‹ Le propriétaire architecteChapitre 27 sur 108 · TOME il · texte numérisé non relu

TOME il

rentes, que ce n'est guères que par un examen approfondi qu'on peut parvenir à les connaître.

On doit distinguer ces causes en extérieures et intérieures.

Les causes extérieures agissent lorsqu'une cheminée est placée dans la direction de plusieurs vents, ou si elle reçoit ces mêmes vents réfléchis par la proximité des bàlimens, ou, enfin , si elle est placée de manière à être exposée long-temps aux rayons du soleil.

Les causes intérieures se manifestent lorsqu'une cheminée est trop large proportionnellement à sa hauteur , lorsque le foyer n'est pas suffisamment profond, ou, enfin, lorsque les portes et les fenêtres de l'appartement ferment avec trop d'exactitude.

Pour obvier à ces inconvéniens, les fumistes pratiquent des ventouses qui amènent l'air du dehors; et lorsqu'ils ne peuvent tirer l'air extérieur des parties latérales ou inférieures du foyer, ils le font venir du haut en formant un conduit, dans la cheminée même, au moyen d'une languette. Mais, outre la perte de chaleur que ces dispositions occasionent , on éprouve efteore le désagrément d'avoir devant le foyer un rideau d'air froid.

On a essayé également de placer sur le haut des cheminées des mitres en plâtre ou en terre cuite , pour éviter le refoulement que le vent occasione, ainsi que des têtes à girouettes, qui ne présentent jamais au vent l'issue de la fumée. On place encore quelquefois une calotte ou plaque en tôle légèrement courbée, soutenue horizontalement à 4° °" 4^ centimètres de l'issue de la cheminée, sur trois ou quatre montans. Cette feuille de tôle empêche les eaux pluviales de pénétrer dans la cheminée, et les rayons du soleil de s'opposer à la sortie de la fumée. La fig. 5 de la pi. 8g en offre un modèle.

Au reste, on doit considérer une cheminée comme un fourneau, ou plutôt comme un poêle composé de deux parties, le foyer où s'opère la combustion, et les conduits qui évacuent les produits gazeux de cette combustion, et qui déterminent le tirage. Lorsqu'on allume du feu dans le foyer, la chaleur se dégage, raréfie l'air qui se trouve dans le tuyau et en écarte les molécules. De l'accroissement de son volume résulte la diminution de sa densité ou pesanteur spécifique ; dès lors , li fumée, trouvant moins de résistance dans cette partie^

s'élance dans le tuyau de la cheminée dont la température elle-même s'élève progressivement et augmente la force de ce mouvement ascensionel d'autant plus nécessaire, que l'acide carbonique, qui se forme par la combustion , étant plus pesant que l'air extérieur, tendrait à établir un tirage de haut en bas, si 1 élévation de la température ne déterminait l'ascension de ce gaz.

Nous avons dit que les cheminées fumaient lorsque les conduits présentaient trop de largeur, et que les appartement étaient hermétiquement fermés. En effet, dans ce cas, le tirage devient d'abord extrêmement fort, et il se produit dans l'appartement une véritable ventilation dont on s'aperçoit facilement parle froid singulier qu'on ressent dans les parties du corps opposées au feu. D'ailleurs, la portion d'oxigène {air vital) qui passe parle foyer étant beaucoup plus considérable que celle nécessaire, et absorbée par la combustion, il n'existe bientôt plus dans l'appartement une quantité d'air atmosphérique suffisante pour entretenir cette combustion, et il s'établit alors, dans le conduit de la cheminée, un tirage de haut en bas, qui peut suppléer, il est vrai, au manque d'air, mais qui entraine et fait refluer avec lui, dans l'appartement, la fumée qui s'oppose à son passage.

Cette dissertation nous conduit naturellement à l'examen d'un phénomène assez extraordinaire, qui a particulièrement lieu à la fin de l'hiver et au commencement du printemps.

