‹ Le propriétaire architecteChapitre 31 sur 108 · Tome II. g · texte numérisé non relu

Tome II. g

lion née au nombre d'arbres que l'on veut y placer et que l'on y rangera à l'aise, séparés les uns des autres à une dislance d'environ 20 à 24 pouces, afin que le jardinier puisse tourner autour de chaque caisse pour l'arroser ; la forme d'un carré long convient plus particulièrement aux orangeries , parce que les arbres placés sur le derrière ne sont pas alors privés de la lumière, surtout si l'on a soin de graduer les grandeurs. Il faut que toutes les croisées d'une orangerie soient grandes, percées du côté du midi; que le sol soit un peu élevé au-dessus de celui du jardin , bien battu et couvert de sable, pour éviter l'humidité très-pernicieuse à ces sortes de plantes ; que le comble ou la voûte ait une élévation d'environ 4 à 5 pieds audessus du plus grand oranger ; que les murs soient crépis et enduits en plâtre, s'il est possible, ou , à défaut, en mortier de chaux et sable; que ces murs soient d'une forte épaisseur, et que l'orangerie soit garantie, par tous les moyens possibles , des vents du nord. Si l'on peut avoir dans l'orangerie même un bassin assez considérable pour contenir l'eau nécessaire à un arrosement , on en profitera , parce que cette eau, étant à la même température que l'orangerie , l'arrosement ne nuira pas à la plante, comme ceux faits avec des eaux de puits ou autres plus froides. Une orangerie doit fcuc tovijcmrs tenue à 3 ou 4 degrés du thermomètre de Réaumur.

Les serres chaudes et tempéices sont des endroits couverts, bien abrités vitrés au midi, et destinés à renfermer des plantes pendant l'hiver. Les serres diffèrent des orangeries par les vitraux et par les conduits et tuyaux de chaleur que l'on y pratique pour obtenir à l'intérieur la température qui convient aux plantes que l'on y

conserve.

L'orangerie procure la jouissance des arbres et arbustes qui croissent dans les pays tempérés, comme au midi de la France, et situés entre les 56e et 4^. degrés de latitude; mais la serre nous fait jouir également des productions végétales des pays les plus chauds , parce qu'elles y trouvent un abri contre le froid, l'humidité, la variation et l'intempérie de notre climat.

Nous niions traiter ensemble les serres chaudes et les serres tempérées, parce que leur construction est toul-à-1'ait semblable.

On peut même, dans un seul bâtiment, placer la serre chaude et la serre tempérée, en les séparant seulement par une cloison vitrée , et en ayant soin de placer la serre chaude du côté du poêle, dont nous parlerons plus bas.

Une serre chaude doit être exposée au midi, et garantie de l'humidité et des vents du nord et de l'est , par de forts murs, des hàtimens, des bois, etc.; et elle doit jouir de tous les rayons du soleil et de lumière qu'il est possible de lui procurer, dans le climat où elle est construite.

La hauteur des vitrages du côté du midi doit être telle que les rayons du soleil éclairent presque tous les jours de l'année toutes les faces intérieures de la serre; l'inclinaison des châssis est généralement à 45 degrés.

Ces châssis ou panneaux vitrés doivent être faits avec soin par un menuisier et en chêne : ils se composent de deux battans ce (fig. 4, pi. 91) d'un pouce d'épaisseur et de 1 '- pouces de largeur, et de deux traverses d cl , de 4 pouces; des barres e e, d'un pouce sur i5 lignes d'équarrissage , et à feuillures assemblées dans les traverses d , soutiennent les verres; on peut augmenter le nombre des barres , et diminuer la grandeur des verres, eu qui est une économie contre la casse ; mais le dessous des châssis en est moins éclairé , et c'est un inconvénient pour la végétation. Les verres doivent se recouvrir les uns les autres d'environ 1 pouce , et ceux de dessous être cintrés , pour que les eaux arrivent à leur milieu, et ne coulent pas le long des barres qu'elles pouriraient : il y a un grand avantage à se servir, pour le masticage des verres , du mastic de Dish au lieu de celui de vitrier ; il sert aussi à reboucher tous les trous et défauts qui peuvent se trouver au bois.

