‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec ..., Volume 2Chapitre 21 sur 78 · CHAPITRE XXXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIL

DE l'adoucissement DES MOEURS PAR l' ACTION DE l'É&LISE.

La société moderne devrait, ce semble, se distinguer par la dureté et la cruauté, puisqu'elle est le résultat de la société des Bomains et de celle des Barbares, dont le double héritage ne pouvait être que dureté et cruauté. Qui ignore les mœurs féroces des Barbares du Nord? Les historiens de cette époque nous en ont laissé. des narrations dont la lecture nous fait frémir. On en vint à croire que la fin du monde était proche ; et en vérité, on était excusable de regarder comme prochaine la dernière des catastrophes, lorsque tant d'autres accablaient Thumanité. Que serait-il advenu du monde dans cette crise, si le Christianisme n eût existé? En supposant même que la société fût parvenue à s'organiser de nouveau sous une forme ou sous une autre, il est certain que les relations particulières et publiques seraient restées affectées d'un désordre déplorable, que la législation aurait contracté un caractère d'injustice et d'inhumanité. C'est pourquoi Tinfluence de l'Église sur la législation civile fut un bienfait inestimable;

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la puissance même du clergé, dans Tordre temporel, fot une des premières sauv egar des des plus hauts iotérêts de la société.

Ou s*est souvent élevé contre ce pouvoir temporel du clergé, contre cette influence de TÉglise dans les affaires du monde. Mais, avant tout, il fallait songer que ce pouvoir et cette influence furent amenés parla nature même des choses ; c'est-à-dire qu'ils furent naturels : pourquoi donc perdre son temps à déclamer contre un ordre de faits dont il n'était donné à aucun honmie d*empècher la réalisation? Ce pouvoir, cette influence étaient légitimes ; lorsque la société s abîme, rien de plus légitime que qui peut la sauver la sauve. Or, à Tépoque où nous nous reportons, r%lise seule était capable de sauver Tordre social L'Église, qui nest point un être abstrait, mais une société réelle et sensible, était tenue d'agir, sur la société civile, par des moyens également sensibles et réels. S'agissait-il des intérêts purement matériels? Les ministres de l'Église, d'une manière ott d'une autre, devaient prendre part à la direction de ces intérêts. Ces réflexions sont si naturelles, ^^ suffit du simple bon sens pour en saisir Texactitnde. La généralité de ceux qui entendent quelque chose a Thistoire est aujourd'hui d'accord sur ce point; els| nous ne savions combien il en coûte d'ordinaire» l'esprit de l'homme pour entrer dans la voie du vrai| surtout jusqu'à quel point la mauvaise foi s'est trouvée mêlée à l'examen de ces questions, il nous serait difficile d'expliquer comment il a fallu tant de temps

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pour que tout le monde se mit d'accord sur une vérité qui saute aux yeux à la simple lecture de This* toire. Mais revenons à notre sujet.

Cet informe mélange de la cruauté d'un peuple cultivé, mais corrompu, avec la fât)cité des peu^es barbares, enorgueillis de leurs triomphes et abreuvés de sang pendant de longues guerres, déposa dans k société européenne un germe de dureté, de cruauté qui j fermenta pendant des siècles, et dont nous trouvous encore quelque chose à des époques récentes. Le précepte de la charité chrétienne était entré dans les tètes; mais la cruautédes Bomains, se combinant avec la férocité des Barbares, dominait encore les cœurs; les idées étaient pures, bienfaisantes, parce qu'elles émanaient d'une religion d*amour ; mais elles rencontraient une résistance terrible dans les mœurs, dans les institutions, dans les lois ; car les mœurs, les institutions, les lois portaient le sceau plus ou moins défiguré des deux principes dont je viens de signaler le mélange.

En réfléchissant sur la lutte continuelle, tenace, engagée entre TÉglise catholique et les éléments qui lui résistent, on voit avec la dernière évidence que les idées chrétiennes ne seraient jamais parvenues à dominer la législation et lesmœurS) si le Christianisme n'eût été qu'une idée religieuse abandonnée au caprice des hommes, tel que le conçoivent les protestants; il fallait que le Christianisme fût réalisé dans une institution robuste, dans une société fortement constituée, ainsi que nous voyons l'Église oalholique.

88 GHAPITAE XXXII.

Poar donner une idée des efforts accomplis par l'É^ glise, j'indiquerai quelques-unes des dispositions pri« ses par elle en vue d'adoucir les mœurs.

Les inimitiés particulières^ dans les temps dont nous parlons , revêtaient un caractère violent ; le droit se décidait par le fait, le monde se voyait menacé de n'être bientôt que le patrimoine du plus fort. Le pouvoir public n'existait pas, ou se perdait dans le tourbillon des violences et des désastres que sa faible main ne parvenait ni à écarter ni à réprimer ; il se trouvait absolument impuissant à imprimer aux mœurs une direction pacifique, en assujettissant les bommes à la raison et à la justice. Aussi voyons-nous que l'Église, outre l'enseigdfBment et les admonestations générales inséparables de son ministère sacré, adopta certaines mesures propres à contenir le débordement de violence qui ravageait et détruisait tout.

