‹ Le Protestantisme comparé au Catholicisme dans ses rapports avec la civilisation EuropéeneChapitre 25 sur 51 · DU PROGRÈS DE L'INDIVIDUALITÉ PAR L'INFLUENCE DU CATHOLICISME · texte numérisé non relu

DU PROGRÈS DE L'INDIVIDUALITÉ PAR L'INFLUENCE DU CATHOLICISME

Donnons au mot individualité un sens juste et raisonnable, prenons le sentiment de l'indépendance personnelle dans une acception qui cesse de répugner à la perfection de l'individu et ne lutte pas contre les principes constitutifs de toute société ; si nous recherchons , après cela , les diverses causes qui ont influé sur le développement de ce sentiment, sans parler de celle que nous avons déjà signalée comme l'une des plus importantes , savoir , la notion vraie de l'homme et de ses rapports avec ses semblables , nous en trouverons , dans les entrailles mêmes du Catholicisme , plusieurs qui sont tout à fait dignes d'appeler l'attention. M. Guizot s'est trompé grandement lorsque , mettant les fidèles de l'Eglise au même rang que les anciens Romains , il a prétendu que les uns et les autres manquaient également du sentiment de l'indépendance personnelle. Il nous dépeint le fidèle comme absorbé par l'association de l'Eglise , consacré entièrement à l'Eglise , prêt

à se sacrifier pour elle; en sorte que c'étaient, selon lui, les intérêts de l'association qui le faisaient agir. Il y a là une erreur ; mais , comme cette erreur a pu prendre accidentellement sa source dans une vérité , c'est pour nous un devoir de distinguer les idées et les faits avec beaucoup d'attention.

Sans doute, dès le berceau du Christianisme, les fidèles eurent un attachement extrême pour l'Eglise, et il fut toujours bien entendu parmi eux qu'on ne pouvait s'écarter de la communion de l'Eglise sans cesser de compter au nombre des vrais disciples de Jésus-Christ. Il est également indubitable, ainsi que le dit M. Guizot, « qu'il régnait dans l'Eglise chrétienne un sentiment de grand attachement à la corporation chrétienne , de dévouement à ses lois , un vif besoin d'étendre son empire ; » mais il n'est point vrai que le fond et la source de tous ces sentiments fût le seul esprit d'association , à l'exclusion de tout développement de la véritable individualité. Le fidèle appartenait à une association, mais cette association était regardée par lui comme un moyen d'obtenir son bonheur éternel , comme un navire sur lequel il se trouvait embarqué , au milieu des tempêtes du monde , pour arriver sauf au port de l'éternité ; et bien qu'il crût impossible de se sauver hors de l'Eglise, il n'entendait pas pour cela être consacré à l'Eglise , mais à Dieu. Le Romain était prêt à se sacrifier pour sa patrie ; le fidèle , pour sa foi. Lorsque le Romain mourait , il mourait pour sa patrie ; le fidèle ne mourait point pour l'Eglise, il mourait pour son Dieu. Qu'on ouvre les monuments de l'histoire ecclésiastique , qu'on lise les actes des martyrs , on y verra ce qui se passait dans ce moment terrible où le chrétien , montrant tout ce qu'il était , découvrait, en présence des chevalets , des bûchers et des plus horribles supplices , le véritable ressort qui agissait dans son cœur. Le juge lui demande son nom. Le fidèle le déclare et ajoute : «Je suis chrétien. » On l'invite à sacrifier aux dieux. — « Nous ne sacrifions qu'à un seul Dieu , créateur du ciel et de la terre. » On lui reproche comme une ignominie de suivre un homme qui a été cloué à la croix; pour lui l'ignominie de la croix est une gloire , et il proclame hautement que le Crucifié est son Sauveur et son Dieu. On le menace des tour-

