RÉSIDENCES
PROVINCES (Khêt)
NOMDRE DE VILLAGES
(Kuhm)
Kratié (ville)
Kratié (province)
Kratié
Sambor Kanhchor
Chlong
l Stung-Trang
f Préy-Veng (ville)
i id. (province)
Prey-VenTt
1 Baphnom \ Lovéa-Em
' Sithor-Kandal
Sithor-Péarang
PURSAT
Pursat (ville) [ id. (province)
Krang-Krako
Soaï-Rieng (ville)
SOAI-RlENG .......
Romduol Soaï-Teap
Romeas-Eck
Takeo
Treang
Bâti
Takéo *..
Prey-Crébas
Kathom
Lœuk-Deck
Péam-Chor
Aux termes des art. 3 et 4 de la convention du 17 juin 1884 et de Tart. 14 de l'arrête du Gouverneur général du 22 mars 1893, les résidents sont nommés par décret du Prés^ident de la République française et placés à la têie
des circonscriptions provinciales par arrêté du Gouverneur général de Tlndo -Chine, sur la proposition du Résident supérieur, avec lequel ils sont en relation directe.
Leurs attributions politiques, financières, administratives et judiciaires ont été indiquées par des circulaires et modifiées par divers règlements qui ont étendu leur action. Actuellement, ils n'ont pas seulement le contrôle et la surveillance de Tadministration indigène, mais ils peuvent et doivent requérir le concours des mandarins et des gouverneurs cambodgiens et prendre, de concert avec eux, les mesures nécessaires au maintien de Tordre public et de la sécurité intérieure du royaume.
La garde civile indigène, encadrée par des éléments français (gardes principaux et inspecteurs), forme une force de police bien disciplinée, et particulièrement propre à accomplir cette tâche.
Les résidents peuvent en disposer en tout temps et eii toutes circonstances; ils sont en outre chargés d'assurer Texécution des mesures prescrites par l'autorité supérieure, dans le but de favoriser l'agriculture, le commerce et l'industrie. A ce point de vue, M. le Gouverneur général, dans sa circulaire du 23 janvier 1903 a indiqué le rôle dés résidents, qui ne sont que ses délégués et à ce titre, doivent exercer, sous leur responsabilité, une action sur tous les services publics ; les fonctionnaires indigènes, dans cette oeuvre, doivent être leurs meilleurs collaborateurs, de façon à obtenir, pour le bien commun de la colonie, un fonctionnement régulier de tous les services également intéressés à la mise en valeur du pays et à la protection de la popula-
tion indigène, sans laquelle cette mise en valeur serait impossible.
Ce rôle exige donc des représentants du gouvernamont général une valeur morale et des qualités de bienveillance, d'activité et de tact, que nous devrons développer chez nos subordonnés de façon à éviter toute défaillance fûcheuse,
Le Résident doit se tenir ainsi constamment en contact avec les autorités et la population indigènes et se pénétrer de tous leurs besoins; d'ailleurs il a, pour Taider dans cette tâche un Conseil de Résidence, dont nous étudierons plus loin la composition, le fonctionnement et la compétence.
Ces attributions du Résident déjà fort étendues, ne font que s'affermir et augmenter chaque jour, en raison de la progression constante de notre influence dans ce pays.
Le personnel d'une résidence comprend en outre, sous l'autorité immédiate du Résident :
1° Un chancelier de résidence chargé de le suppléer et de le remplacer en cas d'absence ; de plus, ce fonctionnaire remplit, au siège de la Résidence, des fonctions analogues à celles des chanceliers de Consulat, c'est-à-dire qu'ils font et rédigent tous les actes réservés aux notaires et aux greffiers.
2° Un percepteur, à la caisse duquel les gouverneurs versent le produit des impôts perçus. Ce percepteur tient la comptabilité finances, centralise les recettes et en verse le montant à la caisse centrale de Phnom-Penh.
3^ Un ou plusieurs commis des services civils, suivant l'importance du poste. Ces commis qui ont une hiérarchie propre, font toutes les écritures et la correspondance ; ils
ont pour les aider dans cette tâche un certain nombre d'expéditionnaires (Smiens) choisis parmi les indigènes et auxquels sont adjoints des interprêtes et des lettrés, en nombre suffisant pour l'expédition des affaires courantes.
