‹ Le protestantisme et la r`egle de foi (volume 3)Chapitre 14 sur 52 · STS · texte numérisé non relu

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Après avoir cité ces traits, il serait inutile de nous arrêter à la longue série de violences, de trahisons, d'impostures, de ruines et de dégâts dont les huguenots se rendirent coupables en vue de propager et d'affermir en France leur Réforme, puisque ce sont là des faits fort connus, et que personne ne conteste, pas même les protestants, qui se plaisent même quelquefois à en rappeler le souvenir.

§ II. — MOYENS MIS EN ŒUVRE POUR IMPOSER LA RÉFORME DANS LA GRANDE-BRETAGNE ET DAXS LES PAYS DU NORD.

Moyens employés pour imposer la Réforme en Angleterre. — Cruautés d'Elisabeth. — Son code barbare. — Rigueurs continuées en Irlande jusqu'à nos jours. — Manière dont la bonne nouvelle ou l'Evangile de Calvin -c propagea en Ecosse. — Dévastations, incendies et pillages commis par Knox et ses confédérés. — Atrocités ayant le même but commises en Hollande. — Barbaries inouïes de Sonoi et du prince d'Orange. — Moyens employés pour lutbéraniser la Suède. — Gustave Wasa; ■ — ses brigandages ; cruelles exécutions qu'il ordonne; — inquisition qu'il exerce. — Continuation de rigueurs exercées jusqu'à nos temps. — Par quels moyens la bonne nouvelle fut imposée aux populations de Danemarck, — à celles de Norvège, — au peuple d'Islande, — c'est-à-dire par les proscriptions, — par les confiscations, — par les exécutions sanglantes. — Réflexions importantes. — Conclusion.

Que dirons-nous des moyens à l'aide desquels la Réforme fut imposée aussi aux catholiques d'Angleterre? Comme dans les chapitres précédents nous en avons déjà dit quelque chose, et qu'il ne conviendrait pas de nous répéter, nous irons au plus court en citant un vas sage du protestant Gobbett, qui raconte de la manière

suivante ce que les Anglais fidèles à la foi de leurs ancêtres eurent à souffrir sous le règne de la bonne Elisabeth : « Il serait difficile de vouloir rapporter les souffrances que les catholiques eurent à endurer pendant ce règne de meurtres. Il n'est pas de langue, il n'est aucune plume qui pût remplir cette tâche. Entendre la messe, donner l'hospitalité à un prêtre, admettre la suprématie du pape, refuser la suprématie spirituelle à cette horrible virago, et beaucoup d'autres choses qu'un catholique zélé ne pouvait éviter, le conduisaient sur l'échafaud, ou sous le couteau de celui qu'elle avait chargé d'arracher les entrailles. Mais le plus cruel de ses actes, parce qu'il s'étendit beaucoup plus loin, et qu'en résultat il produisit une bien plus grande masse de souffrances, ce furent ces lois pénales qui établissaient des amendes pour le refus, c'est-à-dire contre ceux qui n'allaient pas à son église protestante de nouvelle invention. Les hommes étaient punis, non-seulement lorsqu'ils ne confessaient pas que la nouvelle religion fût la seule vraie, non-seulement lorsqu'ils continuaient à pratiquer la religion dans laquelle eux, leurs pères et leurs enfants étaient nés et avaient été nourris; mais ils l'étaient encore, parce qu'ils n'allaient pas aux nouvelles assemblées pour y faire ce qu'ils devaient croire, s'ils étaient sincères, un acte public d'apostasie et un blasphème ! Jamais dans le monde on n'avait encore vu une tyrannie semblable à celle-ci.

