CHAPITRE IL
L'EGLISE DE JÉSUS-CHRIST N’EST PAS SUSCEPTIBLE DE RÉFORME DOCTRINALE, ET PAR CONSÉQUENT LA RÉFORME PROTESTANTE N’A PAS EU SA RAISON D’ÈTRE.
Les preuves de cette proposition viennent de quatre sources:
10 L’inhabilité de Phomme à r‘former l’œuvre de Dieu.
20 L'inaptitude manifeste des soi-disant Réformateurs.
30 La nature de l’œuvre qu'ils ont fuite.
40 Les conséquences de cette œuvre.
La Réforme Protestante ne peut prétendre à sa raison d’être à moins de prouver que lP Eglise de Jésus-Christ est réformable sur le terrain doctrinal; que les réformateurs ont exhibé, dans leur conduite personnelle, dans leurs relations avec le publie chrétien, dans leur manière de procéder dans laceomplissement de leur mission, les marques caractéristiques d’'envoyvés de Dieu; qu’ils ont réellement réformé l'Eglise sur le terrain de l’enseignement dogmatique et moral; que les conséquences de leur œuvre ont été une augmentation de la foi au sein des nations.
Si, au contraire, il est prouvé que l'Eglise établie par Jésus-Christ ne peut pas être réformée par l'homme au point de vue doctrinal: et si, de plus, l’évidence des faits montre dans les prétendus réformateurs, non des hommes apostoliques, mais des hommes livrés à a merci de leurs passions not contrôlées; dans leur œuvre, non une réforme mais Une difformité; dans les conséquences de cette œuvre, non une augmentation,
mais une diminution de la foi; il faudra bien conclure que le Protestantisme n’est pas l’œuvre du Saint-Esprit, mais Pœuvre de l'homme obéissant, sciemment ou sans le savoir, à l'inspiration du diable.
L Eglise établie par Jésus-Christ ne peut pas être réfornée par l'homme.
| Nous wentendons pas parler iei de ces réformes de détail se rapportant aux abus, soit dans la conduite du elergé, soit dans la conduite des fidèles. Ces réformes ont toujours été faites, au sein de l'Eglise, sous l'œil | vigilant de la papauté, comme l’atteste l’histoire de l’'Eglise, Mais il s'agit de réforme sur le terrain de lenseisnement, sur leterrain de la doctrine, sur le terrain eù s'est placé le Protestantisme, bien qu'il n'aurait jamais dû se mettre WA.
Eva une grande différence entre une réforme de VEà glise dans la conduite de ses membres, et une réforme : de P'Eglise dans ses institutions. La première sorte de À réform :a toujours été accomplie dans l Eglise, aussi | souvent que le besoin s'en est fait sentir. Mais la se- | conde ne peut jamais être faite. Pourquoi?—Parce qu’elle ne touche plus aux membres de Eglise, mais à lE- | glise elle-même; parce qu’elle ne se rapporte plus aux hommes, enfants de l'Eglise, mais à Dieu, fondateur de | l'Eglise; parce qu'elle ne vise plus l'oeuvre de P’honime
mais Poeuvre de Dieu.
Or l'œuvre de Dieu ne peut pas être réformée par Phomame.
L'homme peut réformer l’œuvre de l'homme, jamais l'oeuvre de Dieu.
L'ocuvre de Dieu participe à la stabilité de Dieu luimême, aussi longtemps que, dans ses desseins divins,
elle reste debout, Si elle tombe, &’est que Dieu luimême a décrété sa chute. Mais alors, aucun homme sur la terre, aucun ange dans le ciel ne peut la relever.
Si l'œuvre de Dieu devient chancelante, aucune main autre que la main toute-puissante de Dieu ne peut la consolider, Deux hommes ont été frappés de mort pour avoir osé supporter de leurs mains l'arche d'alliance, dans la crainte qu’elle tombât sur la route. Et cependant cette arche n’était que la figure de la nouvelle alliance, de l'Eglise de Jésus-Christ. Que faut-il donc penser des hommes qui ont eu la présomption d'empêcher la défaillance de cette Eglise?