Il arrive quelquefois, à cette saison de l'année, que la température de l'atmosphère s'élève tout à coup de plusieurs degrés ; l'air contenu dans les appartenons se trouve alors beaucoup plus frais que l'air extérieur, qui , cherchant à se mettre en équilibre, se précipite dans la cheminée; le courant descendant s'établit, mais l'air qui descend par le tuyau se sature si complètement des différens gaz contenus dans la suie, qu'on ressent dans l'appartement une odeur de fumée, lorsque souvent il n'existe pas, dans toute l'habitation , une seule cheminée où l'on fasse du feu.

Il est un objet extrêmement important à considérer dans la construction des cheminées, ce sont les matériaux propres à l'établissement de leurs conduits ou tuyaux.

Beaucoup de cheminées sont construites en plâtre ou en briques posées de champ, quelques-unes en poterie de terre. Ces constructions

sont très-vicieuses , et peuvent causer de fréquens incendies : lorsque la suie amassée dans ces conduits vient à prendre feu , la haute température , développée tout à coup , fait fendre ou tomber en éclats les matériaux qui forment leurs parois; bientôt la flamme pénètre jusqu'aux pièces de bois les plus voisines, et le feu gagne ensuite rapidement dans toutes les parties de l'édifice. Quelques autres cheminées sont construites en briques posées à plat , dans lesquelles le feu peut se développer sans qu'il en résulte aucun dommage immédiat; mais alors le danger existe au dehors , car les flammèches qui s'élancent des conduits embrasés peuvent être projetées extrêmement loin sur quelques matières très-combustibles, soit par la force de la chaleur, soit par celle du vent lorsqu'il souffle avec quelque violence.

M. Courlier, architecte, inspecteur de la Bourse de Paris, a imaginé de faire exécuter des briques moulées sur une forme telle que quatre assemblées laissent au milieu d'elles un conduit cylindrique de 9 à 10 pouces de diamètre; il en faut de deux modèles pour que les joints se trouvent coupés en posant les assises les unes sur les autres. {V. fig. 6, pi. 89). Les cheminées construites de cette manière sont plus faciles à nettoyer que celles qui sont angulaires; il suffit d'y faire passer à plusieurs reprises un petit fagot lié au milieu d'une corde ; un homme en saisit un bout au bas de la cheminée, et fait descendre le fagot; un autre homme, situé à la partie supérieure, tire l'autre bout de la corde, et amène le fagota lui, et continue cette manœuvre jusqu'à ce que toute la suie soit détachée ( on emploie en Angleterre , pour cette sorte de ramonage , un balai cylindrique ); on se sert aussi de ce moyen pour ramoner les cheminées rectangulaires étroites; mais il reste ordinairement une quantité plus ou moins grande de suie dans les encoignures, et le feu peut se manifester après un tel ramonage.

Cette disposition des tuyaux de cheminée diminue considérablement la dépense et offre de plus le grand avantage de réduire la largeur du tuyau à des dimensions beaucoup plus convenables. En effet, le canal des cheminées actuelles présente ordinairement une section d'un quart de mètre carré. Or, en supposant à l'air chaud une vitesse de 2 mètres par seconde, ce qui n'est pas beaucoup, on voit qu'il passera par cette section 1800 mètres cubes par heure; ainsi ; l'air d'une chambre

de 100 mètres cubes sera renouvelé dix-huit fois dans une heure : aussi la plupart des cheminées ne donnent aujourd'hui que deux ou trois pour cent de la chaleur du combustible qu'on y brûle.

On conçoit donc combien il est important de diminuer autant que possible la section des conduits de cheminée.

On a essayé depuis quelque temps de se servir de tuyaux en fonte pour construire des cheminées cylindriques. Ce moyen présente l'avantage d'une plus grande solidité, et dans les différences de température les retraits ou les dilatations rapides s'opèrent d'une manière uniforme; mais, d'un autre côté, on perd une portion considérable de calorique, car on sait que ce fluide élastique traverse bien plus facilement la fonte que la pierre, la brique ou le plâtre. Aussi un des résultats que l'on doit le plus s'attacher à obtenir en construisant ces conduits, est de les rendre susceptibles de contenir la chaleur le plus long-temps possible, afin de faciliter le tirage; car si la température de la colonne d'air renfermée dans le tuyau n'était que de quelques degrés au-dessus de celle de l'atmosphère, il pourrait s'établir un équilibre en un point quelconque de la cheminée, et il deviendrait impossible de faire élever la fumée au-dessus de ce point, puisqu'au delà elle ne tendrait qu'à descendre , à cause des différentes substances réduites en vapeur par la combustion. Ainsi les corps qui sont les moins conducteurs de la chaleur sont par conséquent les plus propres à ce genre de construction, et un tuyau de cheminée fonctionnera d'autant mieux que l'épaisseur de la maçonnerie dont il est formé sera considérable.