« Les amendes étaient si considérables, elles étaient exigées avec tant de rigueur, et les sommes imposées pour l'offense de refus seule étaient si énormes, que tous les catholiques consciencieux étaient menacés

d'une ruine complète. Ceux des prêtres qui n'étaient jamais sortis de l'Angleterre, et qui avaient été consacrés avant le règne de cette horrible femme, n'étaient plus, dans la vingtième année de ce règne, qu'en très petit nombre; car les lois défendaient, sous peine de mort, (Ten faire de nouveaux; et, en effet, aucun ne pouvait être ordonné par l'autorité ecclésiastique, puisque les évêques catholiques qui vivaient encore en avaient reçu la défense sous peine de mort. Elle harassa donc tellement les vieux prêtres, que, vers la vingtième année de son règne, ils étaient presque tous exterminés ; et comme il y avait peine de mort pour tout prêtre qui venait du dehors, peine de mort pour celui qui lui donnait l'hospitalité, peine de mort lorsqu'il remplissait ses fonctions en Angleterre, peine de mort pour ceux qui se- confessaient à lui, il paraissait impossible de l'empêcher de détruire complètement en Angleterre cette religion à l'abri de laquelle la nation anglaise avait joui de tant de bonheur et de tant de gloire pendant un si grand nombre d'âges ; cette religion d'hospitalité et de charité, cette religion sous le règne de laquelle on n'avait pas connu le nom de paupérisme; cette religion qui avait élevé les églises et les cathédrales , qui avait planté et fertilisé ces universités dont les professeurs avaient fait la grande charte et rédigé le droit coutumier ; cette religion enfin à laquelle avaient appartenu tous ces actes glorieux dans la législation comme dans les armes qui avaient rendu l'Angleterre l'envie des nations voisines et l'admiration du monde; il paraissait impossible, surtout si ce tyran virago vivait encore pendant vingt autres années (ce

qui arriva) , de l'empêcher d'opérer complètement cette destruction. Elle fut cependant arrêtée dans l'exécution de son projet par le zèle et les talents de William Allen, gentilhomme anglais, qui était alors prêtre et avait auparavant appartenu à l'université d'Oxford. Voulant arrêter le projet de cette reine impie de détruire la religion catholique, il forma à Douai, en Flandre, un séminaire pour l'éducation des prêtres anglais. Il fut aidé par plusieurs autres hommes instruits, et c'est de ce dépôt que les prêtres venaient en Angleterre, quoique en exposant manifestement leurs jours. Ce fut là ce qui mit un frein à la méchanceté de cette apostate inexorable; la mer se trouvait entre elle et Allen. Mais s'il pouvait défier en sûreté ses tortures et ses tourments, elle ne pouvait, de son côté, défier ainsi ses moyens ; car il lui était impossible d'élever une muraille autour de l'île pour empêcher les prêtres d'\ pénétrer; et, malgré ses cent espions et ses mille poursuivants (c'est ainsi qu'on nommait les myrmidons qui exécutaient ses ordres sanguinaires), le clergé anglais ne cessa point d'exister, et avec lui la religion de ses pères. Brûlant du désir de détruire le séminaire d'Allen, qui fut fait ensuite cardinal, et dont on ne peut prononcer le nom sans éprouver un sentiment d'admiration, elle eut recours à toutes sortes de projets, et elle finit par fermer perfidement ses ports à la flotte des insurgés hollandais et flamands auxquels elle avait promis sa protection, pour obtenir du gouverneur espagnol la dissolution du collège d'Allen. Mais il trouva un refuge en France auprès de la maison de Guise, qui, malgré les remontrances les plus vives de la part de la bonne

Bess au roi de France, l'établit à Reims avec son séminaire.

« Ainsi trompée dans tous ses projets pour détruire le tronc qui fournissait les missionnaires, elle tomba avec plus de furie que jamais sur les branches et sur le fruit. Dire la messe ou l'entendre, faire une confession ou l'écouter, enseigner la religion catholique ou l'étudier, ne pas assister aux offices de son Église, c'était autant de grands crimes que l'on punissait tous avec plus ou moins de sévérité ; de sorte que les potences, les gibets et les tortures n'avaient pas de relâche, et les prisons ainsi que les donjons regorgeaient de victimes. La peine de ceux qui ne fréquentaient pas son église était de 20 livres par mois lunaire, ce qui en monnaie d'aujourd'hui équivaut à 250 liv. sterl. Des milliers de catholiques refusèrent successivement d'aller à son église, ce qui fit autant de biens qu'elle put piller à volonté; car observez qu'ils étaient tenus à payer par an une amende équivalente à 5,250 livres en monnaie actuelle. C'est ici, juste et sensible lecteur, qu'il faut remarquer la barbarie de cette Réforme protestante. Voyez un homme bien né, âgé peut-être de soixante ans ou même plus : il est né et a été élevé dans la religion catholique, et on le force à se faire mendiant, avec ses enfants, à devenir mendiant, ou à commettre ce ce qu'il regarde comme un acte d'apostasie et de blasphème. Figurez-vous, si vous le pouvez, une barbarie égale à celle-là ; et encore on ne la voit dans son jour te plus horrible que quand on se rappelle que le tyran qui la commit avait, pendant plusieurs années, professé ouvertement la religion catholique, et avait juré

