‹ Le Protestantisme dans le Hainaut au XVIIIe siècleChapitre 16 sur 28 · XX. — Rapport du Conseiller Avocat-fiscal Papin à l'Empereur · texte numérisé non relu

XX. — Rapport du Conseiller Avocat-fiscal Papin à l'Empereur

(10 octobre 1788).

Le Fiscal a fait une enquéle sur la personnalité et les ressources des signataires de la requête. — il en résulte qu'aucun d'eux ne peut être considéré comme notable. — Lors du recensement de la population, tous se sont déclarés catholiques.- — Interrogés, ils n'ont pu dire à quelle secte ils se rattachent. — Ils réclament le bénéfice de l'édit de Tolérance. — Singulière conduite de certaines familles en cas de maladie mortelle d'un de leurs membres. — ils ne possèdent pas les ressources nécessaires pour construire un temple et y attacher un minisire. — Il n'y a donc pas lieu d'accueillir la requête, d'autant plus que le nombre des dissidents est inférieur à celui que slipiilent les édils. — Des apostasies sont à craindre. — il serait convenable d'interdire les réunions de ces dissidents, attendu qu'elles donnent du scandale et pourraient troubler l'ordre public.

« Sire,

» Par dépêche du l""^ aoùl 1788, colée n" 1358, que je n'ai reçue que le 18 septembre, Votre Majesié me charge de Lui rendre mon avis sur la requête que quelques habilants du village de Dour Lui ont présentée sous la dénomination des principaux chefs de famille de ce village, exerçant la religion protestante, à l'effet d'obtenir la permission d'élever un temple pour le culte de leur Keligion et s'y faire instruire par un ministre de celte Keligion.

M Pour à (|uoi satisfaire, je me suis informé qui étaient ceux qui onl signé cette requête et s'ils étaient du nombre des principaux chefs de famille de Dour où il y a plus de [deux] mille habitants; j'ai été informé que Jean-Baptiste Harmignies, et Pierre-Charles et Juvénal, ses frères, ainsi que Jean-Baptiste et Pierre-Charles Harmignies, et F'raiiçois-Joseph Harmignies fils étaient des charbonnier? (pii avaient quelques paris à une fosse ou houillère à Dour, et vivaient dans une grande médiocrité de fortune;

» Que lAiarie-Agiiès et 3larie-Marguerite Harmignies, leurs sœurs, étaient des couturières vivant ensemble dans le célibat;

» Que Pierre-Joseph Saussoz, Anloiiie-Léopold Saussez, Jacques-Philippe Cavenaile, P. -A. Thon, Jean-Philippe Quévy el Jean-Louis Cacbeux étaient des charbonniers travaillant dans les houillères;

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» Que Nicolas Masy élail menuisier, Jacques-Philippe Vilain, journalier, Jacques-D. Noël, maréchal, Jean-Baptisie et J.-P. Rouis, marchands de merceries par déiail, el tous les autres à peu près de la même catégorie, de sorte qu'aucun d'eux ne peut être mis dans la classe des principaux chefs de famille de Dour.

» L'on m'a assuré que, lorsqu'on a pris le dénomhreinenl des hahilanls pour les paroisses, ils se sont tons déclarés catholiques; que Nicolas .Masy a encore fait ses Pâques dans la paroisse do Dour, cette année; que B. Noël a encore présenté son (ils, qui a été admis à sa première communion aux Pâques dernières, que plusieurs d'entre eux ont fréquenté de temps en temps la paroisse; qu'ils avaient tous été confirmés par le Suffraganl de Cambrai.

» J'ai fait venir Jean-Baptiste Haruiignies el un autre; je leur ai parié; ils sont convenus (|ue plusieurs d'entre eux avaient fréquenté la paroisse, qu'ils avaient reçu la confirmation et avaient passé pour catholiques dans le village.

» Ils n'ont su me dire à quelle secte ils étaient attachés : ils m'ont dit qu'ils étaient protestants comme les Hollandais, qu'ils avaient quelquefois été prendre des instructions d'un ministre hollandais à Tournai, qu'on leur avait dit autorisé par le Gouvernement, et qui leur avait donné la communion; qu'ils étaient catholiques, |»uis qu'ils admettaient le symbole des apôtres, les commandements de Dieu et l'Evangile, dont ils avaient des exemplaires d'une traduction faite à Louvain.

» Comme j'avais appris qu'ils tenaient des assemblées tous les dimanches pendant les ofïices divins, chez les filles Harniignies, couturières, ils m'ont répondu hardiment que l'édil de Tolérance les y autorisait, qu'on pouvait à volonté être de (|uelle religion on voulait, qu'il était libre de quitter celle qu'on avait pour en prendre une autre.

» Il me semble que ces gens ne sont que des apostats, qui, après avoir professé publi(|uement la Religion Catholique, l'ont abandonnée, pour vivre à leur gré, quoiqu'ils ne se dérangent pas autrement, el gardent des mœurs dans le village.

» Depuis longtemps on s'est aperçu, au village de Dour, que quelques Tome IX. — Lettres, etc. 16

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familles se disaient proleslantes et vivaient sans fréquenter la paroisse ni les sacremenis, el que, quand l'un ou l'autre d'eux était malade, ils faisaient appeler le curé et faisaient sen)l)lanl de dormir ou d'être hors de connaissance pendant tout le temps que le curé était chez eux, et cela pour être inhumés comme catholiques, et afin que leurs femmes et enfants ne soient pas connus au loin pour élro décidément protestants.

