La Bible ne peut pas prouver son inspiration ni son
authenticité.
Je vois un bon Protestant occupé à lire sa Bible. Il tient entre ses mains une vieille Bible de famille, précieux héritage laissé par son bisaieul. Je l'aborde.
— Mon ami, quel livre lisez-vous 14?
— La Sainte Bible,
—Coniment savez-vous que e’est la Bible?
— us je le sais parce que e’est la Bible. Je sais ma Bible presque toute par cœur, Je la lis tous les dimanches et bien souvent, le soir, les autres jours de la semaine,
— Voilà qui est bien. Puisque vous n'avez pas le bonheur d'assister À la messe le dimanche, vous ne pouvez rien fire de mieux que de lire la Sainte Bible, Mais comment pouvez-vous être sûr que le livre que vous lisez en ce moment est bien la parole inspirée de Dieu? T1 peut contenir plis où moins que la parole de Dieu, Il peut contenir la parole de Dieu tellement travestie, qu'elle soit devenue la parole humaine, Je vois bien, sur le premier feuillet de votre livre, imprimés en gros
aractères, les mots LA SAINTE BIBLE: mais on inprime tant de choses depuis que les presses tournent à la vapeur! Assurément vous n'avez pas li naïveté de penser, comme certains Ignorants: ‘‘eest imprimé, done c'est vrai. Les presses modernes font sortir de leur mécanisme des milliers de ‘Saintes Bibles”. aussi bien que des milliers de journaux et des milliers de pamphlets. Mais il ne vous est certainement jamais venu à Pidée de croire que leur mouvement est réglé par le souffle de P'Esprit-Saint! On a bien pu imprimer “La Sainte Bible”? sur le premier feuillet d'un livre qui n’est pas du tout la parole de Dieu. Quelle certitude pouvezvous avoir Ri-dessus?
Et, de plus, qui vous dit que vous avez 1 une traduetion fidèle de la parole de Dieu. Votre Tivre n'est pas le texte originel des Hivres saints. La Bible n'a pas été écrite par les honnnes inspirés, en Français, ni en Anglus, nt en Allemand. Et jene sache pas que les divers traducteurs de la Bible aient jamais posé en homnes inspirés. Bien au contraire, 11 ont fourni maintes preuves de leur filhbiité trés-aisée, Les Protestants de l'Eglise d'Angleterre ont rejeté successivement quatre traductions conne remplies d'inexactitudes et d'erreurs, avant d'adopter celle du rot Jacques. Et même cette dernière, reçue d'abord comme moins mauvaise, est bien vite tombée sous le marteau dela critique, de la part des ministres Protestants. Ils v ont trouvé une foule de fautes et Pont soumise, à différents intervalles, à toute une série de corrections et de révisions. Bien que retenue Jusqu'à nos Jours, elle est encore un sujet de nouvelles éritiques et de nouvelles études, entre les mains des savants traducteurs de la Réforme.
Comment un chrétien, avec la Bible pour seul guide,
peut-il s'assurer si une traduction si souvent corrigée et recorrigée, ei encore susceptible de nouvelles corrections, lui donne le vrai sens de la parole de Dieu? On ne peut appliquer à la Sainte Ecriture le vers de Boileau.
‘Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage.’ Avant d'arriver à aucune certitude possible, il lui faudra d'abord étudier à fond l’Hébreu et le Grec, se rendre familier avec l’histoire ancienne, avec les mœurs, les coutumes et la littérature des orientaux, afin de bien saisir le sens du texte primitif des saints livres. Et après avoir acquis ce bagage de connaïssances, il lui faudra consacrer toute une longue vie, si Dieu la lui prête, à examiner les diverses traductions que Pon a faites, afin de s'assurer où se trouve le vrai sens du texte originel.
Peut-on supposer que Notre Seigneur Jésus-Christ, si désireux du salut de tous, aurait imposé une pareille tâche à ceux qui veulent se sauver?
Combien de Protestants songent-ils même à s'imposer cette tâche?—Pas un sur dix milles. Et les autres? Avec leur Bible pour seul guide, ne sont-ils pas forcément laissés dans le vague, errant sans cesse dans le pays du doute et de l'incertitude? Dans un tel état d'esprit, peuvent-ils réellement faire un acte de foi?
