‹ Le propriétaire architecteChapitre 29 sur 108 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

Les barres sont des perches d'environ 10 à 12 pieds qu'on suspend horizontalement par un bout à la mangeoire; et par l'autre, soit à une corde qui tient au plafond , soit à un poteau fixé dans le sol et muni d'un crochet pour recevoir un cordon. La barre est percée à chaque bout d'un trou où passe cette corde de suspension. On proportionne tellement la longueur de ces cordons que la barre réponde à .4 pouces environ au-dessus des jarrets du cheval et de son avant-bras, pour que l'animal ne puisse pasi embairer.Le poteau a plusieurs crochets pour y suspendre une bride, un bridon, etc., lorsque cela est nécessaire; il est rond, uni, élevé de 4 pieds, outre 2 pieds [ de scellementdansle sol.

On compte qu'il faut environ 12 pieds de longueur pour la place d'un cheval; il faut réserver un espace derrière l'animal pour le passage des palefreniers et pour placer le coffre à l'avoine , ainsi qu'une armoire et des planches pour recevoir les instrumens destinés à panser les chevaux , tels que l'étrille , l'époussette , les brosses, etc. Ainsi une écurie simple aura environ 14 pieds de largeur; quand l'écurie est double ou renferme deux rangs de chevaux , elle doit avoir 24 pieds de largeur. Il est à remarquer qu'il faut autant que possible que le jour tombe sur la croupe des chevaux.

Auprès des grandes écuries on raihmaga ordinairement un logement pour les hommes de service, et même dans l'écurie on réserve un espace pour un lit , afin qu'un postillon puisse y coucher et veiller à ce qu'il n'arrive aucun accident.

ARTICLE 11

Selleries.

La sellerie est une pièce obligée et indispensable à joindre aux écuries. Elle doit avoir un jour au nord et au levant, afin qu'en fermant l'un ou l'autre , les cuirs ne soient sujets ni au dessèchement ni à la moisissure. Elle sera garnie dans tont son pourtour de chevalets pour suspendre les brides, les selles, les harnais ; dune grande armoire maillée, s'il est possible, avec des chevalels intérieur* , pour les ustensiles d'un plus grand prix; d'un ou plusieurs grands tiroirs ,

ou une petite, armoire pour y mettre les petits objets détachés , comme mors, boucles, elc. , de rechange. Elle doit fermer à clef, et être tenue dans le plus grand étal de propreté.

ARTICLE III

Remises.

On doit avoir soin de placer les remises au nord, et de les construire de telle sorte qu'elles puissent être divisées et ne tenir chacune que deux voitures, quelques-unes même une seule , chose essentielle pour (elles de parade. On donnera \6 pieds de largeur à une remise à deux voitures; celle pour une voilure en aura g au moins. A l'égard de la profondeur, il faut 20 à 21 pieds; car il ne convient pas de relever le timon : cela gâte le train , cl occasione des inconvéniens. Est-on gêné par le terrain, veut-on négliger les inconvéniens, \5 pieds de profondeur suffisent pour une remise ordinaire.

Chaque remise doit être fermée avec de grandes portes pleines, entretenues par barres et écharpes; on doit même pratiquer un guichet à un des ventaux; c'est d'une grande commodité pour la visite des voitures.

Comme il y a des voitures de moindre valeur, on peut les placer dans des remises non fermées; ce qui évite la confusion des portes, et procure la facilité du service. En effet, on peut avoir alternativement une remise fermée et une ouverte; par ce moyen les guichets ne se croisent point.

Il faut 12 pieds de hauteur à une remise dans l'intérieur, on doit placer des guides pour que la voiture soit conduite naturellement à la place qui lui est destinée. Ces guides sont des bâtis de charpente en triangle isocèle, dont les angles sont fixés par des poteaux; celui en tête est arrondi , et porte i5 pouces de large; quant à la base du triangle, elle doit avoir 5 pieds. On voit par ces dimensions que lorsqu'une voilure a pris sa direction, elle est guidée de manière à ne pouvoir s'eearler, :el maladroit que puisse être un cocher. La traverse de derrière qui fait la base du triangle sert à arrêter les roues, et

empêche que la voiture n'aille frapper contre le mur; aussi la lice de derrière doit-elle être à 18 pouces du mur de nu à nu.

