‹ Le protestantisme a HaguenauChapitre 4 sur 14 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Désorganisation des catholiques (1530-1565).

D'après les témoignages concordants de Gebwiller et du pasteur de Bischwiller, avant 1530, les réformateurs n'avaient pas encore pu prendre pied à Haguenau. La ville n'en subissait pas moins le contre-coup du désarroi qu'ils avaient jeté dans le monde littéraire de l'Allemagne.

Ce désarroi est formellement reconnu et dénoncé à la réprobation des honnêtes gens par la presse luthérienne de Haguenau. «Jamais, dit Setzer en 1526, les études n'ont été moins estimées et moins honorées que ^ dans notre temps ^ le plus déplorable de tous pour les belles^ lettres^) >. Le poète strasbourgeois N. Gerbelius, l'ami

i) V. aussi ce que nous avons dit de ces publications falsifiées oa clandestines dans Les Imprimeurs de Haguenau^ p. 79-86.

2) Préface de son Lucien,,, hoc tempore omnium , ad studia si spectes, deploratissimo.

l'Œuvre, se réservait ici, comme dans l'autre paroisse, la haute main sur le clergé, sa nomination et sa surveillance.

En dépit de ces confirmations, obtenues en haut lieu, l'incorporation de Saint-Nicolas à TQiuvre Saint- George ne se fit pas sans protestation »). On avait promis, parait-il, à Wolf et à son collègue de les faire relever de leurs vœux ; mais on oublia de donner suite à ces promesses. Le supérieur de Wadegasse dont dépendaient nos Prémontrés, profita de cette circonstance et probablement aussi de la défaite des protestants à Muhlberg, pour nommer Wolf prévôt et le chargea d'abord de protester contre la construction d'une sècherie de garance dans l'enceinte du monastère et l'aliénation de quelques rentes, de réclamer ensuite la restitution du couvent lui-même (1549). De là des débats assez longs, dont le règlement fut confié à l'évêque de Strasbourg. Dans une conférence, tenue à Saverne au mois d'août 1551, la ville finit enfin par déclarer qu'elle était prête à tout rendre, si l'ordre lut faisait les remboursements stipulés. Celui-ci se trouva sans doute hors d'état de remplir cette condition assez juste d'ailleurs, et ce n'est qu'un siècle plus tard qu'il réussit dans sa revendication.

Sur ces entrefaites se réunit à Haguenau, pendant l'été 1 540, une conférence religieuse, convoquée d'abord pour Spire, transférée dans notre cité à cause de la peste qui sévissait dans le Palatinat. Le roi Ferdinand, frère de Charles V, chargé de la présider, arriva le 25 mai, avec environ 400 chevaux. Le jeudi 27, il assista à la procession de la Fête-Dieu. L'évêque de Vienne, le D' Jean Fabri, portait le saint Sacrement. A sa droite marchait le duc Erich de Brunswick, à sa gauche le jeune margrave Albert de Brandenbourg.

I ) De fait Tunion du Vieil Hôpital à PŒuvre n'eut jamais lien ; . les biens des Prémontrès continuèrent à être régis par une commission spéciale. "^

si contraire aux lois de TEmpire et aux principes de l'Evangile ; ils avaient donc demandé que cette seconde union demeurât secrète. Mais difficile à garder, ce secret menaça bientôt de s'ébruiter. Mélanchthon, nous l'avons dit, tomba malade à cette nouvelle»); ses collègues se montrèrent moins délicats.

Bucer, alors à Haguenau, parla aux autres théologiens luthériens de la conférence, Schnepf, Brenz et Osiander ; ils décidèrent d'un commun accord que le landgrave devait 7iier son mariage (3 juillet). Peu de jours après (8 juillet), il pressait de nouveau Philippe de tout démentir, s'attachant à lui démontrer par l'Ecriture sainte qu'il était permis d'agir ainsi : c Notre devoir y lui disait-il, n'est pas seulement de taire à nos ennemis une vérité qu'ils pourraient tourner contre nous, mais encore de les e?i éloigner par des indications contraires >. Dans une autre lettre, toujours datée de Haguenau, il lui conseillait un manifeste conçu en ce sens : c On répand de part et d'autre le bruit que .... Je ne suis pas assez abandonné de Dieu pour ignorer que dans la loi chrétienne le mariage a été ramené à son unité primitive . . . Cette institution, l'une des plus belles du christianisme, je ne voudrais pas la violer moi-même, ni permettre que l'un des miens le fit ; je demande donc qu'on n'ajoute aucune foi à ces mensonges inventés par la fnalveillance t^ ,

Luther voulait de même un démenti officiel et y poussait par une argumentation des plus subtiles : c Un oui secret, écrivait-il, ne peut devenir un oui public ; sans cela il n'y aurait plus aucune différence entre public et secret, ce qui ne doit, ne peut être. 11 faut donc que le Oui secret soit et demeure un N'on public >. < Quel mal y a-t-Hy remarque-t-il ailleurs en s' adressant

1) Ego de meo itinere adhuc dubito. Crescit mihi imbecillitag cor* poris et valetndinis, quia quotidie détériora de negocio macedonico land. -Hessix audio, écrit-il à Luther le 14 juin 1540. Kolde, AnaUcta Lufhe» rana, p. 351.

