DES MURS
Les murs sont des corps de maçonnerie qui servent à former les parois des maisons ou à soutenir la terre ; de là leur division en murs ordinaires et murs de terrasse ou de soutènement. La théorie de leur construction étant différente, nous allons les traiter séparément.
ARTICLE I<*
Des murs ordinaires.
Dans les murs d'une maison on distingue les murs de face , qui sont établis sur la rue et qui forment le grand côté de la maison ; les murs latéraux , qui prennent le nom de murs de pignon lorsqu'ils s'élèvent jusque sous le rempant d'un toit à deux égouts; les gros murs, qui s'élèvent des fondations et qui portent les combles et les grandes charges de l'édifice; les murs de refend, quiporlentconcurremment avec
les gros murs les planchers, et qui servent d'adossement aux cheminées; et les murs de décharge, dans la construction desquels on pratique des arcades pour décharger certaines parties inférieures de l'édifice du poids des constructions supérieures.
Pour bien construire les murs, il faut considérer d'abord les dimensions qu'ils doivent avoir, ensuite les fondations, et, enfin, le mécanisme de leur édification.
§ Ier. DIMENSIONS DES MURS.
Dans toute construction il faut commencer par apprécier la solidité ou la résistance des murs et points d'appuis. Cette résistance est toujours en raison directe de la dureté ou pesanteur absolue des matériaux qui les composent. Ainsi, une colonne de basalte d'Auvergne de g pouces de diamètre et une de pierre tendre de 58 pouces supporteraient l'une et l'autre le poids d'un million , la première matière pesant 21 1 livres le pied cube, et l'autre seulement 1 15 ; ceci sert à expliquer la prétendue hardiesse des constructions gothiques. Ainsi l'on peut dire en général qu'un mur dont on conçoit les dimensions, relativement à une espèce quelconque de matériaux, doit être augmenté ou diminué en force en raison de la différence de poids d'une autre matière dont on voudra le construire.
Mais il est une autre observation encore plus importante à faire , c'est la stabilité ou proportion qui doit exister entre l'épaisseur d'un mur et sa hauteur ; car, quoique le calcul prouvât que puisque le pied superficiel d'une pierre dure porte i4o milliers, un mur de cette pierre de 8o pieds de hauteur pourrait n'avoir que i pouce d'épaisseur, ce serait ridicule à avancer, puisque ce mur n'aurait point assez de stabilité, èe pied (comme le disent les ouvriers) et conséquemment ne pourrait se soutenir.
Des observations judicieuses ont fixé pour les murs de toute espèce (il est ici question des murs isolés) une épaisseur du 8e. delà hauteur pour une forte stabilité , du ioe. pour une moyenne, et du 12'. pour la moindre qu'ils puissent avoir.
Les murs qui se touchent, comme ceux d'un édifice, n'ont pas
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9° besoin d'avoir une aussi forte stabilité intrinsèque, parce que s'arcboutant les uns les autres, ils ont une stabilité d'union qui rend la première moins exigeante.
Mais comment trouver la juste épaisseur qui leur convient? M. Rondelet a donné avec sa sagacité ordinaire une règle à cet égard , voici sa méthode :
Si c'est une pièce rectangulaire ou carrée (Planche 92, fig. 2), il faut diviser la hauteur, ou la ligne AB, qui la représente ( laquelle, dans la première supposition, est élevée sur un grand côté), en autant de parties qu'on veut de portions en épaisseur, soit un 8e. On porte sur la diagonale AC cette quantité en AD; la parallèle DE qui descendra de ce point indiquera l'épaisseur BE du mur.
Si le plan est un polygone quelconque régulier ou irrégulier , on élèvera une perpendiculaire , exprimant la hauteur à l'extrémité d'un des côtés du premier, ou d'un des grands côtés du second, et on procédera comme dans l'exemple précédent.
Quant aux plans circulaires , l'expérience démontre qu'ils peuvent avoir des murs beaucoup moins épais que tout autre polygone ; cependant pour avoir une base fixe, on pourra considérer le cercle comme un polygone régulier de douze côtés , et on procédera comme nous avons dit.
Il résulte de cette théorie, i°. qu'un mur isolé doit avoir au moins en épaisseur le 12e. de sa hauteur hors de terre, et au plus le 8e ; 20. que plus le nombre de côtés d'un polygone est grand, et plus les murs qui le circonscrivent sont stables par eux-mêmes, et par suite peuvent être moins épais.