La hauleur de celte guide est de 8 pouces en tête et de 16 pouces dans le fond. Plus de hauteur briserait les marchepieds ; il convient de mettre des bornillons à l'entrée de chaque remise, et on leur donnera seulement un pied de hauteur, afin que l'essieu de la petite roue puisse passer par-dessus. Ces bornes sont nécessaires; elles commencent à guider, et elles défendent les montans des portes des remises.

ARTICLE IV

Fosses à fumier.

Les fosses ou trous à fumier sont des emplacemens creusés en terre et destinés à recevoir les engrais des animaux.

Ces fosses doivent être dans le voisinage des écuries et des étables, afin de perdre le moins de temps et de matière possible dans le curage de ces dernières, et doivent être éloignées de la vue et de l'habitation du propriétaire.

Les fosses à fumier doivent avoir 2 pieds de profondeur pour la fabrication du fumier long, et 2 ~ à 3 pieds pour celle du fumier consommé. Quand on les creuse dans un terrain sablonneux, il faut les corroyer et battre en glaise, afin d'éviter les infiltrations des urines et de la courte graisse, et la perte qui en résulte. On doit ne rien négliger pour conduire les égouts des étables et des écuries dans la fosse à fumier.

Comme la dessiccation et l'excès d'humidité sont égalementà craindre pour les fumiers , on aura soin de ne pas laisser les eaux des toits s'écouler dans la fosse : celle-ci peut et doit absorber celles qui tombent perpendiculairement du ciel, et dans les chaleurs on recouvrira le fumier, chaque fois qu'on le transporte, d'une couche de terre végétale d'un demi-pouce d'épaisseur.

Quand on peut arroser les fumiers pendant les grandes chaleurs, et que l'on est à même d'y répandre de temps en temps un peu de chaux ou de plâtre, on hâte la décomposition et la fermentation de l'engrais.

ARTICLE V

Puits.

Les puits sont des excavations en terre, ordinairement circulaires, et revêtues de maçonnerie, que l'on descend jusqu'au-dessous du point où les eaux de sources et les nappes d'eau souterraines aflluent. On met ainsi ces eaux a découvert pour en former des réservoirs, dans lesquels on puise au moyen soit d'un seau manœuvré à l'aide d'une corde, soit d'un corps de pompe ou de diverses machines , telles que les chapelets, les norias , et dont l'examen ne pourrait entrer dans cet ouvrage. On peut consulter à cet égard l'Architecture hydraulique de Bèlidor, etc. 1

Ainsi la considération préliminaire à la construction d'un puits, c'est d'avoir de l'eau. On ne peut préjuger d'en trouver que par des probabilités tirées de la nature elle-même, et des considérations suggérées par l'expérience et l'observation. Il en résulte :

i°. Que dans un vallon, ou un lieu dominé par des hauteurs trèsvoisines , on est à peu près sur de trouver de l'eau ;

20. Qu'on en doit aussi trouver sur le penchant d'un coteau, au fond duquel il y a des sources visibles;

5°. Que l'on trouvera fort difficilement de l'eau si l'on creusedansune plaine très-éloignée des coteaux , et sur le penchant d'un coteau opposé à celui où se trouvent dessources visibles, ou qui n'en offre d'aucun côté.

Ces règles sont généralement justes ; car il est des circonstances locales et des natures de terrain qui les modifient plus ou moins.

La partie mécanique de la construction des puits est extrêmement simple : on les creuse ordinairement, comme nous l'avons déjà dit, de forme circulaire. Si, dans la construction, on trouve du roc ou du luf très-solide , et qu'on présume que ce fond puisse supporter le poids

1 On trouve chez M. Dietz , rue Coqucnard, à Paris , des pompes portatives dont le diamètre n'excède pas un pied , et d'un prix très-modique : ces pompes sont ce que l'on a inventé de mieux jusqu'à ce jour , et joignent la simplicité à la solidité.

de la maçonnerie, on laisse un relais de 12 à i5 pouces, sur lequel on établit le relèvement, en le garnissant extérieurement d'un corroi de terre glaise A (pi. 91. fig. 6 et 7) , afin d'éviter les infiltrations; sinon , on creuse entièrement le puits , et on place au fond un rouet B en charpente, qu'on enfonce de niveau et le plus qu'il est possible, à l'aide de la demoiselle, et on élève sur ce rouet la maçonnerie du puits.

