DES MATÉRIAUX
L'exécution de la maçonnerie comporte l'emploi de divers matériaux, dont les principaux sont les briques crues et cuites , la pierre de taille, le moellon, les cailloux, la. chaux, le sable le ciment, et le plâtre.
ARTICLE PREMIER
Briques crues.
La brique est une pierre artificielle composée de terre franche et d'argile jetées au moule et durcies au soleil.
Tom II. iD
L'usage des briques remonte à la plus haute antiquité, principalement les briques crues; plusieurs savans assurent que la tour de Babel et les murs de Babylone étaient conslruits en briques crues. Les Égyptiens s'en servaient généralement pour leurs habitations particulières, et pour leurs monumens publics: on a retrouvé dans la Haute-Egypte les ruines de plusieurs pyramides ainsi construites. Les Romains employaient aussi des briques crues, dans la confection desquelles Vitruve nous apprend qu'on faisait entrer de l'argile et delà paille hachée : on laissait sécher ces briques pendant deux ans au moins et quelquefois cinq ans.
Dans le midi de la France presque toutes les maisons des paysans sont construites en briques crues séchées au soleil pendant trois ou quatre mois. Mais pour les maisons plus considérables on les emploie aux murs intérieurs; toutefois on doit avoir soin de ne commencer ce genre de construction qu'à 2 ou 5 pieds au-dessus du sol ; car sans cela l'humidité les détériorerait promptement.
ARTICLE II
Briques cuites.
Les briques cuites sont composées des mêmes élémens que les briques crues; seulement après avoir été séchées au soleil, elles sont cuites au four : c'est une construction très-solide, et Palladio lui donne même la préférence sur la pierre de taille. Les dimensions des briques varient suivant les pays: dans le Languedoc, et généralement dans le midi de la France elles ont i5" de longueur (om,4ic) sur io° (om,27') de large ; et 20 d'épaisseur (om,o5). Ces briques, selon leur degré de cuisson, prennent le nom de biscuites ou foraines , commîmes, et rougettes; celte dernière espèce , qui est la moins cuite et conséquemment la plus tendre, est spécialement consacrée à l'exécution des corniches et des moulures : elle se taille très-facilement et les ouvriers de ces provinces sont extrêmement habiles à ce genre de travail qui exige une certaine habitude, en ce qu'il faut faire coordonner les moulures avec les joints des briques , afin qu'il ne reste pas des
parties trop minces , qui ne pourraient pas résister au marteau. 0;\ construit ainsi des profils qui ont la pureté de la pierre de taille (PI. cp fig. 5). Dans la Ilourgogne , les dimensions des briques sont différentes ; elles n'ont que 8 pouces (0,20* ") de longueur, et 4 pouces (o'",tof) de largeur , sur a pouces (o,o5r) d'épaisseur.
En Italie, on fabrique des briques prismatiques, dont la base est un carré de 4 à 5 pouces de côté, et dont la longueur est de 8 à 10 pouces : ces briques se posent par angles rentrans et saillans, qui forment des losanges en parement, ainsi qu'on le voit dans la partie A du projet n°.(), pi. 22. Les Romains employaient souvent cette sorte de briques ; et cette maçonnerie s'appelait opus reiiculalutn , ouvrage en jilel , panée qu'en effet il a l'aspect d'un filet.
Pour que la brique soit bonne, il faut (pie la terre employée à sa fabrication soit grasse , forte, et sans cailloux ni graviers; qu'elle soit bien corroyée et cuite d'une manière égale, que la cassure en soit homogène; il faut en outre que les briques soient sonores lorsqu'on les frappe avec un morceau de fer.
Le froid et la pluie, effeuillent la brique mal fabriquée: on évite ce défaut en la laissant refroidir lentement après sa cuisson.
Depuis quelques années, on a reconnu que ces matériaux pouvaient acquérir la plus grande dureté en les moulant par compression : aussi maintenant dans toutes les briqueterie un peu considérables , on voit des presses à vis qui sont employées à cet usage.
En Angleterre, on confectionne les briques au moyen d'une mécanique qui en rend le prix beaucoup moins élevé : les Anglais ont même découvert que la qualité en était meilleure, lorsqu'on y mêle une petite portion de charbon de terre pilé, qui, par la cuisson devient du coak, et diminue le poids de la brique, tout en augmentant sa solidité; c'est une découverte sur laquelle nous croyons devoir appeler l'attention des briquetiers français.