Dieu à créé la terre et tout l'univers. Lui seul pouait produire l’œuvre de la créatien Or suppesez que là terre, déviant de son orbite, aille se heurter contre une autre planète, et soit mise en pièces par suite de la collision. Quel homme pourrait prétendre être capable de refaire le globe terrestre?—"Tout le monde Ss'accorderait à dire: voilà un fou.
Or l'établissement de la religion, la fondation de V'Eglise, requiert la puissance de Dieu d'une manière aussi absolue que la création de la terre. Car Dieu seul peut déterminer quelle espèce de relations ses créatures doivent avoir avec sa divine Majesté. Que faut-il donc penser des hommes qui ont pris sur eux la tâche de relever P Eglise de Jésus-Christ? Ou bien cette Eglise existe aujourd’hui telle qu’elle était au comimencenrent: ou bien elle n'existe plus du tout. Dans l'un et l’autre cas, il n’y à pas de réforme possible.
Ainsi, même en supposant que l Eglise puisse faillir. elle ne saurait être susceptible de réforme, Mais nous
4 ot
“allons plus loin. Nous disons que l'Eglise établie par
Jésus-Christ ne peut pas tomber.
- Elle est infaillible.
La raison elle-même demande l’infaillibilité comme attribut nécessaire du système chrétien. Sans l’infailli-
-Dilité, l'Eglise ne saurait accomplir sa mission au milieu des hommes. Et ce que la raison demande, Dieu l’a donné, Il Pa déclaré lui-même de sa propre
: bouche. KSes paroles sont consignées dans les Saintes Ecritures.
Mais avant de passer aux preuves, il esthon d’expliquer ce que lon doit entendre par linfaillibilité de l Eglise,
Le mot seul choque l'oreille de bien des Protestants. Il fait sourire les uns, provoque le sarcasme des autres. Cela vient d'un malentendu.
Ils ne savent pas ce que nous entendons par infaillibilité.
Nous n’entendons pas que tous les membres de l Eglise sont des saints.
Nous n’entendons pas que tous les membres du clergé sont infuillibles.
Nous n’entendons pas que le pape, les évêques et les prêtres ne sont pas susceptibles de péché, aussi bien que le reste des hommes.
Ce sont Ià autant d’assertions conçues dans le cerveau des ennemis de P Eglise, et mises à la charge des Catholi-
ques, afin de pouvoir crier contre eux.
Mais les Catholiques n’ont jamais émis de pareilles sottises.
Ils prétendent et ils croient que l Eglise enseignante, renrésentée par le corps des évêques réunis, avec le Pape
à leur tête, ne peut dévier de la vérité révelée, c’est-à-dire prêche l'erreur.
Cela ne veut pas dire, non plus, que Pinfaillibilité des évêques pris comme corps, avec le pape à leur tête, résulte de l’action réunie de leurs forces individuelles, ou de leurs connaissances personnelles. Une telle affirmation équivaudrait à la théorie absurde que plusieurs faillibles peuvent produire un infaillible.
L’'infaillibilité de l Eglise enseignante ne repose pas sur une base purement naturelle. Elle s'appuie sur quelque chose de plus élevé: sur la promesse formelle faite par Jésus-Christ d'une assistance assurée et constante du Saint-Esprit. Jésus-Christ est infaillible assurément, puisqu'il est Dieu. Il ne peut donc manquer de tenir sa promesse.
L’ Eglise enseignante est représentée non-seulement par le corps des évêques réunis, ayant le pape à leur tête, mais par le pape individuellement, dès quil s'adresse au monde en sa qualité de chef suprême de l'Eglise, et définit un point de doctrine ou de morale. L'infailhibilité du Pape ne provient pas de sa science personnelle ou des connaissances qu'il peut avoir acquises pas ses études. Elle résulte directement de lassistance du Saint-Esprit, promise par Jésus-Christ.