On pensait autrefois qu'il fallait que le tuyau des cheminées s'élevât sur une ligne perpendiculaire, et pour cela il était de nécessité que la cheminée d'un étage supérieur fût à côté du tuyau de celle de l'étage inférieur, et à mesure que les étages se multipliaient, les cheminées des pièces élevées sur un même plan se trouvaient reportées vers une extrémité de la chambre, ou bien formaient des saillies énormes.

Aujourd'hui on a reconnu qu'il était avantageux, pour le dégagement de la fumée, que les tuyaux se dévoient sur une ligne oblique; par ce moyen les cheminées des divers étages peuvent être sur un même plan. Seulement on dévoie plus ou moins les tuyaux pour les

faire passer les uns près des autres ; les tuyaux des cheminées sont ordinairement pris dans l'épaisseur même du mur auquel elles sont adossées.

Afin de prévenir la dégradation de la partie des conduits ou tuyaux qui s'élève au-dessus du comble, il faut empêcher toute infiltration des eaux pluviales par la partie supérieure. On y parvient aisément en plaçant sous les trois dernières rangées de briques une plaque en cuivre dune dimension égale à la section extérieure de la cheminée, et percée au milieu d'un trou égal au passage ou débouché intérieur de la même cheminée. Enfin on réussit avec autant de succès, et plus économiquement encore , en posant l'avant-dcrnier rang de briques sèches sur un bain de mastic bitumineux liquéfié que l'on force par une légère pression à monter dans les joints.

Revenant maintenant au foyer même des cheminées , nous ferons observer que la chaleur, qui n'est que la sensation produite par la présence du calorique, se propage de deux manières, par contact et par radiation : ce n'est que par ce dernier moyen que la chaleur se fait sentir dans les appartemens au moyen des cheminées; or, tous les physiciens ayant aujourd'hui reconnu que les rayonnemens du calorique agissent à peu près comme ceux de la lumière, une cheminée fonctionnera d'autant mieux que le foyer sera disposé de manière à renvoyer un plus grand nombre de rayons ; de là l'invention de ces cheminées évasées dites à laRumfort, du nom de leur inventeur; depuis on a reconnu que les parois du foyer indiquées par les lettres x y dans la fig. 2 de la pi. go doivent former avec le contre-cœur, ou la plaque de la cheminée, un angle de i35 degrés, c'est-à-dire un angle droit et demi.

D'après ce que nous venons de dire, la chaleur sera d'autant plus réfléchie par ces parois qu'elles seront construites en matériaux peu conducteurs du calorique ; ainsi le grès , les pierres et la brique surtout sont très-convenables ; il est fort essentiel de les peindre en blanc, cette couleur réfléchissant plus de chaleur comme elle réfléchit plus de lumière que les autres teintes; si on pouvait les polir parfaitement, on obtiendrait une température plus élevée.

L'exclusion du fer et de tous les métaux en général pour la formation de ces parois paraîtra certainement extraordinaire à plusieurs

personnes, parce qu'elle renverse les idées généralement reçues à cet égard ; mais elle est fondée sur des vérités physiques et des expériences nombreuses.

En résumé, pour qu'une cheminée soit convenablement construite, il faut :

i°. Que le tuyau présente au plus une section de 9 à 10 pouces de diamètre ;

20. Que le foyer soit disposé de manière à ce que les parties latérales fassent avec la plaque ou contre-cœur un angle de 1 35 degrés;

5°. Que ces parties latérales soient construites en briques ou en grès ;

4°. Que tout l'intérieur de la cheminée soit peint en blanc;

5°. Que le tuyau se dévoie dans l'épaisseur du mur selon une ligne plus ou moins oblique;

6°. Enfin, que l'extrémité du tuyau soit garantie de la pluie, des vents ou des rayons du soleil au moyen d'un appareil dans le genre de celui qui est indiqué dans la fig. 5 de la pi. 89.

