‹ Le protectorat français du Cambodge [microform]Chapitre 2 sur 32 · NOTIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

Le Cambodge est compris entre les 10^ et 13° degrés de latitude N. et les 101* et 104^ degrés de longitude E. ; il est limité au S. et au S. E. par la Cochinchine, au N. par le royaume de Siam, à TE. par des tribus aborigènes dépendant de TAnnamet à VO. parle golfe de Siam. Sa superficie est d environ 120.000 km c. ;car il ne mesure pas moins de 400 km. en longueur, sur une largeur moyenne de 300 km.

Le sol du Cambodge, si Ton considère son relief, peut se diviser en quatre catégories distinctes dont le régime hydrographique a, comme nous le verrons par la suite, une ipfluence prépondérante sur la densité de la population aussi bien que sur son commerce et son industrie: Ces catégories comprennent :

1^ Une partie montagneuse, et granitique couverte de forêts immenses et où Ton rencontre du minerai de fer, des carrières de grès, de calcaire, de marbre etc.. C'est la région la moins habitée, la plus pauvre et la moins salu-

bre; les provinces dePursat, Kompongtom, Kompongspou, et Kampot y sont en partie comprises.

2^ Une région de hauts plateaux plus élevés que lefleuve et non soumis à Tinondation, c'est la région des rizières, arrosée seulement par les eaux pluviales et très habitée.

3"" Des terrains de hauteur moyenne couverts périodiquement par les inondations annuelles du Mékong qui ont fait de cet région la plus fertile du Cambodge, aussi la population y est- elle plus dense que partout ailleurs.

4° Enfin, plus près encore des rives du Mékong, se trouvent des parties en contre bas formant des sortent de cuvettes où s'amassent les eaux de pluie et d'inondation. Quelques-unes de ces cuvettes se desséchent après l'inondation, d'autres forment au contraire des marais persistant qui, à l'époque des hautes eaux, deviennent de vastes étendues navigables et très poissonneuses.

Le Ton-lé-Sap avec ses deux lacs, en est un exemple typique. ^

Le Cambodge est traversé du N. au S. par un des plus grands fleuves du monde, le Mékong qui l'arrose après avoir traversé leThibet, une partie de la Chine, la Birmanie et le Laos, pour aller ensuite, par la Cochinchine, se jeter dans la mer de Chine.

Histoire. — Si les fouilles récentes exécutées sur plusieurs points du territoire cambodgien n'ont pas permis de découvrir la preuve de la présence de l'homme à l'époque de l'âge paléolitique « pierre taillée », du moins ont-elles mis à découvert plusieurs stations préhistoriques dans les* quelles on a trouvé de nombreux vestiges de l'ûge néolithique ou de la pierre polie, c'étaient, mêlés àdesdébrisde

poterie grossièie, des objets en cuivre, ehbronzeet même enfer qui prouvent d'une manière irréfutable que ces terres lointaines furent occupées par des populations primitives qui n'ont laissé d'autres traces de leur histoire que ces débris informes d'une civilisation sommaire.

Ces autochtones durent être souvent envahis, dispersés et chassés par des hordes nombreuses venues du Thibet, qui se mêlèrent aux races aborigèneset fondèrent plusieurs royaumes, entre autres celui de Kambujia aux branches du Mékong, c'est-à-dire le royaume du Cambodge.

L'histoire de ce royaume est assez obscure, car les sources auxquelles les historiens peuvent puiser pour se documenter sont également incertaines et défectueuses, en raison de la place ({u'y occupent les récits légendaires auxquels il n'est bon d'accorder qu'une croyance limitée. Telles sont : les relations chinoises, les textes épigraphiques et les annales ofricielles indigènes.

D'après cesdocuments, c'est en 443 avant notre ère qu'un des fils du roi de Indra Prastha, le prince Préa Thong émîgra avec un grand nombre de ses concitoyens dans, le S, de rindo-Chine ; il y imposa sa langue, sa religion et conquît peu à peu les anciens occupants, les Chams,qui durent fuir devant l'envahissement de leurs territoires. Ou. peut donc considérer ce prince comme le fondateur de la dynastie des rois cambodgiens ; il s'allia d'ailleurs à la famille du roi autochtone et les rois actuels ne sont que le produit de ce croisement primitif.

L'Etat naissant dut s'agrandir, pendant les siècles qui suivirent, par la conquête des pays situés plus au N . et former le vaste empire Khmer.

L'obscurité qui enveloppe les notions historiques qu'on peut avoir sur le peuple Klimer ne commence vraiment à se dissiper qu'à partir du 7® siècle de notre ère. Jusqu'au 9^ siècle, le Cambodge semble avoir été la proie dedissenlions intestines qui entravèrent la marche de sa civilisation, laquelle ne prit son véritable essor qu'à partir du 13" siècle.

C'est en effet à cette époque dénommée dans Thistoire, «C la période des rois constructeurs », que Tempire Khmer, de nouveau unifié, se couvrit de ces magnifiques monuments dont la célèbre pagode d' Angkor-Wat et les palais de son ancienne capitale Angkor-Thôm sont demeurés comme la preuve éclatante de la haute culture intellectuelle et artistique des Cambodgiens d'alors.