Et, cependant, sans la foi point de salut.
Comment done peut-on règler la question? —Evidemment au moyen de preuves prises en dehors des Archives saintes, preuves fournies par l’enseignement oral de l'Eglise primitive, transmis de générations en générations par la tradition, sous la garde de l'autorité enseignante établie par Jésus-Christ. Ceci est tellement le cas que parmi les Protestants eux-mêmes, chacun reçoit sa Bible, comme étant la parole de Dieu, sur lautorité d’un autre qui la lui donne comme telle. Cet autre
peut être son père, ou son ministre, où son libraire. Peu importe. Ils'se heurtent donc contre leur principe fondamental dès le début? Leur premier acte de religion—l’acceptation de la Bible comme étant la parole de Dieu—est done un acte d’inconséquence? Leur premier pas dans la voie du salut est done une violation de leur règle de foi! A quoi bon avoir rejeté l'autorité légitime établie par Jésus-Christ, avec une promesse positive de l'assistance du St. Esprit, pour ériger à sa place une autorité de création humaine, dépourvue de cette assistance?
2. La Bible, étant une lettre morte, ne peut pas s'expliquer elle-même, mais a besoin d’un interprète vivant.
La lettre tue; l'esprit vivifie. Or qui peut révéler l’esprit d’une loi écrite? — Un interprète vivant.
Il faut un interprète à toute loi écrite. Sous l’ancienne loi, il se trouvait dans le Sanhédrin. Il à toujours existé et se trouve encore dans toutes les sociétés civiles. C’est pour cela que nous avons des Cours de justice, des Tribunaux, des Juges, des Avocats, à part la lettre de nos statuts.
Que quelqu'un s’avise de dire: ‘A bas nos Juges et nos Tribunaux! Faisons imprimer les lois des Etats-Unis à des millions d'exemplaires. Qu'un exemplaire soit mis entre les mains de chaque citoyen pour être le seul régulateur de sa conduite dans la société, selon la manière dont chacun pourra interpréter nos statuts!” —Que penserait-on de cet homme? Ne verrait-on pas en lui un échappé de quelque asile? Or est-il raisonnable de supposer que Jésus Christ n’aurait pas eu plus de bon sens que ce fou? Car, après tout, le divin Législateur du Christianisme n'aurait pas montré plus de sagesse, #il s’était contenté de donner un livre muet pour régler la
conduite des membres de la société chrétienne, et pour juger en dernier ressort les controverses religieuses,
Si toute société à besoin d'un tribunal pour intrepréter les lois du pays et juger finalement entre les contentions particulières des citoyens, assurément un semblable tribunal doit se trouver dans la société chrétienne, la plus parfaite de toutes. Et cette autorité ne doit pas être invisible. Elle doit être apparente aux yeux de tous. Elle doit parler ouvertement à toute la masse des croyants. Ses Jugements doivent mettre fin À toute controverse, Ses proclamations sur le vrai sens de la loi écrite, qui ne chanze pas avec le temps, doivent être les mêmes à travers tous les siècles. Et pour avoir le droit d’être regardée comme ayant été établie par le divin Fondateur de l'Eglise, elle doit être aussi ancienne que l’ Eglise elle-même, Elle doit avoir demeuré durant les dix-neuf siècles du christianisme, aussi ferme que le roc sur lequel Jésus-Christ a bâti son Eglise,
Or cette autorité se trouve dans le chef suprême de l'Eglise Catholique Romaine, en qui elle a toujours parlé et jugé dans le même sens, par la bouche des deux cent soixante papes quise sont succédés depuis St. Pierre jusqu'à Léon XIIL heureusement régnant de nos jours.
8. La Bible présente beaucoup de passages obscurs nonseulement pour les illettrés, mais pour les hommes d'étude.
Supposez pour un instant les difficultés précédentes résolues. —Un chrétien biblique a pu arriver à la certitude qu’il possède la Parole de Dieu, rien de plus, rien de moins. Laissez-le ouvrir sa Bible, et le voilà de suite arrêté en chemin par une nouvelle barrière: le sens
ti
de ce qu'il lit. Qui va lui donner la vraie interprétation du texte, entre les mille divergences d'opinions exprimées de tout côté au sein du Protestantisme? [L'un voit une chose; l’autre trouve juste le contraire, et cela sur des centaines de textes. Les deux ne peuvent pas avoir raison, [/u: au moins se trompe, sinon les deux à la fois. Qui va lui dire de quel côté se trouve la vérité? Son jugement privé?—Mais si ce critérium fait défaut chez un autre, il pourrait bien lui faire faire fausse route à lui aussi, Tout au plus peut-il se former une opinion. 11 demeure donc sur le terrain du doute. Il ne peut pas faire un acte de foi.