ments ; il les méprise , car les tourments sont une chose qui passe , et il se réjouit de pouvoir souffrir quelque chose pour son Maître. La croix du supplice est déjà préparée , le bûcher est allumé sous ses yeux , le bourreau lève la hache fatale qui doit lui trancher la tête ; que lui importe ! tout cela n'est qu'un instant , et après cet instant vient une vie nouvelle, une félicité ineffable et sans fin. On voit par là ce qui déterminait le cœur du fidèle ; c'étaient l'amour de son Dieu et l'intérêt de son bonheur éternel. Par conséquent il est faux et trèsfaux que le fidèle , semblable aux hommes des anciennes républiques, anéantit son individualité devant l'association à laquelle il appartenait , se laissant absorber dans cette association comme une goutte d'eau dans l'immensité de l'Océan. Le fidèle appartenait aune association qui lui donnait la règle de sa croyance et de sa conduite; il regardait cette association comme fondée et dirigée de Dieu lui-même ; mais son esprit et son cœur s'élevaient jusqu'à Dieu , et en suivant la voix de l'Eglise, il croyait s'appliquer à une affaire propre, individuelle , qui n'était rien moins que celle de son bonheur éternel.

Cette distinction était tout à fait nécessaire, dans une matière où les rapports sont si variés et si délicats , que la plus légère confusion peut amener des erreurs considérables. Ici se révèle à nous un fait caché, infiniment précieux, et d'où jaillit une vive lumière sur lès causes du développement et de la perfection de l'individu dans la civilisation chrétienne. Il est absolument nécessaire qu'il y ait un ordre social auquel l'individu soit soumis ; mais il convient aussi que l'individu ne soit pas absorbé par la société, au point qu'on ne puisse le concevoir que comme faisant partie de la société, au point qu'il reste absolument privé d'une sphère d'action propre. Jamais , s'il en était ainsi , la véritable civilisation ne se développerait d'une manière complète ; comme elle consiste dans la perfection simultanée de l'individu et de la société, il faut, pour qu'elle existe , que l'un et l'autre aient une sphère bien déterminée , où leurs mouvements propres et respectifs ne s'arrêtent et ne s'embarrassent jamais l'un par l'autre.

Après ces réflexions , sur lesquelles j'appelle d'une manière i.— xi. 19

spéciale l'attention de tous les hommes qui pensent , je ferai remarquer une chose qui peut-être n'a pas été encore observée : c'est que le Christianisme a contribué éminemment à créer cette sphère individuelle dans laquelle l'homme , sans rompre les liens qui l'unissent à la société , trouve la liberté de développer toutes ses facultés particulières. C'est de la bouche d'un Apôtre qu'est sortie cette généreuse parole , où nous trouvons une austère limite apportée au pouvoir politique : « Obedire oportet Deo magis quàm hominibus. (Àct., c. v, v. 29. ) Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. » L'Apôtre proclamait par là que l'individu doit cesser de reconnaître le pouvoir, dès que le pouvoir vient à exiger de lui ce qu'il croit contraire à sa conscience. Ce fut parmi des chrétiens qu'on vit pour la première fois un grand exemple : des individus de tous les pays , de tous les âges , de tous les sexes , de toutes les conditions, bravant la colère du pouvoir et toute la fureur des passions d'un peuple , plutôt que de prononcer un seul mot contraire aux principes qu'ils professaient dans le sanctuaire de leur conscience ; et cela , non pas les armes à la main, au milieu des émotions populaires, où se réveillent les passions fougueuses qui communiquent à l'âme une passagère énergie , mais dans la solitude et l'obscurité des cachots , au milieu du calme terrifiant des tribunaux , c'est-à-dire dans cette situation où l'homme, seul, isolé, ne peut montrer de la force et de la dignité , sans révéler l'élévation de ses idées, la noblesse de ses sentiments, la fermeté d'une conscience inaltérable et la grandeur de l'âme.

