BU BBYBLOPP. INTELLECTUEL EN EUROPE
la foi, la (Hmtroyerse n'aurait pas fait défaut : il suffit de rappeler ce qui se passa dans les écoles catholiques. Ces écoles controyersèrent l'une contre l'autre dans le temps même qu'elles se trouvaient en présence d'un ennemi commun; probablement si elles n'eussent été distraites par cet ennemi, leur polémique eût été encore plus yiye et plus chaude.
Les protestants n'ont aucun avantage sur les catholiques, pas plus sous le rapport de la controverse que sous le rapport de la critique. S'il est vrai que quelques-uns de nos théologiens ne comprirent pas la nécessité de tenir tète à l'ennemi avec des armes mieux trempées que celles qu'on puisait dans la philosophie d' Aristote, il n'en est pas moins certain qu'un grand nombre d'entre eux s'élevèrent à la hauteur convenable, avec un sentiment remarquable de la gravité de la crise ; ils surent comprendre que les études théologiques devaient être profondément modifiées. Quelque exagération qu'on mette à vanter la science des défenseurs de l'erreur, Bellarmin, Melâiior Gano, Petau, et beaucoup d'autres qu'il serait facile de citer, sont des hommes qui ne le cèdent en rien aux plus habiles protestants.
La connaissance des langues savantes devait contribuer singulièrement au progrès de la critique et de la' polémique bien entendues ; or, je ne vois pas que les catholiques soient restés en arrière dans la connaissance du latin, du grec, ni de l'hébreu. Antoine de Nébrija, Érasme, Louis Yivès, Laurent Villa, Léonard Arétin, le cardinal Bembo, Sadolet, Pogge,
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Melchior Cauo, et tant d'autres pmserentrils, par hasard, leur instruction dans l'école protestante? Les Papes ne donnèrent-ils pas la principale impulsion à ce mouvement littéraire? Qui protégea d'une main plus libérale les érudits? qui leur fournit plus de ressources? qui fit de plus grandes dépenses pour Vacquisition des manuscrits? A-t-on oublié que le goût de la pure latinité fut porté à ce point, que certains érudits répugnaient à lire la Yulgate, craignant dinfecter leur langage de locutions peu châtiées?
Quant au grec, il n'y a qu'à se rappeler comment et en quel temps il se répandit en Europe. Après la prise de Gonstantinople par les Turcs, les débris de la littérature grecque abordèrent aux côtes d'Italie. Ce fut en Italie que commença sérieusement l'étude du grec ; de l'Italie celte étude s'étendit à la ¥rauce et aux autres pays de TEurope. Un demi-siècle avant rapparition du Protestantisme, cette langue était enseignée à Paris par lltalien Grégoire de Tiferno. L'Allemagne elle-même vit briller, à la fin du quinzième siècle et au commencement du seizième, le célèbre Jean Reuclilin, qui enseigna le grec avec éclat, d'abord à Orléans et à Poitiers, puis à Ingolstadt. Eeuchlin, se trouvant à Rome, expliqua si heureusement et lut avec une prononciation si pure un passage de Thucydide en présence d'Argyropyle, que celui-là, plein d'admiration, s'écria . Grœcia noslra exilio iramvolavit Alpes {notre Grèce exilée a franchi les Alpes!)
En ce qui concerne l'hébreu, je transcrirai un re-
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marquable passage de l'abbé Goujet : « Les protestants, dit-il, voudraient bien se faire passer pour avoir été les restaurateurs de cette langue en Europe; mais il faut qu'ils reconnaissent qu'à cet égard, s'ils savent quelque chose, ils en sont redevables aux catholiques, qui ont été leurs maîtres, et les sources d'où dérive aujourd'hui tout ce qu]pn a de meilleur et de plus utile touchant les langues orientales. leau Reuchlin, qui a passé la plus grande partie dé sa vie dans le quinzième siècle, était certainement catholique, et il fut aussi l'un des plus habiles dans la langue hébraïque, et le premier des chrétiens qui Tait réduite en art. Jean Weissel de Groningue lui avait appris les éléments de cette langue, et lui-même eut des disciples en qui il avait réveillé l'amour pour cette étude. C'a été pareillement par le secours de Pic de la Mirandole, qui était vraiment attaché à la communion de l'Église romaine, que l'ardeur pour l'hébreu s'est animée dans l'Occident. Les hérétiques du temps du Concile de Trente , qui savaient cette langue, l'avaient apprise la plupart dans le sein de l'Église qu'ils avaient abandonnée, et leurs vaines subtilités sur les sens du texte excitèrent davantage les vrais fidèles à approfondir de plus en plus une langue qui pouvait tant contribuer à leur propre triomphe et à la défaite de leurs ennemis. Us entraient d'ailleurs dans l'esprit du Pape Clément V, qui, dès le commencement du quatorzième siècle, avait ordonné que le grec et l'hébreu, et même l'arabe et le chald^n, fussent enseignés publiquement pour rins<-