Défrise
Archives de l'État à Mons. Offlce fiscal du Hainaul. Dossiers et avis, 1788-1789.
XLVI. — La requête des protestants de Dour, en date du 4 août 1791, est renvoyée à l'avis du Fiscal de Hainaut.
'< L'Empereur et Hoi,
» Cher et Féal,
» Nous vous remettons ci-joint la requête que Nous ont présentée les protestants de Dours (sic), tendant à pouvoir exercer le culte de leur religion, vous chargeant de nous y rendre votre avis. » A tant, etc.
» Par ordonnance de Sa Majesté,
» (S.) L. Van de Veld. »
De Bruxelles, le tO noùt 179i.
Archives de l'Etal à Mons. O/fice fiscal du Hainaut. Dossiers et nvis, 1788-1789.
XLVIL — Rapport du Conseiller fiscal Papin sur la requête des protestants de Dour, 28 septembre 1791.
Rélroactes de l'atïaire. — Les suppliants sont des apostats. — Leur nombre est petit mais leur mauvais exemple peut entraîner de graves conséquences. — Il y a lieu de rejeter leur requête.
« Sire,
» Il a plu à Votre 3Iajesté de me charger, par Sa dépêche du 10 août dernier, de Lui rendre avis sur la requête, ici rejointe, des protestants de Dour tendante à pouvoir exercer le culte de leur religion.
» En 1788, quelques habitants de Dour, au nombre de 26, sous le nom de protestants el se disant chefs Je famille, ont présenté requête à Sa iMajeslé pour obtenir la permission d'élever un iem|)le consacré au colle de leur
» Celte requêle m'a été envoyée en avis, par dépèche du Conseil royal du Gouvernement du 1" aoùl 1788, lequel j'avais rendu, le 10 août 1788, en y détaillant les motifs qui faisaient tenir que les suppliants étaient vraiment des apostats de la Religion catholique (et non pas des prolestants) qui ignoraient à quelle secte ils voulaient s'aitacher, et qui se disaient « protestf>nls comme les Hollandais ».
» Par décret du 20 octobre 1788, marginé sur leur prédite requête, Sa Majesté leur a déclaré qu'avant qn'Elle pùl disposer sur leur demande, ils devaient faire connaître à quelle religion ils étaient attachés, quel était le nombre des familles qui la professaient dans le village de Dour, quel était le ministre qu'ils voulaient prendre, quels étaient les moyens qu'ils avaient pour le salarier, et dans quel endroit ils proposaient d'exercer le culte privé de leur religion.
» Et ces gens s'étani déclarés calvinistes, par leur requête du 19 septembre, servant de réponse et ayant demandé une partie de la dîme de Dour pour salarier leur minisire, ou une pension sur le trésor royal, et proposé un terrain de l'abbaye de Sainl-Ghislain, pour bâtir leur temple, j'ai été chargé, par dépêche de Sa Majesté du 24 novembre 1788, de leur notifier, comme j'ai fait, que, dans cet élal des choses, leur demande ne pouvait leur être accordée.
» Le 28 du mois de décembre de la même année, ces habitants de Dour présentèrent au Gouvernement une nouvelle requête, tendante à obtenir un oratoire privé dans leur village, offrant de se procurer à leurs frais le terrain nécessaire, qui appartenait à Pierre et J.-H. Harmignies, frères germains, et de fournir par eux-mêmes à l'entretien du nommé Devisme qu'ils proposaient de prendre pour ministre, qu'ils espéraient que cet homme viendrait demeurer dans leur lieu.
» Cette requêle m'a été envoyée en avis, par dépêche du même jour, et je ne l'ai reservie que le 21 mars 1789, parce que personne ne s'était présenlé plutôt pour le lever : j'y ai observé que ce n'était pas assez d'avoir en vue un terrain pour bâtir l'oratoire, qu'il fallait être sûr d'en être propriétaire incommutable; qu'il fallait que ce terrain fût amorti; j'y ai marqué les doutes que j'avais sur la vérité des témoignages du nommé
AU XVIlh SIÈCLE. — NOTES ET DOCUMENTS. 169
Devisme, surrincerlilude de sa fixation de domicile à Doiir, el j'y ai trouvé les inconvénients que j'estimais résulter de l'établissement d'un oratoire à Dour.
» Par une autre requête qui m'a été envoyée en avis, le 5 mai 1789, sur laquelle je me suis expliqué par mon avis du 25 juin suivant, ils ont offert de donner les biens en rapport pour la sûreté de l'entretien de leur ministre, el ils se sont plaints des informations que l'Olfice tenait au sujet du scandale qu'ils donnaient à la paroisse par leurs assemblées illicites, au milieu du village, pendant les offices où le susdit Devisme présidait, donnait la communion, même à des enfants de douze ans, à la réclamation des parents.