On donne à toute la maçonnerie 2 \ pieds ou 3 pieds d'élévation audessus du sol. Cet exhaussement, appelé margelle ou mardellc , est terminé par une assise de pierres de taille ou de briques de champ, que les ouvriers nomment ralches.

Les eaux coulant sous terre sur des bancs de roche ou de glaise qu'elles ne peuvent pas pénétrer, il est certaines localités où les puits auraient une trop grande profondeur; alors on perce le terrain avec une tarière C , et lorsque l'on a trouvé la veine fluide , l'eau s'élève dans le puits , et quelquefois même le dépasse. Mais on conçoit que , pour employer un semblable moyen , il faut que le réservoir de l'eau se trouve sur un terrain plus élevé que le fond même du puits. Cette méthode, employée généralement dans l'Artois, a fait donner «à ce genre de puits le nom de puits artésiens. On fait, dans cette contrée, des trous qui ont jusqu'à 200 pieds de profondeur, et cependant l'eau jaillit souvent jusqu'à la surface du sol.

Nous terminerons cet article en faisant remarquer qu'il faut constamment établir les puits loin des fosses d'aisance, afin d'éviter les infiltrations infectes qui se manifesteraient probablement, quels que fussent les moyens d'isolement que l'on emploierait; il faut aussi, autant que possible, les tenir découverts, parce que l'air , en circulant librement , purifie mieux l'eau et la rend meilleure.

ARTICLE VI

Bassitis , viviers et réservoirs.

Les bassins qui décorent nos jardins et servent aux arrosemens, sont octogones ou en carré long ; mais on les construit ie plus ordinairement

de forme circulaire. Leur étendue dépend de celle du terrain dont ou peut disposer, et de l'abondance des eaux qui doivent les alimenter; car il importe, pour l'agrément et la solidité, que la capacité soit toujours à peu près remplie jusqu'au bord. Une profondeur de 4 à 6 décimètres (i5 à 22 pouces) suflit très-bien à tous les besoins. Le fond et les parois se font quelquefois en glaise , en terre franche ou en plomb ; mais les bassins en ciment sont généralement préférés, quand ils n'ont pas une grande étendue.

Pour construire un canal ou un vaste bassin, après en avoir tracé les limites sur le sol, on enlève la terre, en ayant égard à l'épaisseur de la maçonnerie, du contour et du fond. Le mur de terre (celui qui , a 1 extérieur, résiste à la poussée des terres) doit avoir au mois 3 décimètres (1 pied) d'épaisseur; le mur de douve (celui sur lequel l'eau bat) 5 décimètres (18 pouces); le corroi de glaise entre deux, autant; ce qui fait 1 5 à i.f décimètres (4 pieds), dont il faut augmenter de chaque côté le diamètre. On creusera aussi le plafond du bassin de 6 à 7 décimètres (2 pieds) plus bas que la profondeur qu'il devra conserver. De cette hauteur , les trois quarts seront occupés par un corroi de glaise, et le reste par le sable et le pavé qui couvrira le plafond.

Lorsqu'on a construit lo mur de terre, depuis le bas de la fouille jusqu'à llcur du sol, en moellon ou en pierre meulière avec du mortier de terre, on fait, à la distance indiquée ci-dessus, le mur de douve, qui doit porter sur une plate-forme et des racineaux. On enfonce des chevrons de 8 à 10 centimètres d'épais, et larges de i5 à 16 (3 pouces sur 5 à 6 ; on les dispose à la distance d'un métré dans tout le pourtour, en sorte qu'ils débordent un peu le parement en dedans du bassin : ce sont les racineaux. On cloue et cheville dessus des planches de bateau, selon la largeur du mur, et on bâtit dessus le mur de douve, avec du mortier de chaux et de sable.

La glaise qui a été déposée dans l'intérieur du bassin, rompue, labourée et imbibée d'eau, est disposée entre ces deux murs, dans l'espace vide qu'on nomme le corroi ; on la pétrit à pieds nus sans y laisser ni pierres ni racines, et on élève ce massif jusqu'au niveau du sol et des deux murs. Le fond est de même un corroi de glaise qui a d abord été étendu jusqu'aux racineaux, en sorte qu'elle communique

avec celle qui sépare les deux murs. On recouvre de sable celte glaise du fond et on pave l'aire en blocaille de pierres plates posées de champ à sec.