Jusques à présent nous avons considéré les murs comme isolés ou se soutenant les uns les autres; mais quand ils sont entretenus par des combles ou des planchers, ils acquièrent de ces charpentes, distraction faite de leur poussée, une nouvelle stabilité relative qui permet encore de diminuer leur épaisseur.
Pour la trouver dans les bâtimens recouverts d'un simple toit, on procédera comme nous l'avons dit tout à l'heure, à l'exception qu'au lieu de prendre ou le 8e. ou le 10e. de la hauteur, on prendra le io°. ou le 1 2% et on procédera de la même manière.
Pour les édifices à plusieurs étages séparés par des planchers, en un mot, pour les bàtimens d'habitation, on a à considérer, i°. les murs de face; 2°. ceux de refend, 5°. les murs parallèles aux murs de face dans les corps de logis doubles ou semi-doubles lesquels ont par eux-mêmes plus de stabilité qu'un corps simple.
Pour les murs de face d'un corps simple, on additionnera l'épaisseur du bâtiment total et la moitié de la hauteur, et on prend -^ de la somme pour l'épaisseur du mur.
Pour un mur de face d'un corps double ou semi-double, on additionne la moitié de l'épaisseur du bâtiment et la moitié de la hauteur, et on prend -^ de la somme.
Pour le mur placé entre les murs de face, on additionncl'cspace qu'il divise, ou la largeur du bâtiment avec sa hauteur, et on prend ~ de la somme.
Pour un mur de refend on prend l'espace qu'il divise ou la longueur des deux pièces qu'il sépare avec sa hauteur, et on prend -^ de la somme.
Ainsi , supposant un mur de 20 pieds d'élévation , on lui donnera :
i°. S'il est isolé, 2 pieds 6 pouces au plus, et 1 pied 8 pouces au moins;
2". S'il renferme un carré de 3o pieds en tout sens, 2 pieds au plus, et 18 pouces au moins;
5°. S'il renferme un rectangle de 35 pieds sur 25, 2 pieds 2 pouces;
4°. S'il renferme un espace circulaire de 17 pieds de diamètre, 10 pouces ;
5°. S'il soutient un édifice avec comble de 5o pieds de largeur, 1 pied 8 pouces ;
6°. S'il est mur de face d'un corps simple de 5o pieds de largeur, 1 pied 8 pouces ;
7°. S'il est mur de face d'un corps double de 4° pieds de largeur, 1 pied 5 pouces ;
8°. S'il est placé entre deux murs de face du même bâtiment, 10 pouces ;
90. S'il est mur de refend entre deux pièces de 25 pieds, 1 pied.
Nous savons qu'en général on dépasse ces dimensions, et certaine-
ment ce n'est pas un mal, mais celles-ci peuvent suffire: nous ne donnons ce tableau que pour faire voir combien les différentes positions d'un mur changent sa stabilité.
Nous donnerons en traitant des voûtes l'épaisseur à donner à leurs pieds-droits.
§ 2. Des fondations.
C'est à la manière dont les fondations ont été établies que les édifices doivent leur solidité; la première chose qu'il y aura à faire lorsqu'on voudra bâtir un édifice, sera de voir si, près de l'endroit où on veut l'élever, il ne se trouve pas quelques édifices du même genre; alors il faut examiner le genre de fondations qui y a été employé, l'état où elles se trouvent, afin de profiter de ce qui a pu y être fait de bien, et d'éviter ce qui aura pu être fait de mal ou de superflu.
Il faut encore s'assurer si le sol sur lequel on veut s'établir est de même nature dans toute son étendue, car souvent il change à une très-petite distance dans les sols incompressibles; c'est moins le tassement que son inégalité qui est à craindre, parce qu'elle détermine des ruptures qui peuvent entraîner la chute d'un édifice. Pour éviter cet inconvénient , il faut que la surface du fondement des murs ou des points d'appui augmente en même temps que leur charge. La plupart des accidens qui arrivent aux grands édifices et aux bâtimens ordinaires viennent de ce que souvent les fondemens des points d'appuis, qui portent des charges trois et quatre fois aussi fortes que celles des parties avoisinantes, occupent quelquefois des superficies moindres, ce qui les rend susceptibles d'un tassement plus considérable.