» Ce Devisme a même été si osé que de baptiser un enfant dans la paroisse, pour ainsi dire publiquement, pourquoi l'Office de Dour l'a fait emprisonner; mais, pnr dépêche de Sa Majesté, du 22 octobre 1789, j'ai été chargé de le faire mettre en liberté, en le prévenant qu'il ne pouvait exercer les fonctions de minisire protestant à Dour, ni ailleurs sous la domination impériale, tant el si longtemps qu'il n'y sera pas autorisé par le Gouvernement général.
» Dans cet état des choses, les suppliants viennent demander un octroi pour pouvoir professer le culte de leur relitjion sur le même pied des autres protestants des provinces de Votre Majesté. Ces gens étaient tous catholiques; tous ont participé aux sacrements dans leur paroisse; la plupart y ont fréquenté les offices divins; ce ne sont à proprement parler que des apostats de la Religion Catholique, qui ignoraient en 1788 à quelle secte ils voulaient s'attacher.
» La Religion dominante du pays est la Catholique; la très grande pluralité du village reste allachée à celle même Religion; de 2,700 habitans et plus, une soixantaine s'écarleni de cette religion, et exposeraient le reste à l'apostasie el à la perversité si l'on tolérait publiquement le culte d'une religion réprouvée dans ce pays; c'est pourquoi j'estime, Sire, que ces gens n'aiant pas satisfait à tout ce qui leur a été enjoint, sont dans le cas d'être éconduits de leur demande; ils sont libres de professer eu secret et en cachette telle religion el tel culte qu'ils voudront, sur lesquels on ne les inquiétera pas, Tome IX. — Lettres, etc. 2:2
i70 LE PROTESTANTISME DANS LE HAINAUT
dès qu'ils ne scandaliseront pas la paroisse, qu'ils ne chercheront pas à faire
des prosélytes, ni à troubler les catholiques dans l'exercice et la pratique
de leurs devoirs.
» Je suis, etc.
» (S.) Papin. »
Mons, ce 27 septembre 1791.
En marge :
Honoraires 12 fl. 46 s.
Mise aux actes . 2 — 16 —
Copie de la requête retenue en farde. . 1 — 15 —
Paquet 0 — U —
Recherche des fardes afférentes . . . 0 — 14 —
Affranchissement à la poste .... 1 — 0 —
Étal, missive et devoirs ..... 1 — i —
20 fl. 16 s.
Archives de l'État à Moas. Office fiscal du Hainaut. Dossiers et Avis, 1788-1789.
XLVIII. — Lettre du curé de Dour au Conseiller-Fiscal (15 octobre 1791).
Il le remercie du zèle qu'il a déployé contre les protestants de la paroisse.
« Monsieur,
» .l'ai l'honneur de vous écrire pour vous faire mes très humbles remerciemiMits des grands siM'vices (|ue vous avez bien voulu rendre à ma paroisse de Dour en employant vos bons offices pour faire débouler nos réformés de leur demande pour un temple particulier, à l'effet d'y exercer |)ubliquemenl
AU XViri- SIÈCLE. — NOTES ET DOCUMENTS. 171
le culte de leur prétendue religion : si mallieureusemenl leur demande eût été accordée, ce mal qui règne particulièrement dans Dour aurait bientôt gagné dans les villages voisins.
» En conséquence je prends la confiance d'oser vous prier de vouloir continuer vos bons soins pour le maintien de la police et de la vraie Religion dans ma paroisse; de mon côté je ne manquerai pas d'élever souvent mes vœux au Ciel, afin qu'il daigne vous accorder de longues années.
» (S.) J.-F. Delplancq, curé de Dour. » Dour, le 15 octobre 1791.
Archives de l'État à Mons. O/fice fiscal du Hainaut. Dossiers et Avis, 1788-1789.
XLIX. — Dépêche des Gouverneurs généraux au Conseiller-Fiscal Papin
(26 octobre 1791).
La requête des protestants de Dour n'est pas admise. — Ils auront à s'abstenir soigneusement de tout scandale et de toute démarche de propagande.
« Marie-Christine et Albert-Casimir, etc.
» Cher et bien Amé,
» Rapport nous ayant été fait de l'avis que vous avez rendu le 28 septembre dernier sur la requête de quelques protestants du village de Dour, nous vous faisons la présente, pour vous charger de notifier à ces suppliants que leur demande ne peut leur être accordée, et qu'ils aient à s'abslenir de tout ce qui pourrait scandaliser ou inquiéter les Catholiques Romains du village de Dour, de chercher à faire des prosélytes ou de troubler en manière (luelconque ces Catholiques dans l'exercice de leur culte ou de leurs devoirs, à peine qu'il sera agi avec sévérité à leur charge; vous enjoignant
en même temps de veiller à ce que ces prolestants ne soient ni opprimés ni persécutés à cause de leur opinion religieuse, s'ils restent dans les bornes que leur prescrivent l'ordre public, les égards qu'ils doivent au culte dominant et à la tranquillité des Catholiques du village de Dour. » A tant, etc.
» (S.) Marie. Albert. »
De Bruxelles, le 26 octobre 1791.
Archives de l'État à Mons. Office fiscal du Hainaul, Dossiers et Avis, 1788-1789.