‹ Le Protestantisme comparé au Catholicisme dans ses rapports avec la civilisation EuropéeneChapitre 26 sur 51 · DE LA FAMILLE. MONOGAMIE. INDISSOLUBILITÉ DU LIEN CONJUGAL · texte numérisé non relu

DE LA FAMILLE. MONOGAMIE. INDISSOLUBILITÉ DU LIEN CONJUGAL

Nous avons vu ce que l'individu doit au Catholicisme; voyons maintenant ce que la famille lui doit. Il est clair que l'individu étant le premier élément de la famille , si c'est le Catholicisme qui Ta perfectionné , la perfection de la famille sera aussi bien l'œuvre du Catholicisme. Mais, sans insister sur cette déduction , je veux considérer le lien de famille en lui-même ; pour cela il est nécessaire d'appeler l'attention sur la femme. Je ne rappellerai pas ce qu'était la femme chez les anciens , ni ce qu'elle est encore chez les peuples qui ne sont pas chrétiens : l'histoire et plus encore la littérature de la Grèce et de Rome , nous apporteraient sur ce sujet des témoignages bien tristes, ou, pour mieux dire, bien honteux; et tous les peuples de la terre nous offriraient des preuves trop abondantes de la vérité et de l'exactitude d'une observation de Buchanan, savoir, que, partout où ne règne pas le Christianisme, il y a une tendance à la dégradation de la femme.

Peut-être le Protestantisme , sur ce point , ne voudra-t-il pas céder le terrain au Catholicisme ; il prétendra qu'en ce qui touche la femme, la Réforme n'a prejudicio eu rien à la civilisation européenne. Nous n'examinerons pas en ce moment si le Protestantisme a causé quelques maux sous ce rapport, cette question sera agitée dans un autre endroit de cet ouvrage ; mais ce qu'il est impossible de mettre en doute , c'est que, lorsque le Protestantisme apparut, la Religion catholique avait déjà terminé sa tache en ce qui concerne la femme ; personne n'ignore , en effet , que le respect et la considération que l'on accorde aux femmes et l'influence qu'elles exercent sur la société , datent de plus loin que du premier tiers du seizième siècle. D'où il suit que le Catholicisme n'a

eu et n'a pu avoir le Protestantisme pour coopérateur ; il agit entièrement seul par rapport à ce point, l'un des plus importants de toute vraie civilisation, et si Ton avoue généralement que le Christianisme a placé la femme dans le rang qui lui appartient proprement et qui convient le mieux au bien de la famille et de la société, c'est un hommage rendu au Catholicisme ; car, à l'époque où la femme se relevait de l'abjection, à l'époque où l'on travaillait à la replacer au rang de compagne de l'homme, digne de l'homme, ces sectes dissidentes qui s'appellent aussi chrétiennes, n'existaient pas, et il n'y avait d'autre christianisme que l'Eglise catholique.

On aura déjà remarqué , dans le cours de cet ouvrage , que lorsque j'attribue au Catholicisme des titres et des honneurs, je me garde d'avoir recours à de vagues généralités , et que je m'efforce d'appuyer mes assertions sur des faits. Le lecteur doit naturellement attendre que j'en fasse de même ici , et que je lui indique quels sont les moyens dont le Catholicisme s'est servi pour donner à la femme considération et dignité : je ferai en sorte qu'il ne soit pas trompé dans son attente.

Pour commencer, et avant de descendre aux détails, il faut faire observer que les grandes idées du Christianisme touchant l'humanité durent contribuer d'une manière extraordinaire à l'amélioration de l'état de la femme. Ces idées , qui s'appliquaient sans aucune différence à la femme aussi bien qu'à l'homme, étaient une protestation énergique contre l'état d'avilissement où se trouvait toute une moitié du genre humain. La doctrine chrétienne faisait évanouir à jamais les préjugés qui existaient contre la femme; elle l'égalait à l'homme dans l'unité de l'origine et de la destinée, et dans la participation aux dons célestes; elle la faisait entrer dans la fraternité universelle des hommes, entre eux et avec Jésus-Christ; elle la considérait aussi comme fille de Dieu, cohéritière de Jésus-Christ, comme la compagne de l'homme, et non plus comme une esclave ou un vil instrument de plaisir. Dès lors cette philosophie qui s'était attachée à la dégrader, devait se taire; cette littérature effrontée qui s'en prenait aux femmes avec tant d'insolence, trouvait un frein dans les préceptes chrétiens, et une réprimande non moins éloquente que sévère dans la manière pleine

