HE LA BIENFAISANCE PUBLIQUE
de rien recevoir des pauvres que Ton inscrit, et cela sous peine de déposition.
Le zèle pour Tamélioration du sort des prison* nierS| genre de charité qui s*est si activement déployé dans les temps modernes, est extrêmement ancien dans l'Église. On doit remarquer qu'il existait déjà, au sixième siècle, un visiteur des prisons. L'archidiacre ou le prévôt de Téglise avait l'obligation de visiter les prisonniers tous les dimanches. Aucune catégorie de criminels n'était exceptée du bienfait de cette sollicitude. L'archidiacre devait s'informer de leurs nécessités, et leur faire tenir, par une personne recommandable du choix de l'évêque, la nourriture et tout ce dont ils avaient besoin. C'est ce qui résulte du canon 20 d'un concile d'Orléans, célébré Tan 549.
11 serait trop long d'énumérer même la moindre partie des dispositions qui attestent le zèle de l'Église pour le soulagement et^la consolation des infortunes; ce serait d'ailleurs un soin hors de propos : je me suis uniquement imposé la tâche de comparer l'esprit du Protestantisme avec celui du Catholicisme, par rapport aux œuvres de bienfaisance. Néanmoins, puisque le développement même de la question m*a conduit à quelques indications historiques, je rappellerai le canon 141 du concile d^Âix-Ia-CbapelIe, lequel enjoint aux prélats de fonder, à l'exemple de leurs prédécesseurs, un hôpital pour y recevoir tous les pauvres que les rentes de l'église suffiront à entretenir. Les chanoines devaient donner à Thôpi-
132 GHÀPITBB XXXIII.
tal la dime de leurs fruits ; Tun d'eux était désigné pour recevoir les pauvres, les étrangers, et veiller à l'administration de ThôpitaL Telle est la règle des chanoines. Dans la règle destinée aux chanoinesses, le même concile dispose qu'il sera établi un hôpital près du ndonastère, et que le monastère même contiendra un local réservé aux femmes pauvres. C'est pourquoi, en divers endroits, bien des siècles plas tard, on remarquait des hôpitaux près des églises dfô chanoines.
Si nous nous rapprochons des temps modernes, nous verrons se fonder partout des instituts destinés à la bienfaisance. De tous côtés surgissent, avec une admirable fécondité, autant de ressources qu'il en faut pour secourir toutes les infortunes. On ne peut calculer avec précision ce qui serait arrivé sans l'apparition du Protestantisme ; mais du moins il est une conjecture que les règles de l'analogie autorisent. Si le développement de la civilisation européenne eût été porté jusqu'à son complément soas le principe de l'unité religieuse ; si la prétendue Réforme n'eût plongé l'Europe dans des révolutions et des réactions continuelles, il serait certainement né, du sein de la Religion catholique , quelque système général de bienfaisance qui, organisé sur une grande échelle et conformément aux progrès nouveaux de la société, eût été capable de prévenir la plaie du paupérisme, ce cancer des peuples modernes, ou d'j porter un remède efficace. Que n'aurait-on pu attendre de toutes les intelligences et de toutes les ri-
DB LA irifiNVAISAlSÎGV PUBLIQUE. ||8
chesges de l'Europe, s'employant de concert à obtenir ce grand résultat? Malheureusement, Tunité dans la foi fut brisée; ou méconnut Tautorité qui devait , qui devra encore dans Tayenir servir de centre. Dès cet instant, l'Europe, dont les diverses nations semblaient prêtes à former un peuple de frères, fut changée en un champ de bataille où l'on combattit avec un acharnement inouï. La haine engendrée par la différence de religion empêcha les efforts de se réunir pour marcher au-devant des complications nouvelles ; et les nécessités qui allaient surgir du sein de Torganisation sociale et politique de l'Europe nç purent être prévenues. On vit s'acclimater parmi nous les disputes haineuses, Tiosurrection et la guerre.
Ne Toublions pas : non-seulement le schisme des protestants a empêché la 9*éunion de tous les efforts de l'Europe pour atteindre le but que nous venons d'indiquer; mais de plus il a été cause que le Catholicisme n'a pu agir d'une manière régulière daqs les pays même où il a conservé un empire absolu ou une prépondérance marquée. Dans ces pays, le Catholicisme a dû se tenir constamment dans une attitude de défense ; les attaques de son ennemi Font obligé d'employer une grande partie de ses ressources à sauver sa propre existence. Il résulte de là que, très -probablement , Tordre actuel des choses en Europe est entièrement différent de ce qu'il aurait été dans la supposition contraire , et peut-être, dans ce dernier c^s, l'Ei^rope n'aurîiU-elle point été ré-
yGooçle
134 CHAPITBB XXXIH.
duite à la triste nécessité de s'épuiser en efforts impuissants contre un mal qui, d'après toutes les apparences, à moins qu'on nlmagine des moyens jusqu'ici inconnus, est à peu près sans ressource.