ARTICLE III
Pierre.
Le mot pierre vient du grec pelra qui a la même signification ; la
pierre est un corps dur qui se forme dans la terre; il y a des pierres tendres et des pierres dures; ces dernières sont, sans contredit, les meilleures; cependant les pierres tendres ont l'avantage de se tailler facilement, etelle résistent quelquefois mieuxàla gelée que les pierres dures.
Mais lorsqu'une pierre est bien pleine , d'une couleur égale , qu'elle est sans veines, qu'elle a un grain fin et uni , qu'elle est sonore, elle est certainement bonne.
On peut d'ailleurs en reconnaître la qualité en l'exposant à l'humidité pendant l'hiver; si elle résiste à la gelée, on peut l'employer avec confiance.
Lorsqu'on tire la pierre de la carrière, les lits ou couches sont couverts d'une espèce de mousse qu'on nomme bousin, qu'il faut abattre avec soin.
Les pierres doivent être placées en construction dans le même sens que dans la carrière, c'est ce qu'on appelle sur lit de carrière; sans cela elle s'effeuillent , et ne sont pas susceptibles de porter un poids aussi considérable.
Les pierres prennent diverses dénominations suivant la manière dont elles sont employées.
On appelle pierre iï échantillon , un bloc assujetti à une mesure envoyée par l'appareilleur de carrières.
Pierres de grand ou de bas appareil, celles qui portent plus ou moins de hauteur de bout , après avoir été atteintes au vif.
Pierre brute, celle qui n'a pas encore été ébousinée.
Pierre bien faite, celle où l'on trouve peu de déchet en l'équarrissant.
Pierre en chantier , celle qui est calée par le tailleur de pierre avant d'être façonnée.
Pierre débitée, celle qui est sciée à la scie sans dents, comme la dure , ou à la scie à dents , comme la tendre.
Pierrcyrt//e , celle qui est entièrement taillée et en état d'être posée.
Pierre fichéef celle dont l'intérieur des joints est remplie de mortier ou de plâtre.
Pierre de parpain , celle qui occupe toute l'épaisseur d'un mur et fait double parement.
Pierre d'attente , celle qui saille hors de l'extrémité d'un mur. Enfin pierres perdues, celles que l'on jette dans les fleuves et les rivières lorsque l'on veut y construire quelque ouvrage, et que la profondeur ou la nature du terrain ne permet pas d'y enfoncer des pieux.
ARTICLE IV
Moellons.
Le moellon provient, soit de l'éclat de la pierre, soit d'un banc peu épais et que l'on a débité ainsi ; sa qualité principale est d'être bien équarri et bien gisant, parce qu'alors il a plus de lit et consomme moins de mortier.
Le moellon doit être ébousiné ainsi que la pierre; autrement le bousin empêcherait la liaison : on doit pareillement le poser sur son lit de carrière.
Le moellon taillé, équarri et réduit à une hauteur uniforme se nomme moellon piqué, parce que l'on pique souvent son parement avec la pointe du marteau. C'est ainsi que l'on s'en sert dans les ouvrages soignés; dans ceux qui le sont moins on l'emploie à peu près comme il vient de la carrière, alors on le recouvre d'un enduit pour suppléer au défaut de gissement.
VRTICLE V.
Cailloux.
Les cailloux employés dans la maçonnerie peuvent être extraits dans le lit des rivières , dans les carrières, ou enfin dans les champs ; car il est des pays où les cailloux sont répandus en grande quantité , soit à la surface soit dans l'intérieur de la terre.
Leur grosseur est à peu prés indifférente pour la bonne exécution des ouvrages , toutefois il faut que ceux de la même assise soient à peu près semblables par leur forme et par leur volume.
La maçonnerie de cailloux est une excellente construction lorsque l'on a soin d'employer de la bonne chaux : les restes des monumens antiques en sont une preuve irrécusable.
ARTICLE VI
Chaux.
Depuis les marbres qui donnent la chaux la plus pure, jusqu'aux divers mélanges qui contiennent seulement des proportions peu considérables de carbonate de chaux, toutes les pierres calcaires, en perdant l'eau et la plus grande quantité de l'acide carbonique qu'elles contiennent, donnent de la chaux , c'est-à-dire que le produit de la calcination de ces malières a la propriété de s'échauffer avec l'eau , de fuser et de faire pâte avec ce liquide : il y a cependant entre ces limites de nombreuses variétés qui sont comprises sous les dénominations désignées ci-après.