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furent successivement réunies à la paroisse. En voici du reste les noms avec la date de leur annexion, leur revenu en 1553, et, autant que nous avons pu les déterminer, le chiffre de leurs rentes primitives :

Notre-Dame au Nouvel-Hôpital : i ti i fi = 107 m., primitivement 400 m. et 2 maisons.

Saint-Jean à la Burg : S '^ i /? + 7 sacs de seigle et 7 d'avoine =354 m., primitivement 500 m.

Saint-Jacques au Nouvel-Hôpital : ^ ÏÏ o fi 10 rf -j- 25 sacs de seigle et 4 de froment = 550 m.

Sainte-Anne au Nouvel-Hôpital : lO ÏÏ lo fi 4 â -\- 9 sacs de seigle et 9 d'avoine = 600 m., primitivement 850 m. et I maison.

Saint-Jean au Nouvel-Hôpital : 7 ti \g fi = 280 m., primitivement 1240 m.

^553- Saint-Thiébaut et Saint-Antoine au Nouvel-Hôpital : ^ ïï S fi 6 â = 120 m., primitivement 1240 m.

Saint-Materne : 12 fi = 11 m.

Saint-Jacques et Saint-Barthelmy : 8 ff 5 /f -f- 14 sacs de seigle = 405 m.

Seulement ces annexions qui ne sont que de véritables confiscations, diffèrent essentiellement des incorporations insinuées par les Johannites. Le sénat lui-même comprenait, on l'a vu, que celles-ci devaient se faire par l'autorité ecclésiastique, qui, respectant les intentions des fondateurs et tenant compte de l'appauvrissement des chapellenies, eût mis leurs charges en rapport avec leurs revenus actuels. Pour s'épargner sans doute « des démarches infinies », le magistrat éteignit, de son propre chef et sans le moindre droit, toutes ces ^xéhetiAeSy contra mentent fîmdatoris, dont il semblait naguère si soucieux. Il est bien vrai qu'il donna la dernière à

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•pour le parti luthérien. Elle était le maintien provisoire, la tolérance, du statu quo, et comme pendant de longues années aucun acte impérial ne viendra modifier ou abroger ce provisoire, les novateurs purent y: voir à leur aise une consécration définitive et officielle de leur œuvre.

CHAPITRli HUITIÈME

Le lendemain du trionnphe.

Après 1565, comme antérieurement, les archives municipales persistent à se montrer très sobres en renseignements sur les fauteurs de la Réforme et leurs enseignements. On est par suite bien heureux de pouvoir suppléer à leur silence à Taide de quelques lettres écrites par les officiers de la Landvogtei. Ils ne sont pas des admirateurs enthousiastes des novateurs, ils ne disent rien des vertus évangéliques et de la vie exemplaire qui devaient, d'après Rôhrich, assurer le triomphe du pur évangile. Leur témoignage n'en mérite pas moins d'être pris en sérieuse considération. Ce sont des personnages graves, leurs lettres sont presque des rapports officiels et si, au début, ils ont seuls la parole, ils peuv^ent être soumis plus tard à un débat contradictoire, qui est loin de leur donner tort.

A l'occasion de leur séjour à Haguenau, les commissaires de 1 566 nous apprennent que c aujourd'hui, dimanche (i6 février), le nouveau prédicant, le D' Phil. Herrprandt, a annoncé dans son sermon qu'il allait prendre un congé. Il voulait rentrer chez lui, chercher sa femme et ses enfants. Si pendant son absence quel-

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sur elle. Nous réclamons. 11 refuse. Nous nous adressons à la justice. R. Botzheim, en qualité de régent, nous déclare qu'elle nous sera remise, si nous nous engageons à la faire instruire par les pasteurs "j. De la sorte on nous détient notre pupille, on la force à embrasser une religion que son père et sa mère n'ont pas professée, dans laquelle ils ne l'ont pas élevée ».

