Haine de Luther pour toute autorité. Son &mour ja
sionué de l'indépendänce.
Luther avait l’obéissance en horreur. L'autori était pour lui un cauchemar. Il ne pouvait en support l'idée. Aussi, sa vie toute entière a-t-elle été une lutt pour lPindépendance, une série de révoltes! contr l'autorité paternelle, contre son maître d'école, conti les Règles de son Ordre religieux, contre la scholastiqu contre Pautorité du Pape, contre celle des princes culiers, contre l'autorité de la Bible, contre les principe de la morale chrétienne, contre Jésus-Christ Tui-mêni enfin contre sa propre raison. C’est incrovable. F pourtant c’est le cas.
1. {se révolta contre l'autorité paternelle, A1 se plan de sa mère qui le fouettait trop souvent. Il parle di
ges amertumes surtout à l’occasion d’un châtiment qu’elle lui avait infligé injustement, dit-il, à propos d’une simple petite noix. Ilne pouvait endurer son père. Il déclara lui-même s'être enfui de la maison paternelle, afin de se soustraire à son autorité, trop sévère à ses veux. Il préféra, encore enfant, mener une vie de vagabond. allant chanter dé porte en porte pour exciter la pitié des gens, afin d'obtenir ses moyens de subsistance. Condition peu enviable pour un enfant! Il n’y à pas de doute que bien souvent il a dû se coucher sans souper. Mais peu importe! Il se trouvait indépendant de son père. C’est tout ce qu’il voulait.
2. Ilse rérolta contre ses instituteurs. —Nous avons vu plus haut combien souvent il recevait la férule. Il posait en incorrigible. Il appelait l’école un purgatoire; ses maîtres, des tyrans, des oppresseurs.
3. Ll se rCrolta contre les Règles de son Ordre religieux. Avec une vocation douteuse, il entra dans le monastère des Augustiniens, à Erfust, le 17 Juillet 1505. Il fit cette démarche importante sans prendre le temps d’en peser les conséquences: dans un moment où son cerveau m'était pas équilibré. I était sous l'empire de la terreur, par suite d’un coup de tonnerre qui foudroya à ses côtés un de ses amis intimes. Ce choc lui ébranla le cerveau. Il crut que la terre allait s'ouvrir sous ses pieds et l’engloutir corps et âme. Poussé par cette frayeur il alla frapper à la porte du monasière. (C’est ce qu’il avoua lui-même plus tard. ‘J'ai fait, dit-1l, un vœu forcé pendant que j'étais sous l'empire de la terreur et de la crainte de la mort.” (1)
Dans une autre occasion il écrivait: ‘Jai renoncé au
(1) De Wette, Luther Briefe, II, 101.
st
‘monde, et suis entré au couvent dans un moment où | ‘“désespérais de moi-même.” (1)
Ce désordre mental avec lequel il fit son entrée monastère et avec lequel il fit sa profession religieus deux ans plus tard, en 1507, ne le quitta pas encor, Ordonné prêtre quelque temps après, il #'arrêta au can en disant sa première messe, et serait descendu de Pin. tel si le prieur ne Pen eût empêché, (2)
Et, chose étonnante, ces frayeurs morbides dont so: esprit était obsédé n’étouffaient pas ses dispositions : Pindépendance. Pour lui, les Règles du monaster était lettre morte. Bien qu'obligé de réciter Pofli divin tous les jours, il passait parfois des semaire entières sans toucher son Bréviaire, Et après cel obéissant toujours à ses propres idées, il s'enfermai dans une cellule et jeûnait des jours entiers «un même consulter son Supérieur, pour expier ces nr gligences.
En tout, 11 agissait à sa manière. Mais trop souvei sa manière dagir le portait aux extrêmes. Un jou il se châtia avec tant de rigueur que, par suite di choc de ses nerfs, il demeura €tinq semaines priv de sommeil, et devint tout prêt de tomber dans k folie. (3)
“Je n'imposais,” écrit-il plus tard, “des rigueur toutes spéciales, et j’agissais à ma manière. Je nn
faisais mon propre meurtrier, parce que je jeûnais et ni châtiais au-dessus de mes forces, ce qui n’était autr chose qu’un suicide. Bien souvent mes supérieurs ont
(1) Jurgens, I, 522.
