DE LA DISTRIBUTION DES APPARTEME.XS, ET DE LEURS DIVERS ACCESSOIRES
Pour qu'un appartement soit complet, ce qui annonce déjà une certaine aisance dans les habitans, il doit, d'après nos usages, être composé au moins de cinq pièces , savoir: d'une antichambre servant de salle à manger , d'un salon de compagnie , d'une chambre à coucher, d'un cabinet et d'une garde-robe.
Dans les appartemens plus considérables, on désire des cabinets de toilette , un boudoir, des bains, dans lesquels, outre la salle de bain , on trouve une petite antichambre, une étuve , une chambre de repos , etc.; enfin il en est d'autres dans lesquels la convenance exige un vestibule, plusieurs antichambres ', une bibliothèque , une salle de billard, de tableaux, etc.
Les cabinets, les chambres à coucher, les boudoirs doivent avoir beaucoup de dégagemens ; presque toujours les garde-robes servent à cet usage.
Dans la distribution d'un appartement , il ne faut pas perdre de vue que le levant est la meilleure exposition pour les pièces qui sont constamment habitées, et que le nord est la plus mauvaise.
Dans les maisons situées entre cour et jardin, il faut, autant que possible, élever le sol du rez-de-chaussée au-dessus de celui des cours. Cette disposition, tout en éloignant l'humidité, donne de l'élégance et de la noblesse à la façade et permet d'y pratiquer un perron.
Vestibule.
Le vestibule est une pièce commune à tout l'appartement, et d'où l'on communique à toutes les autres pièces; il ne doit être orné ni de meubles, ni de glaces, ni de tapisseries.
Escalier.
A la suite du vestibule on place les escaliers, dont le but est de faire communiquer les divers étages d'un bâtiment.
La bonne exécution d'un escalier est un point important; nous nous en occuperons donc spécialement à l'article construction.
Boutiques.
Les boutiques sont des pièces situées au rez-de-chaussée, ouvertes sur la rue, et où les commerçans vendent leurs marchandises. Autrefois les boutiques étaient, comme le sont encore celles de quelques artisans, sans fermeture durant le jour. La nuit on les fermait avec des volets et des barres de fer ou de bois. De nos jours, les boutiques sont garnies de châssis et de vitraux décorés avec un luxe inconnu de nos pères. L'intérieur répond souvent à la magnificence de la décoration extérieure; mais la disposition de ces intérieurs est toujours subordonnée au genre de commerce auquel se livre le marchand. Nous
ne pourrons donc offrir des modèles d'intérieur : il en faudrait autant qu'il existe de branches d'industrie. Nous nous contenterons donc de présenter deux modèles de devanture. Dans la planche LXXXVII, tout le système de décoration serait exécuté en bois; les ornemens peuvent être peints ou exécutés en relief, en carton-pierre , de la fabrique de M. Romagnesi. Ces ornemens sont ou dorés ou peints à l'huile, selon le luxe qu'on désire donner à ces devantures. Les châssis A et les montans des portes B sont ordinairement exécutés en cuivre; la partie CDEF de la fig. i serait formée d'une seule glace sans tain , sur laquelle les ornemens et les figures seraient peints en couleur, ce qui produit l'effet le plus agréable, sans toutefois intercepter la vue.
Antichambre.
L'antichambre est la pièce qui précède l'appartement; c'est la salle ordinaire des domestiques; elle ne doit pas recevoir d'ornemens.
Salle à manger,
La salle à manger qui suit immédiatement l'antichambre, et qui quelquefois la remplace, doit être carrelée et non parquetée, afin qu'on puisse la laver pour enlever les corps gras qu'on peut y laisser tomber pendant les repas. Les murs des salles à manger sont revêtus ordinairement de stucs de diverses couleurs. Les seuls ameublemens qu'elles comportent sont des chaises en étoffe solide, en maroquin par exemple, et de petites tables pour desservir, qu'on place, autant que possible, dans les angles.