Il est certain, en effet, que l Ecriture présente des passages obseurs, difficiles à interpréter. Cela est prouvé, 10 par le témoignage du texte sacré lui-même; 20 par Paveu des savants; 30 par l'expérience de ceux qui ont voulu ériger le jugement privé en autorité suprême,
1. St. Pierre, dans sa deuxième Epître, recommande aux fidèles de bien se mettre dans la tête qu'il ne leur est pas permis d'expliquer les Ecritures avec Tes seules lumières de leur Jugement privé (1 20.).—Et parlant des Epitres de St. Paul en particulier, il v voit des choses difficiles à comprendre, qui, comme du reste les autres Ecritures, peuvent causer la perdition des ignorants et des faibles, S'ils tentent de les interpréter (II. 16.) —ÆEnfin, il les met en garde contre les faux docteurs et les égarements dans lesquels ils pourraient être entrainés par eux (III. 17).
St. Paul, dans sa première Epitre aux Corinthiens, fait comprendre que tous, dans lPEglise, ne sont pas apôtres, ni docteurs, ni interprètes (XII. 29, 30).
Nous voyons dans les Actes des Apôtres qu'un certain individu lisant en route le livre d’Isaie fut abordé
ce Dés
par Philippe qui lui demanda S'il comprenait les pages qu'il avait sous les veux. A quoi il répondit: “comment puis-je les comprendre si personne ne me les explicoque —ÿNur ce, ajoute l'Ecriture, Philippe s'assit À côté de ui, Lui prêcha Jésus, le convertit, puis le baptisa.
Voilà autant de témoignages donnés par le texte même des Saintes Ecritures, affirmant que la Bible est difficile à comprendre,
2. Les Pères de l'Eglise, dont plusieurs ont consacré leur vie toute entière à l'étude des Livres saints,
dent tous à déclarer que la Bible est remplie de diffi-
S’aCCOT-
eultés. St. Augustin, entre autres, une des lumières de PEglise, déclare trouver dans les Saintes Ecritures plus de choses qui surpassent les forces de son intelligence, que de choses qu'il peut comprendre,
D'un autre côté, Locke, célèbre philosophe Anglais qui vécut au dix-septième siècle, homme d’une haute intelligence, avoue ne pas comprendre St. Paul
Ce que les plus grands savants, tant du clergé que parmi les liques, n’ont pas osé présumer d'eux-mêmes, comment le premier venu, sans éducation, d’un cerveau lourd, d'un esprit borné, même un imbécile, homme où femme, peut-il le présumer de soi-même?—(Cest plus que toucher au ridicule. Cest x entrer à toute vapeur. —Et cependant Dieu veut le salut de tout le monde, des Ighorants eomme des savants, des esprits bornés comme des intelligences fortes, des imbéciles comme des gens d'esprit. Ia done dû choisir des moyens de se sauver qui fussent à la portée de tous, des faibles aussi bien que des sommités intellectuelles, Or la Bible, prise conne seule autorité enseignante, ne peut pas être ce moven., On vient de le voir.
On ne peut objecter que Dieu, source de toute Tumière, n’a pas dû écrire d’une manière obscure, Ce serait de l’enfantillage.
Le Saint-Esprit à fait exprimer ses divines inspirations d’une manière assez claire pour ne point tromper ceux qui cherchent à les comprendre à la lumière non douteuse des enseignements de l Eglise, à qui son assistance a été solennellement promise: Les portes de l'enfer (c'est-à-dire, l’erreur) ne préraudront point contre elle.
Un outil peut faire du bon ouvrage entre les mains de celui qui a appris à s’en servir, tandis que s'il est manié par une main inexpérimentée, il gâtera tout. Dans: ce dernier cas, faut-il accuser son inventeur d'avoir fait un mauvais outil? —Evidemment non. Le gâchis provient, non de l'instrument, mais de la maladresse de celui qui ne sait pas s’en servir.
