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point, infiniment supérieure à Tautre, non-seulement à cause de la pureté de sa morale et de la puissance de ses principes et de ses motifs, mais aussi parce qu'elle observe le sage système d'inculquer continuellement cette morale , de la graver fortement dans les esprits, de la rappeler sans cesse de peur qu'on ne l'oubUe.
Par cette répétition constante des mêmes vérités, le Christianisme obtient ce que les autres religions n'ont pu obtenir : aucune d'elles, en effet, n'a réussi à organiser et à mettre en pratique un tel système. Mais je me suis étendu suffisamment sur ce point dans le premier volume de cet ouvrage (chapitre xiv) ; il est inutile de répéter ce que j'ai dit. Je passe à quelques considérations particulières sur la conscience publique européenne.
On ne peut nier que la raison et la justice ne dominent, généralement parlant, dans cette conscience publique. FeuiUetez les codes, observez les faits; vous ne découvrirez ni dans les lois, ni dans les mœurs, ces injustices choquantes, ces immoralités repoussantes que vous trouverez chez d'autres peu -, pies. Il y a certainement des maux, des maux trèsgraves ; mais du moins personne ne méconnaît ces maux, et ils sont qualifiés comme il comient. On n'entend pas appeler Uen le mal , et mal le bien : en un mot, la société, par rapport à certaines choses, est comme ces individus dont les principes sont bonsy dont les moeurs sont mauvaises, qui sont les prejiiiers à reconnaître que leur conduite est blâmable, II. S
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et qu^îl y a contradiction witre leors maximes et leurs actions.
Nous déplorons souvent la corruption des mœurs, le libertinage de nos grandes villes ; mais (ju'est-ce que la corruption des sociétés modernes comparée à la corruption des sociétés antiques? Certes, on ne peut nier qu'il ne règne une dissolution effroyable dans quelques capitales de l'Europe. Les registres de la police, aussi bien que ceux des maisons de bienfaisance où sont recueillis les fruits du crime, font foi d'une épouvantable démoralisation. Dans les classes les plus élevées, l'infidélité des époux et d'autres désordres produisent de tristes ravages. Néanmoins, les excès sont bien loin d'arriver au point où nous les voyons chez les peuples les plus policés de l'antiquité, les Grecs et les Romairo. En sorte que notre société, dont nous considérons les maux avec une douleur si amère, aurait paru à ces hommes un modèle de pudeur et de digmté. Faut-il rappeler ces vices infâmes, alors si communs, si publics, et qui aujourd'hui ont à peine un nom parmi nous, soît qu'on les commette très-rarement, soit que la conscience publique les force à se cacher dans l'ombre la plus épaisse? Faut-ïl réveiller la mémoire des infomies qui souillent les écrits des anciens, lorsque ces écrits retracent les mœurs du temps? Des noms illustres, dans le» sciences comme dans les armeu, ont passé à là postérité avec des taches honteuses. Or, dans quelle corruption devaient être plongées les autres classes de la société, lorsqu'une
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pardUe d^adation atteignait les bommes qn'on peut citer comme l'honneur de ces siècles reculés ?
Vous parlez de la cupidité, de cette soif de For, qui envahit tout et flétrit tout aujourd'hui. Mais regardez, dans rantiqpiitéj ces usuriers qui sucent en tous lieux le sang du peuple; Ksez les poètes satiriques^ Yous y verrez ce qu'étaient les mœurs à cet égard. Consultez, enfin, les annales de l'Église, rcnm Terrez quelle peine elle dut prendre pour atténuer les effets de ce vice. Lisez les monumeirts de llnstoire romaîne, vous y trouverez la soif maudite de Tor^ et les préteurs sans eutraffles, qui, après avoir ToIé impudemment, portaient à Rome le ihrit de leurs rapines, pour y vivre avec une ostentation scandaleuse , et y acheter les sufirages qui devaient de nouveau les élever au commandement. Non, dans la civilisation européenne , chez les peuples Instruits et élevés par le Christianisme, de semblables maux ne sauraient être longtemps tolérés.
Qu'on suppose le désordre de fadministration, la tyrannie, la corruption des mœuts poussés au dernier point, la conscience publique ne cessera d'élever sa voix, elle fera sous son regard pâlir l'oppresseur. Deâ injustices partielles pourrottt être eonimîses, mais jamais la rapine ne sera érigée en système et regardée comme une règle de gouvememetït.