On peut prévenir le tassement en battant le terrain avec un mouton ou avec une pièce de bois ferrée par le bout, pesant environ ioo livres et soulevés par deux hommes ; ce dernier moyen ne convient que quand la charge ne surpasse pas 6 mille par pieds superficiels, ainsi que le pratiquent des constructeurs habiles qui préfèrent ce moyen aux plates-formes et au pilotage, dans les terrains dont la fermeté est douteuse. '
S'il ne sagissait que de la pression verticale qu'exerce le poids , on pourrait dans certain cas éviter de faire des fondations; mais cet effort
étant presque toujours combiné avec quelque autre, il est prudent d'en établir, même sur les sols les plus fermes, parce que la poussée est décomposée en deux forces, l'une verticale, l'autre horizontale; celle-ci peut faire glisser les constructions établies immédiatement sur un sol dur, tandis que celles établies sur fondations dans le sol sont retenues par ces fondations. Ainsi sur le roc lui-même, quand il offre une surface plane, on ne doit pas construire sans y faire une fondation.
Des fondations sur le roc , oit sur les masses île carrière.
La fondation sur ces espèces de sol exige encore des précautions malgré leur dureté : il faut d'abord s'assurer si, sous le roc ou la masse de carrière, il ne se trouve pas des cavités, et si , dans ce cas, leur épaisseur est assez considérable pour supporter le poids des constructions qu'on veut établir dessus. Si l'épaisseur est trop faible, il faut remplir la cavité de maçonnerie, ou la soutenir par des arcs.
C'est pour avoir négligé de satisfaire à cette précaution , que certains édiGces, ou parties d'édifices, ont éprouvédes affaissemens considérables: nous citerons l'église du Val-de-Gràcc à Paris, dont la fondation, établie sur un sol de carrière fouillée, avait commencé à tasser, et ne put être maintenue que par constructions faites en-dessous de la carrière.
Lorsqu'on s'est assuré que le roc sur lequel on doit fonder est solide on commence par dresser de niveau les parties sur lesquelles doivent porter les premières assises.
Si le roc est trop inégal , on le divise par banquettes de niveau , et, afin que les parties inférieures ne puissent pas tasser, il faut les construire en pierre de taille ou libages, posés sans mortier , jusqu'à la hauteur de l'arrasement général. Si l'on veut au contraire v substituer de la maçonnerie en moellon avec mortier, il faut avoir soin de la battre par assise pour diminuer autant que possible l'effet du tassement.
Lorsqu'on sera parvenu à l'arrasement général , il sera à propos de laisser reposer l'ouvrage pendant quelque temps , pour que la maçonnerie puisse acquérir une certaine consistance avant de construira dessus.
La fermeté d'un sol tel que le roc peut permettre de ne faire porter le poids des constructions que sur des points d'appui éloignés les uns des autres, et réunis par des arcs , ainsi que l'ont pratiqué les Romains dans plusieurs constructions.
Des fondations sur les bons fonds.
Indépendamment des rocs et des masses de carrière, il est d'autres fonds solides parmi lesquels on range le gravier, les terrains pierreux, le gros sable mêlé de terre, le tuf et les terres franches et compactes qui n'ont pas été remuées. Il faut remarquer que cette nomenclature ne peut subsister pour les fondemens dans l'eau : comme ces différens sols sont plus ou moins compressibles ils ont besoin d'être éprouvés. On fera d'abord dans le terrain des trous d'épreuve pour connaître les couches dont il est formé; si le résultat de cette première épreuve n'est pas satisfaisant, ou si la fondation doit être établie plus bas, on se servira , pour connaître les couches inférieures, d'une sonde en fer.
Ensuite on appréciera la fermeté du sol par la chute d'un mouton , et on pourra proportionner ainsi la largeur des fondations au degré de consistance du sol; on proportionnera aussi le nombre des retraites ou empatemensdi l'enfoncement de la sonde dans le sol; mais il faut, autant que possible, que la première assise soit enlibages (gros quartiers de pierre purement brute ).
On pose cette assise, après avoir bien battu et nivelé le sol , sur un bain de mortier, ou après avoir arrosé le terrain avec un lait de chaux. Cette première assise doit être battue à la hie ou demoiselle; le surplus peut être construit en gros moellons posés à bain de mortier, avec des chaînes en libage sous les points d'appui et les parties les plus chargées.
Des fondations sur les mauvais fonds.
Si l'on a à établir des fondemens sur des terres légères ou poreuses et qui ont été remuées, il faut préalablement les battre jusqu'au refus d'un mouton dont le choc à été proportionné à la charge qu'elles auront
à supporter; sur ce sol bien battu on construit les fondemens comme sur les bons sols.