(2) Alzog, IIT 10.
(3) Seckendorf Commentarius Hist, I, 22, b.
Ab
E combattu cette singularité. Mais je n’en tenais aucun 4 M0 » Voilà ce qu'était le moine dans son monastère, Vo-
ons maintenant ce qu'était le prédicateur dans la cn aire,
1 se rérolta contre la méthode scholastique. —Cette méthode suivie jusques-là dans Eglise, depuis le temps d’Albertle-Grand et de St. Thomas d'Aquin, fit froncer les sourcils de Martin Luther. Pourquoi?—Parce qu'elle im-
se des règles, des règles aussi strictes que la logique élle-miéme, mais trop strictes pour les allures indépendantes de notre moine. [Il commença par appeler Atistote “un maître diabolique; puis il rejeta St.-Tho- 101 d'Aquin et ses écrits comme tout Siniplement dignes de mépris.
- Lorsque Staupitz le chargea de précher à Wittemberg, à déclara son intention de ne pas marcher dans li voie | suivi ie par ses prédécesseurs dans la chaire.
Cet homme boutllait du désir de faire tout à sa mani-
ère, dans la chaire comme dans le couvent, comine dans Pécole, et dans la maison de son père, . Le besoin d'innover tait chez Jui irrésistible. Ce besoin contrôlait son esprit. I formait le fond de son œ@œur. C'était la tendance première de ses facultés, le point central vers Icquel convergertent toutes ses aspirations.
Jimonta done dans la chaire, bien décidé de précher À «a manière Malheureusement s@ manière le fit bientôt détraquer. I'avança des propositions erronées qui attirorent l'attention du Chef de P Eglise, gardien vigi-
(1) Jurgens, E, 977, DN9.
lant de la doctrine chrétienne. : Cela amena une cinquième révolte.
5. Il se révolta contre l'autorité du Pape.—Le pape, du: rant tous les siècles du christianisme, n’a jamais cest d’avoir l’œil ouvert et l’oreille tendue, quand il s’est agi du dépot précieux des vérités révélées, dont la garde lui a été confiée.
Luther ne fut pas longtemps à prêcher l'erreur san recevoir du Chef de l’ Eglise un avertissement, lui rap lant l'obligation de ne pas s’écarter de ce qui avait ét enseigné et pratiqué dans l’Eglise depuis quinze sièeles Cet avertissement était envoyé sur un ton paternel amical, assaisonné de bons souhaits et d’une bénédiction spéciale. Mais, pour Luther, c’était un bâton dans li roue de son indépendance. Il n’en fallait pas davantage pour mettre le feu à la poudre. Martin se lève furieux: ‘‘On me demande,” dit-il, ‘‘de me rétracter Eh! bien, je vais me rétracter. Jusqu'ici j'ai maintent que le Pape était le vicaire de Jésus-Christ. Mañite nant je me rétracte, et je dis; le Pape est Papôtre du diable.” (1)
Voilà comment cet homme, absolument incapable de subir la moindre restriction, quelque raisonnable qu’elle fût, leva l’étendard de la révolte contre le Chef Suprémie de l’Eglise.
Il veut, en tout, penser, dire et faire à sa manière.
Avant que sa manière le mit hors de ses gonds, il apr pelait le Pape, ‘Très saint Père.” Maintenant ce n’est plus que ‘‘lapôtre du diable!”
Avant, à sa première entrée dans Rome, il tomba à
(1) De Wette, I, 580.
genoux en s’écriant: Salut, à Rome, sainte cité trois fois sanctifiée par le sang des martyrs.” (1)—Maintenant il écrit: ‘Rome est un amas confus de fous, de bénéts, de niais, de têtes sans cervelle, de démoniaques et de démons.” (2) |
Avant sa FT il disait: ‘Je serais prêt à massacrer, 8hil était en mon pouvoir, tous ceux qui oseraient proférer une seule svllable pour contredire le Pape!?(3)— Après, il écrit: ‘Nous sommes convaincu que la papauté est le siége de l’antéchrist, et nous croyons que pour le salut des âmes, tout est permis pour la tromper et l'écraser. 7 (4)
Avant de se défroquer, il écrivait à Léon X: ‘Vous êtes comme agneau au e u des loups, comme Dahiel au milieu des lions? (5)—Après, dans un sermon préché le jour de PE ne en 1521, il compare le Pape à Hérode qui avec une face double et un cœur hypocrite prétend vouloir adorer le Christ, tandis que 4 intention véritable est de ui couper la gorge.”