Cette courte dissertation, ou plutôt cet aperçu rapide sur les cheminées en général, nous a paru nécessaire avant de passer à la description de la cheminée calorifère qu'on substitue aujourd'hui aux anciennes cheminées, dont il était essentiel de connaître d'abord les inconvéniens, afin d'en faire disparaître la cause, et de faire apprécier les divers moyens de perfectionnement apportés dans cette partie si nécessaire de nos habitations.

Description de la cheminée calorifère. (PI. 90, fig. 2, 3, 4 )

Un conduit ou ventouse A amène l'air froid du dehors dans un réservoir B placé sous le foyer. Cet air se dilate par la chaleur, et s'élève dans de légers tuyaux F placés de chaque côté du foyer, et qui se croisent horizontalement sous la tablette D. Par cette disposition , 1 es tuyaux éprouvent l'effet du calorique que retient la fumée au moment où elle s'échappe du bois en combustion; l'air qu'ils renferment achève de s'échauffer , se rend dans les appartemens par des bouches de chaleur , et remplace l'air atmosphérique que la combustion a absorbé.

Ainsi disparaît la principale cause qui fait fumer les cheminées, le manque d'air dans l'appartement.

La plaque du contre-mur est peu élevée, parce qu'elle est surmontée d'une plaque de fonte E ajustée sur châssis,* celle-ci est mobile, et peut diminuer ou agrandir le passage de la fumée, et modérer ou activer la combustion; elle peut servir à éteindre le feu en cas d'incendie, en interceptant tout passage à l'air.

Quand on veut échauffer de suite l'appartement, on ferme tout-àfait la plaque E, en tirant la chaîne ou crémaillère I : la flamme et la fumée montant alors sous la tablette, la fumée descend dans les conduits EE, où elle élève encore la température de l'air renfermé dans les tuyaux FF, et repasse enfin par les ouvertures GG pour se rendre dans le conduit principal H.

Lorsque l'on veut allumer le feu , on ouvre au contraire la plaque de manière à laisser passer la fumée immédiatement dans le conduit H , et pour cela on lâche la crémaillère I.

Au reste , cette plaque présente encore l'avantage de pouvoir intercepter toute communication entre l'air extérieur et celui intérieur, lorsque la température de ce dernier est au-dessous de celle de l'air atmosphérique. Elle peut empêcher de plus l'air extérieur de s'introduire dans l'appartement pendant la nuit.

Dans la traverse ou montant de cheminée , se trouve renfermé un store R en cuivre ou en tôle , retenu par un contre-poids , et qui se |ève ou se baisse à volonté sans aucune manivelle, mais au moyen d'un anneau ou gland attaché au store, de manière que celui-ci peut servir d'écran et de devant de cheminée lorsqu'il n'y a pas de feu. En le baissant à une certaine distance, le feu s'allume comme dans un poêle, sans qu'on ait besoin de soufflet , et lorsqu'il est allumé, on lève le store, qui reste caché dans le montant de la cheminée.

Nous ferons observer que pour que les tuyaux F donnent des résultats sensibles , il faut leur donner les plus grandes dimensions possibles, à cause du peu de chaleur spécifique de l'air, qui est 5, 200 fois moindre que celle de l'eau.

En résumé , la quantité de chaleur répandue dans l'appartement au moyen des cheminées calorifères , est au moins trois fois plus grande

que celle que répandent les cheminées ordinaires. On a l'avantage de porter cette chaleur dans les parties de l'appartement les plus éloignées de la cheminée, et on évite le grand inconvénient de la fumée. Le célèbre chimiste, M. Thenard, qui a fait construire des cheminées semblables dans ses appartemens, a été satisfait du résultat.