On me dira que TÉglise, dans ce cas, aurait conserTé, en tout ce qui a trait à la bienfaisance, une autorité excessive, apportant par là une restriction injuste aux droits du pouvoir civil. C'est une erreur. Jamais r£glise n'a rien réclamé qui ne contint parfaitement à son ineffaçable caractère de protectrice de toutes les infortunes. Dans certains siècles^ il est vrai, on entend à peine une autre yoii, on aperçoit à peine une autre action que la sienne, lorsqu'il s'agit de bienfaisance ; mais il faut observer que le pouvoir civil, dans ces siècles, était fort loin de posséder une administration régulière et vigoureuse, capable de seconder l'Église conune il convient. L'Eglise, en cela, n'obéissait nullement à l'ambition : c'était son zèle qui la portait à se charger du double soin des choses temporelles et spirituelles, sans reculer devant aucun sacrifice.
Trois siècles se sont écoulés depuis l'événement dont nous déplorons les résultats funestes. L'Europe, durant ce période de temps, a été soumise, en grande partie, à rinfluence du Protestantisme ; elle n'a pas fait un pas au delà du point qu'elle avait atteint à cette époque. Je ne puis croire que ces trois siècles se fussent écoulés, sous l'influence exclusive du Catholicisme, sans produire au sein de l'Europe une invention de charité par laquelle les systèmes de
yGooçIe
DB LA BIBNFAISANCB PCBLIQUB. 136
bienfaisance se seraient trouvés élevés à la hauteur que réclament les difficultés et les intérêts nouveaux de la société. Jetons un regard sur les divers systèmes enfantés par les esprits qui s'occupent de cette grave question ; nous y trouvons constamment Vassociation sous une forme ou sous une autre. Or, l'association a été précisément, à toutes les époques, un des principes de prédilection du Catholicisme, lequel, proclamant ïunité dans la foi, proclame aussi Vunion en tout. Mais il y a cette différence, qu'un grand nombre des associations qui sont conçues et établies de nos jours ne sont antre chose qu une agglomération d'intérêts; elles manquent de Yunion des volontés, de Vunité du but , conditions qui ne sauraient s acquérir qu'au moyen de la charité chrétienne. Cependant, ces deux conditions sont d'une nécessité absolue pour réaliser les grandes œuvres de bienfaisance , si tant est qu'on en veuille faire autre chose qu'une simple affaire d'administration publique. Quant à l'administration elle-même, elle ne sert guère lorsqu'elle n'est point vigoureuse ; et malheureusement, lorsqu'elle acquiert la vigueur nécessaire , son action se ressent toujours un peu de la dureté et de la tension des ressorts. C'est pourquoi il y faut la charité chrétienne, qui, s'infiltrant de tous côtés comme un baume, adoucit ce qu'il y a de dur dans l'action de l'homme.
Je plains les malheureux qui, dans leurs besoins, se trouvent réduits aux secours de l'administration civile, sans une intervention de la charité chrétienne.
tH caiPiiBB XXXIII.
Dàtis les rapports présentés au public, la philanthropie exagérera les soins qu'elle prodigue à Fiufortune, mais les choses en réalité iront d*une tout autre façon. L'amour de nos frères, lorsqu'il ne se trouve pas fondé sur les principes religieux, est aussi fécond en paroles qu'avare d'actions. La vue du pauvre, du malade, du vieillard infirme, est uu spectacle trop désagréable pour que nous en supportions longtemps la vue si nous n y sommes obligés par des motifs très-puissants. Peut-on espérer qu'un sentiment vague d'humanité suffise pour nous faire soutenir, comme il convient, les soins continus qu'exige le soulagement de ces infortunés? Là où manquera la charité chrétienne, une bonne administration obtiendra sans doute ponctualité, exactitude, tout ce qu'on peut demander à des hommes qui reçoivent un salaire pour servir ; mais il y manquera une chose, que rien ne remplace, et qui ne se paye point : Vamour. N'avez-vous donc point foi dans la philanthropie? Non : aijisi que l'a dit M. de Chateaubriand, la philanthropie nest que la fausse monnaie de la charité.
11 était donc parfaitement raisonnable que l'Église gardât une intervention directe dans toutes les branches de la bienfaisance ; car, mieux que personne, elle savait faire agir la charité chrétienne, et l'appliquer à toute sorte de misères. En quoi, nous le répétons, elle ne satisfaisait point son ambition, mais donnait carrière à son zèle ; elle ne réclamait point un priyilége, mais faisait valoir un droit. Au
DE Là T0LBBANG9 BU ]|ATI^ DB BBLIGION. tS7
surplas, si Ton s'obstiiie à nommer cela ambition, on ne niera pas du moins que ce ne soit nne ambition d'une espèce nouvelle : ambition digne de gloire et de récompense, qui réclame le privilège de secourir et de consoler l'infortune (6)!