On appelle chaux grasses celles que l'on obtient en calcinant complètement les pierres à chaux les plus pures, le marbre, par exemple; cette chaux est ordinairement très-blanche, elle foisonne beaucoup à l'extinction , et forme avec l'eau une pâte très-liante.
Aussitôt que la chaux est cuite et refroidie, elle est dans le moment le plus favorable pour la dissoudre dans l'eau ; plus on attend , et plus elle perd de sa qualité. Si l'on prolongeait trop long-temps cette opération, appelée éteignage, elle s'éventerait ou se fuserait et ne serait plus propre à bâtir. Ainsi, aussitôt que la chaux sera arrivée sur le chantier, on la placera dans un bassin bâti à l'avance et soigneusement carrelé , et on y jettera une petite quantité d'eau ; la chaux commence à bouillonner, à se crevasser et se diviser ; on la remuera avec le rabot, en y ajoutant de l'eau jusqu'à cessation d'effervescence; alors on ouvrira une vanne pratiquée sur un des côtés du bassin, et la chaux liquide s'écoulera dans une cavité ou second bassin inférieur, qui sera proportionné à la quantité de chaux éteinte que l'on voudra rassembler. On recommencera dans le premier bassin l'opération sur une autre partie de chaux vive , et ainsi de suite jusqu'à la fin.
La bonne chaux grasse est douce au toucher, veloutée à l'œil, et se divise facilement sous le rabot; quand on l'éteint avec trop d'eau, on la noie, et le mortier est trop faible; quand on n'en met pas as-
sez, on la brille, et elle ne fait point corps avec le sable et le ciment.
La chaux nouvellement éteinte est la meilleure pour la ténacité des mortiers; la chaux vieille éteinte, pour la beauté des enduits.
La chaux grasse éteinte , placée sous l'eau dans un bassin imperméable , recouvert de sable ou de terre, peut s'y maintenir à l'état pâteux pendant des siècles; si, au contraire, on l'expose au contact de l'air, elle acquiert par le concours de l'acide carbonique de L'air et de la dessiccation, une très-grande dureté.
Les chaux maigres proviennent de la calcination des pierres qui renferment des proportions assez fortes de silice, d'alumine et de fer. Elles sont ordinairement de couleur grise ou fauve, augmentent peu de volume par l'extinction, et donnent avec l'eau une pâle peu tenace.
L& chaux hydraulique, découverte depuis peu d'années par M. Vicat, ingénieur en chef des ponts et chaussées, diffère sous bien des rapports des deux premières variétés de chaux dont nous venons de parler. Sa propriété la plus remarquable est de durcir sous l'eau sans le secours d'aucun agent étranger , de former des enduits et des mortiers d'une dureté remarquable. Cette propriété est due principalement à la présence d'une certaine quantité d'argile dans le carbonate de chaux.
La supériorité des chaux hydrauliques, sur les chaux communes, manifeste non-seulement pour les constructions sous l'eau, mais encore pour toute sorte de maçonnerie.
La différence qui existe entre la résistance des mortiers résultants de l'emploi de l'une à celle de l'autre est comme 6 à 5 , et l'on peut établir que la dureté des bons mortiers employés à l'air ou sous terre est égale à celle de la classe moyenne des pierres à bâtir.
M. A icat pense que la pierre à chaux hydraulique se trouve presque partout, et qu'on doit s'appliquer à sa recherche. Les chaufourniers doivent être interrogés, ils la signaleront comme la plus mauvaise. C est par la cuisson et l'épreuve qu'on pourra reconnaître la chaux hydraulique. Si elle est bien cuite (ce qu'on reconnaîtra à sa légèreté et à l'effervescence qu'elle fera avec l'eau,) on l'éteindra avec peu d eau, on la pétrira, et mise sous ce liquide elle durcira en trois ou quatre jours au point de ne pouvoir y enfoncer le doigt.
La chaux hydraulique peut être éteinte par immersion ou par le
procédé ordinaire; il faut qu'elle soit à couvert, elle peut se conserver vive pendant cinq à six mois en la mettant en tas , en la serrant autant que possible avec une masse , et en l'entourant de toutes parts de chaux éteinte par immersion.