Avant sa révolte, il écrivait encore à Léon X:°‘Très- Bin: Père, je me prosterne à vos pieds avec tout ce que j'ai et tout ce que je suis. Donnez-moi la vie, ou pre- Mez-la! Envoyez-moi où rappelez-moi! Approuvez ou désapprouvez! Votre voix est celle de Jésus-Christ qui Parle par votre bouche. (6)—Après avoir tout fait à Se manière, 1 dt: “Pape ct âne sont deux termes sy-
) Luther Werke, Halle XXVII 2574.
De Wette, I, 45.
(35) Sammiliche Werte, 40, 234.
(4) De Wette, I, 467.
( De Wette, I, 458.
(6) Audin's life of Luther, Vol. I, latin document.
on À R aus
nonymes. ‘Nous sommes les maîtres des papistes, noi leurs écoliers et leurs disciples. Nous ne sommes ju pour nous laisser guider par eux.”? (1)
Avant de tourner son capot, bien que déjà passabl ment avancé dans sa manière de faire, 1 disait: Je jamais approuvé le schisme, et jamais je ne Papprouv rai, aussi longtemps que durera Péternité./?—Plus tard en Février 1519, il écrivait encore: “Tlne peut existe il ne peut même se concevoir aucune raison ‘éapable légitimer une séparation d'avec l Eglise Romaine. (2 Après avoir fait quelques pas de plus dans sa manie de faire, il disait: “Quiconque suivra les enseignement du Pape sera traduit par moi, Martin Luther, au tr bunal de Dieu.” (3)
Et lorsque la Bulle pontificale arriva, condamnant le erreurs eontenues dans les thèses que Euther avait en voyvées à Rome pour être approuvées où condamnées, Selor ses propres paroles, il fit déborder sa rage dans pamphlet contre “la Bulle exéerable de FAntéchris dans lequel il dit, entre autres choses non noi respectueuses:
‘Quel mulet, quel âne, quelle taupe, quel bétail on pourrait remplir les fonctions de juge? (4)
Comment se fait-il que celui dont Ta voix était, quel que temps auparavant, la voix de Jésus-Christ, est min tenant un âne, etc.?
Comment se fait-il que les professeurs des Universite de Cologne et de Louvain, qu'il appelait autrefois ses
(1) Altona ed T. V. 2690.
(2) Sammiliche Werke, 24, $S.
(3) Sammliche Werke, 24, 34, (4) Opera Lutheri, 11, #9.
dîtres en théoogie, ne sont plus maintenant, depuis ils ont condamné ses erreurs, que des ‘‘mulets,”? ‘ânes, ”” des ‘‘pourceaux épicuriens?”?
Le Pape, les Evêques, l’ Eglise, ont-ils changé du tout autout dans l’espace de quelques mois?
Nes est-il pas plutôt opéré un changement dans l’es- Fit et le coeur de Luther?
Au lieu de réformer l’ Eglise ne s’est il pas plutôt déform lui-même?
Mi ce n'est pas tout.
SN
6. Z! se révolta contre les prUee séculiers. —Furieux CO tre ceux d’entre eux qui $s’opposaient à ses innovations et à la vente deses livres, il déchaîna toutes ses cofes dans son libelle, ‘La Magistrature séculière,’? äns lequel il les appelle des fous, des canaiïlles, des tyähs, des polissons, des réprouvés, des hommes aussi
testables que le Pape, les Evôques, les Prêtres et les k ines; ete, ete, ete.