On fait beaucoup usage aujourd'hui des cheminées placées devant les croisées, c'est-à-dire, que le foyer occupe la baie de la croisée; la fumée arrivant sous la tablette de la cheminée se dirige latéralement, et s'échappe par les deux tuyaux placés de chaque côté dans les trumeaux. Au moyen de celte disposition, on a l'avantage de se chauffer tout en jouissant de la vue du dehors. Le plus souvent on ne met pas de châssis aux croisées, mais on les ferme avec une grande glace sans tain quelquefois on place une glace étamée dans l'épaisseur des murs , et portant sur des roulettes, en sorte qu'à la chute du jour on peut l'amener sur la cheminée, où elle recouvre la glace sans tain, et intercepte ainsi la vue du dehors. Cette disposition a été adoptée dans plusieurs projets que nous avons donnés.

Nous ne terminerons point cet article sans faire remarquer qu'il se perd beaucoup de chaleur par les parois des portes , fenêtres, etc. Ces parois, en effet , sont extrêmement minces, et se trouvant en contact avec l'air extérieur, le calorique se met promptement en équilibre en abandonnant l'appartement. En Angleterre et dans plusieurs pays septentrionaux on obvie à cet inconvénient en plaçant des doubles vitres bien mastiquées et laissant entre elles un intervalle de 6 à 8 millimètres. Cette disposition peu coûteuse présente des avantages marqués.

Calorifères .

Au lieu d'avoir un si grand nombre de cheminées dans les habitations, il serait bien plus simple d'avoir un seul système général de chauffage d'où il résulterait une économie fort importante non-seulement pour les particuliers mais encore dans l'intérêt de toute la nation; on se pénétrera facilement de cette vérité si l'on réfléchit que l'on consomme , à Paris seulement, 1,000,000 de stères de bois dont la valeur est moyennement de 1 5, 000, 000 de francs, et que la consommation de Tomï il. 6

la France en combustibles de toute espèce excède une valeur de 5oo, 000,000 de francs.

Mais on aura de la peine à améliorer le chauffage en France , parce que l'habitude qu'on a de voir le feu dans les cheminées en a fait pour ainsi dire un besoin, ou du moins une fantaisie à laquelle les meilleures constructions pyrotechniques seront toujours sacrifiées.

Cependant l'exemple des salles de spectacles, des manufactures, des ateliers, des séchoirs, etc., qui sont constamment chauffés au moyen de calorifères, devrait faire ouvrir les yeux sur ce que coûte une mode aussi peu raisonnable ; cependant nous ne dirons que peu de mots sur les calorifères, dans la persuasion intime où nous sommes qu'ime routine aveugle s'opposera long-temps encore à toute sorte d'amélioration à cet égard.

On entend par calorifère toute construction propre à échauffer plus ou moins économiquement l'intérieur d'un bâtiment quelconque. Nous nous occuperons seulement des calorifères à air et des calorifères à la vapeur.

Calorifères à air. Ces constructions sont composées ordinairement de tuyaux en fonte de fer cylindriques de 8 à 10 lignes d'épaisseur, scellés dans un fourneau en brique établi généralement sous le bâtiment. On fait retourner ces tuyaux trois ou quatre fois dans le fourneau, afin que la flamme du foyer les heurte constamment, en sorte que l'air qu'ils contiennent s'échauffe fortement. Ces tuyaux principaux communiquent à des tuyaux de cuivre qui portent la chaleur dans les appartemens par la partie inférieure près du carrelage, parce que l'air dilaté étant plus léger tend à s'élever et échauffe ainsi toutes les parties de la chambre. On peut encore augmenter la chaleur en laissant les tuyaux apparens sous la forme de colonnes, pilastres, etc., en sorte que l'air atmosphérique s'échauffe par le contact de surfaces fortement échauffées elles-mêmes par l'air brûlé renfermé dans l'intérieur. Ces tuyaux en cuivre doivent avoir environ une ligne d'épaisseur.

L'avantage de ce chauffage est de ne nécessiter qu'un seul foyer pour toutes les parties d'un bâtiment; cette circonstance est une cause de grande économie, puisque les pertes de chaleur augmentent avec le nombre de fovers.

Calorifères à la vapeur (Veau. Ce système ne nécessite également qu'un seul foyer, et il a de plus l'immense avantage de n'offrir aucun danger d'incendie, puisque le fourneau peut être établi à une grande dislance des lieux que la vapeur doit échauffer.