Quand on éteint la chaux hydraulique par la méthode ordinaire, il faut se servir d'un bassin imperméable, se bien garder de brasser la chaux et de la réduire en laitance , et seulement veiller à ce qu'il n'y ait pas quelques parties qui soient à sec.
Elle doit être éteinte le soir et employée le lendemain; elle est alors dure; cependant on doit la ramener à l'état de souplesse au moyen d'un pilon et sans addition d'eau , et elle forme alors une pâte assez molle pour recevoir le sable dont le mélange doit s'opérer aussi sans addition d'eau.
Dans les pays où l'on n'a pas encore découvert de la chaux hydraulique naturelle , on peut en fabriquer d'artificielle. Voici la manière dont procède M. de Saint-Léger d'après les indications de M. Vicat :
On mélange une partie d'argile avec quatre de craie , on délaye dans l'eau la glaise avec la craie à l'aide d'un moulin à meules verticales qui tournent dans une auge circulaire; on porte le mélange qu'on obtient ainsi en bouillie peu épaisse, dans de grands bassins en maçonnerie, où la glaise et la craie se déposent ensemble; on décante l'eau claire, puis, à l'aide d'un outil semblable aux moules à briquettes , on forme avec le dépôt consistant des briques que l'on étend sous des hangars pour les faire sécher ; on les calcine ensuite comme les autres pierres à chaux, en les chauffant toutefois moins fortement.
M. de Saint -Léger opère la calcination de ces briques avec la houille dans des fours coniques; et depuis que sa fabrique a été établie près du Champ-de Mars, à Paris, on emploie presque exclusivement cette chaux pour les constructions publiques de cette ville. On l'a jugée supérieure à celle de Sénonches; elle devient du moins plus dure au bout d'un certain temps; elle se dissout complètement dans les acides; augmente, par l'extinction, des o,65 de son volume lorsqu'on en a séparé préalablement tous les matériaux mal cuits. On en a fait une grande consommation pour le canal Saint-Martin.
On emploie en Angleterre une espèce de mortier inconnu des anciens et que l'on nomme ciment romain.
Ce ciment, découvert en 1706 par un Américain nommé Parker , s'obtient par la calcination d'une pierre calcaire que l'on trouve en abondance sur les côtes de la Tamise; elle s'y présente non par bancs mais en morceaux roulés quelquefois assez gros (oœ.,3o°), et faisant partie des galets du rivage. Ce carbonate calciné contient généralement 12 p. I d'argile; on le fait cuire de manière à lui ôter le tiers de son acide carbonique , et on le met en poudre qui ensuite bien pétrie avec de l'eau, forme le mortier.
Pour donner une idée de la qualité supérieure de ce mortier, il nous suffira de citer l'expérience qu'a fait subir M. Brunnel à celui qu'il emploie à la construction du passage sous la Tamise, à Londres.
Pour obvier aux filtrations dans un ouvrage pratiqué à une grande profondeur sous terre, on comprend quelle importance on doit attacher à employer un mortier qui puisse durcir rapidement. Pour faire son essai, M. Brunnel fait adhérer à un mur, parle moyen d'une couche de mortier, une première brique; à côté de celle-là il en place treize autres reliées avec du mortier et soutenues par une planche; on tient celle-ci pendant un quart d'heure environ ; au bout de ce temps on la retire, et la maçonnerie doit se soutenir : tout le mortier qui ne peut supporter cette épreuve est rejeté.
Nul doute qu'il n'existe en France une grande quantité de carrières dont les pierres produisent du ciment romain. Un ingénieur, M. Minard, a fait des recherches à ce sujet, et il a trouvé des pierres absolument semblables à celles employées en Angleterre; il a fait en petit avec M. Clément Désormes des expériences qui lui ont donné de bons résultats; mais quand il a voulu opérer en grand, il n'en a plus été de même.
Cette différence tient à ce que ce n'est pas telle ou telle proportion d'argile, qui donne au ciment romain ses propriétés, mais la conduite du feu; en effet, des proportions diverses d'argile dans les pierres à chaux produisent également ce ciment, mais avec une cuisson différente; le feu doit être extrêmement ménagé; la température doit ne s'élever guère au-dessus du petit rouge, et pour obtenir cette con- Tqjme 11. , ,
dition , qui est difficile à atteindre dans les hauts-fourneaux, il faut employer une quantité de combustible peu considérable.