Ur! déclara solennellement que “depuis le commenceent du monde, on n’a pas pu rencontrer un seul prince due, prudent et bon. [n’y a rien de bon à attendre 1 FE. .. ES ne sont que les bourreaux dont Dieu se
t, an sa colère, pour punir les méchants et protéger
là paix extérieure. . .. Dieu étant un grand Seigneur, choisit ses bourreaux . ses policiers parmi les nobles de la terre et les rois... . Mais maintenant tout va chan-
gen. Dieu est tien Fe princes. Il ne peut plus les endurer. IT en à plein le dos. Ces temps sont finis où il pouvaient chasser les hommes comme des bôtes fau- >. (est la volonté de Dieu!?— TT eut été plus vrai be dire: “Cest la volonté de Martin Luther.”
Il alla jusqu’à conseiller aux peuples de ne pas aider leurs rois à résister aux ennemis héréditaires du Christianisme et de la civilisation, les Turcs, qui menagçaient. alors de dévaster le monde chrétien. ‘Je vous demande à tous, chers chrétiens, de cesser de prier Dieu pour ces. princes aveugles dont Dieu se sert pour nous châticr dans sa grande colère. Gardez-vous bien de donner vos” aumônes et aucune assistance contre les Turcs, qui sont mille fois meilleurs, plus sages et plus pieux que nos princes. ??
Puis il tombe sur l’empereur en particulier. Il Pap- | pelle un ver de terre, pour qui on ne doit pas prier, à moins d’être ‘ou stupide et furieux.”” Puis vient le tour ! du roi d'Angleterre, qu’il honore des titres ‘‘d’âne cou- : ronné, menteur, coquin, pourceau du troupeau Thon: ! iste.”?
‘Tu es un blasphémateur,” Sécrie-t-il dans un mo | ment de rage, ‘‘et non un roi. Tu as une mâchoire rovale, rein de plus. Henri, tu es un fou.” (1)
Il est bon de remarquer qu’à l’époque où ces attaques rageuses étaient dirigées contre Henri VIIT, ce dernier n’était pas encore tombé dans les filets ainoureux d’ Anne Boleyn. Il venait d'écrire contre les innovations de Luther un livre qui lui valut, de la part du Pape, le titre de ‘Défenseur de la Foi.”
7. Il se révolta contre l'autorité de la Bible. —Les Rtformateurs se sont plu à considérer Luther comme lémancipateur des Saintes Ecritures. Il faut voir comment il les traitait.
Sammliche Werke, 28, 248.
D'abord les Evangiles selon St. Mathieu, St. Marc et “&t. Luc eurent la mauvaise fortune de ne pas mériter son approbation, ‘Les trois premiers Evangiles, disait-il, parlent plutôt des actes du Seigneur, que de ses enkcisnements. Ils ne valent pas celui de St. Jean, le “houl qui soit sympathique. C’est le seul vrai Evangile. 11 faut également préférer les Epitres de St. Paul et “de St. Pierre aux Evangiles de Mathieu, Marc et Luc”? (1)
il ne reconnait pas un écrit apostolique dans l Epitre de St. Jacques. “Comparée aux Epitres de St. Paul, dit-il, elle n’est qu'une Epitre de paille. Elle ne révèle dabsolument ‘ien du style évangélique. (2)
2 Les écrits de St. Paul, à qui il donne ses préférences,
n'ont pas cependant tous le don de lui plaire. Parlant Bic son Epitre aux Hébreux, il dit: “On ne doit pas ’étonner dy rencontrer de temps en temps des parcelles de bois, de foin et de paille.” (3)
Quant à l’Apocalypse, il ne veut pas en entendre par- Mler. “IT y a, écrivait-il, beaucoup de choses à blâmer dans ce livre. Selon moi, il ne porte pas le cachet apos- [tolique où prophétique. . . . Chacun peut former son jugement comme il l’entendra sur ce livre. Quant à moi, j éprouve de l’aversion pour lui; et c’est À mes yeux une raison suffisante pour le rejeter.” (4)
Rien d'étonnant qu'après avoir parlé des Saintes
) Sammliche Werke, 63 15.
) Ibid. 115, 156 158.
) Ibid. 154, 155.
) Ibid. 169, 170.