» Je leur ai demandé si, aux termes de la dépêche de Leurs Altesses lîoyales, du 1" mai 1782, adressée à mon prédécesseur en office, ils pouvaient faire conster des moyens qu'ils avaient de pourvoir d'une manière solide à la dépense requise, pour remplir leurs vues, c'est-à-dire pour bâiir un temple et y attacher un minisire, ils m'ont répondu qu'ils n'en avaient absolument pas le moyen, qu'ils n'entendaient pas d'y mettre aut-une dépense, et qu'ils demandaient el qu'ils espéraient que Votre Majesté voudrait bien y fournir, pour leur donner les aisances de pratiquer le culte de leur Religion, qu'ils espéraient tout de Sa protection.

» En conséquence, j'eslime. Sire, que les suppliants, que l'on doit plutôt considérer comme des aposlais de la lieligion Catholique, que comme des véritables proleslanls, vu qu'ils sont tous originaires de l'endroit ou des environs, ne sont attachés à aucune secte, et qu'ils n'ont fait que suivre des pratiques en secret de la Religion protestante, la plupart d'eux n'ayant pas voulu jusqu'ici se faire connaître publiquement comme protestants, ne sont pas dans le cas d'obtenir la permission d'établir un temple, vu qu'ils ne sont pas en état de le bâlir, ni de l'entretenir, ni de se pourvoir d'un ministre, et qu'ils ne sont pas en nombre suffisant, aux termes des édits et ordonnances de Votre Majesté pour y être autorisés.

» Je crois même qu'il y aurait du danger pour la séduclion et pour les apostasies dans un village aussi nombreux (|ue celui de Dour, où la plus grande partie des habitants, réduite à travailler dans les fosses et houillères, est fort ignorante et peu altentive à rechercher les instructions sur les matières de Religion, malgré tout le zèle el les soins que se donnent le curé el les vicaires du lieu, si on autorisait ces gens à bâtir un temple.

» Il me paraît encore qu'il serait bon de leur défendre de s'a^senlbler, comme ils font, les dimanches, pendant les offices divins, au scandale de la

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paroisse, qui se plaint de ce qu'ils font certain bruit et des clameurs quand

ils sont assemblés. Sur quoi j'attendrai ce qu'il plaira à Votre Majesté de

me prescrire.

» Rejoignant la requête des suppliants, je suis, etc.

» (S.) Papin. »

Mons, ce 10 octobre 1788.

En marge de la minute :

Vacqué à celle rescription, compris le temps employé à prendre des infotmaiions sur i'élat des suppliants et en conférence. Recourir aux ditTé-

rentes dépêches relatives 17écusl2 s.

Mis au net de l'avis 2 — 16 —

Recherche des ordres 0 — 14 —

Copie de la requête. 1 — 1 —

Pour plusieurs missives et temps employé à s'informer. 1 — 8 —

Paquet 0 — Il —

Aflrranchissemenl à la poste 1 — G —

Élat et devoirs 2 — H —

Ensemble ECUS. . . . 25écusl9 s.

Archives de l'État à Mons. Ofjice fiscal du Hainaul. Dossiers et avis, 1788-1789.

XXI. — Lettre de l'Archevêque de Cambrai au Conseiller-Avocat fiscal du Conseil de Hainaut (14 octobre 1788).

Il recommande au Fiscal d'émettre un avis défavorable sur la requête des protestants

de Dour.

« J'apprends, Monsieur, avec douleur, que quelques habitants de la paroisse de Dour dans mon diocèse et de la domination de l'Empereur et Roi viennent de présenter à Sa Majesté une requête à l'effet d'obtenir l'exercice libre et public de la Religion Protestante dans laquelle ils disent

1124 LE PROTESTANTrSME DANS LE HAINAUT

avoir été élevés : néanmoins. Monsieur, ils ont jusques ici professé extérieurement la catholique : ils avancent qu'ils forment le grand nombre de la paroisse et qu'ils en sont les principaux habitants; et il est de fait qu'il n'y a ([ue quelques journaliers qui ont signé, et l'on voit parmi les signatures les mêmes noms et surnoms, répétés jusques à trois fois.

» Je vous recommande cette affaire avec instance : je connais vos lumières, et j'attends tout de votre zèle, espérant que vous voudrez bien vous opposer à de pareilles innovations, et qui font tant de tort à la Religion.

» Je vous aurai une sincère et véritable obligation. Monsieur, de vouloir bien prendre intérêt à cette affaire, et d'y apporter les moyens d'opposition qui seront en votre pouvoir : ne doutez pas de ma reconnaissance, ni de la vérité des sentiments parfaits avec lesquels j'ai l'honneur d'être,

» Monsieur,

» Votre très humble et très obéissant serviteur,

» -f Prince Ferdinand de Rohan, » Archevêque-Duc de Cambrai. »

Cateau-Cambrésis, le 14. octobre 4 788.

Original aux Archives de l'Élat à Mons. Dossier du Fiscal Papin précité. .

XXM. — Déclaration du pasteur Devisme (I" novembre 1788).

« Je promets et je m'engage d'être le pasteur des familles protestantes de Donr. lorsqu'elles auront obtenu de la Cour de Bruxelles le libre exercice de leur religion; et de me contenter des honoraires que la dite Cour nie décernera, ou, à son refus, des contributions de chaque famille; comme aussi de remplir envers les dites familles les obligations qu'un bon et fidèle pasteur doit à son troupeau.

AU XVIIC SIECLE.

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