Le concile d'Arles, célébré au milieu du cinquième siècle, de l'année 443 à l'année ')52, dispose, par son canon 50, que l'Église sera interdite à ceux qui ont des inimitiés publiques, jusqu'à ce qu'ils se soient réconciliés.

Le concile d'Angers, célébré l'an 453, proscdt, par son troisième canon, les violences et les mutilations.

Le concile d'Agde, en Languedoc, célébré l'an 506, ordonne, dans son canon 31^ que les ennemis qui ne voudront pas se réconcilier seront aussitôt admonestés par les prêtres, et excommuniés faute par eux de suivre ces conseils.

Les Francs, dans ce temps là; marchaient toujours

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armés ; ils entraient dans Tëglise avec lears armes. On comprend qu'une semblable coutume devait avoir de graves inconvénients ; la maison de prières se trouvait souvent changée en une arène de vengeance et de sang. Au milieu du septième siècle, le concile de Gbâions- sur-Saône, dans son canon 17 , décerne la peine de l'excommunication contre tout laïque qui provoque des tumultes ou lire l'épée pour frapper quelqu'un dans les églises ou dans leur enceinte. Le canon 29 du troisième concile d'Orléans, célébré Tan 5«38, défend à qui que ce soit d'assister en armes à la messe ou aux vêpres.

Il est curieux d'observer avec quelle uniformité de plan, avec quelle identitéde vues s'avance TÉglise. A une époque où certes les communications ne pouvaient être fréquentes , des pays très-éloignés les uns des autres nous présentent des dispositions analogues à celles que nous venons d'indiquer. Le concile de Lérida, célébré l'an 546, dispose, par son septième canon, que celui qui aura fait serment de ne pas se réconcilier avec son ennemi, sera privé de la communion du corps et du sang de Jésus-Christ^ jusqu'à ce qu'il ait fait pénitence de son serment, et se soit réconcilié.

Les siècles se succédaient, le précepte de la charité fraternelle, qui nous oblige d'aimer nos ennemis mêmes, rencontrait toujours une résistance ouverte dans le caractère dur et les passions féroces des descendants des Barbares : mais TÉglise ne se lassait pas de prêcher le précepte divin ; elle l'inculquait

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à cbaque instaat et s'efforçait de le rendre efficace au moyen des peines st)if ituelles. Plus de quatre cents ans s'étaient écoulés depuis ce concile d'Arles, dans lequel Ti^lise avait prononcé l'interdiction contre quiconcpie nourrissait une animosité particulière ; le concile de Worms , célébré l'an 868 , pro*nonce, dans son canon 41, rexcommunioation contre les ennemis qui refusât de se réconcilier.

Lorsqu'on a la moindre idée du désordre qui régnait dans ces temps4à, on ne s'étonnera point qu'un période de quatre cents ans n'ait pas suffi pour apaiser la violence des inimitiés. Il semble que l'Église eût dû se lasser d'inculquer un précepte que des circonstances funestes rendaient si souvent infructueux ; mais il n'en était rien ; elle continuait de parler ce jour-là comme elle avait parlé la veille, c<NiAme elle avait parlé des siècles auparavant ; jamais elle ne perdit la confiance que ses paroles porteraient un fruit dans le présent et seraient fécondes pour l'avenir.

Tel est son système; on dirait qu'elle ^itend sans cesse retentir à son oreille ces paroles : Crie, ne cesse de crier ; élevé ta voix eomme nne trompette. C'est ainsi qu'elle triomphe de toutes les résistaiM^es. Quand elle ne peut exercer son empire sur la yolonté d'un peuple > elle fait résonner sa voix, avec une constance infatigable, dans l'ombre du sanctuaire. Là elle réunit les sept mille qui n'ont pas fléchi h genou devant Baal , et en même temps qu'dle s'applique à les confirmer dans la foi et les bonses

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œuvres, elle proteste au Bom de Dieu contre ceux qui résistent à VEsprit saint. Eu traversant le tumulte d une cité populeuse, ne vous est-ii p(Hnt arrivé de pénétrer dans quelque enceinte sacrée où régnent la gravité et le silence, au sein d une obscurité religieuse? Là, un ministre du sanctuaire, en* touré d'un nombre choisi de fidèles, élève de temps en temps la voix et fait entendre quelques paroles austères et solennelles : voilà la personnification de l'Église dans certaines époques désastreuses.

Une des règles de la conduite de TÉglise catholique a été de ne fléchir jamais devant le puissant. Quand elle a proclamé une loi, elle la proclamée pour tous, sans exception de rang. Aux époques de la puissance de ces petits tyrans, qui, sous tant de noms différents, opprimaient ou vexaient le peuple, celte conduite de TÉglise contribua d*une manik-e extraordinaire à rendre populaires les lois ecclésiastiques; rien n'était plus propre à rendre une charge supportable au peuple , que de lui montrer cette même charge pesant sur le noble et sur le roi lui-même. Au temps où nous nous reportons, les inimitiés et l^ violences entre plébéiens étaient sévèrement proscrites , mais la même loi s'étendait aux grands et aux rois. En Angleterre, peu de temps après que le Christianisme s'y est établi, nous trouvons rexcommunication prononcée contre trois princes dans une même année , dans une même ville ; tous les trois sont obligés , par des oanciles^ à faire pénitence des crimes qu'ils ont commis. Ce

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