‹ Le propriétaire architecteChapitre 3 sur 108 · DISCOURS PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

En publiant cet ouvrage, nous sommes loin d'avoir eu la prétention de présenter au public un traité complet d'architecture et de construction. Rondelet, Durand, Toussaint et quelques autres habiles architectes se sont trop bien acquittés de cette tâche pour oser l'entreprendre après eux.

L'unique but que nous nous soyons proposé a été d'offrir aux propriétaires et aux personnes qui font bâtir, des modèles d'habitations dans tous les genres d'architecture. Nous avons voulu leur faire connaître d'une manière succincte les matériaux et les divers ouvrages dont se compose une construction de cette nature, et leur donner enfin un aperçu des principales découvertes qui , faites depuis quelques années, permettent d'apporter des perfectionnemens importans dans plusieurs branches de l'architecture civile.

Nous avons cru devoir donner dans ce recueil des modèles dans tous les genres d'architecture, parce que l'égyptien, le chinois, le gothique ont aussi leurs beautés, et que, tout en rendant hommage au génie créateur de Rome et d'Athènes, tout en admirant la magnificence et le grandiose des monumens qui portent l'empreinte dek puissance de ces deux grands peuples, nous sommes loin de partager l'enthousiasme exagéré que professent quelques artistes pour toutes les productions antiques, et que nous trouvons ridicule qu'on veuille reproduire les belles proportions des propylées, du Parthénon <m du Panthéon d'Agrippa dans des constructions qui, par l'usage auquel elles sont destinées, demanderaient un tout autre caractère.

Chaque peuple, en effet, ne devrait-il pas avoir son archiecture modifiée suivant ses besoins, ses habitudes et le climat qu'il habite? Ces toits plats, ces terrasses délicieuses, où, sous le beau ciel de 1 Italie, les habitans viennent respirer la fraîcheur des soirées pourraient convenir tout au plus au midi de la France; mais ils sont plus que déplacés à Paris, où l'on jouit à peine de quelques jours d'un ciel pur et sans nuages.

Par quel aveuglement, depuis quelques années, nos compatriotes se trainent-ils donc servilement sur les traces des architectes italiens ! Ont-ils oublié ce précepte de Vitruve que nous avons pris pour épigraphe?

« Jlœc œdificia étaient ila crunt recle disposita , si primo animadversum » fueril quitus regionibus , aut quibus inclinationibus mundi constiluantur. »

« Pour bien disposer une maison il faut avoir égard à la région et au climat » où on la veut bâtir. »

Vous qui marchez à la tète de l'école française , secouez un joug que de vains préjugés vous ont imposé; et, mettant vos conceptions en harmonie avec nos goûts et nos besoins , créez une architecture nationale!!!

Qu'on nous pardonne cette courte digression dictée par une conviction intime, et que l'intérêt seul de notre art nous a inspirée.

Cet ouvrage n'étant pas destiné à telle ou telle province en particulier nous n'avons pas cru devoir détailler les élémens des travaux et les prix des diverses malières d'ouvrages qui entreraientdans la construction de chaque projet. La connaissance de ces élémens, qui varient avec les localités, est nécessaire, et même indispensable, à un architecte; mais elle deviendrait trop compliquée pour des personnes étrangères a ce genre de travail. Afin de donner de l'élégance et de l'élévation au style, nous avons introduit des colonnes et des ornemens dans quelques-uns des projets que nous avons présentés, notamment dans les nos. i , 2,5, 10, ii, 12, 17, 19, 56, 57, 38 et 4°- Mais nous avons eu soin de disposer ces ornemens et ces colonnes de manière à ce qu'on puisse aisément les supprimer ou les remplacer par de simples piliers sans que la distribution intérieure en soit modifiée ; ainsi dans le cas où 1 on désirerait plus de simplicité dans la décoration, il sera facile de 1 obtenir au moyen des suppressions (pie nous venons d'indiquer succinctement.

Dans un ouvrage tel que celui que nous publions, on conçoit bien que nous n'avons pas puisé uniquement dans nos propres connaissances les divers élémens que nous présentons ; mais, afin de ne pas être taxé de plagiat par les personnes difficiles ou trop exigeantes , nous prévenons ici le lecteur que nous avons consulté une infinité d'exccllens

ouvrages, et autant qu'il nous a été possible d'en découvrir; nous en avons recueilli tout ce qui nous a paru le plus utile; mais nous n'avons pas désigné toujours les sources où nous avons puisé , parce que cette nomenclature serait devenue fastidieuse. Nous nous contenterons de citer ici les principaux ouvrages que nous avons compulsés, savoir, Y Art de bâiir , de M. Rondelet; les Leçons cï Architecture , de M. Durand; le Traite cl' architecture, de M. Toussaint ; le Génie de V Architecture, de Camus de Mézières, et les ouvrages de MM. Percier etFontaine, ceux de M. Kraft; le Dictionnaire technologique des Arts et Métiers, celui des Découvertes ; les Voyages dans la Gran.le-Brelagne , de M. le baron Ch. Dupin; le Dictionnaire des Arts du Dessin, de M. Boutard; les Annales de Chimie, le Recueil industriel de M. de Mauléon; le Traité d'Architecture rurale, de M. de Saint-Félix; les Mémoires de M. Vicat sur les mortiers; enfin, la Description du cancd de jonction delà Meuse au Rhin, par M. Hageau, inspecteur divisionnaire des ponts-et-chaussées, à l'amitié et à la bienveillance duquel nous sommes redevable d'une infinité de documens précieux , dont nous nous plaisons à lui donner ici un témoignage public de notre reconnaissance. Nous avons supposé que nos lecteurs connaissaient les premiers élémens d'arithmétique et. de géométrie, tels que la mesure des surfaces et des solides; ce qui nous a dispensé d'offrir un traité de géométrie pratique, ainsi que nous en avions eu d'abord l'intention; mais ce traité aurait augmenté considérablement cet ouvrage déjà volumineux.

Toutefois, l'habitude que certaines personnes ont encore conservée d'employer les anciennes mesures, nous a porté à donner des tables de comparaison entre les anciennes mesures et les nouvelles déduites du mètre; nous ferons remarquer seulement que, dans les cotes qui accompagnent les détails des corniches, nous avons conservé ces anciennes mesures, parce que les ouvriers, à qui ces détails sont destinés, sont malheureusement peu familiarisés avec les nouvelles.

Nous faisons précéder ces tables des considérations et des développemens donnés par l'Académie des sciences, lors de l'introduction du système décimal , afin de porter la conviction dans l'esprit des nombreux antagonistes que la force de la routine aveugle encore sur les nombreux avantages de cet excellent système.

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