Croyons-le bien, les mots dejut^ce, âefnoraïiti^ d'humanité, qui résonnent sans cesse autour de nous, ne sont pas des partiales vaines : ce langage pubKc produit de grands résultats ; il écarte des maux immén-
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ses. L'atmosphère, en effet, est imprégnée de ces idées ; mille fois la main du coupable se sent retenue ; une force d'un effet incalculable sur la société continue de résister aux doctrines matérialistes et utilitaires. Il existe parmi nous un sentiment de moralité gui adoucit tout et domine tout, sentiment dont la force est telle, que le vice se trouve forcé de conserver les apparences de la vertu, de se couvrir de cent voiles, s'il ne veut être en butte à l'exécration publique.
La société moderne eût dû, ce semble, hériter de la corruption de l'ancienne, puisqu'elle se forma de ses débris, à une époque où la dissolution des mœurs était parvenue au dernier excès. Il faut même observer que l'irruption des Barbares, loin d'améliorer la société, contribua à l'empirer. Et cela, nonnseulement à cause de la corruption propre de leurs mœurs brutales et féroces, mais à cause du désordre que l'irruption introduisit chez les peuples envaliis, où elle brisa la force des lois, détruisit l'autorité, précipita dans un véritable chaos les coutumes et les mœurs.
II suit de là que l'amélioration de la conscience publique, chez les peuples européens, est un fait extrêmement singulier ; il suit de là qu'on ne saurait attribuer ce progrès qu'à l'influence du principe énergique et vivace qui a agi pendant de longs siècles au sein de l'Europe.
Observons ici la conduite suivie par l'Église : voici l'un des faits les plus remarquables de l'histoire du
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moyen âge. Placez-vous eu uu siècle quelcouque, dans le siècle où la corruption et Tinjustice lèvent la tête avec le plus d'effronterie, vous y observez constamment que, quelque repoussant et impur que soit le fait , la loi ne cesse d'être pure ; la raison et la justice trouvent toujours une voix qui les proclame , lors même que cette voix semble ne devoir être écoutée de personne. Les ténèbres de l'ignorance se sont épaissies au dernier point, les passions déchaînées ne reconnaissent plus un seul frein ; mais jamais l'enseignement ni les admonestations de l'Église ne manquent : ainsi, dans une nuit ténébreuse, brille au loin le phare qui indique au na-vîgateur égaré l'espérance du salut.
En lisant l'histoire de l'Église, on rencontre à chaque page des conciles proclamant les principes de la morale évangélique, et à chaque page aussi les faits les plus scandaleux viennent choquer le lecteur : ce droit j sans cesse proclamé, se trouve à chaque instant foulé aux pieds ; il est naturel de se demander alors de quoi servent des discours qui se trouvent en discordance complète avec les choses. — Ne croyez pas cependant que ces efforts de l'Église soient inutiles; ne perdez pas courage, sachez attendre le fruit.
Un principe que l'on proclame longtemps au sein d'une société finit par y conquérir de l'influence ; si ce principe est véritable, s'il renferme un élément de vie, il finira par prévaloir sur tout ce qui s'oppose à lui ; il finira par devenir le maître. Permettez donc à
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la vérité de parler; laissez-la protester, protester sans cesse : cela empêchera le vice de prescrire. Le vice conservera ainsi son nom propre ; vous empêcherez la folie humaine de diviniser les passions, de les placer sur les autels, après qu'elles auront été adorées par le cœur. N'en doutez pas, cette protestation ne sera pas inutile : les protestations de la vérité sont la voix même de Dieu condamnant les usurpations de la créature.
Qu'arriva-t-il, en effet? La morale chrétienne, après avoir lutté d'abord contre les mœurs dissolues de rjEmpire, puis contre la brutalité des Barbares ; après avoir supporté, pendant de longs siècles, de rudes épreuves, triompha de tout : eUe parvint à dominer la législation et les mœurs. Ce n'est pas à dire qu'elle ait réussi à élever les lois ni les mœurs au degré de perfection que réclamerait la pureté évangéJique ; mais du moins elle a fait disparaître les injustices les plus choquantes ; elle a banni les usages les plus féroces; elle a mis un frein à la licence des mœurs les plus déboutées : le vice est appelé en tous lieux de son propre nom ; on ne le déguise plus sous des couleurs mmsougères; on ne le divinise point avec cette impudence que nous voyons chez les anciens.
Dans les temps modernes, TÉglise se voit obligée de lutter oontre une école qui proclame que l'intérêt privé est Tunique principe de la morale : elle ne parvient point, il est vrai, a empêcher que cet en^ seignement ne cause 4e grands maux ; mai& elte di-