L'appareil se compose d'une chaudière en cuivre qui présente d'autant plus de solidité que sa forme approche d'une sphère ou d'un cylindre terminé par des fonds hémisphériques; elle doit être placée sur le lover de manière à ce que la plus grande partie possible de la surface soit en contact avec la flamme, car la production de la vapeur est en raison directe des parois de la chaudière exposées à l'air brûlé.

Parmi les tuyaux il faut considérer ceux qui servent à échauffer et ceux qui doivent conduire la vapeur de la chaudière au lieu qui doit être échauffé; ces derniers doivent être petits et entourés de poussier de charbon sec qui est un corps très-mauvais conducteur de la chaleur et par conséquent propre à éviter le refroidissement.

Les autres tuyaux, au contraire, doivent présenter la plus grande surface possible et être recouverts d'une couche de couleur terne qui facilite les ravonnemens du calorique; ils doivent avoir environ o. millimètres d'épaisseur.

C'est dans ces tuyaux que la vapeur se condense et laisse dégager le calorique qui la constituait à l'état de fluide élastique, calorique dont la quantité est d'autant plus considérable que la vapeur était à une plus haute pression; ces tuyaux doivent être placés horizontalement avec une (rès-légère inclinaison et non verticalement, parce qu'alors l'eau résultant de la condensation se rassemble dans le bas du tuyau et produit un bruissement désagréable ; on diminue la dépense du combustible en ramenant dans la chaudière cette eau qui contient encore du calorique et qui nécessite une moindre production de chaleur pour être réduite de nouveau en vapeur.

La nature du combustible que l'on doit employer de préférence dépend des localités et du pouvoir calorifique des substances propres à cet usage. Ainsi , selon les pays, on devra employer le bois, la tourbe, la houille, etc.

Nous n'avons donné qu'un aperçu très-superficiel de ces divers genres de chauffage parce que les limites de cet ouvrage ne nous permel-

taient pas d'entrer dans de plus grands développemens , nous avons cherché seulement à faire ressortir les avantages qui résulteraient de leur adoption , on trouvera des détails très -circonstanciés à cet égard dans le Dictionnaire technologique des arts et métiers, aux articles Chaleur, Calorifères, Chauffage, Cheminées, etc.

Fosses d aisance.

On nomme fosse d'aisance un lieu voûté construit au-dessous de l'aire des caves d'un bâtiment , le plus souvent pavé en grès, sur une couche de dix-huit pouces d'argile bien corroyée.

Par le moyen que nous venons d'indiquer, on pourrait peut-être empêcher les infiltrations, mais on ne remédie pas à la puanteur souvent insupportable que les fosses d'aisance répandent dans les maisons, surtout dans des temps pluvieux ou humides. De là ces inventions connues sous la dénominati on de lieux à V anglaise, dont on a retourné la forme de mille et mille manières différentes, sans pouvoir parvenir à remédier efficacement au mal, et dont, par conséquent, nous ne nous occuperons pas.

En 1821, M. Mathieu, mécanicien; prit un brevet pour un procédé qu'il désigna sous le nom de fosses portatives inodores. Dans l'endroit le plus commode de la maison, on construit une grotte de 5 pieds en carré, et de 6 pieds sous la voûte, susceptible de contenir quatre futailles debout, disposées en carré. A 18 ou 20 pouces de son origine dans la grotte', le tuyau des latrines se bifurque pour conduire les matières dans les deux futailles qui sont le plus éloignées de l'entrée, que la porte bouche entièrement; les malières épaisses vont au fond , le liquide surnage, et lorsque ces deux futailles en sont remplies, elles se déversent par un tuyau de trop-plein dans les deux futailles de devant. Aussitôt que les futailles sont pleines, ou à peu près , on les enlève, on en substitue d'autres avec la plus grande facilité, et sans répandre la moindre odeur dans la maison.

Ces appareils remplacent les vieilles fosses d'aisance; ils évitent aux propriétaires des réparations dispendieuses, et la construction de fosses qui est trés-couteuse. Ils empêchent les filtrations des matières et des

urines qui s'échappent très-souvent des fosses d'aisance pour aller se perdre soit dans les caves, soit dans les puits des maisons environnantes, et en empoisonnent les eaux. Ils ont aussi l'avantage de préserver de toute odeur avant et pendant l'enlèvement des matières.