L'antichambre et la salle à mangersontsouventchauffées par un poêle commun aux deux pièces; ces poêles peuvent être revêtus de marbre, mais ordinairement ils sont en terre cuite et peints en bronze ou granit; aujourd'hui on détrempe ces couleurs avec de la bière, parce que ce genre de peinture résiste très-bien à l'action du feu.
Salon.
Le salon est la pièce d'apparat où l'on reçoit les étrangers, et c'est celle où l'on doit déployer le plus de luxe et de richesses. Autrefois,
lorsque les moeurs étaient plus simples, le salon n'existait que dans les palais et hôtels; dans la demeure modeste des particuliers, on disait, salle de compagnie; aujourd'hui le plus petit bourgeois possède ce qu'il appelle pompeusement son salon.
Dans les beaux salons, on prodigue les marbres, les bronzes , la dorure, la sculpture, et surtout les glaces; on les orne de statues, de lustres, de girandoles. Les plafonds sont souvent recouverts de peintures , soit d'ornemens, soit d'arabesques.
On appelle salons à l'italienne ceux qui comprennent deux étages, et qui sont ordinairement éclairés par les croisées de l'étage supérieur; assez souvent ce genre de salon a pour plafond une coupole enrichie «'«gaiement de peintures et d'ornemens.
Chambres à coucher.
\a (jjiamhre à coucher est l'asile du sommeil ; il faut donc l'établir loin du bruit des cours et de tout ce qui peut exciter la dissipation; en général, on place le lit en face des croisées; la cbeminée doit diviser en deux parties égales le côté de la chambre où elle est placée.
C» t te pièce pourra être tendue en tapisserie ou en beau papier; on choisira de préférence la couleur verte pour les tentures d'une chambre à coucher. Le vert, par la douceur et l'uniformité de sa nuance, contribue à l'impression tranquille qui convient au repos; mais on ne doit pas oublier que c'est de l'ameublement et de la beauté du lit que dépendent, en quelque sorte, la richesse et l'élégance d'une chambre à coucher.
Cabinets.
Le cabinet est consacré à la tranquillité et au travail; on le décore ordinairement d'un lambris à hauteur d'appui ; le reste est recouvert d'une tenture d'une seule couleur, ornée de quelques tableaux; point «le dorure ni de sculpture, mais seulement un bureau, un serre-
papiers, quelques chaises et deux fauteuils, doivent former tout l'ameublement.
Garde - robes .
On serre les hardes et les vêtemens dans des cabinets appelés garderobes. On y pratique de grandes armoires, dans lesquelles on met des tablettes et des porte-manteaux; on doit avoir grand soin de carreler ces pièces et non les parqueter, parce que les insectes pourraient y trouver une retraite.
Cabinets de toilette.
On pourrait dire du cabinet de toilette que c'est l'endroit où les Grâces tiennent conseil. En effet , c'est le lieu consacré à la parure et à l'habillement. Cette pièce doit être de médiocre étendue et soigneusement parquetée ; on y place ordinairement des vases de fleurs posés sur de petits piédestaux ; les glaces doivent y être nombreuses , sans compter la Psyché, ou grand miroir portatif destiné spécialement à la toilette.
Boudoirs.
Le boudoir est le temple de la volupté, c'est la partie de l'appartement consacrée à l'amour. Il doit être décoré de belles et riches tentures, de quelques glaces, et d'aimables sujets allégoriques; le grand jouidoit être rompu par des verres dépolis, ou par des gazes tendues audevant des croisées. Un lit de repos, un canapé, une ottomane ou un divan sont des meubles indispensables à un boudoir; leur couleur et celle de la tenture doit être tendre ; le rouge serait trop dur, le jaune donnerait un reflet désagréable, le vert y paraîtrait trop sérieux; le blanc, le rose et le bleu de ciel sont les seules nuances qui puissent convenir à cette retraite délicieuse, qui ne doit procurer que des émotions douces, et porter la volupté dans tous les sens.
>.5 Bains.
Il est unanimement reconnu que les bains ont l'influence la plus salutaire sur la vie et la santé des hommes. L'exemple des Sauvages nous apprend que l'usage des bains a précédé la civilisation.