Autrefois on fabriquait en France, à Boulogne, un plàtre-ciment qui a été si complètement- oublié, qu'on a reçu avec étonnement et comme une matière toute nouvelle ce ciment romain, que les Anglais nous apportèrent à l'époque de la paix ; ils en ont établi un dépôt à Guernesey, d'où ils en répandent sur (oute la côte. Les travaux du port de Cherbourg en consomment une grande quantité; il y a tout lieu d'espérer que bientôt nous serons exemptés de payer ce tribut aux Anglais, et que nous ne tarderons pas à obtenir de notre propre sol une chaux irès-hydraulique, qui prendra aussi promptement que le ciment romain.
En résumé, il résulte des observations qui ont été faites par MM. Vicat, Clément Désormes et Minard , que la propriété de donner du ciment romain appartient à toutes les pierres calcaires, à celles même qui ne contiennent qu'un centième d'argile; il suffit pour cela que leur calcination soit lente et peu avancée.
ARTICLE VII
Sable.
Le sable dont on se sert pour la fabrication des mortiers peut être extrait soit dans les carrières à sable, soit dans le lit des rivières; le premier est excellent pour la maçonnerie, mais il est mauvais pour les crépis et les enduits, parce qu'il se gerce facilement ; il faut éviter surtout qu'il soit mêlé de terre.
Le second est meilleur pour les mortiers; le plus graveleux est le plus propre à s'attacher au moellon ; il doit être sonore et criant à la main ; celui qui , mêlé avec de l'eau , la trouble le moins, est le meilleur.
Le sable de mer doit être rejeté avec soin de toute sorte de constructions.
ARTICLE VIII-
Plâtre.
Le plâtre est une pierre calcaire (sulfate de chaux) qui, par la cuis-
son, devient, ainsi que la chaux, propre à unir les matériaux
Le plâtre diffère essentiellement de la chaux , i°. par sa prise presque instantanée; 2°. par la crainte qu'il a de toute humidité; cequi indique qu'employécomme on le faitàParis dans la construction des murs, il doit être moins durable et plus propre à couvrir les fautes des ouvriers; 3° parce qu'il demande à être employé pur, au lieu que la chaux ordinaire n'agit que mêlée avec du ciment ou du sable.
Le plâtre doit être employé le plus tôt possible après qu'il est cuit et pilé, parce qu'éventé il n'est plus bon à rien. Si l'on est forcé d'attendre, il faut le mettre dans des sacs et dans un endroit sec et bien fermé, et ne l'en sortir qu'au fur et à mesure qu'on l'emploie.
Le plâtre est en général d'un blanc grisâtre, et d'un blanc plus ou moins mat quand il est employé; il y en a même de couleur de rose, ou couleur pèche. Dans chaque contrée, on connaît les qualités de celui qu'on emploie.
Pour connaître la qualité du plâtre, il faut en mettre une poignée dans un peu d'eau; si, au bout d'une minute, il a pris de manière à ne pas recevoir l'empreinte du doigt qu'on y appuie légèrement , il est de bonne qualité; s'il ne prend que peu de consistance, il est vert ou n'est pas assez cuit; s'il est long-temps à prendre, prend, mal ou ne prend pas du tout, il est éventé.
Il y a encore une autre espèce de plâtre appelée plâtre cristallin , dont la pierre est transparente et se délite en feuilles comme du talc ; il est très-blanc et a beaucoup de force. Les marbriers s'en servent pour le scellement de leurs ouvrages; c'est le meilleur que l'on puisse employer pour les stucs en plâtre ou scaglinla.
ARTICLE IX
Ciment.
On donne en général le nom «de ciment à toute matière en poudre qu'on emploie au lieu de sable, pour l'incorporer avec la chaux et en faire du mortier. Les plus connus sont le ciment ordinaire , Je ciment (Veau-forte , la pouzzolane , la terrasse de Hollande et la cendrée
de Tourna1,. Nous ne parlerons que des trois premiers, les seuls dont on fasse usage dans les constructions particulières.
i°. Le ciment, proprement dit , est une poudre provenant de tuiles et tuileaux écrasés et pulvérises; plus il est broyé, meilleur il est.
Le meilleur ciment se fait avec de la vieille tuile qui a été longtemps sur les toits. On ne doit se servir de brique pilée qu'à son défaut. Dans les pays où la tuile est rare, on peut y suppléer par de petites pelotes de terre que Ton fait cuire dans un four pour les concasser ensuite.