de dignité dont tous les écrivains ecclésiastiques, à l'imitation de l'Ecriture , s'exprimaient sur la femme.

Toutefois , et malgré la bienfaisante influence que les doctrines chrétiennes durent exercer par elles-mêmes, le but désiré n'aurait pas été atteint d'une manière complète , si l'Eglise n'avait entrepris avec la plus ardente énergie de mener à bout l'œuvre la plus nécessaire , la plus indispensable pour la bonne organisation de la famille et de la société : je veux dire la réforme du mariage. La doctrine chrétienne sur ce point est très-simple : un seul avec une seule, et pour toujours. Mais la doctrine aurait été impuissante , si l'Eglise ne s'était chargée d'en faire l'application, et si elle n'avait soutenu cette tâche avec une inébranlable fermeté ; car les passions , et surtout celles de l'homme, se soulèvent contre une doctrine semblable, et elles l'auraient indubitablement foulée aux pieds si elles n'étaient venues se briser contre une insurmontable barrière qui ne leur laissait pásmeme entrevoir la plus lointaine espérance du triomphe. Le Protestantisme voudra-t-il se vanter d'avoir contribué aussi à affermir cette barrière , lui qui applaudit avec une joie si insensée au scandale de Henri Vlfl et se plia si lâchement aux exigences du landgrave de Hesse-Cassel ? Quelle étonnante différence? pendant plusieurs siècles, au milieu des circonstances les plus diverses, et parfois les plus terribles, l'Eglise catholique lutte avec intrépidité contre les passions des potentats, pour maintenir sans tache la sainteté du mariage. Ni les promesses, ni les menaces ne peuvent ébranler Rome ; rien n'est capable d'obtenir d'elle la moindre chose contraire à l'enseignement du divin Maître ; et le Protestantisme, au premier choc , ou, pour mieux dire, à la première ombre du plus léger embarras, à la seule crainte de se mettre mal avec un prince qui , certes , n'était pas trop puissant, cède, s'humilie, consent à la polygamie, trahit sa propre conscience, ouvre une large porte aux passions, et leur livre la sainteté du mariage, ce premier gage du bien de la famille, cette première pierre sur laquelle doit se cimenter la vraie civilisation.

La société protestante , plus sage sur ce point que les faux réformateurs qui s'efforçaient de la diriger , repoussa avec un

admirable bon sens les conséquences de la conduite de ses chefs ; bien qu'elle ne conservât point les doctrines du Catholicisme, elle suivit du moins la salutaire impulsion que celui-ci lui avait imprimée, et la polygamie ne s'établit point en Europe. Mais l'histoire conserve les faits qui démontrent la faiblesse de la prétendue Réforme , et la puissance vivifiante du Catholicisme. Elle dit à qui la loi du mariage , ce palladium de la société, a dû de n'être point faussée, pervertie, mise en pièces, au milieu des siècles barbares, au milieu de la plus épouvantable corruption , de la violence et de la férocité qui dominaient partout, tant à l'époque où les peuples envahisseurs flottaient péle-méle au sein de l'Europe , que dans celle de la féodalité , et dans ces temps où la puissance des rois éta déjà devenue prépondérante; l'histoire dira quelle force tutélaire empêcha le torrent de la sensualité de se déchaîner avec toute sa violence , avec tous ses caprices , d'amener la désorganisation la plus profonde , de corrompre le caractère de la civilisation européenne et de la précipiter dans cet effrayant abime où gisent depuis tant de siècles les peuples de l'Asie. Les écrivains passionnés ont beau fouiller dans les annales de l'histoire ecclésiastique pour y trouver des différends entre les Papes et les Rois , et en prendre occasion pour reprocher à la cour de Rome son entêtement d'intolérance en ce qui touche la sainteté du mariage; si l'esprit de parti ne les aveuglait point , ils comprendraient que si cet entêtement d'intolérance s'était relâché un seul instant , si le pontife de Rome avait reculé d'un seul pas devant l'impétuosité des passions , ce premier pas une fois fait, on se trouvait sur une pente rapide au terme de laquelle s'ouvre une abîme ; ils admireraient l'esprit de vérité, la conviction profonde, la vive foi dont cette chaire auguste est animée; nulle considération, nulle crainte n'a pu la faire taire , lorsqu'il s'est agi de rappeler à tous , et particulièrement aux Potentats et aux Rois , ce commandement : « lisseront deux en une seule chair ;V homme ne séparera point ce que Dieu a uni. » En se montrant inflexibles sur ce point , au risque même d'encourir la colère des Rois , nonseulement les Papes ont accompli le devoir sacré que leur imposait l'auguste caractère de chefs du Christianisme , mais