Les Grecs, les Perses et les Romains les regardaient comme des exercices salutaires qui augmentent ou entretiennent la force , le courage et la santé. Les Grecs avaient consacré leurs thermes à Hercule, et placé des bains à côté de leurs gymnases ou palestres. A Rome, ce ne fut guère avant la fin de la république qu'on vil s'élever des bains. Les Romains en bâtirent ensuite de nombreux et de magnifiques, dont nous admirons encore les restes dans les pays qui étaient sous leur domination. Viiruve, Pline, etc., nous en ont laissé des descriptions. 11 parait qu'ils se composaient principalement d'un bassin ou léservoir destiné à fournir l'eau à tous les bains ( aquarium); d'une salle contenant de grands vases d'airain remplis d'eau froide, tiède et chaude (vasarium); du bain d'eau chaude (calida lavatio ); de l'étuve sèche (calidarium , laconicum); de l'étuve humide (vaporarium, sudatoriutn); de la salle de rafraîchissement , où la sueur était essuyée C Jrigidarium ); de la piscine, ou bassin destiné aux bains froids ( piscina, Jiigida lavatio), dans lequel on pouvait presque toujours nager (piscina nataiilis) ; de la chambre où l'on se faisait frotter d'huile (elœothesiwn); de celle où on se déshabillait et s'habillait ( apodyterium ) ; et enfin d'un vaste four (hypocaustum), placé audessous des vases d'airain, du bain d'eau chaude et des deux éluves, qu'il chauffait par sa voûte brûlante et à force de conduits de chaleur. Le bain complet consistait dans le passage successif de la pièce du bain d'eau chaude dans les différentes salles.
On conçoit combien devait être nécessaire le fréquent usage des bains chez les anciens, qui ne portaient pas de linge.
Mais il ne l'est pas moins pour nous, et aujourd'hui il n'est presque pas de famille aisée qui ne possède une chambre de bain. Cc,s pièces doivent èire carrelées en marbre ou en pierre, ou tout au moins en brique. La baignoire doit être encastrée dans le carrelemeni de
Tomi II.
manière à ne pas le dépasser de plu? de 8 à 9 pouces (om,24); sans cela on aurait trop de peine à y entrer.
La pierre, le marbre , le bois, le fer-blanc et le cuivre étamé sont ordinairement employés à la construction des baignoires. Depuis peu d'années on en exécute en cuir vernis, qui sont d'un usage extrêmement commode par la facilité qu'elles offrent à être transportées. On a entièrementrenoncé à celles en fer-blanc, à cause de leur prompte oxidation.
On a inventé plusieurs moyens d'échauffer l'eau des baignoires, mais presque toutes ces découvertes ont été abandonnées par suite des dangers qu'elles offraient, et on était revenu à l'ancienne méthode de chauffer l'eau dans une chaudière séparée, et de la transporter dans la baignoire, soit par des tuyaux, soit par tout autre moyen.
Mais cette méthode est dispendieuse et d'une exécution difficile. Enfin, un chaudronier de Paris, M. Bizet , vient d'inventer un appareil qui fait disparaître tous les dangers, et qui permet d'échauffer l'eau dans la baignoire même. La description de la fig. 1 et 2 de la pi. 88 fera suffisamment connaître ce nouvel appareil.
La fig. 1 représente l'appareil entier composé de la baignoire A , du fourneau-chaudière B, du coffre E, pour chauffer les linges et le déjeuner, et des tuyaux FF pour porter les vapeurs du charbon dans une cheminée voisine , ou hors de l'appartement. On y voit aussi une pompe G dont nous indiquerons l'usage.
La chose importante à considérer dans cet appareil est le fourneauchaudière B ; il est vu en coupe fig. 2. Le fourneau est placé au milieu de la chaudière en a ; le charbon s'introduit par le tuyau p , et tombe sur la grille b ; les cendres tombent dans la partie c ; l'air nécessaire à la combustion entre par le cendrier c , avec plus ou moins de rapidité, selon qu'on ouvre le petit tiroir H, fig. 1.
