‹ Le propriétaire architecteChapitre 39 sur 108 · DES TERRASSES · texte numérisé non relu

DES TERRASSES

Les terrasses sont extrêmement agréables dans les pays méridionaux; elles offrent la facilité de se promener et de prendre le frais sans sortir de chez soi ; il existe plusieurs movens d'exécuter les terrasses. M. Gillet en a construit , en employant des dalles de marbre ou de granit de 27 à 4o millimètres d'épaisseur et de 2 mètres de superficie : on équarrit les joints simples , qui doivent se loucher exactement en dessous et être un peu ouvert, au-dessus pour recevoir le mastic; les joints sont à recouvrement, et les dalles sont scellées avec du plâtre mêlé avec de la poussière de pierre passée au tamis : les joints sont remplis d'un mastic dur fait avec de la poussière de marbre, de la résine blanche, de la cire jaune et de la poix de Bourgogne : ce mastic , qui fait corps avec le marbre, doit être employé chaud.

Les terrasses se recouvrent aussi en plomb coulé ou laminé : le plomb coulé, quoique moins uni et moins agréable pour l'apparence, est préférable, en ce qu'il est de plus longue durée et qu'il se casse moins : ce plomb se pose en nappes de toutes longueurs, sur 2m,oo et jusqu'à 2m,6o de largeur, ce qui épargne les soudures, qui sont toujours très-coûteuses : la meilleure maniérede masquer les joints de ces terrasses, est de placer les nappes à recouvrement ou nervures du côté de la pente que l'on doit toujours avoir attention de donner aux terrasses, pour faciliter l'écoulement des eaux pluviales. Cette disposition est indiquée par la coupe, pi. g3, fig. 6. On conçoit qu'il faut employer ce moyen seulement dans le cas où l'on monte rarement sur la terrasse : celle d'un

balcon par exemple, au-devant d'un appartement, doit être sans ressauts, conséquemment il faudra avoir recours aux dalles de pierre ou aux soudures.

On avait bien pressenti que les cimens hydrauliques pourraient être employés à la construction des terrasses; mais on avait à surmonter les inconvéniens du retrait qu'éprouvent les cimens tamisés, et les dommages causés à ces enduits par la gelée.

M. de Puymaurin, membre de la Chambre des Députés, de la Société d'Agriculture et de l'Académie des Sciences de Toulouse, a enfin victorieusement résolu le problème.

Il a construit, dans sa maison à Toulouse et sur de vieux planchers, deux terrasses de 90 pieds de longueur sur 9 de large , qui se sont conservées en bon état, malgré plusieurs hivers assez rigoureux et les étés brùlans du Languedoc. Il est même à remarqner que la consistance en est telle, qu'où a pu, sans étais, enlever du plancher qui les supporte, des pièces de bois pouries pour en substituer d'autres , sans le moindre inconvénient.

Ce procédé est d'une simplicité qui garantit, en général, la bonté des innovations en tout genre : il consiste à placer , sur le plancher , un premier carrelage à mortier de terre, surmonté d'un second à mortier de chaux, l'un et l'autre en briques ou carreaux bien cuits, point taillés et même piqués au marteau. Sur ce second carrelage, auquel on donne la pente nécessaire pour l'écoulement des eaux, on étend une couche de béton ordinaire, dont les recoupes ne soient pas plus grosses que des pois ou des grains de blé. Le ciment ordinaire bien pilé, mais non tamisé, lui a suffi pour la composition de ce béton. La couche qu'il a étendue sur sa terrasse a de 2 pouces et demi à 5 pouces d'épaisseur. On l'étend avec la truelle, en le ramenant et le hachant tour à tour avec le tranchant, et en le comprimant avec le plat. On opère par bandes de 2 pieds de largeur, ayant soin préalablement d'humecter le carrelage d'un lait de chaux vive , et on a le plus p-rand soin de bien réunir les bandes pour empêcher tout retrait. Sept à huit heures après, le ciment ayant bien pris, on le polit et on le comprime avec des cailloux plats, opération très -essentielle et fortement recommandée par l'auteur; il prescrit, en outre, de faire cet enduit

pendant les grandes chaleurs de juillet, afin que la terrasse puisse être parfaitement sèche avant les pluies de l'automne.

Jusqu'ici cette construction, quoique très-bien entendue, n'offre rien de nouveau, mais aussi n'est point inattaquable par les gelées.

Pour arriver à ce but important , M. de Puymaurin imagina d'adapter un corps gras qui pût, en agrégeant encore plus fortement les parties du ciment et en fermant tous les pores, prévenir les effets destructeurs du froid et du chaud.

11 choisit le goudron liquide dont on se sert pour les vaisseaux. Il le fit bouillir et étendre sur le ciment avec des torchons attachés au bout de longs bâtons : pour éviter les inconvéniens de la qualité poisseuse de cette matière pendant les grandes chaleurs, il fit projeter, sur ce goudron encore chaud , de la chaux éteinte à l'air et réduite en poudre fine : on enleva ensuite avec un balai celle qui se trouva superflue, et que le goudron n'avait pu happer.

Cette première couche de goudron fut posée à la fin d'août, c'està-dire environ quinze jours après la pose du ciment. Il en fit poser une seconde au commencement d'octobre, dans laquelle il mêla du brun rouge pour donner la couleur à la terrasse.

Telle est la méthode de M. de Puymaurin, aussi simple que solide, tant en théorie qu'en pratique.

■WWXWW VY\W*V\\\V\\V*

Page 1