Le Christianisme grava fortement dans le cœur de l'homme cette vérité , que l'individu a des devoirs à remplir , alors même que le monde entier se soulèverait contre lui ; qu'il a une destinée immense à parcourir , et que c'est là pour lui une affaire propre, entièrement propre, dont la responsabilité pèse sur son libre arbitre. Cette importante vérité , sans cesse inculquée par le Christianisme à tous les âges , à tous les sexes , à toutes les conditions , a dû puissamment contribuer à réveiller dans l'homme un vif et ardent sentiment de sa personnalité. Ce sentiment , dans toute sa sublimité , se combinant avec les autres inspirations du Christianisme , tou-

tes remplies de dignité et de grandeur , a relevé l'âme humaine de la poussière dans laquelle la tenaient plongée l'ignorance , les superstitions grossières et les systèmes de violence qui l'opprimaient de toutes parts. Combien étranges et surprenantes durent être pour l'oreille des païens ces énergiques paroles de Justin, lesquelles n'exprimaient cependant que la disposition d'esprit de la généralité des fidèles , alors que , dans son Apologétique adressée à Antonin-le-Pieux , il disait : « Comme nous n'avons pas placé nos espérances dans les choses présentes, nous méprisons ceux qui nous tuent, la mort étant d'ailleurs une chose qui ne peut s'éviter. »

Cette pleine et entière conscience de soi-même , cet héroïque mépris de la mort , ce calme d'esprit d'un homme qui , appuyé sur le témoignage du sentiment intime , met au défi tous les pouvoirs de la terre , devaient d'autant plus servir à agrandir l'âme , qu'ils n'émanaient point de cette froide impassibilité stoïque dont le perpétuel effort , dépourvu de motif solide , était de lutter contre la nature même des choses. Le sentiment chrétien avait son origine dans un détachemeut sublime de tout ce qui est terrestre, dans une conviction profonde de la sainteté du devoir , et dans cette inébranlable maxime que l'homme, malgré tous les obstacles que lui oppose le monde , doit marcher d'un pas ferme à la destinée qui lui est marquée par le Créateur. Cet ensemble d'idées et de sentiments communiquait aux âmes une trempe forte et vigoureuse , qui , sans toucher en rien à la dureté farouche des anciens , élevait l'homme à toute sa dignité , à toute sa noblesse , à toute sa grandeur. Il faut observer que ces effets précieux ne se bornaient pas à un petit nombre d'individus privilégiés, mais que, conformément au génie de la Religion chrétienne , ils s'étendaient à toutes les classes ; car , un des plus beaux caractères de cette Religion divine, c'est l'expansion illimitée qu'elle donne à tout ce qu'il y a de bon ; c'est qu'elle ne connaît aucune acception de personnes , et qu'elle fait pénétrer sa voix jusque dans les lieux les plus obscurs de la société. Ce n'était pas seulement aux classes élevées et aux philosophes, mais à la généralité des fidèles, que s'adressait saint Cyprien, la lumière de l'Afrique , lorsque, résumant en

quelques mots toute la grandeur de l'homme , il marquait d'une main hardie le sublime degré où notre âme doit se maintenir sans jamais fléchir. «Jamais, disait-il, jamais celui qui se sent fds de Dieu n'admirera les œuvres de l'homme , Celui-là se précipite du sommet de sa noblesse , qui peut admirer autre chose que Dieu. y>(De Spectaculis. ) Sublimes paroles qui relèvent les fronts avec fierté , et font battre noblement les cœurs , paroles qui , se répandant sur toutes les classes comme une chaleur féconde, pouvaient inspirer au dernier des hommes ce qui jusque-là semblait exclusivement réservé aux transports du poëte :

Os homini sublime dédit, cœlumquc tuert Jussit, et erectos ad sidéra tullere vultus.