Le fourneau a, fig. 2 , est enveloppé de toutes parts d'une chemise en cuivre, qui est partout distante de 2 pouces { du fourneau. C'est dans cet espace o, o, 0 , o ,0 , que se rend d'abord l'eau froide, et qu'elle est échauffée. Cette chemise porte deux tuyaux , dont l'un n horizontal, et l'autre m incliné de bas en haut. Ces deux tuyaux sont soudés à la baignoire , comme on le voit en C , D, fig. 1 .
Ce qui précède étant bien entendu , la circulation de l'eau est facile
à concevoir. 'Lorsqu'on a rempli la baignoire jusqu'au-dessus du tuyau C , toute la chaudière Bse trouve aussi remplie, puisqu'elle communique avee la baignoire par les deux tuyaux C , D. Lorsque le fourneau est allumé, l'eau de la chaudière s'échauffe ; mais tout le monde sait que l'eau froide est plus pesante que l'eau chaude; celle-ci entre dans la baignoire par le tuyau C, pour occuper la partie la plus élevée, et en même temps l'eau froide entre dans la chaudière par le tuyau D. Ce mouvement de circulation continue sans cesse jusqu'à ce que toute l'eau de la baignoire soit à la même température; lorsque le bain est assez chaud, on éteint le feu en fermant le tiroir IL
Lorsqu'on veut allumer le fourneau, on enlève le bouchon J, qui ferme le tuyau K; on introduit dans ce tuyau un morceau de cerceau courbe, qui sert à débarrasser les cendres qui peuvent rester sur la grille , et les faire tomber dans le tiroir H, avec lequel on les enlève ; on remet ensuite le tiroir, qu'on laisse à moitié ouvert ; on introduil le charbon nécessaire avec une pelle qui a la forme de ces petits instrumens en fer-blanc, dont les débitans de tabac se servent pour prendre cette poudre dans les pots et la verser dans les cornets de papiers. Avec la même pelle, qui entre librement dans le tuyau K, on jette dans le fourneau quelques charbons allumés ; on met le bouchon J, et, pour établir le courant d'air, on brûle un peu de papier dans le tiroir II; le feu ne tarde pas à s'allumer et à brûler avec activité. A l'aide de ce fourneau-chaudière, l'eau du bain s'échauffe dans l'espace de quarante-cinq minutes au plus en été ,et d'un heure en hiver.
Le coffre E est construit delà même manière que le fourneau-chaudière, c'est-à-dire qu'il a comme ce dernier, une chemise qui enveloppe le tuyau FF c'est entre cette enveloppe et le coffre que l'on met de l'eau qui, étant échauffée par le tuyau, répand dans l'intérieur une chaleur suffisante pour chauffer le linge et le déjeûner.
On introduit l'eau dans le coffre dont nous venons de parler, par la douille M; on n'en met que 5 pouces de hauteur, sans quoi, en s'échauffant , elle se répandrait au dehors en se dilatant ; une jauge 0 , en cuivre, graduée, et qu'on place dans la petite douille N, fait connaître lorsque l'eau est arrivée à cette hauteur. Avant d'allumer le fourneau , on doit verser les 5 pouces d'eau dont nous venons de parler.
Ce coffre , tel que nous l'avons décrit , est traversé par le tuyau de cheminée du fourneau, et est soutenu par une forte console en fer P, en forme de T, fixée sur la paroi de la baignoire. Un robinet Q sert à évacuer l'eau lorsqu'on n'a pas de bain à prendre, et celle de la baignoire sort par le robinet W.
Sur le côté de la baignoire est fixée une pompe aspirante G. Elle sert à prendre des douches; R, bras de fer fixé à la pompe; il supporte le levier qui fait mouvoir le piston; il a son centre de mouvement en Z. Le baigneur saisit la poignée S et l'agile pour faire mouvoir le piston; T lige ou manche du piston; U griffe plate qui embrasse le bord de la baignoire , et qui sert à fixer , par le moyen de la vis V , la pompe d'une manière solide; X, tuyau de cuir plus ou moins long, qui s'ajuste d'un bout avec la douille de la pompe , et de l'autre avec les divers ajutages , au moyen des vis de raccommodement YY.
