DU DROIT DE COERCITION EN GENERAL
Combien, dans le dernier siècle, n'at-on pas dé^ clamé contre Tintolérance ! Une philosophie moins légère que celle qui régnait alors aurait un peu plus réfléchi sur un fait que Ton est libre d'apprécier de diverses manières, mais dont on ne peut nier l'universelle existence. En Grèce, Socrate meort buvant la ciguë. Borne, dont on a vanté la tolérance, tolère, en effet, des dieux étrangers; mais ces dieux ne sont étrangers que de nom, puisqu'ils font partie de cette espèce de panthéisme, qai est le fond même de la religion romaine ; dienx qui , pour être déclarés dieux de Bome, n'avaient besoin que d'une simple formalité, de recevoir, pour ainsi dire, le titre de citoyens. Mais Bome n'autorise point les dieux des Égyptiens, non plus que la religion des juifs ou celle des chrétiens. Bome avait, sans doute, sur ces religions, bien des idées fausses ; cependant elle les enten- IT. 9
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dait assez poar c<»npreodre que leur essence était fort différente de Tessence de la sienne. L'histoire des empereurs païens est Fliistoire de la persécution de rÉglise ; les empereurs se font chrétiens, aussitôt commence une législation pénale contre ceux qui «livent une religion différente. Dans les siècles postérieurs, Tin tolérance s*est continuée sous diverses formes; elle s'est perpétuée ainsi jusqu'à nous, et nous n'en sommes pas aussi libres qu'on Tondrait le faire croire. L'émancipation des catholiques, en Angleterre, est d'une date très-récente ; les bruyants démêlés du gouvernement prussien avec le Souverain Pontife, au sujet de certains actes arbitraires du gouvernement à l'égard de la Religion catholique, sont d'hier ; la question d'Ârgovie, en Suisse , est encore pendante, et la persécution du gouvernement russe contre le Catholicisme se poursuit aussi rudement qu'à aucune autre époque : voilà pour ce qui regarde les sectes religieuses. Quant à la tolérance des philosophes si humains du dix-huitième siècle, il faut avouer qu'on l'aurait trouvée fort aimable, si elle n'avait reçu sa sanction de la main de Bobespierre.
Tout gouvernement qui professe une religion est plus ou moins intolérant à l'égard de celles qu'il ne professe pas, et cette intolérance ne diminue ou ne cesse que lorsque les sectateurs de la religion détestée se font redouter par une très-grande force , ou mépriser par une extrême faiblesse. Appliquez cette règle à tous les temps, à tous les pays : partout vous