à son sacre qu'elle croyait fermement en cette religion. « Pour donner plus de force à ces horribles édits, on eut constamment recours à toutes les insultes que des esprits oisifs pouvaient inventer. Celui qui était catholique ou regardé comme tel n'avait pas un moment de sûreté ni de repos : à toutes les heures, mais surtout pendant la nuit, les brigands entraient dans sa maison après en avoir brisé les portes ; ils s'élançaient, en se séparant par bandes, dans les appartements, forçaient les cabinets, les coffres et les tiroirs ; ils examinaient les lits et les poches; enfin il n'était pas de lieu où ils ne cherchassent des prêtres, des livres, des ornements, des croix, ou autres objets qui appartinssent au culte catholique. On en força plusieurs à vendre leurs propriétés, morceau par morceau, afin de payer les amendes ; lorsqu'ils étaient en arrière, le tyran était autorisé par la loi à se saisir de leur personne et à s'emparer des deux tiers de leurs propriétés tous les six mois. Quelquefois on leur permettait, et c'était une grande grâce, de payer tous les ans une somme dont on convenait pour pouvoir s'abstenir de ce qu'ils regardaient comme une apostasie et un blasphème. Mais toutes les fois qu'elle soupçonnait que sa vie était en danger, pour quelque cause que ce fût, et elle en avait toujours assez de justes causes, les amendes ou les arrangements ne lui donnaient aucune considération pour eux. Elle les renfermait, soit dans les prisons, soit dans les maisons des protestants, et les tenait éloignés de chez eux pendant des années. Le catholique ne jouissait d'aucune sécurité, même dans sa propre maison ; il avait à redouter l'indiscrétion des enfants ou des amis, la malice

des ennemis, la vengeance7 des fermiers ou des serviteurs, les conclusions hasardées du faux soupçon, l'infamie de ces hommes qui, pour de l'argent, sont toujours prêts à commettre un parjure, l'avidité et ta corruption des constatées, des sbériffs, des magistrats, et la prévention virulente du fanatisme. Le catholique anglais consciencieux et riche vivait continuellement exposé à toutes les passions ennemies de la justice, du bonheur et de la paix, à tous les maux contre lesquels les lois, d'après leur objet, doivent protéger l'homme. Et tout cela se passait sur cette terre qui avait acquis dans le monde entier une si grande renommée par les actions de valeur et les lois sages de nos ancêtres catholiques.

« Quant aux pauvres catholiques qui refusaient, c'està-dire qui ne fréquentaient point l'église du tyran, ceux qui n'avaient pas de quoi payer les amendes étaient jetés dans les prisons jusqu'à ce que celles-ci (ce qui arrivait souvent) n'en pussent plus contenir, et jusqu'à ce que les comtés demandassent à être soulagés du soin de les entretenir. Alors on les relâchait, mais après (es avoir fouettes publiquement ou leur avoir percé les oreilles avec un fer chaud. Cette mesure même ne suffisant pas, on fit passer un acte qui forfait tous ceu\ qui refusaient et n'avaient pas un revenu de vingt marcs par an à quitter le pays trois mois après leur jugement, et ordonnait de les punir de mort dans le cas où ils reviendraient. La bonne vieille Bess se trompa ellemême dans cette circonstance ; car on vit qu'il était impossible de faire exécuter cette loi, malgré les menaces dont on cherchait à effrayer les juges et les shé-

riffs, que l'on ne put porter à imiter sa sévérité ; et dès lors, pour punir les pauvres catholiques, ils levèrent sur eux des sommes à leur bon plaisir, comme composition pour le crime qu'ils commettaient en s' abstenant de l'apostasie et de la profanation.