Ce battage, lorsqu'il peut être substitue au pilotage , lui est préférable en ce qu'il est toujours moins coûteux et que souvent même il offre plus desécurité. En effet, l'enfoncement des pilols dans quelques terrains y occasione un resserrement , dont l'effet est de produire sur les pieux un frottement qui devient bientôt assez considérable pour les empêcher de prendre fiche dans le bon sol ; et lorsque le terrain est ainsi parvenu au maximum de compression dont il est susceptible, le pieu continue bien à céder à l'effort du mouton, mais en faisant soulever la terre à l'entour; cet effet cessant lorsque le coup est donné le pieu reprend sa place. On conçoit qu'un terrain qui a été ainsi soulevé finit par s'abaisser sous l'effort continuel de la charge, et à céder par suite des tassemens ; tandis que le battage d'un terrain compressible effectue d'avance le tassement dont il est susceptible, et le rend assez ferme pour résister à la charge qu'il doit soutenir.
Pour asseoir des fondations sur les sables mou vans et sur ceux à travers desquels l'eau bouillonne, il faut entourer l'espace que doit occuper la fondation , d'un vannage formé de pieux et de planches , qui devront être battus assez profondément pour atteindre la couche solide et permettre les épuisemens.
Ensuite on étend sur toute l'enceinte une forte couche de béton ; sur cette couche nivelée et arrasée, on posera un peu en retraite une assise de fort libage à bain de mortier, et bal lu pour servir de base aux fondemens des murs ou points d'appui.
Ce moyen convient également pour les terres marécageuses et les fondemens dans l'eau.
Des fondations sur la glaise.
L'expérience a fait connaître qu'il était dangereux d'établir les fondations dans une tranchée faite dans la glaise , ou sur des pilotis qui y auraient été enfoncés, et qu'au contraire, en posant sur le terrain un grillage de charpente recouvert d'une plate-forme, on pouvait ensuite y construire sans danger les fondemens d'un édifice.
On pourra, pour plus de sécurité , relier les murs de face par des murs de traverse placés de distance en distance, qui ne s'élèveront pas au-dessus du sol et sous lesquels s'étendra le grillage.
Sur ce prillage enfoncé de son épaisseur dans la glaise, on formera un plancher de niveau, dans toute son étendue, avec des madriers jointifs; c'est sur ce plancher qu'on établira la première assise de libage pour le fondement des murs; afin de n'occasioner aucun tassement inégal, on construira tous les murs par assises générales: c'est ainsi qu'a été fondée par Blondel la Corderie de Rochefort, sur un terrain glaiseux qui, à une certaine profondeur, n'était que de la vase.
On emploie aussi cette méthode pour fonder sur la tourbe, et sur les terrains vaseux et marécageux, sans autres préparations que d'établir le grillage dessus ; mais il faut pour cela que l'épaisseur et la consistance du terrain vaseux soient partout les mêmes, afin que le tassement se fasse également.
Les bons constructeurs ne font presque plus usage des pilotis , que pour fixer les fondemens sur le terrain , lorsqu'il s'agit d'ouvrages construits le long des rivières et sur les bords de la mer; et ils les plantent plutôt en avant que dessous.
On construit aujourd'hui beaucoup de fondemens en béton. Lorsque les fouilles sont faites et qu'on s'est assuré que le terrain est solide. On compose le béton comme nous l'avons déjà indiqué à l'article Béton.
On jette cette composition dans les fossés; pendant qu'elle est dans tout le développement de sa chaleur des ouvriers armés de longues pioches la tassent sans cesse afin d'enchâsser l'air; non-seulement les pros graviers peuvent entrer dans la masse du béton , mais même des éclats de pierre se lient très-bien avec ce mortier.
Quand ces fondations sont ainsi comblées de béton on les recouvre de i à 2 pieds de terre, et on les abandonne ainsi au moins une année entière. La composition se prend en masse et devient si dure que le fer ne peut l'entamer; ensuite on enlève la terre, on mouille la surface et on bâtit à l'ordinaire sur ces fondations.