Les dépenses, tant pour la pose de l'appareil que pour son entretien, sont très-modiques. Les auteurs n'exigent, pendant la durée de chaque bail qu'ils passent avec les propriétaires , qu'une somme de 4° francs par année, payable par trimestre, 10 francs tous les trois mois; il en coûte en sus 2 francs pour l'extraction de chaque tonneau de matières. Quoique les procédés que nous venons de décrire ne soient pas sans mérite, ils ne peuvent cependant pas être comparés à ceux que le savant et modeste M. d'Arcet a imaginés pour assainir les latrines et les fosses d'aisance. Les procédés qu'il a employés sont sans contredit les meilleurs, puisqu'ils enlèvent non-seulement l'effet, mais qu'ils en détruisent la cause. Ces moyens sont aisés à appliquer partout; mais, cependant, on trouvera plus de facilité dans de nouvelles constructions, parce qu'on est maître alors de les diriger à son gré. Ainsi, l'autorité ne saurait mieux faire que de prescrire aux propriétaires, et surtout aux architectes, de ne pas en employer d'autres.

Nous allons donner une idéedes procédés qui ont été approuvés parle Conseil de salubrité, et ont été mis en pratique avec le plus grand succès à Paris, en 1816, à l'hôpital Saint-Louis, et dans les latrines publiques établies chez M. Chenié, rue des Filles-Saint-Thomas, en face de la rue des Colonnes, à Paris.

Ce moven bien connu, appliqué depuis long-temps à l'assainissement des galeries des mines, et tant de fois proposé pour renouveler l'air dans les hôpitaux, dans les puits et puisards infectés, consiste dans l'application de la ventilation par le moyen de réchauffement de l'air. La fig. 1 de la pi. 90 représente la coupe verticale d'une maison dans laquelle on a huit cabinetsde latrine; la partie horizontale du tuyau est représentée parla fosse d'aisance CHD. Les tuyaux de chute AC, sur lesquels sont les cuvettes et les sièges AA, représentent la seconde courburedu même tuyau. Enfin, BD représentent la grandechemince d'appel. Pour déterminer la ventilation dans cette cheminée d'appel, il suflit d'entretenir, à une température peu élevée , un ou plusieurs points

dans la partie verticale de ce grand corps de cheminée; l'air extérieur, appelé par le mouvement ascensionnel déterminé ainsi , entrera dans les chambres /, V, parles vasistas i, V , et se précipitera continuellement dans les cuvettes AA/ en suivant la direction ACHDB , et ira se perdre dans l'atmosphère en s'exhalant par le bout B de la cheminée d'appel \

Outre les moyens d'obtenir, dans la cheminée d'appel, un courant continu en construisant cette cheminée en une matière qui puisse conduire la chaleur (la fonte, la tôle, les languettes de plâtre minces , etc. ) , et la faisant approcher le plus possible des points naturellement les plus chauds des autres cheminées, etc., il y a d'autres moyens auxquels on est quelquefois obligé d'avoir recours pour obtenir un courant plus fort à volonté.

Le poêle R ( fig. i ) dont le tuyau d'aspiration T prend l'air de la fosse, et le tuyau de sortie de l'air brûlé x,x, x, va échauffer l'air de la grande cheminée d'appel BD, indique un de ces moyens. Au point S de la cheminée, on voit que l'on peut encore employer, pour déterminer le courant ascensionnel, la chaleur de la flamme d'un quinquet, d'une lampe ou d'un bec de gaz hydrogène, en même temps que la lumière développée peut être transmise par un carreau de vitre S placé devant le point lumineux, et éclairer un corridor, un escalier, etc.

Caves.