On peut encore faire usage de petits cailloux ou galets, qui se trouvent épars dans les champs ou au bord des rivières, en les faisant rougir au feu et les réduisant ensuite en poudre.
2°. Le ciment d eau forte n'est autre chose que les résidus terreux qui se trouvent au fond des vases qui ont servi à distiller les acides ; ce sont les fabricans d'eau-forte {acide m tri 'que) qui le vendent à la mesure; on le mélange quelquefois avec les autres cimens.
3°. La pouzzolane est une espèce de sable qui parait être un produit volcanique; elle fait un ciment d'une qualité supérieure pour les constructions hydrauliques.
On trouve de la pouzzolane dans tous les endroits où il y a et où il y a eu des volcans. Il y en a en Auvergne, en Limousin, dans les Cévennes, en Ecosse, à la Martinique, à la Guadeloupe et à l'île de Bourbon; mais c'est d'Italie, et principalement de Rome et de Naples, que l'on tire celle dont on fait usage dans plusieurs parties de la France.
La pouzzolane de Rome est d'un rouge brun, mêlée de particules brillantes d'un jaune métallique. Elle ne fait point effervescence avec les acides , et peut s'employer seule avec la chaux.
Celle de Naples est de quatre sortes: jaune, grise, brune et noire. Elle est mêlée de poussière très-fine et de parties graveleuses qui s'écrasent facilement; elle fait un peu d'effervescence avec les acides. On la mêle avec du sable, de petits cailloux, des éclats de pierre et de menus tuileaux que l'on broie *à plusieurs reprises avec de la bonne chaux nouvellement éteinte. Cette maçonnerie dont on a encore de très-anciens exemples, est d'une fermeté que l'eau et le temps ne font qu'augmenter, pour ainsi dire, au lieu de la détruire.
ARTICLE X
Mortiers.
Le mortier est la partie la plus essentielle de la maçonnerie; c'est de sa perfection que dépend le plus ou moins de solidité des ouvrages : aussi cette partie de la construction a-t-elle été l'objet des recherches et des observations d'un grand nombre d'architectes et de savans.
On peut diviser les mortiers en deux catégories , les mortiers simples et les mortiers composés.
Mortiers simples.
On peut mettre au nombre des mortiers simples les mortiers de terre dont on fait grand usage dans presque tout le midi de la France; on se sert pour le confectionner de terre argileuse, passée à la claie et fortement corroyée avec de l'eau , de manière à en former une pâte assez compacte. On s'en sert par économie pour bâtir les murailles intérieures, et celles qui à l'extérieur ne sont pas exposées au mauvais temps. Celte méthode est tolérable dans les constructions en brique, parce que la brique posée à plat, surtout celle de grand échantillon, a par elle-même une stabilité indépendante du mortier; mais il n'en est pas ainsi pour les ouvrages en moellon ou pierre brute, qui sont un véritable blocage; le mortier de terre ne peut être alors employé; dans ce cas l'on fait usage du mortier de chaux et sable, appelé dans quelques pays mortier franc.
Ce mortier se compose d'ordinaire d'un tiers de chaux grasse et de deux tiers de sable ; nous disons d'ordinaire , parce que cette proportion dépend entièrement de la qualité de ces matériaux, ce qu'il faut encore laisser à décider à l'expérience locale.
Une condition générale pour la fabrication de tous les mortiers, et qui est sans exception, c'est un corrojage ou bioiement parfait. Pour cet effet, sur une aire bien battue et dressée , que quelques-uns font même carreler , on mêle et on incorpore avec soin la chaux et le sable
ou ciment, au moyen d'un brojon ou rabot , jusqu'à ce que le mélange soit fait et forme un tout parfaitement homogène, ce que les ouvriers exercés reconnaissent en général très-bien. Un dicton populaire et Irès-vrai , c'est que le corroy âge fait le mortier.
Il faut avoir soin surtout d'employer dans le corroyage le moins d'eau possible ; plus on y en met, moins le mortier est solide.
Quand le mortier a été confectionné, quelque temps avant d'être employé il faut le tenir à couvert et. le rebattre, sans addition d eau , lorsqu'on veut s'en servir; si l'on a soin de le bien garantir de l'air , il peut se conserver pendant un temps considérable sans perdre sa bonté , et il présente alors l'avantage de se sécher plus vite et de prendre moins de retrait : mais il est très-difficile de le garantir du contact de l'air, et le meilleur moyen est de ne confectionner le mortier qu'au fur et à mesure qu'on en a besoin.