Les conditions de recrutement et d'avancement de ce personnel subalterne indigène sont déterminées par Tarrêté du Gouverneur général du 27 janvier 1903*
Tels sont les éléments au moyen desquels s'exerce au Cambodge notre protectorat.
Ils ont été, comme on a pu s'en convaincre au cours de cette première partie de notre étude, fréquemment remaniés, modifiés, augmentés, de manière à permettre un contrôle de plus en plus sévère et efficace sur les actes de l'administration indigène, que nous avons tout intérêt à conserver, du moins en principe.
En effet, dans un pays où la population se montre aussi profondément attachée à ses antiques coutumes, qui considère le Roi comme une émanation directe de la divinité et qui accepte, sans la discuter jamais, son omnipotence infaillible et intangible, il nous est facile d'introduire toutes les réformes nécessaires que le peuple accepte sans murmure, comme venant du Roi, seul responsable vis-àvis de ses sujets .
C'est pour arriver à ce but que la convention de 1884 a donné les pouvoirs les plus étendus à notre Résident supérieur. Ces pouvoirs lui permettent d'administrer le royaume avec les organes indigènes dont il dispose, tout en évitant les froissements.
Notre intervention a déjà eu pour résultat de répartir
plus équitablemeat les charges qui pesaient autrefois sur chaque individu*
La réforme la plus urgente, celle dont l'application devait avoir les plus heureux résultats, fut la suppression de la vénalité et de la précarité des charges et emplois attribués aux mandarins. Ceux-ci reçurent dès lors, en même temps qu'une solde fixe en rapport avec leur fonction, l'assurance de la <îonserver aussi longtemps qulls s'en montreraient dignes, alors que sous Tancien régime du bon vouloir, les fonctionnaires cambodgiens, n'étant jamais sûrs du lendemain, ne songeaient qu'à s'enrichir le plus rapidement possible, d'abord pour récupérer le prix de leur charge, ^ ensuite pour parer à Téventualité d'une revocation, qu'un caprice du Roi rendait toujours probable.
On cite telles provinces de la périphérie, dont l'éloignement rendait la surveillance difficile, où les gouverneurs se livraient aux exactions les plus arbitraires et qu'il était d'usage de changer tous les deux ans, au grand détriment des populations, car le contrôle du pouvoir central y étant tout à fait illusoire, chaque gouverneur en profitait pour pressurer la malheureuse population soumise à son administration.
Notre contrôle, bien que considérablement augmenté et plus efficace qu'au début du protectorat, n'est pourtant pas encore suffisant pour avoir fait disparaître tous les abus anciens*
La division du territoire en provinces et circonscriptions de provinces « résidences » est notoirement insuffisante, les provinces mêmes n'ont pas une délimitation nettement définie et leurs subdivisions eh communes, telles qu'elles
existant en pays annamite s'imposera dans un avenir prochain; en attendant, rétablissement d'un plan parcellaire analogue h notre plan cadastral serait à souhaiter.
On objectera que la réalisation de cette mesure nécessiterait ime grosse dépense et beaucoup de temps, mais nous pensons qu'on la pourrait préparer à l'aide des moyens dont nous disposons, en faisant dresser par nos géomètres européens un certain nombre d'indigènes intelligents et lettrés, qui seraient ensuite répartis dans les provinces, avec mission de relever par parties successives, un premier plan approximatif, permettant d'établir des subdivisions territoriales plus exactes que celles qui existent actuellement; la dépense qui en résulterait pourrait être mise à la charge des communes créées.
Enfin il importe que les résidents placés h la tête des circonscriptions de provinces, pour contrôler les actes de l'administration indigène, se familiarisent déplus en plus avec la langue du pays, et qu'ils s'appliquent à modifier peu à peu la mentalité du peuple cambodgien en matière d'administration.
Le Cambodgien en effet, et avec lui, les Orientaux de toutes races qui occupent le royaume, continuent à considérer le Baschiche « cadeau » au fonctionnaire, comme le seul et meilleur argument susceptible de lui faire obtenir ce qu'il désire, manière de voir trop favorable aux exactions de toutes sortes pour que le fonctionnaire indigène, qui en fin de compte, est le seul à en bénéficier, cherche h la faire disparaître.
Mieux instruit de ses droits par TappUcatioa constante
d'une administration équitable, le Cambodgien ne tardera pas à avoir une conception plus nette du juste et de Tinjuste, et à considérer comme bienfaisante et profitable à ses intérêts notre immixtion de plus en plus profonde dans la gestion des affaires du royaume.