Lorsqu'après une assez longue absence Bollwiller revient à Haguenau, au mois de mars 1567, il trouve que la situation n'a pas changé. « Le maître d'école sectaire fait toujours beaucoup de mal. Par contre Wilhelm, le prédicateur catholique, fait beaucoup de bien ; mais il est si mal payé qu'il ne pourra pas rester. Je l'ai retenu jusqu'ici en l'assurant que V. Altesse pensera à lui. Il serait bon, en effet, que Vous puissiez lui procurer une prébende d'une centaine de florins. R. Hotzheim a été député à la diète. M. Sessolsheim est gravement malade ... Si ces deux hommes disparaissaient, tout irait bien. Ils ont un nouveau syndic sectaire, mais ils se plaignent qu'il ne vaut pas son prédécesseur . . . Pendant que j'écris, on m'apprend la mort de Sessolsheim . . . On me dit que feu le syndic et Sessolsheim ont tous deux succombé à un mal inouï. Avant leur mort et depuis, leurs corps répandaient une odeur si infecte que personne ne pouvait rester auprès d'eux et supporter cette puanteur > 2).

1) AUo das uns unser vogtdochter noch uf disen Tag vorgchalten imd mit gewalt von der alten zu der Nf iiven rel gion getrunj^'-n wlird, dessen doch Ir vatter »nd rautter nie g^wes n sind, noch vil weniger Ir dochter dahin zogen haben.

2) Voici en que!s termes sont mentionné.H ces deux décès dans la Chronique des Jésuites, qui ne connaissait pas les lettres que uous venons

-de citer, mais qui prétend ne rapporter qu^un fait c quod asserunt certo et tancte qui meminerunt accuratius, testes non roagis auriti quam oculati, EteniiD consularis M. Se»solsheym contabefscens ac molestissime in

-se ipso deficiens quotidie roortuus est per mensetn circiter integrum. Archigrammateus putrifactione interiori et exteriori pariter, foed.i ac tenta, cum fœtore horrendo infelicem efflavit animam. Addunt quidam in cumulum malorum pedicularem luem. ..

à la dignité de ses administrateurs et la payait-elle trop cher en déboursant à ces occasions une petite somme de 70 à 80 m. ?

Ce goût n'était pas le seul faible, que le père Thomas avait remarqué et dont il sut profiter. Les comptes de 1550 nous apprennent qu'on lui donna i ÏÏ (^^ m. 20), quand il apporta un sanglier à ces messieurs. Thomas le berger reçut 17 '/i ^ en 1549, iS /J en 1550, c par ordre de MM les administrateurs, quand il leur a fait le cadeau qu'ils savent bien, zcie Incn zvol zit ivisscn >. S'agissait-il encore de quelque gibier } La discrétion du receveur laisse le champ ouvert à toutes les suppositions. Ce qui est certain c'est que notre malin berger y devait trouver son compte, non seulement par les pourboires généreux dont on le gratifiait, mais aussi et surtout par les petites complaisances qu'on lui témoignait aux renouvellements de bail. Quant à l'église, elle payait tout, pourboires et complaisances.

La paroisse avait aussi ses pèches dans des fossés près du Krafft Clausen hof, que l'on vidait de temps en temps. Les dames en étaient-elles } Tout ce que Ton peut dire c'est que, le travail terminé, les administrateurs, leurs femmes et les fermiers allaient tantôt au Pfiug^ tantôt à la Krlimcrstttbc^ se faire préparer une bonne friture, qui avec l'accompagnement ne coûtait guère que 57 m. (3 /T 6 /J 4 cf en 1577). C'était mesquin, comparé aux parties fines du Runebourg. Aussi sommes-nous disposé à croire que la jalousie fut pour beaucoup dans la création de l'étang de Meyershofen, qui se fit quelques années plus tard (161 1). On y consacra plusieurs milliers de marks, mais aussi quels résultats. . . pour l'agrément de Messieurs les administrateurs! En 1613, ils y passèrent deux jours (23 et 24 oct.) et dépensèrent en vins et comestibles 22 u S ^, sans parler du salaire des pêcheurs (16 yt^) 338 m. Il faut ajouter, il est vrai, que l'on vendit en deux fois des poissons pour In somme de 7 ^ (120 m.), à peu près ce que coûtaient les carpeaux destinés à repeupler

tité. Chacun se contentera de son traitement, sous peinede restitution et de punition arbitraire «).

« § 41. On réduira autant que possible les frais de pêche excessifs jusqu'ici. — § 40, on portera en compte non seulement les frais, mais aussi le produit des pêches, sans rien donner à personne à l'insu du grand Conseil 2).

« § 56. Les personnes chargées de percevoir les dîmes ne jouiront plus d'aucune exemption, quelles qu'elles soient >.

Condamnée avec non moins de raison était la large place que Messieurs les PJïeger occupaient parmi les débiteurs et surtout parmi les mauvais débiteurs de leurs établissements. C'est ainsi qu'en 1621 TŒuvre avait sur Jérôme Capito, qui la présidait depuis vingt ans, quatre créances dont les intérêts étaient impayés, pour Tune depuis 161 4; pour une seconde depuis 1603; pour une troisième depuis 1601 et pour la quatrième depuis 1593.

En vérité, pour admirer ces hommes, vus de près et dans leur vie réelle, il faut plus que de la complaisance.

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