‹ Le protestantisme a HaguenauChapitre 6 sur 14 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

Décadence du luthéranisme.

« La communauté luthérienne fleurit, sans trouble^ jusqu'au commencement du xvii' siècle. Alors commença pour elle une lutte qui dura plusieurs années et se termina par sa suppression complète : triomphe que remporta la maison d'Autriche en alliance avec les Jésuites et les Capucins » »). Tout est faux dans cet exposé sommaire de Rôhrich. La défaite du luthéranisme eut lieu pendant cette période de prétendue prospérité sans nuage. Les Jésuites et les Capucins qui

i) RoHRiCH, p. 475. Ungestôrt blUhte dièse Gemeinde bis zam Anfang des 17. Jahrhunderts.

A HAfîUEN\AU

contre la seule ccole du Graben. Telle est la vérité, réduite à sa plus simple expression. Jamais les Jésuites n'eurent d'autre droit sur Saint-George et sur ses biens que celui d'y' prêcher et d'y fairo des catéchismes. Le traitement de 1000 fl. était alloué, non au recteur, mais à la communauté tout entière, qui comprenait prédicateurs, professeurs et frères coadjuteurs, 13 membres en 161 5, 15 en 1616 et 17 en 161 7, quand le collège fut complètement organisé jusqu'à la rhétorique inclusivement. Pour ce personnel de 13 à 17 religieux, la ville dépensait rnille florins ou 7400 m., alors que les trois pasteurs qui ne prêchaient pas plus souvent et le docteur de l'école luthérienne touchaient, à eux quatre, 7S44 m. Voilà la vérité.

Les Jésuites eussent-ils été mieux traités que les pasteurs, la bourgeoisie catholique, qui formait l'immense majorité de la population, était en droit de faire cela. L'argent qu'elle leur donnait, elle le prenait dans sa poche. Us étaient payés comme prédicateurs par la paroisse, comme professeurs par l'Cliluvre Saint-George, chargée depuis le XV* siècle de l'entretien des écoles.

11 n'en était pas de même de la rétribution des ministres et du recteur protestants ; elle était prise sur le bien des pauvres et des fondations catholiques. L'CEuvre Saint-George fournissait 134 /T 12 /? 6 tf, la paroisse 20 ïï, les Repenties 88 it, le Bruderhaus et Sainte-Barbe 3Q w^ 7 A?» l^s béguinages de la Stallgasse 30 ÏÏ, l'hôpital

12 ff, la léproserie 57 tt, etc. Les protestants ne figurent dans toutes ces charges que pour leur part proportionnelle aux 69 ïï payées par la caisse municipale.

Mais loin d'être privilégiés, les Jésuites, on vient de le voir, n'auraient pu vivre sans la générosité de leurs nombreux amis, sans le concours de l'archiduc Léopold. Ce prince avait promis que si la ville leur accordait les ICX)0 fl. demandés, il leur donnerait de son côté une rente de la même valeur. S'il ne tint pas cette promesse dans toute son étendue, il chercha à y suppléer

Le ProiesUntisme IS

SDn ancienne splendeur. Elle parcourut la ville enti?re, comme avant rétablissement de la Réforme. Tous furent frappés de l'éclat de la cérémonie, et du nombre considérable des hommes qui prirent part à cette espèce de revue des forces catholiques'). Peu de temps après le sénat s'associait officiellement à une solennité moins brillante, mais non moins puissante sur les cœurs, à un nouveau jubilé.

Vers la fin de Tannée l'harmonie se trouva de nouveau compromise. Le rectorat de l'école latine des luthériens vint à vaquer par le départ du titulaire. L'occasion sembla propice pour réaliser sur le terrain du personnel une révolution analogue à celle que les soi-disantes fondations prétendaient faire sur le terrain économique et financier. Si le coup réussissait, la petite église obtenait une indépendance complète, pouvait se mouvoir librement et sans contrôle, en dehors de toute ingérence municipale. Il s'agissait d'établir, en fait et par suite en principe, que la nomination des maîtres et des pasteurs appartenait aux chefs de la communauté luthérienne et à eux seuls.

Ceux-ci se hâtèrent donc d'envoyer le pasteur Hengher au duc de Wurtemberg, qui à son tour s'empressa de leur expédier le Mag. Graseckh; ils pensaient qu'on n'oserait repousser un homme appuyé de ce haut patronage, qu'on s'inclinerait humblement devant le fait accompli. De la sorte le précédent était posé et faisait loi pour l'avenir.

Mais en dépit des précautions prises, la mèche fut éventée. Les scholarques catholiques apprirent que leurs collègues protestants négociaient en dehors d'eux ; ils négocièrent à leur tour avec Jean Chilian Stoll, le recteur de Landau, qui avait offert ses services au sénat et qui

1) II y eut 40 conversions en cette année, 30 en 1618, 36 en 1619. Parmi ces convertis se trouvent des personnes de marque : le stettmeister Herlin avec sa femme et ses deux fils ; le ronîire-nionnayeur Caspar Mock, le frère du chroniqueur, plus t^rd aus^i éclievin.

.à Thann pour des raisons à nous inconnues, mais auxquelles la religion ne semble pas avoir été étrangère. 11 annonce lui-même au sénat cet ordre, c auquel il est forcé de se conformer ». Dans son discours d'adieu il demanda entre autres, < parce qu'on s*est plaint en particulier que grâce à moi l'exercice du luthéranisme devait être rétabli ici >, qu'on voulût bien lui donner un certificat sur sa conduite à cet égard. < On lui accorda l'attestation désirée, parce que son attitude au sujet de cet exercice a été exagérée >•). La rédaction même de cette décision semble indiquer que les accusations lancées contre von der Griin, quoique exagérées^ avaient cependant un fonds de vérité.

Telle était la situation lorsque fut signée la Paix de Westphalie en 1848.

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