Les mortiers exécutés avec la chaux hydraulique, destinés à être enfouis sous une lerreconstamment humide, peuvent être formés en toutes proportions depuis ioo jusqu'à 240 parties de sable pour 100 de chaux hydraulique.
Mais c'est surtout dans le cas où le mortier doit être plongé sous l'eau qu'il faut obtenir d'une manipulation laborieuse et sans addition d'eau, un mélange aussi ferme que possible. On ne peut guère employer alors plus de i5o parties de sable pour 100 de chaux hydraulique en pâte.
Il est évident qu'un mortier aussi ferme ne pourrait être employé avec des matériaux secs et absorbans; lorsqu'on a de pareils matériaux, il faut les humecter sans cesse et les tenir dans un état permanent d'imbibition.
Le mortier hydraulique a cela d'avantageux, que, devenant en trèspeu de temps aussi dur que la pierre, il n'est plus nécessaire de piquer et d'équarrir le moellon ; il suffit d'enduire le parement d'une couche de mortier.
Des mortiers composés.
On forme avec des chaux grasses et des pouzzolanes énergiques des mortiers susceptibles d'acquérir en peu de temps une assez grande dureté; comme c'est la pouzzolane qui leur donne la propriété de durcir
sous l'eau, il faut, pour qu'ils en jouissent à un haut degré, que la pouzzolane entre en grande proportion dans leur combinaison , et que la chaux ne serve en quelque sorte qu'à en lier les parties.
Le ciment perpétuel se fait avec de la chaux vive qu'on éteint en le préparant : à mesure qu'on la broie, on y mêle du mâchefer broyé, du ciment de tuileaux, et quelquefois de la houille pilée et de la poudre de grès. Ce mélange se corroie à force de bras , et doit s'employer dans la journée.
L'abbé Rozier a donné divers procédés employés par les anciens ; en voici quelques-uns : lorsqu'on pétrit une partie de chaux qui vient de tomber en poudre au moyen de l'extinction , en y jetant dessus une petite quantité d'eau avec deux parties de sable de rivière; et si l'on repétrit ces matières après y avoir répandu deux ou trois onces d'huile de noix , de lin ou de navette; ce mortier ayant pris consistance, ne pourra être pénétré par l'eau; mais comme la qualité de la chaux n'est pas toujours la même, il faut faire des essais pour connaître la quantité d'huile à employer.
Le maltha des Romains, qui était plus dur que la pierre, et qu'on appliquait sur les mortiers pour les conserver, s'obtient en éteignant de la chaux dans du vin , et en la mêlant avec de la poix réduite en poudre.
On peut former également un excellent mortier en pétrissant avec du vinaigre deux mesures de sable et une de chaux qui vient de tomber en poudre, et en y ajoutant une ou deux onces d'huile.
Enfin, pour souder les conduits d'eau faits avec des tuyaux en terre cuite, on fait une pâte avec de la brique pilée , de la chaux vive en poudre et du sain-doux ou graisse blanche, le tout à parties égales et bien pétries ensemble.
ARTICLE XI
Béton.
Le béton pourrait être placé au nombre des mortiers; mais son importance et l'emploi considérable qu'on en fait aujourd'hui semblaient nécessiter un article à part. D'ailleurs, c'est plutôt une sorte de maçonnerie économique qu'un véritable mortier.
Pour fabriquer le béton , on prend de la chaux hydraulique vive récemment cuite, on l'étend dans un bassin formé de gros gravier mêlé de sable, qu'on dispose en enceinte circulaire; on y jette de l'eau, et pendant que la chaux est très-échauffée, on y mêle le sable et le gravier avec des bâtons terminés en forme de masse qu'on nomme broyons : pour en augmenter la solidité, on peut y ajouter des débris de briques et de tuileaux ainsi que des éclats de pierres. Quand le mélange est fait et qu'il ne cède qu'avec peine aux broyons, on le coule dans les rigoles ou dans tout autre endroit où il doit être employé. M. Vicat a très -bien démontré qu'il n'est pas nécessaire de tasser le béton à la batte ou à la demoiselle, comme le pensaient quelques constructeurs, car ce procédé lui fait perdre sa qualité en faisant sortir ce que M. Vicat appelle la laitance.