On a inventé divers modes de chauffage pour les serres chaudes ; aujourd'hui on emploie de préférence le chauffage par la vapeur ; nous renvoyons à cet égard à l'excellent Traité théorique et pratique du chauffage des serres et des habitations , traduit de l'anglais de Bayley.

Quant aux chauffages ordinaires , on emploie communément un poêle; on place ce poêle au moment où la gelée se fait sentir , et on

le retire quand elle n'est plus à craindre; ou bien on se sert d'un poêle à demeure , avec le plus de tuyaux possibles , sans cependant leur faire parcourir toute l'étendue de la serre ; dans celles tempérées ou chaudes , il faut placer des tuyaux à demeure; le poêle se construit en brique , en y ménageant le plus possible des bouches de chaleur; ce poêle se place ordinairement vers la porte d'entrée et de manière que la bouche d'ouverture se trouve hors de la serre qui en est séparée par une cloison.

On donne ordinairement une légère inclinaison au tuyau, et en cela on se conforme à l'emplacement, sans se gêner à cet égard.

La fumée ne pourrait prendre son cours dans un si long espace , au moment où on allume ; on est obligé d'avoir recours au fourneau d'appel; ce fourneau se construit dans le mur même à côté du tuyau , et au point où il s'élève pour lancer la fumée verticalement.

La bouche du poêle doit être toujours en dehors, ou dans le cabinet intérieur, pour ôter à la fumée tout moyen de pénétrer dans les serres , où elle pourrait occasioner de grands dommages aux plantes.

La température des serres doit être de ioô de chaleur au plus la nuit, et 200 le jour : pour les orienter, il faut étudier le climat et l'effet des vents d'après leur influence habituelle -. la serre qui commence à recevoir les rayons du soleil à neuf heures du matin est préférable à toute autre. L'aire, qui sera carrelée ou dallée en pierre , sera élevée de 1 à 3 pieds au-dessus du sol extérieur, s'il est humide: il n'est pas du ressort de l'architecture d'expliquer ce que c'est que la tannée qui reçoit les plantes renfermées dans la serre chaude.

La fig. ir\ de la planche 9 représente la coupe d'une serre, dite hollandaise, où l'on renferme des plantes auxquelles une grande lumière est indispensable, telles que les bruyères; elle est couverte des deux côtés de panneaux vitrés. On la chauffe comme une orangerie avec un poêle mobile; le faîte peut être garni de zinc , métal que l'on doit employer toutes les fois que l'on a de petites parties à couvrir; il est plus économique que le plomb, parce qu'il est plus léger, et se fabrique en feuilles plus minces. Les plates-bandes de terre de bruyères, A A, sont revêtues du côté du chemin E en planches de chêne B»

Fig. 2, coupe d'une serre chaude, propre à contenir de grands végétaux. Les arbalétriers A B sont couverts de châssis vitrés; en C est placée une tablette, à laquelle on peut substituer une caisse; en E est le tuyau supporté par des briques de distance en distance ; en D est la tannée.

Le dessus peut former un plat-bord, sur lequel on monte au moyen d'une échelle ou d'un léger escalier extérieur de ce plat-bord que l'on peut garnir d'une rampe et de vases de fleurs; on étend des paillassons sur les vitraux.

Fig. 3, plan de la serre chaude; D tannée; F, poêle g g; tuyau // , fourneau d'appel; s, cloison qui sépare le cabinet H de la serre.

ARTICLE XIV

Fours.

