après cet auteur, notre prophète a dû écrire environ vingt ans après la prise de Jérusalem par les Égyptiens, sous Roboam'. Mais il est bien difficile d'admettre une date si reculée, car Joël cite évidemment Abdias, qui prophétisait vers la fin du règne de Joram (885); comp. Joël IIT, 5 à Abd. 17, voy. encore des imitations d’Abdias, dans Joël IV, 19 et Abd. 10; IV, 3
1 Voy. aussi W. Pearson, The prophet Joel, Leipzig, 1885.
et Abd. 16°, etc. En outre, l’allusion à la vallée de Josaphat (IV, 2) est un indice que Joël vivait plus tard que ce roi. On à pensé aussi (Fürst) aux dernières années de Joram ou au court règne de son fils Ahazia. Mais le contenu du livre semble indiquer une situation toute différente, une époque durant laquelle la personne du roi ne joue aucun rôle marquant, mais où le sacerdoce jouit d’une haute considération et d’une grande autorité. La période de la minorité du roi Joas répondrait beaucoup mieux à cette situation. Le gouvernement réel de la nation était alors entre les mains du grandprêtre Jojada. Si cette opinion se confirme, Joël aurait prophétisé vers 870. — Mais 1l nous reste d’autres hypothèses à considérer. C’est ainsi qu’on à fait de notre prophète à peu près un contemporain d’Amos; il aurait écrit sous le règne d’Ozias. Ces deux prophètes parlent, il est vrai, l’un et l’autre d’une terrible invasion de sauterelles et on trouve chez eux la mention d’une espèce de sauterelles, le D, qui ne se rencontre nulle part ailleurs. Maïs une invasion de ces animaux n’était pas chose si rare en Palestine pour qu’on puisse voir dans ce fait un argument favorable à la contemporanéité de deux écrivains. D’ailleurs, si Joël avait écrit dans les dernières années de Joas ou sous le règne d’Ozias, 11 n'aurait point manqué de parler des Araméens qui avaient envahi Juda à cette époque (2 Rois XII, 18 ss.). Il faut également repousser l’opinion de Bertholdt, qui plaçait Joël sous Mzéchias, et celle de Jahn, qui proposait le règne de Manassé, car, dans ces deux cas, on ne sait pas à quelle prise de Jérusalem le prophète ferait allusion dans IV, 1-7. En outre, l’horizon de
l’époque est entièrement différent. — D’autres critiques le font descendre plus bas encore; c’est ainsi qu'Ackermann fixe Joël sous le rêgne de Josias, tandis que Hilgenfeld, Kuenen, Duhm, Merx et d’autres le placent peu avant l'exil ou même après. Comme le montre fort bien M. Bruston, ces diverses opinions manquent de toute vraisemblance. Elles ont été réfutées d’une facon très consciencieuse par M. Montet (De recentissimis disputationibus de Joelis ætate, Genève 1880).
Si, maintenant, nous en revenons à l’époque des premières années de Joas, mentionnée ci-dessus comme étant la seule vraisemblable, nous pouvons faire valoir les raisons suivantes en sa faveur: 1° Joël IV, 4-6 promet encore le retour dans leur patrie aux citoyens de Juda emmenés et vendus par les Philistins sous le roi Joram (889-883); donc, depuis cet événement, il ne s’était pas encore écoulé une génération d'hommes. Par conséquent, le livre de Joël peut avoir été écrit vers 870: ou un peu plus tard. — 2° Joël ne parle pas des Araméens de Damas; il ne les compte pas au nombre des ennemis de Juda. Il est évident que, s’il avait écrit vers la fin du règne de Joas, il aurait parlé de ce peuple qui, sous Hazaël, n’épargna Jérusalem que grâce aux trésors de la maison de l'Éternel que Joas lui envoya en guise de rançon (2 Rois XII, 17-18). Or, on calcule que ces événements se passèrent vers l’an 840. On peut considérer cette date comme étant le {erminus ad quem de la prophétie de Joël. — 3° Joël menace les Édomites (IV, 19) qui ont répandu le sang des enfants de Juda, sans doute lors de la révolte de l’Idumée contre l’autorité des rois de Juda (2 Chron. XXI, 8). Or, d’après 2 Rois XIV, 7
et 2 Chron. XXV, 11, nous voyons que le roi Amatsia (838-811) remporte sur eux une victoire, s'empare de leur capitale Séla et, par là, venge suffisamment l’ancien crime. Donc, Joël a dû écrire un certain nombre d'années avant cet événement. — 4° Les rapports entre Joël et Abdias établissent clairement la priorité du second sur le premier. Joël, qui fut imité par Ésaie, Nahum et Sophonie (voy. Es. XIII, 6 et Joël I, 15; Nabh. IE, 11 et Joël I, 6; Soph. [, 14-15 et Joël IT, 1-2), imita lui-même à maintes reprises son devancier. Voyez plus haut les passages. — 9° Enfin, comme nous l’avons fait remarquer ci-dessus, la situation du royaume de Juda, telle que la dépeint Joël, cadre exactement avec ce que nous savons des premières années du règne de Joas. Alors, la prépondérance appartenait aux prêtres; le grand-prêtre Jojada dirigeait les affaires du royaume; le roi, trop jeune pour jouer un rôle quelconque, n’est pas nommé ; il est sous la tutelle de celui qui lui a sauvéla vie, Jojada. Enfin, 1l n’est pas question d’idolätrie; Athalie n’est plus, ses efforts pour introduire le culte de Baal en Juda n’ont pas abouti, et l’on est plus attaché que jamais au culte du vrai Dieu. Les calamités de l’époque, cette invasion terrible de sauterelles et cette sécheresse qui ruine le pays, sont la conséquence du péché de ce Joram qui «avait marché dans la voie des rois d'Israël, comme avait fait la maison d’Achab» et de cet Ahazia qui suivit les conseils de sa mère Athalie et qui «fit ce qui est mal aux yeux de l'Éternel» (2 Chron. XXII, 4).
Pour ces diverses raisons, nous croyons que la seule date probable à assigner au livre de Joël est le premier tiers du IX° siècle, vers l’an 870 ou, si l’on admet la
chronologie telle que la fixent les documents assyriens, vers 8401, Cette opinion, aujourd’hui de beaucoup la plus répandue, est celle de Keil, Steiner, Schmoller, Wünsche, Graetz, Reuss, Montet, Karle, Bruston, Volck, Kleinert, etc. ?