‹ Le protestantisme a HaguenauChapitre 8 sur 14 · K PROTESTANTISME · texte numérisé non relu

K PROTESTANTISME

acceptaient Thôtel des Fleckenstein comme église et habitation de deux pasteurs, mais ils réclamaient toujours une école latine avec logement de trois professeurs, une école allemande, avec logis du maître, 400 il. et 65 sacs de seigle pour traitements (41 00 m.). La distance qui séparait les deux parties avait diminué; mais elle restait encore bien grande et il paraissait difficile de la franchir.

Les députés avaient déjà dépassé de 1 500 fl. ou 12.000 m. les offres qu'ils étaient autorisés à faire. Ces 200 bourgeois catholiques ruinés qui n'avaient qu'un curé ') et un instituteur pour leurs 500 enfants, qui ne pouvaient leur donner que 230 H. (1840 m.) rarement payés complètement, comment leur persuader qu'ils devaient fournir deux pasteurs avec 4100 m. de traitement au petit groupe de leurs quatorze luthériens, porté aujourd'hui à quinze par l'adhésion d'un calviniste } lîtait-il possible de leur prouver que ces quinze dissidents, prescjue tous de pauvres ouvriers, avaient besoin d'une école latine avec recti'ur, proviseur et alphabétaire ? On aurait beau leur répéter que derrière ces quinze bourgeois se trouvaient tous les états protestants de l'Allemagne, leurs protecteurs officieux et officiels, il n'y avait aucun espoir, dans le dénûment actuel de la ville, de les porter à des libéralités ridicules, auxquelles les réclamants n'avaient d'autre droit que le fait d'avoir, dans le temps d'une prospérité relative qui n'existait plus, puisé plus largement encore dans la bourse de leurs concitoyens catholiques, qu'un tifrtr sans antorifi\ la prétendue fondation de 1614, fabriquée à l'insu du sénit et de la bourgeoisie par la connivence clandestine d'un chancelier et d'un stettmeister luthériens. Il n'y avait d'accord possible que si les religion- «laires renonçaient à ce (ju'il y avait d'exorbitant dans leurs protentions.

l) Tous les baptêmes de Saint-George e:i 1656 sont faits par I« curé Jonai Hu^r, ce qui prouve quM n'avait aucun vicaire.

Les négociations n'avancèrent que médiocrement dans la conférence tenue le g décembre. Les députés consentirent à la cession d'une place pour cimetière et à l'installation d'une sonnerie au P'ieckensteinerhof ; mais ils n'obtinrent rien en retour. Découragés par cette attitude passive et informés de la pression que tous les protestants d'Allemagne, Saxe, Brandebourg, Brunswick, Nuremberg, etc., exerçaient en ce moment sur la commission impériale, les députés ne songeaient plus qu'à rentrer chez eux au plus tôt, lorsque tout à coup (15 décembre), contre toute attente, la face des choses changea. Les luthériens renoncèrent à l'école latine, se contentant de l'autorisation d'en construire une plus tard sans empêchement, si leurs moyens le leur permettaient. Ils acceptèrent aussi lo capital de 3500 fi. ou 2S.OO(» m , offert pour les traitements du pasteur et du maître d'école. Ils cédaient enfin l'orgue des Franciscains qui leur appartenait, à condition que la ville entourerait d'un mur le terrain qu'elle proposait pour cimetière.

Il ne restait donc de dirticulté que pour l'école allemande. Les dissidents continuaient à réclamer leur ancienne école que la ville avait vendue au juif Lazare. Le lundi i8, ils firent un pas de plus, s'offrant à contribuer pour 500 fl., ou 4000 m. — par la réduction du capital promis de 35(K) à 3(X)0 fl. — au rachat de cette maison. Les députés n'osèrent prendre sur eux de souscrire à cette proposition. Mais l'entente semblait inévi table et devait se faire le mercredi suivant').