Ainsi en est-il des Saintes Ecritures.
Interprétées par ceux qui ont été chargés d’enseigner les nations avec le droit, de par la promesse formelle de Jésus-Christ, de compter sur l'assistance du Kaint- Esprit pour en pénétrer le sens d’une manière non équivoque, elles répondent parfaitement à la fin pour laquelle elles ont été écrites. Laissées à la libre interprétation de tout chacun, elles engendrent les contradictions et la confusion. Est-ce la faute du bon Dieu? —ÆEvidemment non. Ceux-là seuls sont responsables de ce dégat dans le domaine de la foi, qui s’arrogent un ministère qui n’est pas de leur compétence.
3. Une nouvelle preuve de la nécessité d’une autorité enseignante pour expliquer le sens véritable de la Bible est fournie par l’expérience de ceux qui ont érigé le jugement privé en autorité suprême,
Quelle a été le résultat de l'interprétation individuelle?—La confusion de Babel.
Les enfants de Noé, dans leur orgueil, se mirent dans la tête d’escalader le ciel en bâtissant la tour de Babel. Leur plan est abouti à la confusion et à la multiplication des langues,
De même, les enfants de la Réforme Protestante ont tenté de conduire les hommes au ciel par l'interprétation privée de la Bible. Leurs efforts sont aboutis à la confusion et à la multiplication des religions.
Hs s'accordent tous sur un point: la Bible suffit. Mais ils se disputent sur tout le reste. Il serait impossible de donner le nombre des systèmes contradictoires émis au nom dela Bible,
Pour Pun, un seul sacrement est nécessaire au salut. Un autre en veut deux. Un autre en admet trois. Et tous trouvent leurs preuves d ns la Bible. Mais voilà un quatrième qui apparaitsur la scène, la Bible en main, et dit solennellement: Bas! vous êtes tous dans l'erreur. Aucun sacrement n’est nécessaire!
Une secte croit à la communion sacramentelle, Une autre la regarde comme douteuse. Une troisième y voit une supetition ridicule. Ettous parlent au nom de la Bible,
Une dénomination veut des évêques dans son système. Une autre se contente d’avoir des prêtres. Une troisième se passe des deux, et reconnait à tous, homme ou femme, le droit de prêcher si le cœur leur en dit. Et tous font appel à la Bible,
Et ainsi de suite sur des milliers de points.
La confusion babélique n’est rien en comparaison de la confusion dogmatique qui règne au sein de la Réforme Protestante. Et tout ce monde-là parle au nom du
Saint-Esprit! Il faut avouer que le Saint-Esprit doit avoir une forte besogne à inspirer tous ces chicaniers!
Rien ne montre avec plus d’'évidence la fausseté du principe protestant que le fait des protestants Tui donnant eux-mêmes le coup de mort dans la pratique de leur culte, Après avoir érigé la Bible en autorité unique et suprême, ils la mettent de côté pour aller entendre des prédicants qu'ils engagent au moven de gros salaires, dans des temples qu’ils bâtissent à grands frais.
Mais si la Bible suffit, pourquoi vont-ils se faire précher?
N'est-ce pas donner au Saint-Esprit un brevêt d’incapacité dans sa charge d'inspirateur? N'est-ce pas proclamer le Saint-Esprit incapable de faire sa besogne tout seul, et le forcer d'accepter Paide d'un prédicant humain?
iles protestants étaient conséquents avec leur principe, chacun d'eux resterait chez Tui, Brait sa Bible, et -formerait sa religion à Jui. Ce serait, comme de raison, la religion de Paul, la relig‘on de Jean, la religion de Jacques, ete; il v aurait aucant de sectes que d’individus, chaque secte ne comprenant qu’un seul membre: mais Jà, au moins, on trouverait le vrai protestantisme mis en pratique.
En fermant leur Bible et la déposant sur la table pour aller se faire prêcher, les protestants tournent simplement le dos à leur prineipe fondamental et tombént en plein catholicisme. Leur culte publique n’est done rien qu'une singerie du catholicisme. A quoi bon se faire singe? Ne serait-il pas plus raisonnable d’être catholique tout droit?