A cette période, la plus florissante de l'empire Khmer, succéda bientôt, pendant les siècles suivants, une série de guerres et d'invasions nouvelles venues de Tlnde et de la Chine qui en provoquèrent le démembrement. Vers la même époque, une grande révolution religieuse s'accomplissait, le Boudisme méridional se propageant de TE. à l'O., des Birmans aux Siamois, s'implantait au Cambodge, remplaçant peu à peu le Brahmanisme qui avait inspiré jusqu'alors ces constructeurs de génie.

Les Siamois, ces anciens sujets du Cambodge, détachés de l'Empire primitif, devinrent à leur tour ses pires ennemis et soutinrent du 15^ au 17® siècle, une luùe acharnée de laquelle le Cambodge, malgré des fortunes diverses, ne sortit qu'amoindri, bien qu'il ait recherché l'appui des Annamites pour résister aux attaques des Siamois.

Ces alliés eux-mêmes ne tardèrent pas à devenir de

dangereux voisins et, dès 1623 (1), une ambassade annamite vint demander au roi cambodgien Préah-Cheï-Chesda, Tautorisation, qu'il était d'ailleurs impuissant à refuser, d'établir des douanes et de fonder des établissements dans le pays de Saïgon, ô l'extrême Sud du Cambodge (2).

C'était dès lors la porte ouverte aux empiétements successifs qui réduisirent le Cambodge à ses limites actuelles et menaçaient de l'absorber tout entier au 19* siècle, lorsqu'il rechercha et obtint le protectorat de la France qui le sauva d'une disparition prochaine, en tant que nation.

Origines du Protectorat, — L'étude de la période transitoire qui prépara et amena le traité par lequel fut définitivement établi notre protectorat sur le royaume du Cambodge, est des plus intéressantes, en ce qu'elle permet de se rendre compte des moyens pacifiques mis en œuvre pour arriver à la conclusion de ce traité de 1863, qui transformait nos droits de suzeraineté sur le Cambodge, en un Protectorat.

A cet égard, le journal de Doudard de la Grée, publié par de Villemereuil, est des plus suggestifs et nous y puiserons maint renseignements qui seront de nature à jeter une vive lumière sur cette question trop peu connue de notre expansion coloniale en Extrême-Orient.

A répoque où l'amiral de la Grandière succédait ô l'amiral Bonard dans le gouvernement de la Cochinchine, la situation du Cambodge avait attiré tout particulièrement son attention.

Ce Cambodge était un pays à peu près inconnu en France

(1) Moura.

(s)Aymoiiier.

et dont, en tout cas, personne ne parlait ; il avait eu pourtant ses siècles de grandeur et reprosentait ce qui restait encore de cet empire des Khmers dont le sol est jonché d'admirables et gigantesques ruines. Des révolutions de palais et des dissentions intestines ouvrirent la porte à ses redoutables voisins, le Siam et FAnnam; entre les deux, les malheureux rois khmers n'avaient d'autre ressource que de se jeter vers Tun ou vers l'autre, toujours en payant le tribut.

En 1863, la conquête des Français, ayant paralysé l'action des Annamites, avait donné la prépondérance au Siajoci que soutenait l'influence anglaise, et c'était de Bang- Kok que relevait le roi Norodom qui, s'il n'était le vassal du Siam, en était tout au moins le tributaire, considéré comme un vice-roi destiné h n'être bientôt plus qu'un simple gouverneur de province.

La situation était à ce point humiliante pour le roi Norodom que celui-ci ne demandait pas mieux que de confier le sort de sa couronne et celui de son royaume à la France qui venait défaire sentir le poids de sa puissance à la cour de Hué.

Il était en effet de toute évidence qu'en prenant possession de Saigon et de la Basse Cochinchine nous devenions limitrophes du Cambodge, et que nous étions naturellement substitués aux droits de TAnnam, dont Norodom était tributaire au même titre qu'il Tétait du Siam; il s'agissait donc d'affirmer ces droits et de les opposer aux prétentions de la cour de Bang-Kok.

Bien que sur le trône du Cambodge, le roi Norodom ne se trouvait pas investi de tout l'éclat de la majesté royale,

il n*étail pas couronné. La couronne de S3S ancêtres était insidieusement détenue à Rang-Kok et le gouvernement siamois émettait la prétention de procéder .seul à la cérémonie d'investi! ure; de son coté, de Lagrée faisait sentir au roi l'impossibilité de tenir la France à Técart, en pareille occasion. C'est alors que l'amiral de la Grandière vint à Oudong, alors capitale du royaume, sous prétexte d'une simple démarche de courtoisie. Le but réel de cette visite, était de jeter les bases d'un traité de protectorat ; il réussit à faire comprendre à Norodom que ses intérêts étaient intimement liés aux nôtres, et que la France saurait défendre son indépendance contre le Siam, qui la niait et menaçait de la détruire.

Ce traité fut signé le 11 août 1863; en voici le texte complet que j'ai cru utile de faire connaître, car il est la base sur laquelle reposent nos droits que le Siam semble avoir tendance à contester.

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