Pendant cjue l'accord se faisait ainsi lentement sur le terrain religieux, la question politique marchait, elle aussi, vers une solution pacifique.

En soi, d'après les principes du droit et de la saine raison, elle ne se prêtait point à une longue discussion. La ville de Haguenau n'était pas une de ces cités

1) Dâ Moschenross und der Caiitor (Erhard) gesagt : bis mitwoch wollen sie schlUessen zu fried und einikeit.

bourgeois luthériens mourir petit à petit de leur belle mort, sans les remplacer, et par suite annuler les concessions qu'elle faisait sur le terrain religieux. Mais si naturelle et si fondée que fût cette appréhension, permettait-elle à quelqu'un de renverser de fond en comble les libertés traditionnelles et l'antique constitution de la cité ? Celle-ci devait-elle s'engager à donner la bourgeoisie à tout luthérien qui la demanderait? Devait-elle surtout, comme le voulaient les Etats protestants d'Allemagne, s'obliger à choisir parmi les luthériens la moitié de ses sénateurs et de ses échevins, admettre que, jusqu'au jour où leurs adversaires seraient assez nombreux pour occuper effectivement tous ces postes, les votes des magistrats luthériens, n'y en eût-il que deux ou trois, auraient autant de poids dans les affaires religieuses et politiques, que les votes réunis de leurs collègues catholiques?

Moschenross et ses clients surent comprendre la situation. Après avoir défendu de leur mieux le programme qu'on leur avait tracé, ils se contentèrent de la promesse qui leur fut faite que la question de religion ne serait pas un motif d exclusion pour les candidats luthériens aux charges publiques. Quant à l'admission à la bourgeoisie, on leur donna l'assurance qu'elle ne présenterait aucune difficulté pour les luthériens fils de bourgeois ; mais on refusa de se prononcer aussi nettement pour les émigrés et les gendres de bourgeois.

La controverse ne roulait plus que sur ces deux derniers points, assez faciles à écarter, car les délégués n'avaient aucun droit de stipuler au nom des émigrés, et les gendres de bourgeois n'avaient nulle part le privilège réclamé pour eux. On s'attendait donc à tout terminer dans une dernière séance. Déjà un courrier était parti pour Maguenau, chercher la ratification officielle de tout ce qui avait été conclu. Cette ratification ne faisait l'objet d'aucun doute, et elle fut en effet accordée sur-le-champ, d'après les conseils du baron de Wangen, par la bourgeoisie et le sénat, c|ui était si.

pressé d'en finir que, malgré la solennité de la fête de Noël, il tint trois longues séances dans la journée même du 25 décembre. (^)uelle ne fut pas la surprise de tous, lorsque Moschenross présenta à Timproviste (zt^ décembre) un Ultimattun, qui retirait toutes les concessions faites !

Tout fut ainsi rompu au grand déplaisir des députés catholiques, et, nous pouvons l'ajouter, des délégués luthériens de Haguenau. Ils avaient reculé sous l'injonction des Ktats protestants; mais ils reculaient malgré ^eux. Ils le laissèrent voir clairement dans la visite qu'ils firent aux représentants de la ville, avant de quitter Francfort. Jean Strohl, qui, docile aux leçons de l'expérience, s'était montré plein de réserve et de tact pendant tout le cours de ces négociations, leur dit en partant : c Nous préférons nous entendre à Haguenau •) >.

Au mois de janvier 1657 la question fut sur le point d'être reprise. Les députés protestants, furieux de leur échec, avaient commencé une espèce de grève. Ils déclaraient qu'ils ne s'occuperaient d'aucune autre affaire avant d'avoir terminé celle de Haguenau. Les commissaires impériaux étaient affligés de cette inaction qui laissait en souffrance une foule de villes allemandes, aussi intéressantes pour eux que la nôtre. Le comte Volmar entra en pourparlers avec Moschenross et Erhart. Lui et Meel écrivirent au sénat. Ne pourrait-il pas réadmettre l'un ou l'autre exilé, mettre dans l'échevinat quelque luthérien, le vieux Turckheim ou Gottesheim, en un mot, faire preuve de bonsie volonté .^ Le sénat glissa quelques mots en ce sens dans la réponse qu'il fit à \ Ultimatum^ mais d'une manière vague qui n'engageait à rien. Dans la lettre d'accompagnement il disait à ses protecteurs qu'il ne pouvait faire davantage. Il avait consulté la bourgeoisie : elle était prête à se soumettre, si l'empereur ordonnait ; mais sans cet ordre formel, aller plus loin serait provoquer un soulèvement.