Les avantages du béton consistent dans la solidité jointe à l'économie, car un ouvrier fait plus d'ouvrage que quatre dans un seul jour. Le temps nécessaire pour la cristallisation dun béton n'est pas un in-
convénient, parce que ce délai permet d'apporter, dans la saison du repos de la terre et des bêtes de somme , les matériaux propres à la construction ; les dépenses se font ainsi peu à peu. Celte manière de jeler en moule les bases d'un édifice dispense des frais de maçonnerie pour les excavations souterraines qui communiquent ensemble : les percées s'y font en réservant un noyau de terre sur lequel le béton est coulé ; la voûte se prend ensuite en une masse. On peut donc élever ensemble et en peu de temps les fondations les plus solides, puisque les parties liées entre elles forment un tout inséparable.
§ 3. De la construction des mlrs.
Les fondemens étant construits et arasés de niveau, on fera la retraite indiquée dans les plans, et on commencera les murs eu ayant soin, le plus qu'il sera possible, de les construire tous en même temps tant ceux de face que de refend, afin d'obtenir un tassement égal. Il est cependant des constructeurs qui, en employant de la brique crue dans les murs intérieufs, élèvent ceux-ci les premiers, en laissant les pierres d'attente nécessaires pour les lier aux murs de face, parce qu'ils prétendent avec raison que la brique crue faisant un tassement plus considérable que la cuite , il est bon qu'on lui donne de l'avance sur la dernière.
En Amérique on garantit les maisons de L'humidité en recouvrant les fondations de plaques de plomb à i ou 2 pieds au-dessus du sol , et l'on continue à bâtir sur ces plaques qui occupent toute l'épaisseur de la muraille.
On emploie dans l'exécution des murs divers modes de construction; nous allons examiner successivement ceux qui sont le plus en usage dans l'architecture civile.
i". Construction en pierres de taille.
Le vice de la plupart des constructions modernas en pierres de faille vient du peu de soin qu'on met dans la taille des lits.
En général les tailleurs de pierre donnent aux lits une surface Tomk U ô
concave, de manière qu'en parement les joints ont tout au plus une ou deux lignes d'épaisseur, tandis qu'à l'intérieur ils en ont cinq à six fois plus, et il arrive que la charge se porte sur les bords qui se brisent, forment des dëchiremens et des lézardes profondes; c'est ce qui était arrivé aux piliers qui soutiennent le dôme de Sainte-Geneviève, à Paris.
Il faut donc avoir grand soin de donner aux lits une surface parfaitement plane et plutôt convexe que concave, et que les joints soient soigneusement alternés, c'est-à-dire plein contre vide.
Quelquefois on relie les pierres de taille au moyen de tenons en fer, mais l'emploi du fer a le grand inconvénient de faire éclater les pierres au bout d'un très-court espace de temps. Cet effet résulte de l'augmentation de volume qu'acquiert le fer en s'oxidant ; on a pensé que les os qui résistent à de grands efforts dans l'emploi de la force des animaux réuniraient la solidité à l'inaltérabilité, et l'on a fait des essaisqui ont parfaitement réussi.
Lorsqu'on pose deux pierres de taille, on pratique sur leur lit supérieur une mortaise à double queue d'aronde perpendiculaire au joint; on y incruste un tibia ( os de la jambe ) de bœuf, puis on coule soit du soufre, soit un mélange de résine et de cendrée, et ce scellement présente la plus grande solidité , ainsi que le prouvent plusieurs ouvrages exécutés à Saint-Martin (île de Rhée) et à la Rochelle.
2°. Construction en moellons bruts.
La maçonnerie en moellons bruts, appelée limosinage à Paris, diffère de celle en moellons piqués en ce que les paremens et les joints montans sont dressés dans ceux-ci , ce qui n'existe pas dans ceux dont nous parlons; mais on ne doit pas moins avoir soin que les lits soient bien dressés et que les moellons soient posés en bonne liaison. Peutêtre serait-il avantageux, au lieu de poser par assises les moellons bruts, d'en faire une sorte d'incertum semblable à celui des anciens, et dont les murs en pierres sèches sont une imitation grossière.
lies murs des maisons construites en moellon liaisonné avec du plâtre présentent, ordinairement, peu d'épaisseur, et c'est la méthode que nous avons suivie dans les tableaux des épaisseurs de murs qui accom-
pagnent les divers projets renfermes clans la première partie de cet ouvrage.
Cette disposition parait au premier abord en opposition avec le principe que nous avons omis au § I , <jue l'épaisseur des murs doit être en raison inverse de la dureté et de la pesanteur des matériaux.