Les bassins de ciment sont construits d'une manière différente : on n'enlève tout autour qu'une épaisseur de 2 décimètres 7 (9 pouces) de terre au delà de ce qu'on veut conserver pour la capacité du bassin, et une épaisseur égale pour le fond : cet excédant est pour former les murs de revêtement; on bâtit toute cette épaisseur en moellon avec du mortier de chaux et de sable, tant au pourtour que sur l'aire; on revêt ensuite le tout d'une chemise de ciment à gros cailloux, puis d'un lit de mortier plus fin; cette dernière couche est formée de briques ou tuiles broyées et passées au sas, puis délayées avec de la chaux éteinte. On la place en forme d'enduit à l'aide d'une truelle en frottant et pressant de plus en plus à mesure que le ciment sèche; car il faut plusieurs jours de suite revenir à la charge, et effacer par la pression de la truelle les fendilles qui se font sans cesse par l'action de l'air. L'eau ne doit être introduite que lorsque le mortier est entièrement sec.

On est obligé de vider le bassin , soit pour le nettoyer des saletés que les vents et les animaux y apportent , soit pour y faire les réparations que le temps a rendues nécessaires.

A cet effet, on donne au fond horizontal du bassin une légère pente vers une partie de son contour, où l'on fait aboutir un tuyau de plomb ou de grès ; ce tuyau communique avec un puisard où les eaux vont se perdre. Cette conduite de décharge, d'un calibre proportionné au volume des eaux qu'elle doit laisser écouler, est bouchée dans l'intérieur du bassin , soit par un cylindre de chêne entouré d'étoupes et entré à force dans le tuyau; soit, ce qui est bien préférable, par une soupape en cuivre qui clôt juste un bout de tuyau cylindrique de même métal, et que la pression des eaux maintient fermée.

Les bassins des jardins ont souvent leurs bords décorés de gazon ou de dalles de pierre, ou même de revêtemens ornés de moulures.

Les bassins destinés à faire multiplier et à conserver le poisson prennent le nom de viviers. C'est une dépendance fort utile pour les maisons de campagne, parce qu'elle offre des ressources pour la table.

Les réservoirs sont aussi des amas d'eau construits comme les bassins, et destinés principalement aux arrosemens. Il est aussi des réservoirs destinés au service intérieur des habitations qui peuvent être fort utiles en cas d'incendie. On les établit aux lieux les plus élevés où peuvent atteindre les eaux. Ceux que l'on pratique aux étages supérieurs des maisons sont la plupart construits en madriers et revêtus intérieurement en plomb : on les peut faire aussi en feuilles de tôle assemblées avec des clous soigneusement rivés, ou encore en plaques de fer fondu assemblées avec des vis à écrou. Ces deux procédés ont été très-perfec lionnes, et sont depuis quelques années très-répandus, l'un en France, l'autre en Angleterre. Les ouvriers français excellent à ces sortes d'ouvrages en tôle ;les Anglais font en plaques de fonte des cuves ou réservoirs tout hors de terre, sans l'appui d'aucune construction et dont la capacité est de 5o à 40 mille pieds cubes.

ARTICLE VII

Citernes.

Les citernes sont des lieux souterrains et voûtés, construits dans le but de servir de réservoir où puissent être contenues et conservées les eaux pluviales. Plusieurs pays ne sont habitables que par le secours de ces constructions, sans lesquelles on manquerait de l'eau nécessaire à l'existence de l'homme et des bestiaux : la Syrie , une grande partie de la Hollande sont dans ce cas. On admire à Constantinople une citerne qui passe pour être la plus belle du monde; les voûtes portent sur deux rangées de deux cent douze piliers chaque , ces piliers ont 2 pieds de diamètre, et sont disposés selon des rayons qui tendent vers un pilier central. (Voyez l'ouvrage du général Andréossy.)

Les citernes sont utiles pour conserver l'eau destinée non-seulement à la boisson, aux bains et autres usages domestiques, mais encore aux teintures, blanchimens, etc. L'eau tombée de l'atmosphère est plus pure que celle des sources ou des rivières chargée ordinairement de sels. Il est vrai que la corruption du liquide est quelquefois le résultat

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