Le développement de la vie morale, de la vie intérieure, de cette vie dans laquelle l'homme se repliant sur lui-même, a coutume de se rendre un compte circonstancié de toutes ses actions , des motifs qui le dirigent , de la bonté ou de la perversité de ces motifs et de la fin à laquelle ils tendent , est principalement dû au Christianisme , à son influence incessante sur l'homme dans tous les états, dans toutes les situations , à tous les moments de son existence. Un semblable progrès de la vie individuelle, dans tout ce qu'elle a de plus intime, de plus vif, de plus intéressant pour le cœur de l'homme, était incompatible avec cette absorption de l'individu par la société , avec cette aveugle abnégation dans laquelle l'homme s'oubliait lui-même pour ne penser qu'à l'association dont il faisait partie. Cette vie morale, intérieure, était inconnue aux anciens , parce qu'ils manquaient de principes pour l'appuyer , de règles pour la diriger, d'inspirations pour la fomenter et la nourrir. Ainsi, à Rome, dès que l'élément politique perd son ascendant sur les âmes , dès que l'enthousiasme s'éteint par l'eifet des dissensions intestines, dès que tout sentiment généreux est étouffé par l'insupportable despotisme qui succède aux dernières agitations de la république , on voit la lâcheté et la corruption se développer avec une rapidité épouvantable. L'activité de l'âme , qui se consumait auparavant dans les débats du Forum et dans les glorieux exploits de la guerre, ne trou-

vant plus d'aliment , s'abandonne aux jouissances matérielles avec un déchaînement tel , que nous pouvons à peine le concevoir aujourd'hui, malgré le relâchement de mœurs que nous déplorons cependant avec tant de raison. C'est ainsi qn'on ne voit chez les anciens que ces deux extrêmes : ou un patriotisme porté au plus haut point d'exaltation , ou la prostration complète des facultés d'une âme qui s'abandonne sans limite à tout ce que lui suggèrent ses passions déréglées ; l'homme y était toujours esclave , ou de ses propres passions, ou d'un autre homme , ou de la société.

Depuis que le lien moral qui rattachait les hommes à l'unité catholique a été brisé; depuis que les croyances religieuses se sont affaiblies par suite de l'indépendance individuelle , que le Protestantisme a proclamée en matière religieuse , il nous est devenu malheureusement possible de concevoir, par des exemples puisés dans la civilisation européenne , ce que devait être chez les anciens l'homme encore privé de la vraie connaissance de lui-même , de son origine et de sa destinée. Nous nous réservons de signaler dans un autre endroit les points de ressemblance qui se découvrent entre la société antique et la société moderne, dans les contrées où l'influence des idées chrétiennes s'est affaiblie. Il nous suffit d'observer en ce moment que si l'Europe venait à perdre complètement le Christianisme, selon les désirs insensés de quelques hommes, une génération entière ne s'écoulerait pas , sans qu'on vît renaître parmi nous l'individu et la société tels qu'ils étaient chez les anciens , sauf les modifications qu'entraîne nécessairement la différence de l'état matériel des deux civilisations.

Le dogme du libre arbitre, si hautement proclamé par le Catholicisme, et soutenu par lui avec tant de vigueur, nonseulement contre le vieil enseignement païen , mais en particulier contre les sectaires de tous les temps, et spécialement contre les fondateurs delà prétendue réforme, a contribué aussi , plus qu'on ne le croit, à développer et à perfectionner l'individu , à relever les sentiments de son indépendance , de sa noblesse et de sa dignité. Quand l'homme vient à se considérer comme entraîné par la force irrésistible du Destin, et attaché à uue chaîne d'événements sur le cours desquels il ne