Mais, nous ferons observer que les maisons élevées en moellon et en plâtre, comme le sont généralement celles de Paris, ne forment, pour ainsi dire, que des constructions provisoires, de brillans colificbels soumis au caprice de la mode, et qu'une génération voit élever et détruire. Il devint alors parfaitement inutile de leur donner une stabilité qui augmenterait considérablement la dépense; une autre raison qui fait d'ailleurs préférer, à Paris, ce mode léger de construction, c'est que dans cette capitale, les terrains sont extrêmement précieux , et que moins les murs présentent d'épaisseur, et plus on a d'espace à consacrer aux appartenons; c'est ce qui fait qu'on voit des maisons à six et sept étages, dont les murs de face n'offrent, tout au plus, que i5à 20 pouces d'épaisseur au-dessus des fondations.
Lorsque ces causes disparaissent, c'est-à-dire, lorsqu'on veut élever des constructions d'une longue durée , qu'on peut disposer d'une suffisante surface de terrain , et qu'on ne craint pas d'augmenter la dépense, il est bien, il est même essentiel et nécessaire de donner aux murs en moellons une plus forte épaisseur qu'aux murs en pierre de taille et qu'à ceux en brique.
5°. Construction en cailloux.
Dans quelques contrées on construit les murs des habitations en cailloux, employés seuls, ou mélangés avec des briques; dans l'une et l'autre de ces méthodes, on pose les cailloux de champ , inclinés et par assises.
Lorsque l'on met alternativement des assises de cailloux et de briques, on pourrait, dans les fortes épaisseurs, substituer à cet arrangement celui-ci : on réserverait les briques pour former les deux paremens, et l'intervalle serait rempli de cailloux à bain de mortier. A chaque cinq ou six assises on placerait une ou deux assises de briques formant parpaing pour relier et consolider le tout.
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4°. Construction en brique.
La maçonnerie en brique est une des plus communes : c'est une des plus solides et des plus agréables.
Le principal avantage de la maçonnerie en brique est d'être plus prompte et plus facile à exécuter qu'aucune autre, puisqu'il ne s'agit que de bien asseoir les briques , les placer en bonne liaison avec suffisante quantité de mortier, mais pas trop, surtout pour les mortiers de terre. Il suffît que les joints aient 7 à 8 millimètres d'épaisseur.
Pour faciliter la construction et surtout l'accélérer, il est sage de fixer autant que possible l'épaisseur des murs d'après les dimensions de la brique. Il vaut mieux leur donner 1 pouce de plus s'il le faut; cette épaisseur sera bien compensée par la promptitude de la construction.
Une des choses les plus importantes dans la maçonnerie en brique, c'est la liaison. Celle du mur de 10 ou i5°, où, dans plusieurs pays, la brique fait parpaing , consiste à placer les joints verticaux alternativement comme pour la pierre de taille ; mais dans ceux dont l'épaisseur est formée de plus d'une brique , il faut non-seulement que les joints apparens soient alternatifs , mais que les joints intérieurs et horizontaux le soient aussi ; pour cet effet, on se sert de demi-briques ou tiers de briques mêlées avec le grand échantillon.
Avec les précautions dont nous venons de parler, on construira en brique avec une extrême solidité; mais il faut se garder, par une fausse économie , d'employer du mortier de terre au lieu de mortier de chaux : ce dernier doit être exclusivement, employé dans la totalité des murs tournés vers les côtés d'où vient ordinairement la pluie; et lorsqu'on veut employer du mortier de terre aux autres expositions, on doit bâtir en chaux jusqu'à 5 pieds au-dessus du niveau du sol, même pour les murs de refend où on emploie la brique crue , laquelle doit être exclusivement maçonnée avec du mortier de terre.
5°. Construction en pisé.
Le pisé est une construction qui n'emploie pour matériaux que la
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terre battue ; on en fait un grand usage à Lyon, dans la Bresse et le Dauphiné. 11 serait à désirer qu'elle fût plus connue; elle permettrait aux propriétaires de multiplier à peu de frais leurs bàtimens ruraux dans les lieux où la pierre est rare et la brique hors de prix.
Ce genre de construction , dont les anciens nous ont laissé beaucoup de restes, ne doit, il est vrai , sa solidité qu'à sa manipulation ; mais aussi quand cette manipulation est bonne, le pisé est une bâtisse très-solide. Rondelet rapporte que chargé en 1764 de restaurer en Bresse un château bâti en pisé depuis i5o ans, il fut obligé d'employer le pic et le marteau taillant pour faire les nouveaux paremens. Ce fait et l'expérience constante et générale dans les pays que nous avons cités donnent une idée de la solidité de ces murs quand ils ont été bien exécutés.