1) Pas sle lieber sich zu Ilagenaw vergleichen wollen.

A sa réponse officielle le magistrat joignait un acte qui devait réfuter les accusations d'intolérance, sans cesse mises en circulation contre lui. Il fit venir le pasteur et tous les luthériens de la ville (19 février); chacun dut indiquer, tour à tour, tous les faits de persécution religieuse, dont lui, ou la communauté, ou quelque autre personne, aurait eu à souffrir depuis la conclusion de la paix de Westphalie. Ce fut le recueil de ces dépositions, reçues par un notaire assermenté ad hoc, que Ton envoya à Francfort pour mettre un terme aux commérages inventés et colportés par l'esprit de parti.

Ces promesses et ces justifications suffirent-elles pour calmer les députés protestants? On le pourrait croire. Ils laissèrent tomber la question de Haguenau, et il n'y eut plus dans la suite que des alertes sans conséquences (septembre et octobre 1658, décembre 1667, juin 1671).

Le chef politique de notre petit groupe luthérien, Jean Strohl, mourut en 1671. et son fils ne put obtenir de le remplacer à la burgmiihl. Quant à son autre chef, le pasteur Geoffroi Hempel, qui avait épousé une fille de G. Strohl, le tanneur, il se trouvait encore à Haguenau en 167 1 et même en 1675 1). En 169 1, la Chronique des Jésuites mentionne parmi les convertis une femme quinquagénaire, qu'elle appelle ex reliquiis lutheranis))u hagenocnsis ulllma.

,1) II était installé ou réinstallé à Haguenau depuis 1649. Dans ui> procès qu'il soutint devant le sénat, le 12 juillet 1660, il invoque la prudence dont il a fait preuve c depuis les onxt ans qu'il prêche ici l'Evangile selon la Confession dV\ugsbourg ».

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En 1754, la ville de Haguenau reçut en garnison <une partie du régiment royal allemand, qui était protestant et avait obtenu le libre exercice de son culte. L'intendant de Lucé écrivit au magistrat pour le prévenir de ce droit, et Févêque suffragant de Strasbourg parla dans le même sens au curé de Saint-George. Où établir ce prêche? On songea d'abord à élever une baraque hors ville ; mais l'intendant refusa de sanctionner une dépense inutile pour un établissement c|ui ne devait être que passager. Il fallait se résoudre à céder le manège. Celui-ci était situé dans un lieu écarté, et les officiers s'engageaient à éviter toute démonstration bruyante. La population n'en était pas moins irritée de voir la religion protestante reparaître dans l'enceinte de ses murs, et l'effervescence publique était à son comble, lorsqu'un inconnu fit offrir à la ville la somme de 400 livres par l'entremise des Capucins.

Toute difficulté se trouva ainsi levée. Avec ces 4CX) livres on construisit un prêche en planches, suivant le plan agréé par les officiers «à une portée de fusil de la porte de l'hôpital, en deçà de la butte à tirer au blanc» (10 décembre). L'année suivante, après le départ du régiment, ce prêche fut démoli. On rendit le produit des matériaux vendus au généreux inconnu^ fie préteur de Cointoux) qui en employa une partie à la fondation de deux messes de onze heures et demie à l'église de Saint-George (6 septembre 1755), «en reconnaissance de la grâce divine, qui a détourné pour - cette fois de la ville le fléau et la contagion du schisme >.

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