La forme des orifices des ajutages qui se placent au bout du tuyau X varie selon la partie du corps que l'on veut doucher.
Cette manière ingénieuse de chauffer les bains met , comme on le voit , à l'abri des émanations des gaz délétères , qui sont conduits au dehors par le tuyau FF.
Dans les pays méridionaux, en Espagne par exemple, on établit, dans les cours et dans les jardins, des bassins d'eau qui, exposés durant le jour à un soleil ardent, fournissent le soir à la famille des espèces de bains domestiques dont la dépense n'est certes pas considérable.
11 y a encore des bains de vapeur, mais ces objets sont du ressort de
la médecine.
Les salles de bain sont quelquefois accompagnées d'étuves qu'on échauffe soit au moyen de poêles , soit en y introduisant de la vapeur d'eau ; mais il faut avoir la précaution de ménager à l'extérieur une ouverture qui se ferme et s'ouvre a volonté, pour prévenir l'excès de chaleur et la raréfaction de l'air.
Enfin , dans les grandes maisons, on place, à proximité de la salle de bain, une chambre à coucher, destinée au repos après être sorti de l'eau. Cette chambre est décorée avec la plus grande simplicité; elle est presque toujours accompagnée d'un petit dépôt pour les vêtemens.
Bibliothèques.
La bibliothèque est une pièce destinée à recevoir un grand nombre de livres rangés en ordre sur des tablettes ; il faut avoir soin de l'éclairer seulement d'un seul côté afin que les yeux ne soient pas fatigués, ou, mieux encore, de tirer le jour d'en liant lorsque les localités le permettent.
Si la bibliothèque a beaucoup de hauteur, il faut pratiquer à 8 ou 9 pieds du plancher (2m,5o à 3m) des galeries suspendues auxquelles on communique par de petits escaliers placés dans les angles, pour éviter le risque de monter à des échelles trop hautes. On place dans le milieu des bibliothèques, des tables couvertes de (apis pour faire la lecture.
Il est peut-être plus convenable de carreler ces pièces que de les parqueter, car le carreau a le double avantage d'amasser moins de poussière, et ne sert pas de refuge aux rats et aux souris. En cas de froids on peut placer des tapis sous les tables; mais il ne faut ni poêle ni cheminée , de peur d'incendie : il serait même avantageux, à cet égard, d'exécuter les portes d'entrée en fer ou en tôle, et de garnir les croisées de volets de même métal.
Cuisines.
Plusieurs causes concourent à rendre les cuisines insalubres : on concevra combien il importe de les atténuer , en songeant au nombre de personnes que leur état condamne à passer leur vie dans ces sortes d'ateliers malsains , où elles reçoivent les germes de diverses maladies. Tous ceux qui se sont occupés des proportions de la mortalité dans les diverses classes, les ont trouvées beaucoup plus fortes parmi les cuisinières.
Les moyens d'assainissement sont d'ailleurs faciles: il faut seulement construire les fourneaux de cuisine sous le manteau d'une cheminée dont le conduit soit haut et large.
La figure 3 de la planche 88 indique le plan général d'un cuisine que M. d'Arcet a fait construire.
A, fourneaux réunis sous le manteau de la cheminée; b four à pâtisserie , dont la cheminée se rend sous le manteau général ; K, fourneau portant une chaudière destinée à diverses opérations un peu grandes : on s'en sert pour faire cuire les légumes en grande quantité à l'eau ou à la vapeur; pour faire les savonnages-, chauffer l'eau d'un bain ; la fumée de ce fourneau est conduite par un tuyau en tôle / dans le grand corps de cheminée. Il peut servir à y faire appel; c, évier; cl, table de cuisine; e, billot;^, fontaine; g, buffet; ///?, portes de la cuisine et de la cave; j j , croisées ; m, tourne-broche placé au-dessus de la chaudière À; ce tourne-broche peut communiquer le mouvement à la broche placée devant la cheminée a , et aux autres broches cuisinières que l'on place devant les coquilles BB.