encore ils ont réalisé un chef-d'œuvre de politique, et contribué grandement au repos et au bien-être des peuples. « Car , dit Voltaire, les mariages des princes font dans l'Europe le destin des peuples, et jamais il n'y a eu de cour entièrement livrée à la débauche sans qu'il y ait eu des révolutions et mêmedès séditions. » (Essai sur Vhistoire générale, t. III, c. 101.)

Cette observation si exacte de Voltaire suffirait pour venger les Papes , et avec eux le Catholicisme , des calomnies de leurs misérables détracteurs ; elle prend encore plus de valeur et acquiert une importance immense si on l'étend , par-delà les bornes de l'ordre politique , à l'ordre social. L'imagination s'épouvante à la pensée de ce qui serait arrivé si ces rois barbares, en qui la splendeur de la pourpre déguisait mal le fils des forêts , si ces fiers seigneurs , fortifiés dans leurs châteaux , couverts de fer, et environnés de vassaux timides, n'avaient trouvé une digue dans l'autorité de l'Eglise ; si , au premier regard jeté sur une beauté nouvelle , à la première ardeur qui se serait réveillée dans leur cœur et leur aurait inspiré le dégoût de leur légitime épouse, ils n'avaient rencontré le souvenir toujours présent d'une autorité inflexible! Ils pouvaient, ils est vrai, accabler un évêque de vexations, le faire taire par la crainte ou les promesses; ils pouvaient arracher par la violence les votes d'un concile particulier, ou se faire un parti par les menaces , par l'intrigue , par la subornation ; mais, dans un obscur lointain, le faite du Vatican, l'ombre du Souverain-Pontife leur apparaissaient comme une vision terrassante ; ils perdaient alors toute espérance, tout combat devenait inutile; la lutte la plus acharnée ne leur aurait jamais donné la victoire ; les intrigues les plus astucieuses, les prières les plus humbles n'auraient jamais obtenu que la même réponse : Un seul avec une seule, et pour toujours.

Qu'on lise simplement l'histoire du moyen âge , de cette scène immense de violence , où se peint avec tant de vivacité l'homme barbare s'efforçant de briser les liens que la civilisation veut lui imposer ; qu'on se rappelle que l'Eglise dut faire une garde incessante et vigilante , non-seulement pour empêcher qu'on ne mît en pièces les liens du mariage , mais même pour préserver du rapt et de la violence les vierges, et jusqu'à

celles qui s'étaient consacrées au Seigneur, et l'on verra clairement que si l'Eglise catholique ne s'était opposée comme un mur d'airain au débordement de la sensualité , les palais des princes et les châteaux des seigneurs n'auraient pas tardé à avoir leur sérail et leur harem. Que se serait-il passé dans les autres classes de la société? elles auraient suivi le même courant, et la femme européenne serait restée dans l'état d'avilissement où se trouve encore la femme musulmane. Puisque je viens de rappeler les sectaires de Mahomet, je veux répondre en passant à ceux qui prétendent expliquer la monogamie et la polygamie par la seule raison des climats. Les chrétiens et Jes mahométans se sont longtemps trouvés sous le même ciel, et leurs religions respectives ont été établies , par les vicissitudes des deux peuples, tantôt dans des climats rigides, tantôt sous des zones douces et tempérées ; et cependant on n'a point vu que leurs religions s'accommodassent au climat, mais bien plutôt , le climat a été , pour ainsi dire , forcé de se plier aux religions.