Nous faisons une distinction entre le Pape vu dans son caractère privé, et le Pape envisagé en sa qualité officielle de Chef de l’Eglise. Nous n’entendons pas que le Pape est nécessairement l’homme le plus savant sur la terre. Nous n’entendons pas que tout ce qu’il fait est nécessairement ce qu’il y a de plus sage et de plus habile. Nous n’entendons pas que tout ce qu’il dit
“éomme orateur, comme écrivain, eomime théologien, est hécessairement exempt d'erreur, Nous n’entendons pas “que le Pape est tmpercable. Au contraire, nous savons qu'il peut pécher comme tout autre homme. Comme tout autre prêtre, il fait la confession de ses péchés en disant le confiteor, avant de monter à l'autel pour offrir le saint sacrifice de la messe. Comme tout autre catho- Jique, il va s’agenouiller dans Je confessionnal pour obtenir l'absolution sacramentelle,
Nous maintenons que le Pape est infaillible en dedans de deux restrictions: 16 lorsqu'il enseigne ex Cuthedra, c’est-à-dire lorsqu'il définit solennellement une doctrine en sa qualité de successeur de St. Pierre; 20 lorsque ses définitions se rapportent à la foi où à la morale.
En dehors de là il peut être faillible aussi bien que Île reste des hommes, Mais en dedans de ces deux restrictions, 1l est infaillible, non pas, nous le répétons, à cause de ses talents personnels ou de ses connaissances acquises, Das par suite de Passistance du Saint-Esprit, qui ui a été promise dans la personne de St. Pierre, par Jésus-Christ lui-meme. Or Jésus-Christ ne peut faillir à ses engavonients,
Faites disparaître Pidée de Passistance del Esprit- Saint. et Pinfaiibilité de l Eglise devient une théorie inacceptable. Cest précisément parce que les Protestants ne prennent pas cette divine assistance en considération, qu'ils voient dans le dogme de Pinfaillibilité une absurdité. Et c'est précisément, aussi, parce que les catholiques en tiennent compte, crovant tout simplement à la parole de Jésus-Christ, qu’ils voient dans ee dogme un attribut nécessaire del Eglise
enseignante.
La raison elle même, dès que le fait d’une Eglise
divinement établie est admis, exige que cette Eglise soit infaillible, Pourquoi?— Parce que sans cela, Ta foi est impossible; l'Eglise ne peut se maintenir dans son unité; l'obligation imposée par Dieu d’obéir à P Eglise devient injuste et tvrannique.
1. Sans l'infaillibilité de l Eglise enseignante, Va foi est hupossible, Les Apôtres et leurs successeurs ont reçt l’ordre d'enseigner aux nations les vérités révélées. Oril n'y a que deux modes enseignement: par démonstrition, ou par autorité, Les vérités révélés, du moins ur
grand nombre d’entre elles, ne peuvent pas être ensot gnées de la première manière, parce qu’elles sont au-dessus des forces de l'intelligence humaine et ne peuvent pas être démontrées par des arguments philosophiques
Ce sont des mystères. Et un mystère, nous dit catéchisme, est une vérité que nous ne pouvons pas coniprendre.
I faut done que ces vérités soient enseignées de la seconde manière, c’est-à dire par voie d'autorité
D'un autre côté, l'intelligence humaine ne peut pus admettre une chose comme vraie, ne peut pas donner un assentiment complet à une vérité, à moins qu'on ln en montre l’évidence, où bien qu’elle lui soit proposée par une autorité contre laquelle il n° a pas de contradiction possible, c’est-à-dire par une autorité infaillible. Donc, puisque les Apôtres ne peuvent montrer Févidence des mystères qu'ils enseignent, il faut que leur enseignement porte le cachet de Pinfaillibilité. Autrement les vérités qu'ils proposent seront acceptées comm douteuses. Or la foi et le doute ne vont pas ensemble. L'un détruit l’autre nécessairement. Avec la foi, point de doute. Avec le doute, point de foi,