As
Ecritures sur ce ton-là, il ne se gèna pas de les traduire sa manière. Doellinger montre que ‘‘sa traduction est x rangée de manière à répondre à ses propres idées pluti qu’au sens du texte. Ilne se fait pas le moindre «cru pule d'ajouter ou retrancher des mots, dès qu'il y voi un avantage pour sa nouvelle doctrine.”? [1]
On lui reprochait un jour d’avoir ajouté le mot sl dans le verset 28 du 3ème chapitre de lEpitre aux le mains. Il se contenta de répondre: ‘Si votre Pape se fr ‘“‘tigue la tête à propos du mot sola, vous pouvez lui dire: ‘‘c’'est la volonté du Dr. Martin Luther que ce mot soit li “où il l’a mis.”
Tout cela se passe de commentaires.
S. Il se révolta contre la morale chrétienne.
Les pri:
cipes de la morale enseignés par Jésus-Christ et les Apôtres avaient jusques-là régi la conduite des chrétiens. Mais il n’en sera plus ainsi avee Luther. Ces principes irritent ses nerfs. Il faut les changer.
Jusques-là, il était prescrit par la morale chrétienne d'éviter le péché. Martin change cela. Il écrit à Mt lanchton: ‘Soyez pécheur, et péchez hardiment, pourvu ‘que vous croyiez encore plus hardiment et vous réjouis- “iez en Jésus-Christ.” [2]
Une belle manière, à coup sûr, de se réjouir en Jésus- Christ, dont la haine du péché r:t si profonde! L'on sait que le Sauveur, en pardonuant aux pécheurs dans
(1) Doellinger's Reformation, [III, 139-17, ‘2) De Wette, 2, ».
LR Èe
miséricorde, ne manquait jamais de leur dire: ‘‘ne Déchez plus./"—Luther, lui, dit à ses fidèles: ‘‘péchez ardiment. ??
Notre Seigneur avait dit être venu en ce monde pour étruire le péché et établir le règne de la justice. Luther t, de son côté: ‘‘Le péché est notre destinée ici-bas. e règne de la justice ne peut se trouver en la vie pré- Bente. Mais, comme le dit St. Pierre, nous attendons Mn nouveau ciel et une nouvelle terre où demeure la ustice."’-—(Tbidem ).
Comme de raison, Luther ne prend pas la peine d’exaner si St. Pierre n’enseigne pas que ceux-là seuls qui narchent dans les sentiers de la justice sur la terre peuvent espérer entrer dans la terre de l’éternelle justice. ‘ela nirait pas à son système.
L’'Apôtre nous informe que les voleurs, les fornicateurs, les adultères n’entreront pas dans le royaume des #cicux. Luther change cela. “TT suffit, dit-il, que nous “reconnaissions l Agneau qui efface les péchés du monde. Ki l’on a cette foi, l’on ne peut être séparé de lui par le péché, lors inême que dans un seul jour l’on commettrait mille fois l'adultère ou le meurtre,’ —(Ibidem). Dans un de ses sermons il s’écrie: ‘Pourvu que nous 4 avons la foi, Padultère n’est pas un péché.” (1)
Il conseillait aux chevaliers de l'Ordre Teutonique de à briser leurs vœux, de se partager les biens de l’ordre et de se marier. Et pour les convaincre, il leur donne la remarquable pièce suivante comme preuve: ‘IT vaut beaucoup mieux vivre dans le concubinage que dans la
(1) Alzog, III 28,
chasteté. Celle-ci est un péché impardonnable. L'autr au contraire, avec l’aide de Dieu, ne-peut être cause dés la perte du salut.”
Son sermon sur le mariage n’est rien moins qu’une série d’abominations que nous ne pourrions mettre sou les veux du lecteur.
En Janvier 1524, il écrivait: ‘J'avoue que je ne puis “strictement défendre la-polygamie, parce qu’elle n’est ‘pas contraire au Saint-Esprit. Je dois dire toutefois “qu’il y a bien des choses permises que les chrétiens font ‘mieux: d'éviter, à cause du scandale.” [1]
Esmer écrivait un peu plus tard: ‘Des enseignements # immoraux de Luther, il est facile de conclure qu’il n’est
pas l’apôtre qu’il prétend être, mais plutôt un de ces : hommes dont Jésus-Christ disait: Défiez-vous des faux M
prophètes. ??