Les peuples européens doivent une reconnaissance éternelle au Catholicisme qui leur a conservé la monogamie , l'une des causes qui, sans aucun doute, ont le plus contribué à la bonne organisation de la famille et à l'ennoblissement de la femme. Quelle serait aujourd'hui la situation de l'Europe , de quelle considération y jouirait la femme, si Luther, le fondateur du Protestantisme, fût parvenu à inspirer à la société l'indifférence qu'il manifeste sur ce point, dans son Commentaire sur la Cénese? « En ce qui est desavoir, dit Luther, si l'on peut avoir plusieurs femmes, l'autorité des patriarches nous laisse dans une complète liberté. » Il ajoute ensuite que c'est là une chose qui )iest ni permise ni prohibée, et que quant à lui il né décide rien. Malheureuse Europe! si de semblables paroles, sorties de la bouche d'un homme qui n'avait rien moins que des peuples entiers pour sectateurs, avaient été prononcées quelques siècles auparavant , au temps où la civilisation n'avait point encore reçu une impulsion assez forte pour lui faire suivre, malgré les mauvaises doctrines, une direction assuré*' sur les points les plus importants ! Malheureuse Europe! si, à l'époque où écrivait Luther, les mœurs n'avaient pas été

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déjà formées, si la bonne organisation donnée à la famille par le Catholicisme n'avait eu des racines trop profondes pour être arrachées par la main de l'homme, certainement, le scandale du landgrave de Hessel-Cassel ne serait pas resté dans ces temps-là un exemple isolé, et la coupable condescendance des docteurs luthériens aurait eu des fruits bien amers. De quoi aurait servi, pour contenir l'impétuosité féroce de peuples barbares et corrompus, cette foi vacillante, cette incertitude, cette lâcheté avec laquelle on voyait trembler l'Église protestante , à la seule exigence d'un prince tel que le landgrave? Comment une lutte qui se mesure par siècles aurait-elle été soutenue par ceux qui , à la première menace de combat , se rendent, et qui sont brisés avant le choc?

A côté de la monogamie, on peut dire qu'il n'y a rien de plus important que l'indissolubilité du mariage. Ceux qui , s'écartant de la doctrine de l'Eglise , pensent qu'il est utile en certain cas de permettre le divorce, de manière que le lien conjugal reste dissous, et que chacun des conjoints ait la liberté de passera de secondes noces, ne nieront point cependant qu'ils regardent le divorce comme un remède , remède dangereux, dont le législateur ne se sert qu'à regret, et seulement par égard pour la malice ou la faiblesse ; ils comprendront aussi qu'un grand nombre de divorces amènerait les maux les plus graves , et que pour prévenir ces maux dans les pays où les lois civiles permettent l'abus du divorce, il est nécessaire d'entourer cette permission de toutes les précautions imaginables; ils m'accorderont, par conséquent, que la manière la plus efficace de se préserver de la corruption des mœurs, de garantir la tranquillité de la famille , et d'opposer un ferme rempart à ce torrent de maux prêt à inonder la société , c'est d'établir l'indissolubilité du mariage comme principe moral , de lui donner pour fondement des motifs qui exercent un ascendant puissant sur le cœur , et de tenir constamment en bride les passions, pour les empêcher de glisser sur une pente si dangereuse. 11 est clair qu'il n'est point d'œuvre plus digne d'être l'objet des soins et du zèle de la véritable Religion. Or, quelle religion , si ce n'est la Religion catholique , a accompli ce devoir? Quelle autre religion a plus parlaitement rempli

une tâche si salutaire et si difficile ? Certes, ce n'est point le Protestantisme, lequel ne sut pas même pénétrer la profondeur des raisons qui dirigeaient sur ce point la conduite de l'Eglise catholique.