Toutes les terres, hors celles qui sont purement argileuses et sablonneuses, sont propres à piser; les meilleures sont les terres fortes et franches , fussent-elles un peu graveleuses; on aura soin, dans ce dernier cas , de passer la terre à la claie , pour en extraire toutes les pierres excédant la grosseur d'une noix. Il faut qu'elle soit absolument exempte de racines et de fumier; si elle est trop sèche, on l'arrose légèrement d'eau pure , et quelquefois de lait chaux : nous disons légèrement , car il suffit qu'elle soit humectée de manière qu'en la rejetant sur le tas, elle conserve la forme qu'on lui a donnée avec la main.
On fait le pisé dans des moules; ces moules sont composés de deux tables A, Planche 92, Gg. ire. , appelées hanches, de g à 10 pieds de long sur 2 pieds g pouces de hauteur, faites en planches de sapin assemblées à rainures et languettes, et fortifiées par d'autres planches ou parefeuillcs B posées en travers. Ces planches doivent avoir 12 à 1 5 lignes d'épaisseur. Ces hanches se placent sur des traverses D appelées lançonniers , lassoniers ou clefs, de 3 pieds 6° de longueur sur 4" de grosseur, placées dans des houlins a ou entailles pratiquées dans les parties de mur déjà construites; on arrête les hanches sur les lançonniers par des aiguilles E, ou petits poleaux de 4 pieds ' de hauteur ( y compris 6° de tenon et i5° pour l'assemblage d'en
haut) et de 2 à 3 pouces d'équarrissage; ces aiguilles se fixent sur les lançonniers au moyen d'un tenon qu'elles portent à leur extrémité inférieure et qui entre dans des mortaises pratiquées aux deux extrémités de ces lançonniers. Ces mortaises seront assez longues pour pouvoir changer l'épaisseur des murs, qui, fixée par le bas à 20 pouces ordinairement, éprouve une diminution d'un i44e« de la hauteur, ce qui donne un fruit d'une ligne par pied. Ces aiguilles arrêtées par des coins F de 20 pouces de longueur, 2 pouces 4 lignes de largeur supérieure, et r pouce l- de largeur inférieure, fixent la largeur du mur, c'est-à-dire la distance des hanches entre elles. Pour régler cette épaisseur par le haut, on se sert de hâtons qu'on appelle gros de murs, qui se placent entre les hanches ou de petits étrésillonnets I qui produisent le même effet. On place un gros de mur ou un étrésillonnet au droit de chaque paire d'aiguilles, et les aiguilles elles-mêmes sont arrêtées ensemble au-dessus du moule par une corde qu'on serre au moyen d'un tourniquet K.
Chaque hanche portera deux manettes ou poignées R qui servent à les mouvoir; chacune reposera sur quatre lançonniers, ce qui suppose ces derniers éloignés d'environ 3 pieds; les boulins qui les reçoivent seront assez profonds pour que les lançonniers soient placés à 1 pouce et '- plus bas que le dessus du mur, afin que le moule puisse embrasser dans sa partie inférieure une partie de l'assise de mur déjà construite.
Quand on commence un mur, ou quand un des côtés du moule doit être perpendiculaire, on le ferme avec un closoir ou trapon C, qui est une planche formée comme les hanches qu'on assujettit au reste du moule avec un ou deux sergens de menuisier QM. L'autre extrémité du moule est ouverte, et la terre y prend une inclinaison de 60 degrés indiquée par les lignes s. Cette coupe en glacis sert ensuite à relier la banchée avec celle qui suit.
Le moule étant monté et ajusté comme on voit, fig. i,e. , pi. 92 , on commence par faire le long des hanches, par en bas, des solins en mortier pour empêcher la terre de couler hors du moule; on couvre ensuite le dessus des lançonniers avec de petites planches pour former les boulins a , et le long desquelles on met aussi de pareils solins.
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O.i place ensuite autant de maçons piseurs qu'il y de cases dans l'encaissement : ici trois, par exemple. On nettoie et on arrose légèrement le fond; les manœuvres portent la terre préparée dans des corbeilles et la vident dans les cases; les maçons piseurs l'étaient avec les pieds de manière à n'en mettre qu'une couche uniforme de 3 à 4 pouces. Prenant ensuite le pisoir G, ils massiveni celte terre en la réduisant à moitié de son épaisseur. Après que cette couche est comprimée, les manoeuvres portent de quoi en faire une seconde, et ainsi de suite jusqu'à ce que l'encaissement soit rempli.
