XVII. — Pétition des protestants de Dour à l'Empereur
(3! juillet 1788).
Vingt-deux protestants de Dour, chefs de famille, se fondant sur l'Édit de tolérance, sollicitent l'autorisation de construire un temple et de s'y faire administrer les secours spirituels par un ministre de leur culte.
« A Sa Majesté l'Empkreur et Roi,
» Remonlrent en très profond respect les soussignés principaux chefs de famille de Dour, province de Hainaul, en nombre suffisant, que, consacrant leurs travaux journaliers à rexploilalion des houillères, mais élevés secrèlemenl dans la religion protestante, dont ils ont sucé les dogmes et principes avec le lait maternel, ils sont néanmoins privés des secours spirituels, dont ils ne pourraient jouir que pour autant qu'on voulût tolérer l'exercice public de leur religion;
» El comme il parait par divers édils du Souverain qu'on ne refuse pas une existence légale aux individus d'une autre religion que celle dominante, que même en différentes villes de la domination de Sa Majesté il a été accordé aux Protestants un temple ei des ministres publics, que même, en la ville de Bruxelles on permet la construction d'un bâtiment destiné au culte prescrit par la religion prolestante ;
» Les remontrants, enhardis par la sollicitude paternelle de Votre Majesté qui veut bien s'étendre jusqu'à eux, osent espérer qu'inhérant à la disposition de ses éJiis et prenant égard favorable à cet état de privation qu'ils éprouvent, Elle daignera leur accorder Sa puissante protection.
» Ces motifs les engagent à prendre leur très humble recours vers Votre Majesté.
» La suppliant en toute soumission que son bon plaisir soit de leur accorder l'octroi ou la permission nécessaire d'élever un temple consacré
(1) Cette pièce n'est pas datée, mais porte la mention : « Recepte, 31 juillet 1788. »
à l'exercice de leur culte et de s'y faire administer les secours spirituels par un ministre de leur religion.
» C'est la grâce, etc.
» F. De Mahieu, agent. »
Dour, 31 juillet 1788.
J.-B. Harmignies.
P.-Jos. Saussez.
Nie. Moury.
P. -Cil. Ilarniiiînies.
+ Marque (r.\n(.-Léop. Saussez.
Juvenai llaiinigiiies.
Jacq.-Phil. Cavenaile.
Nie. .Masy.
Jacq.-Phil. Vilain.
Jacq. Noël.
P. Iluston.
En apofilille :
Â.-F. Défrise.
P.-Jos. Estiévenart.
J. H. Rouis.
M. Défrise.
P.-Cili. Harmignies.
J.-Phil. Query.
J.-P. Rouis.
Pascal Harmignies.
J. Bourguignon.
Fr.-Jos. Harmignies.
J. -Louis Caclieny.
Sa Majesté ayant eu rapport du contenu de la présente requête, Elle a, à la délibération de son Conseil royal du Gouvernement, déclaré, comme Elle déclare, qu'avant (|u'Elle [)uisse disposer sur leur demande, ils (sicj doivent faire connaître à quelle religion ils sont attachés, quel est le nombre des familles qui la professent dans le village de Dour, quel est le ministre qu'ils veulent prendre pour pasteur, quels sont les moyens qu'ils ont pour le salarier et dans quel endroit ils se proposent d'exercer le culte privé de leur religion.
(S.) Hardy.
De Bruxelles, le 20 octobre I 788.
Original aux Archives de l'Etat à Mons. Office fiscal du Hainaut. Dossiers et avis, 1788-1789. — Copie aux Arcliives du Royaume à Bruxelles. Conseil général du Gouvernement, cart. \\i.
XVI M. — La requête des protestants de Dour est renvoyée à l'avis du Conseiller Avocat-fiscal Papin à Mons (h' août 1788).
« L'Empereur et Roi,
n Cher tr Féal,
» Nous vous remettons ci-joint, à la délibération de Notre Conseil royal du Gouvernement, la requête que Nous ont présentée les principaux chefs de la famille du village de Dour, exerçant la religion protestante, à l'effet d'obtenir la permission d'élever un temple consacré au culte de leur religion; vous chargeant de Nous y rendre votre avis.
» A tant, etc.
» Au Conseiller Avocat-fiscal Papin.
» (S.) P. Lederer. »
De Bruxelles, le i^' août 1788.
Archives de l'Ëtat à Mons. 0/jice fiscal du Hainaul. Dossiers et avis, 1788-1789.
XIX. — Lettre du curé de Dour au Conseiller Fiscal de Sa Majesté
à Mons (!"• octobre 1788).
Conseils de prudence. — Si l'on repousse purement et simplement la requête, les intéressés tenteront de nouvelles démarches mieux appuyées. — Il vaudrait mieux ajourner la réponse. — Etat « vacillant » de la paroisse. — Arguments à faire valoir auprès des pétitionnaires afin qu'ils retirent leur demande. — Un nouveau scandale.
« MONSIEl'R,
» En conséquence de la petite conférence que vous daignâtes m'accorder, samedi dernier, relativement à nos gens de Dour, j'aurais à vous supplier de procéder dans cette affaire avec toute lu prudence possible : je crains que si on les déboutait d abord de leur projet, il ne s'adresse (sic) de nouveau au Gouvernement, ou prenant des nouvelles précautions ils seraient facilement écoutés : Il me semble que le meilleur parti serait de les entendre simplement, et après quelques interrogations, les renvoyer sans aucune
décision: car, si on vient à insisler sur le nombre incompéieni, bientôt ils auront des associés d'aulaul plus qu'un tiers au moins de ma paroisse est vacillant et que déjà plusieurs des paroisses voisines y donnent les mains, car dans ceux qui se sont déclarés dans la requête, il s'y Irosive des étrangers : si d'ailleurs on allègue qu'ils ne sont pas suffisamment moyennes pour bàlir un temple et pour alimenter des minisires, ils pourraient trouver d'autres ressources.
K C'est pourquoi, pour obvier à des ultérieurs procédés (qui sans doute porteraient le coup le plus funeste à la Religion), ce serait, ce me semble, de les détourner adroitement et de leur faire voir le ridicule de leur demande et les inconvénients qui en résulteraient et en outre les intérêts qu'ils pourraient en soulîrir, d'autant que tous les gens de bien les auraient en borreur et les priveraient d'abord de toutes cbarges et emplois desquels la plupart dépendent.
» Excusez-moi, Monsieur, si je m'étends un peu au long sur cette matière, c'est la sollicitude vraiment pastorale dont je suis cliargé qui m'y engage, me reposant entièrement sur votre religieuse bienveillance.
» Un autre objet dont j'ai oublié de vous parler, Monsieur, c'est qu'il se trouve dans ma paroisse un homme veuf, chargé de cinq petits enfants, il délient chez lui une tille en qualité de servante; déjà il a eu avec elle deux enfants dont le dernier fut baptisé récemment dans ma paroisse, je l'ai averti sérieusement ou de se marier ou de se défaire de cette fille.
» Au cas qu'il n'acquiescerait pas à mon avis, ne pour.rais-je pas. Monsieur, avoir mon recours vers vous pour ôler un tel scandai fsicj?
» Soumettant à vos sages lumières ces petites réflexions, et disposé à me conformer en tout à ce que vous jugerez le plus convenable.
» J'ai l'honneur d'être en profond respect,
» Monsieur,
» Votre très humble ei 1res obéissant siM'vileur,
') (S.) Bali.ez, curé de Dour. »
Dour, le h' octobre 1788.
Archives de l'Éiat à Mons. Office fiscal du Hainaut. Dossiers et avis, 1788-1789.