peut influer ; lorsqu'il vient à se figurer que les opérations de Pâme, ces vifs témoignages de sa liberté, ne sont qu'une vaine illusion, l'homme aussitôt s'anéantit; il se sent assimilé aux brutes; il cesse d'être le prince des êtres vivants, le dominateur de la terre; il n'est plus qu'un rouage fixé à sa place et qui continue forcément sa fonction dans la grande machine de l'univers. L'ordre moral cesse d'exister ; le mérite et le démérite, la louange et le blâme, la récompense et le châtiment, ne sont plus que des mots vides de sens. Si l'homme jouit ou souffre, ce n'est plus qu'à la manière de l'arbuste, qu'on voit tantôt caressé par un doux zéphir, tantôt secoué par la fureur de l'aquilon. Combien il en va autrement lorsque l'homme a la conscience de sa liberté! Alors il est le maître de sa destinée ; le bien et le mal , la vie et la mort sont sous ses yeux ; il peut choisir , et rien n'est capable de lui faire violence dans le sanctuaire de sa conscience. C'est là que l'âme a son trône; elle y est assise, pleine de dignité, et le monde entier mugissant contre elle , l'univers s'écroulant sur son corps fragile, ne peuvent la forcera vouloir ou à ne pas vouloir. L'ordre moral , dans toute sa grandeur , se déploie à nos yeux ; le bien se présente dans toute sa beauté, le mal dans toute sa laideur ; le désir de mériter nous stimule , la crainte de démériter nous retient ; la vue de la récompense, qui peut être obtenue par le libre eilbrt de la volonté, et qui apparaît comme suspendue à l'extrémité du sentier de la vertu, rend ce sentier plus doux, plus paisible, et communique à l'âme activité et énergie. Si l'homme est libre , il conserve je ne sais quoi de grand et de terrible, jusqu'au milieu de son crime, jusqu'au milieu de son châtiment , jusqu'au milieu du désespoir de l'enfer. Qu'est-ce qu'un homme qui a manqué de liberté, et qui cependant est puni? Que signifie cette proposition absurde , dogme capital des fondateurs du Protestantisme ? Cet homme est une faible et misérable victime, aux tourments de laquelle se complaît une toute-puissance cruelle, un Dieu qui a voulu créer pour voir souffrir, un tyran avec un pouvoir infini , c'est-à-dire le plus horrible des monstres. Mais si l'homme est libre, quand il souffre , il soufire, parce qu'il l'a mérité; et si nous le contemplons au milieu du

désespoir, plongé dans un océan d'horreur, le front sillonné par la foudre dont l'a justement frappé l'Éternel , il nous semble l'entendre, avec un geste allier et un regard superbe, prononcer encore ces paroles terribles : Non serviam, je ne servirai pas.

Dans l'homme, comme dans l'univers, tout est merveilleusement uni; toutes les facultés de l'homme ont entre elles des rapports délicats et intimes, et le mouvement d'une corde dans son âme fait vibrer toutes les autres, il est nécessaire d'appellor l'attention sur cette dépendance réciproque de toutes nos facultés les unes vis-à-vis des autres, afin de prévenir certaine objection qu'on pourrait nous faire. On nous dirait : « Tout ce que vous avez dit prouve uniquement que le Catholicisme a développé l'individu dans un sens mystique. » Non, non : les réflexions que je viens de présenter démontrent quelque chose de plus ; elles prouvent qu'on doit au Catholicisme la claire idée et le vif sentiment de l'ordre moral dans toute sa grandeur, dans toute sa beauté ; elles prouvent qu'on lui doit la véritable force de ce que nous appelons conscience, et que, si l'individu se croit appelé à une destinée immense, confiée aux mains de son libre-arbitre, et dont le soin lui appartient entièrement, c'est au Catholicisme qu'il doit cette croyance; elles prouvent que le Catholicisme a donné à l'homme la vraie connaissance qu'il a de lui-même, l'estime de sa dignité, le respect qu'on lui dispense à son seul titre d'homme; ellos prouvent que le Catholicisme a développé dans notre âme les germes des sentiments les plus nobles et les plus généreux ; car c'est lui qui a élevé notre pensée par les conceptions les plus hautes, dilaté notre cœur par l'assurance d'une liberté que rien ne peut lui arracher , par la promesse d'un prix infini , le bonheur éternel, tout en nous laissant dans la main la vie et la mort, et en nous faisant d'une certaine manière les arbítresele notre destinée. Il y a dans tout cela plus que du simple mysticisme: ce n'est rien moins que le développement de l'homme tout entier; rien moins que l'individualité vraie, la seule individualité noble, juste, raisonnable ; rien moins qu'un ensemble d'impulsions puissantes qui portent l'individu à sa perfection dans tous les sens; ce n'est rien moins que le premier, le plus

indispensable, le plus fécond élément de la véritable civilisation.

Page 1