Il ne faut done pas s'étonner d'entendre Luther, quelques années plus tard, se plaindre amèrement de la dtmoralisation toujours croissante qu’il remarquait au | milieu de ceux qui avaient adopté sa doctrine, “Nos chré- | tiens évangéliques, disait-il, sont sept fois pires aujour- | d'hui qu’ils étaient auparavant. Depuis que nous. avons appris À connaître l'Evangile, nous volons, mentons, trompons, nous nous abandonnons à la gourmandise, à l’ivrognerie, et À toutes sortes de vices.’ Je me trouve, disait-il encore, obligé de vivre au milieu de Sodome, de Gomorrhe et de Babylone.” = Erasme témoigne lui aussi de la démoralisation des
D ue à
[1] De Wette, ?, 459.
pe, T0 ctaires formés à l’école de Luther. En 1524 il lui éivait: ‘Toutes ces innovations corrompent le peuple
le portent à la révolte. Je commence à craindre une surrection sanglante.” (1)
Rien d'étonnant dans cet état de choses. Tout ce honde-là ne faisait que mettre en pratique la doctrine le Luther: ‘‘péchez hardiment.??
[1 me semble que la passion de Luther pour l’indéendance devait être assouvie. Ilne restait plus une eule autorité à démolir sur la terre. Eh! bien, non. ‘ilny a plus d'autorité ici-bas qu’il puisse tenter de enverser, il portera ses regards plus haut.
9. Il se révolta contre Jésus-Christ lui-même.—Lecteur, Qi vous êtes chrétien, faites le signe de la croix avant de ire ce qui suit: ‘J'avais une fausse confiance dans ma ropre rectitude. Mon cœur gardait une défiance et in désespoir constants, et recélait la haine de Dieu et le Ablasphéme contre lui. Je devins tellement ennemi du Christ que partout où je rencontrais le crucifix, ou une nage le représentant sur la croix, je fermais les yeux Æans ma terreur; j'aurais préféré voir le diable.” (2)
Je vous le demande maintenant, ami lecteur, l’âme de cet homme était-elle animée par l Esprit-Saint ou bien par le soufe de Satan?
Ailleurs il écrit: ‘Je ne puis prier sans blasphêmer. . . Ni je dis: que votre nom soit sanctifié, je ne puis m’empêcher d’ajouter: maudit, damné et détruit soit
(1) Doëellinger's Reformation, I, 6—18.
(2) Jurgens I, 585.
À jamais le nom des papistes!—Lorsque J'arrive aux paroles: que votre règne arrive, je suis forcé d’ajouter: maudite, damnée et détruite soit la papauté!—Voilà l8 prière que je fais chaque jour, du cœur aussi bien que” des lèvres.” (1)
Après s’être révolté contre toute autorité, sur la terre & et dans le ciel, il ne lui restait plus qu’une seule révolte # possible: contre lui-même.
10. Zl se révolta contre sa propre raison. —Il ne put | même supporter l’idée d’être dicté par sa raison personnelle, 1/indépendance n'aurait pas été absolue. Il se | débarrassa de cette dernière sujétion en dépouillant # l’homme de son libre arbitre, et en le faisant descendre k au niveau de la bête.
Erasme, qui jusqu'alors avait svmpathisé avec lui, se détacha alors de lui, éeœuré, et écrivit son livre sur La volonté libre.”
Luther répondit aussitôt en publiant un pamphlet sous le titre, ‘La volonté esclave.” Dans ce livre il professe ouvertement la doctrine du fatalisme. [introduit dans le Christianisme le ‘‘kisment”” du Koran. ‘Le pouvoir tout puissant, dit-il, et la providence éternelle détruisent toute liberté chez l’homme. ??
Prêéchant ensuite le dualisme des Perses—l'existence d’un bon et d’un mauvais principes, qui se disputent tous deux la possession de lhomme—il ajoute: ‘Dieu monte-t-1l en selle? Le cheval lui obéit et va partout où il veut. Dieu jete-t-il les rênes? Le diable saute aussitôt sur le dos de l'animal et le conduit, à son tour, à sa
(1) Sammiliche Werke, 60 170: 25 108.