Le four est un espace fermé et voûté qu'on chauffe pour y faire cuire le pain et la pâtisserie. On y distingue plusieurs parties : Y dire, la chapelle , Ventrée, X autel et les ouras. Les dimensions d'un four varient avec l'étendue de l'exploitation; ceux des boulangers de Paris ont environ 3 - mètres (10 à. i r piods) de diamètre; on se contente de 2 mètres (6 pieds) pour les fours de ménage.

Uâlre est la surface horizontale du four, qu'on fait cependant un peu convexe au milieu, parce que cette partie est celle qui fatigue le plus par le service. Après avoir élevé en maçonnerie le massif qui doit porter le four jusqu'à la hauteur convenable (environ 5 j pieds audessus du sol), on couvrira l'aire horizontale d'un enduit, sur lequel on tirera deux traits à angles droits , l'un dans le sens traversai , l'autre selon la longueur, aboutissans à l'entrée du four; au point de section, on fichera un clou, qui sera au centre d'un cercle que l'on tracera au cordeau, ou à laide d'une règle qu'on fera tourner autour du clou. On fait ensuite un carrelage en carreaux de terre cuite de bonne qualité, maçonné avec de la terre franche. Il faut ajouter que souvent on donne aux fours une forme ovale, au moins dans la moitié antérieure, en forme d'anse de panier; cela dépend de la disposition du lieu et des usages du pays.

On élève ensuite tout autour le mur d'enceinte du four, qui doit avoir environ 3a centimètres (i pied) d'épaisseur; et même, si le four est fait contre un mur mitoyen, les règlemens exigent que ce mur ait un pied d'épaisseur, et soit distant d'au moins 16 centimètres (6 pouces) du mur du four ; cet intervalle vide est ce qu'on appelle le tour du chat.

Le four est recouvert par le dôme, qu'on nomme aussi voûte ou chapelle; on lui donne en hauteur le sixième de la longueur. Comme cette partie est en contact immédiat avec la flamme, elle doit être construite très-solidement en brique , tuileau, ou en carreau dur et bien cuit, maçonnée avec de la terre franche. On cintre le contour des murs au pied droit en quart de cercle pour soutenir cette voûte , qui est à peu près plane et horizontale dans sa superficie presque entière , et qui se raccorde avec les parties latérales courtes dont on vient de parler. Les briques ou tuiles doivent être taillées plus étroites du côté intérieur, pour se maintenir mutuellement en place, comme les pierres d'une voûte. L'ouvrier termine le cintre de la chapelle en se couchant sur le dos le long de l'âtre, position très-gênante, mais nécessaire à l'opération. Le tout est enduit en terre.

Il n'y a qu'une seule entrée qu'on nomme bouche; la largeur est relative à la quantité de pain qu'on y doit cuire; on la garnit d'une porte en tôle , ou mieux encore en fonte, qui s'adapte à une feuillure bien juste, et qui clôt exactement. \1 autel est une tablette en avant de la bouche; on la fait en pierre ou en fonte; au-dessus de l'autel est la hotte de cheminée, qui reçoit la fumée et la verse dans un tuyau , où elle s'écoule au dehors; cette hotte est en planche, en plâtre ou en brique.

Les ouras sont des conduits par lesquels l'air s'introduit pour aider la combustion du bois. On en fait un de chaque côté du bouchoir, à 5 décimètres (18 ou 20 pouces) au-dessus de l'autel ; les ouras ne sont nécessaires qu'aux grands fours , ou à ceux qu'on chauffe avec du bois vert.

Le dessus du four, à l'extérieur , est une place horizontale ; on revêt toute cette maçonnerie en plâtre ou en mortier de chaux; le dessous du four est quelquefois creusé en voûte; on y met sécher diverses substances, telles que des fruits de céréales, des herbes, et particulière-

mont les fagots qu'on destine à la prochaine cuisson ; mais il faut surveiller avec soin cette pratique, qui est fort sujette à incendie.

Nous ne parlerons point ici des fours à chaux , parce que ordinairement les propriétaires achètent la chaux toute confectionnée et prête à èlre mise en œuvre.

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