L'ensemble des objets réunis sous le manteau de la cheminée, se compose , comme on le voit figure 5, planche 83, et figure i, planche 89 : i°. D'un foyer ordinaire de cheminée a, compris entre les deux corps de fourneaux Cet M; ce foyer ainsi, que la figure 1 planche 89, l'indique , est muni d'une crémaillère , on y fait les opérations de cuisine qui exigent un feu large et de la flamme; on y peut mettre la broche lorsqu'on ne veut pas placer la cuisinière devant l'une des coquilles; le pot-au-feu peut y tenir aussi. En général, on y allume du feu , surtout lorsqu'il fait assez froid pour qu'il soit nécessaire d'échauffer la cuisine ; il peut à volonté être supprimé en le couvrant d'une plaque nn en fonte, sur laquelle on peut poser le gril. Il est utile de mettre cette plaque dans les cas difficiles : lorsque plusieurs mets cuisent à la fois et répandent beaucoup de fumée, on peut alors laisser un passage suffisant entre le bout de la plaque et le mur, pour, que la fumée du foyer a, s'il est allumé , se rende dans la cheminée. Pour accélérer le tirage et enlever toutes les vapeurs, il faut rétrécir les passages par lesquels l'air se rend dans le grand corps de cheminée ; pour cela on ferme le plus possible les rideaux LU glissant sur les tringles, et l'on tient ouvert les vasistas, qui fournissent de l'air extérieur en proportion du tirage.
La réunion des fourneaux en un seul corps de maçonnerie C pré-
sente six fourneaux en fonte, ronds ou carres, et une poissonnière D. Ces fourneaux ont chacun leur couvercle en tôle ou en fonte; et, à l'aide des portes à coulisse E F, on peut étouffer le feu dans les fourneaux mêmes sans se servir d'étouffoir.
On peut, dans les mêmes fourneaux, obtenir plus ou moins de chaleur à volonté, en avant des grilles de rechange, et dont l'écarlement des barreaux diffère pour chacun d'eux; les plus serrées s'emploient lorsqu'on veut obtenir moins de chaleur en brûlant moins de charbon.
BB, fig. 5, pi. 88, et fig. ire., pi. 89, indiquent deux coquilles à rôtir en terre cuite ou en fonte. On connaît assez l'avantage que ces sortes de fourneaux présentent , sans qu'il soit nécessaire de les rappeler ici.
M, fig. 3 , pi. 8S, et fig. 1 , 3 et 4, pi. 89, plaque de fonte qui recouvre un fourneau en fonte ou en tôle, dont les fig. 3 et 4> pb 88, font voir les dispositions intérieures du foyer et des rigoles a ,b,c , d , e ,f, dans lesquelles la fumée circule sous la plaque.
Cette plaque sert de table lorsqu'on ne chauffe pas le four ; lorsqu'on l'allume, elle sert à tenir les plats chauds.
Les lettres U, V, X , fig. 1 , 3, 4, pi- 89, indiquent le four , foyer, cendrier, et les portes qui y correspondent.
0, le plan du fourneau potager d'IIarel, encastré dans la maçonnerie.
Les tuyaux P, R, fig. 2, du four et du fourneau ci -dessus, s'élèvent sous la hotte du manteau de cheminée, jusqu'à l'embouchure du corps de la cheminée; ils sont munis de clefs pour modérer le tirage, et obtenir moins de chaleur à volonté.
Les rideaux U, U, à l'aide desquels on augmente le tirage, sont ensuite collés, et imprégnés, si l'on veut, d'une solution saline de borax, {phosphate d'ammoniaque, ) qui les rend difficilement combustibles. Us sont garnis, au bas, de balles de plomb, afin que le tirage ne puisse les entraîner dans la cheminée.