On passe ensuite à la seconde banchée qui s'appuie sur le dernier laneonnier de la précédente; à mesure qu'on bat la terre -de la première case, à moitié remplie par le talus laissé à la première banchée, on racle le talus pour en enlever toute la terre non adhérente , et on fait aussi un solin en mortier aux joints montans de ce talus. On procède de même à toutes les banchées , et quand une assise de banchées est finie, on en élève une autre avec les mêmes soins, en observant, quand on est à une certaine élévation, de soutenir par des étais tout l'équipage du moule afin d'assurer la vie des ouvriers.
Le pisoir ou pilon G, dont nous avons parlé, est composé d'une masse de bois dur et liant, ordinairement en racine de noyer, d'orme ou de frêne d'environ io pouces de haut ; cette masse est circulaire dans sa partie supérieure, et porte à son centre un trou pour recevoir le manche de l'instrument; elle a 4 pouces de diamètre et va en sarrondissant jusqu'à 4 pouces plus bas où elle est carrée, de 6 pouces sur 5; de là elle va en diminuant jusqu'en bas, en formant une courbe allongée qui réduit les dimensions inférieures à î pouce.
Le pisoir est le principal instrument de l'art de piser; il doit avoir tout emmanché 4 pieds i ou 2 pouces de hauteur; la grosseur du manche est dans le haut de i5 lignes et d'un pouce par le bas, et s'enfonce dans la masse d'un pouce environ. On fait usage du pisoir en le tournant à chaque coup, qui tombe d'un pied de haut, de manière à croiser les traces qu'il imprime sur la couche de terre et à la massiver également dans toute son étendue.
Quand on construit une maison en pisé, les banchées placées les unes sur les autres se relient comme on le voit pi. 92, fig. 1". Les baies
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des portes et croisées se construisent en pierres, en briques ou moellons , ou en cadres de charpente; la plate- bande est ordinairement formée d'un sommier de bois, quelquefois d'une dalle de pierre, et on la pose en construisant le mur.
On ne doit commencer les constructions en pisé que sur un bon fondement en maçonnerie élevé même à i ou i pieds au-dessus du sol, dans lequel on laisse les trous ou boulins pour y placer les lançonniers. Dans les murs de clôture, on couronne le pisé d'une ou deux assises de maçonnerie qui en supportent le chaperon.
Il faut que les murs de pisé soient bien secs avant de les crépir : comme les boulins concourent à cette dessiccation, on les laissera ouverts jusqu'à cette époque; le mieux est d'attendre le printemps après leur construction, qui doit se faire depuis mai jusqu'en octobre. On voit d'ailleurs beaucoup de maisons en pisé qui durent depuis très-longtemps sans avoir jamais été crépies. Au lieu d'un crépi ordinaire, il est plus économique et plus solide de les rustiquer avec des mortiers de chaux un peu claire qu'on projette sur le mur avec un balai. Il est essentiel de couvrir les murs de pisé pendant leur construction , afin d'éviter les dégradations que les pluies leur feraient éprouver.
ARTICLE II
Des murs de terrasse.
Quand on construit un mur qui doit s'opposer à un effort quelconque qui tend à le renverser, il est naturel de lui donner, outre l'épaisseur qu'exige sa stabilité , une force suffisante non-seulement pour être en équilibre avec cet effort, mais encore pour le surpasser, afin de n'avoir pas à craindre les circonstances qui peuvent accidentellement augmenter encore cet effort.
Telle est la base de la théorie des murs de terrasse appelés aussi murs de remparts ou de soutènement, c'est-à-dire , de ceux destinés à contre-buter des terres mouvantes ou transportées; car, quand les terres sont fixes ou ont fait l'agrégation de leurs parties appelées tassement, une grande stabilité suffit aux murs pour les contenir; et, dans
La construction des murs de terrasse est la même que celle des murs ordinaires. Communément on n'y adapte des contre-forts, lorsqu'ils sont sans parapets, qu'à 20 pieds de hauteur. Si l'on craint des infiltrations d'eau, on les perce de barbacancs , qui sont des ouvertures hautes et très -étroites, qu'on multiplie autant que la nécessité l'indique et que la solidité ne le défend pas.
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