‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec ..., Volume 2Chapitre 20 sur 78 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

catholique, lorsqu'elle abolit la servitude, après avoir adouci le sort cruel des esclaves ? Qu'on relise les chapitres xv, xvi, xvii, xviii et xix de cet ouvrage, ainsi que les notes qui. s'y rapportent; on y trouvera cette vérité démontrée par des raisons et des documents irréfragables.

Secondement^ le droit de vie et de mort accordé par les lois à la puissance paternelle introduisait dans la famille un élément de dureté qui ne pouvait man« quer d'avoir des effets nuisibles. Heureusement, le cœur du père se trouvait en opposition continuelle avec la faculté accordée par la loi : mais si cette opposition même n'a pu empêcher certaines actions dont le récit nous fait frémir, n*est-il pas naturel de penser que, dans le cours ordinaire de la vie, des scènes cruelles rappelaient à chaque instant aux membres de la famille le droit atroce dont le chef était investi? Celui qui tient entre ses mains la liberté de tuer ne se laissera-t-il pas emporter mille fois à des actes d'un despotisme cruel? Or, cette extension des droits de la puissance paternelle, portée bien au delà des limites marquées par la nature , disparut successivement par la force des mœurs et des lois, que secondait pour une bonne part Tinfluence du Catholicisme. (Voyez le chapitre xxiv de cet ouvrage.) Aux deux causes que je viens de signaler, on peut en ajouter une troisième tout à fait analogue : le despotisme que le mari exerçait sur la femme , et le peu de considération laissée à celle-ci.

Les jeux publics formaient, chez les Romains, un

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^utre élément de dureté et de cruauté. Qu*est-il permis d'attendre d un peuple dont la principale dis*traction est d'assister froidement à un spectacle d'homicides, d*un peuple qui se compldt à regarder comment périssent dans l'arène des centaines d'hommes luttant entre eux ou contre des bêtes féroces?

En ma qualité d'Espagnol, je ne puis me dispenser de répondre ici à une objection qu'on ne manquera pas de m'adresser. Et les courses de taureaux en Espagne? me demandera-t-on; n'est-ce pas dans un pays chrétien et catholique qu'on Toit se conserver la coutume de faire combattre des hommes contre les animaux? L'objection, quelque pressante qu'elle paraisse, laisse cependant une issue. Avant tout, et pour prévenir toute interprétation fâcheuse , je déclare que cet amusement populaire est, à mon gré, barbare, et qu'il devrait être (si la chose est possible) complètement extirpé. Mais, cette déclaration faite, qu'on me permette quelques observations propres à couvrir Thonneur de mon pays. En premier lieu, on doit remarquer qu'il existe dans le cœur de l'homme un certain goût secret pour les chances et les périls. Un récit romanesque ne nous intéresse qu'autant que le héros se trouve environné de dangers. Une histoire qui ne serait qu'une chaîne non interrompue d'événements paisibles ne saurait piquer vivement notre curiosité. Nous aimons les faits extraordinaires 9 surprenants; et, quoi qu'il en coûte de le dire, notre cœur, tout en éprouvant la

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compassion la pins Mndre pour Tinfortnne, semble se lasser s'il ne considère de temps à autre des tableaux où le sang a mis une sombre parure. De là le goût pour la tragédie et poar ces spectacles qui, fictivement ou en réalité, étalent à nos yeux quelque terrible péripétie.

II ne m'appartient pas d'expliquer l'origine de ce phénomène, il me suffit d'en constater Texistence : les étrangers qui nous accusent de barbarie devraient observer que le goût du peuple espagnol pour les courses de taureaux n'est qu'un effet particulier d'une inclination inhérente partout au cœur de l'homme. Ceux qui, à propos de cette coutume du peuple espagnol y affectent tant d'humanité, résoudront-ils les questions suivantes : Pourquoi l'empressement de la foule à tout spectacle où les acteurs, pour une cause ou pour une autre , courent quelque péril? Pourquoi tout le monde assisterait-il volontiers à la plus sanglante bataille , si ce pouvait être sans danger? D'où Tient que partout une multitude immense accourt pour être témoin de l'agonie du criminel sur le gibet? D'où vient enfin que les étrangers qui se trouvent à Madrid se rendent complices de la barbarie des Espagnols, en assistant aux courses des taureaux?

Si je dis ceci, ce n'est pas le moins du monde^ je le répète, pour excuser une coutume qui me parait indigne d'un peuple civilisé, mais pour faire sentir que snr ce point, aussi bien que sur presque toute question ayant rapport au peuple espagnol, il y a

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dts exagéf attims qu'il est bon de réduire à des limita railso&Dables. Ajoutons une réflexion, qui est Texcuse k plus puissante en faveur de ce spectacle réprébensiUe.

Au lieu de fixer l'attention sur le spectacle même, considérons les maux qui en sont la suite. Or, demanderai-je, combien d'hommes meurent en Ëspci^ne dans les luttes contre les taureaux? Un nombre infiniment restreint et tout à fait insignifiant^ eu ^rd à la fréquence de ces spectacles ; en sorte que si Ton dressait un état comparatif des accidents qui arrivent par suite de cet amusement et de ceux qu'occasionnent d'autres jeux, tels que les courses de cfa»vaux et autres semblables, il se trouverait peut-^tre que les courses de taureaux, quelque barbares qu'elles soient, ne le sont cependant pas au point de mériter les anath^es dont les étrangers ont bien voulu nous gratifier.

Pour revenir à l'objet priucipal, comment, de^ manderons - nous , comparerait-^n cet amusement des Ëspagnds, qui peut-être ne coûtera pas la vie d'un homme pendant plusieurs années^ a ces jeaiL terribles dans lesquels la mort formait une condi*tion nécessaire du plaisir des spectateurs? Le triomphe de Trajan sur les Daces fut célébré par des jeux publics qui durèrent viogt-trois jours, et firent périr l'effroyable nombre de dix mille gladiateurs. Tels étaient les jeux qui divertissaient à Rome, nonseulement la populace, mais les classes les plus élevées ; tel était le spectacle qu'il fallait à un peuple

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chez lequel la Tolupté s alliait à la cruauté la plus atroce. Preuve convaincante de ce que j'ai dit plus haut, savoir, que les mœurs peuvent être molles sans être douces, que la brutalité d'une mollesse effrénée s accommode fort bien avec Tinstinct féroce qui fait répandre le sang.

De semblables spectacles ne seront jamais tolérés chez les peuples modernes, quelque corrompues qu'y soient les mœurs. Le principe de la charité a étendu trop universellement son empire, pour que de pareils excès puissent se renouveler. Cette charité n'obtient pas, il est vrai, que les hommes se fassent réciproquement tout le bien qui serait de.leur devoir, mais du moins elle les empêche de faire froidement le mal, d'assister tranquillement à la mort de leurs semblables pour le plaisir d'une émotion passagère. Dès son apparition, le Christianisme réveilla dans la société cette sainte horreur de Thomicide. Qui ne sait la répugnance des chrétiens aux spectacles des Gentils, répugnance prescrite et avivée par les admonestations des premiers pasteurs de l'Église? C'était une chose reconnue que la charité chrétienne défendait d'assister à des jeux dans lesquels l'homicide faisait les frai^ du spectacle. «Pour nous, disait un des apologistes despremiers siècles, nous faisons peu de différence entre tuer un homme ou le regarder tuer (4).'»

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