Ces rideaux, outre qu'ils augmentent le tirage à volonté, ont encore l'avantage de diminuer réchauffement de la cuisine en été; de plus , la cheminée sert à établir une ventilation rafraîchissante; il suflit, pour cela, de tenir les vasistas grands , ouverts,
et les rideaux écartés d'une largeur égale, au plus, à celle de la cheminée.
Lajîg. 5 représente le dessus de la cheminée de cuisine : on voit que la disposition de la feuille de tôle vernie qui la recouvre, ne rétrécit pas le passage comme les mitres ordinaires, et cela est utile pour conserver un grand tirage à cette cheminée principale.
Fig. 2. Cette coupe verticale indique :
P, le tuyau de tôle du four;
R, tuyau de tôle du fourneau potager;
U , rideau du manteau de cheminée, maintenu par des balles de plomb , et glissant sur des tringles;
Z, croisée percée à l'un des bouts du manteau de cheminée, servant à éclairer l'intérieur de cette cheminée , les fourneaux , etc. ;
0 , soupape servant à fermer à volonté le corps de cheminée. En fermant cette soupape en hiver, lorsque tous les feux sont éteints, on échauffe la cuisine sans y faire du feu ; la chaleur des fourneaux suffit pour cela ; on laisse les rideaux ouverts et les vasistas fermés.
Le système de construction que nous venons de développer n'est pas seulement recommandable par ses effets salutaires : ici nous remarquons, de plus , économie dans l'emploi du combustible , puisque l'on y peut réunir les fourneaux et appareils qui remplissent le mieux ce but; il permet d'ailleurs l'emploi du charbon de terre dans les foyers des fourneaux qui chauffent la chaudière et le four; et l'on sait que la consommation du bois en France est trop grande, tandis que celle du charbon d< terre ne l'est pas assez.
Nous terminerons cet article en faisant observer qu'il faut, aulant que possible, carreler les cuisines en dalles de pierre, en conservant des pentes pour l'écoulement des eaux; il est bien même de les voûter, lorsque remplacement le permet.
Les cuisines sont quelquefois accompagnées d'un garde-manger ,
d'un lavoir, d'un bûcher , d'un commun où mangent les domestiques ,
et d'un office où Ton dresse le dessert. La meilleure exposition pour
les cuisines, c'est le nord; les offices doivent être placées au levant.
Les cuisines et les offices sont établis ordinairement au rez-de-ch'ius-
sée, et souvent même dans un étage souterrain, afin' de se délivrer de l'odeur incommode qui s'en exhale.
Cheminées.
On a beaucoup discuté pour savoir si les cheminées avaient été en usage chez les anciens; le peu d'exemples qui nous en reste, et l'obscurité des préceptes de Vitruve à ce sujet , ont fait croire à quelquesuns que les étuves , au moyen desquelles les anciens échauffaient des appartenons entiers, leur avaient fait négliger cette partie du bâtiment.
Mais on a répondu à ces assertions par des citations irrécusables. On a objecté d'abord le mot lui-même, qui dérive du latin C aminci ta , formé de caminus , qui vient du grec Ka/*o/oç. On s'est appuyé sur l'autorité de Virgile:
Et jam sumina procul villarum culmina fumant.
Sur celle d'Appien Alexandre, qui, racontant de quelle manière se sauvaient ceux qui étaient frappés par les barbares proscriptions des triumvirs, dit qu'ils se cachaient sous les toits et dans les cheminées.
Aristophane, dans une de ses comédies, introduit le vieillard Policléon, enfermé dans une chambre, d'où il tâche de se sauver par la cheminée.
Suétone nous apprend que la chambre de Vitellius fut brûlée parce que le feu avait pris à la cheminée, etc., etc.
Enfin , une foule d'exemples viendraient au besoin corroborer cette opinion, et on ne peut mettre en doute que les cheminées n'aient été en usage chez les anciens.
En général, nos cheminées, par leur multiplication et leur système de construction , "»nt pour la plupart l'inconvénient de fumer.
Il est quelquefois bien difficile de déterminer précisément ce qui peut faire fumer une cheminée, parce que cela dépend d'une infinité de circonstances et de causes quelquefois si éloignées et si peu appa-