J'ai eu soin de rendre justice dans un autre endroit à la sagesse dont les sociétés protestantes on fait preuve, en ne s'abandonnant pas entièrement à l'impulsion que leurs chefs leur voulaient communiquer. Mais qu'on ne croie pas pour cela que les doctrines protestantes n'aient point eu , dans les pays soidisant réformés, des suites lamentables. Qu'on lise ce que dit à cet égard une femme protestante, parlant d'un pays qu'elle aime et qu'elle admire, madame de Staël, dans son livre sur l'Allemagne :

« L'amour, dit-elle, est une religion en Allemagne, mais une religion poétique qui tolère trop volontiers tout ce que la sensibilité peut excuser. On ne saurait le nier, la facilité du divorce dans les provinces protestantes porte atteinte à la sainteté du mariage. On y change aussi paisiblement d'époux que s'il s'agissait ci 'arranger les incidents d'un drame; le bon naturel des hommes et des femmes fait qu'on ne mêle point d'amertume à ces faciles ruptures ; et comme il y a chez les Allemands plus d'imagination que de vraie passion, les événements les plus bizarres s'y passent avec une tranquillité singulière; cependant , c'est ainsi que les mœurs et le caractère perdent toute consistance; l'esprit paradoxal ébranle les institutions los plus sacrées, et l'on n'y a sur aucun sujet des règles assez fixes. » {De l'Allemagne, P. Ire, c. ni.)

Entraînés par leur haine contre l'Eglise romaine, et excités par la fureur d'innover en tout, les protestants crurent avoii* fait une grande réforme en sécularisant, pour ainsi dire, le mariage , et en s'élevant contre la doctrine catholique qui le déclarait un véritable sacrement. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans une controverse dogmatique sur cette question ; il me suffit de faire observer qu'en dépouillant le mariage du sceau auguste du sacrement , le Protestantisme montra qu'il connaissait bien peu le cœur de l'homme. Considérer le mariage, non comme un simple contrat civil, mais comme un véritable sacrement , c'était le placer sous l'ombre auguste de la Religion,

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l'élever au-dessus de l'atmosphère agitée des passions ; et qui peut douter que cela ne soit absolument nécessaire, quand il s'agit de mettre un frein à la passion la plus vive , la plus capricieuse, la plus terrible du cœur de l'homme? Les lois civiles sont insuffisantes à produire un pareil effet ; il faut des motifs qui , puisés à une source plus haute , exercent une influence plus efficace.

La doctrine protestante renversait la puissance de l'Eglise en matière de mariage, et livrait exclusivement cette sorte d'affaires aux mains de la puissance civile. Quelqu'un pensera peut-être que l'extension donnée en ce point à la puissance séculière ne pouvait que servir à la cause de la civilisation , et que ce fut un magnifique triomphe remporté sur des préjugés surannés, une conquête prérieuse sur des usurpations injustes, que de chasser d'un pareil terrain l'autorité ecclésiastique. Malheureux ! si votre esprit renfermait quelques hautes pensées , si votre cœur sentait vibrer ces cordes harmonieuses qui révèlent, avec tant de délicatesse et tant d'exactitude, les passions de l'homme , et inspirent les moyens les plus propres à les bien diriger, vous verriez, vous sentiriez que placer le mariage sous le manteau de la Religion, et le soustraire autant que possible à l'intervention profane , c'était le purifier, l'embellir, l'environner de la beauté la plus enchanteresse ; car , c'était déposer sous une inviolable sauvegarde ce trésor précieux qu'un seul regard ternit et qui est flétri par le plus léger souffle. Quoi ! n'aimez-vous point un voile épais tiré à l'entrée du lit nuptial , et la Religion en gardant les approches avec un maintien sévère?

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