Les caves sont des chambres souterraines, ordinairement voûtées, que l'on pratique entre les murs de fondement d'un édifice. La distribution des caves est déterminée par la disposition et le nombre des murs de face et des murs de refend que les fondemens de l'édifice auront à porter. Leur élévation comprend depuis le fond solide sur lequel ces fondemens sont assis jusqu'au niveau du sol extérieur, et quelquefois un peu au delà quand on veut donner un soubassement à

1 Cette extrémité supérieure de la cheminée d'appel peut être terminée par une gueule de loup à girouette , comme elle est indiquée fig. 1 , ou par tout autre moyen d'évacuer la fumée en se garantissant du vent. Un chapeau de tôle remplit, avec quelques avantages marqués, toutes ces conditions.

l'étage appelé rez-de-chaussée, et l'élever de quelques degrés au-dessus de la voie publique ou des cours. Lorsque les caves pratiquées naturellement, en quelque sorte, entre les murs desfondemens, ne suffisent pas, on les étend sous les cours.

L'expérience apprend qu'une cave voûtée en maçonnerie et creusée en terre, à la profondeur de 4 mètres, conserve à peu près la même température en toute saison. On préfère les berceaux voûtés en plein cintre à ceux qui sont surbaissés, parce qu'ils ont plus de solidité et coûtent moins à bâtir. Comme la largeur de la cave est donnée par celle de l'édifice qu'on veut construire au-dessus, et que la hauteur du plein-cintre résulte de celte donnée, on n'est pas toujours maître de préférer cette forme de voûte.

On doit éviterautant que possible les communications descaves avec l'air extérieur, telles que portes et soupiraux, lorsqu'on veut y conserver une température constante; cependant la trop grande humidité perd les tonneaux et les bouchons, ce qui oblige à s'écarter de cette règle.

Hauteur des appartenions.

Les architectes modernes ont fixé des règles générales pour établir la hauteur des appartenons d'après leurs autres dimensions ; mais il est à remarquer que les deux sortes de plafonds, ordinairement en usage, produisent à l'œil une illusion différente. Les plafonds plats écrasent les appartemens, et les plafonds à poutres apparentes, ou à l'italienne, paraissent au contraire les exhausser. Voici les proportions qui paraissent les plus convenables.

Dans les pièces carrées, à plafond plat, la hauteur doit être des \ du côté, et des \ quand on se sert du plafond à l'italienne. Ainsi une pièce de 18 pieds de côté aura dans le premier cas i5 pieds 6 pouces de hauteur et 12 pieds dans le second. On sait que cette hauteur se prend du niveau du pavé de l'appartement, au-dessous du lattis dans le plafond plat, et au-dessous des poutres dans l'autre.

Dans les pièces rectangulaires on formera la somme d'un grand et d'un petit coté dont la moitié sera la dimension moyenne de la pièce à laquelle on donnera en hauteur les \ pour un plafond plat , et les \ pour un plafond à l'italienne. Ainsi une pièce de 18 pieds sur 24 aura

en hauteur 14 pieds, ou 12 pieds 6 pouces, suivant les circonstances.

Enfin, pour les pièces circulaires ou elliptiques, où Ton ne doit jamais faire de plafonds à l'italienne , on donnera de hauteur au plafond plat les ~ du diamètre ou du diamètre moyen. Si on ajoute une calotte, elle aura de hauteur le tiers restant, ce qui fera que la hauteur totale égalera le diamètre; si on se contente d'une voussure ou d'une gorge , ce dernier membre aura \ de la hauteur primitive. Ainsi une pièce de 18 pieds de diamètre aura de hauteur totale, avec plafond plat, 1 2 pieds ; avec calotte , 1 8 pieds j et avec voussure ou gorge , 1 6 pieds.

Mais , comme dans un édifice les planchers doivent être de niveau, et que les pièces en sont ordinairement de différentes dimensions, on additionnera la hauteur à plafond plat exigée pour la plus grande, et celle demandée pour la plus petite pièce régulière (car on sent que les garde -robes, dégagemens, etc., ne peuvent entrer en ligne de compte), et la moyenne proportionnelle indiquera la hauteur générale. Pour masquer à l'œil le plus ou le moins qui en résulteront, on donnera des plafonds à l'italienne aux grandes pièces, des plafonds plats aux moyennes, et on rachètera par des gorges, des voussures, et même des calottes, le trop d'élévation qu'auraient les plus petites. C'est ainsi que sans une grande dépense , et par le seul moyen d'une combinaison bien entendue, on fait qu'un édifice plaît à l'œil et est conforme au bon goût et aux règles de l'art.

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