« Les catholiques eurent pendant quelque temps l'espoir que, par une déclaration de leur loyauté, ils obtiendraient de la reine quelque allégement de leurs peines, ils rédigèrent donc une pétition très respectueuse dans laquelle ils exposèrent leurs principes, leurs souffrances et leurs prières. Mais à qui s'adressaient-ils? A celle à qui la vérité, la justice et la pitié avaient toujours été également inconnues. Lorsque la pétition fut rédigée, tous tremblèrent à la pensée du danger de la lui présenter. Enfin Richard Shelley, de Grove, comté de Sussex, se chargea de cette commission périlleuse. Elle eut la bassesse incomparable (comme elle l'eût fait pour tout autre qui la lui aurait offerte) de ne lui faire répondre que par les sombres échos d'une prison empestée, où il expira victime de son courage et de la cruauté de cette femme implacable »(1).

Ainsi parle Cobbett, qui raconte ensuite avec quelle fidélité les catholiques, en retour de si barbares traitements, défendirent le royaume contre l'expédition navale de Philippe II, et comment, en récompense de leur fidélité, ce tigre féminin rendit leur condition beaucoup plus dure et plus cruelle. Après ce court aperçu, je pense que personne n'exigera de moi que je m'é-

(l) Cobbett, Hist. of the protest. Re/'orm., litt. xi, n. 340-345.

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tende au long sur les moyens employés dans ce même but de faire embrasser la Réforme dans l'Irlande, tant par Elisabeth que par ses successeurs. Ce seraient encore les mêmes choses à dire, puisque c'a toujours été le même système de calomnies et de cruautés continuées jusqu'à nos jours.

Au commencement de l'année dernière 1853, le Rambler (1) a mis en lumière l'histoire du premier parlement irlandais du règne d'Elisabeth, tenu en 1559, et a fait voir comment le protestantisme fut imposé, ou plutôt comment le culte catholique public fut supprimé par la violence et la tyrannie; car on n'édifia lien, mais on entassa beaucoup de ruines, ces bons irlandais, a-t-on dit, étant comme de vieux vaisseaux qui n'étaient pas aptes à recevoir le vin nouveau de la Réforme. Rrady, premier évêque protestant de Meath, trouva opportun de remplacer la violence par les moyens de la corruption, tenant bonne table et y invitant force convives : car, écrivait-il lui-même, ce peuple me mangera vivant, si je ne lui donne a manger du mien. Ce trait comique servira du moins à nous délasser au milieu de toutes ces tragédies dont l'Irlande fut le théâtre, tragédies de cruauté dont la sublime horreur fut atteinte sous Olivier Cromwell et sous Guillaume d'Orange. Qu'il suffise de dire qu'il y avait ce qu'on appelait priest's huniers, ou chasseurs de piètres, qui faisaient partout leurs perquisitions pour en trouver, et la tête d'un prêtre leur <'tr.it

1 Ramifier, janvier et février 185:3, A chapter un thc fUstory (■I ihe Reformation in Ireland.

rétribuée un peu plus cher que celle d'un animal. Les mêmes moyens furent mis en œuvre pour la propagation du pur Évangile de Calvin dans l'Ecosse. Nous pouvons les résumer en peu de mots : ce n'en fut pas d'autres que le vandalisme exercé sur les plus beaux monuments religieux qui faisaient la gloire de ce royaume ; le pillage des églises et des monastères, et les vases sacrés distribués comme prime d'encouragement aux pillards; la ruine des villes et des campagnes, les assassinats accompagnés de trahison de ceux qui défendaient l'antique croyance; le meurtre des prêtres, des religieux et des moines ; les révoltes contre le gouvernement, la substitution du despotisme le plus absolu aux anciennes institutions favorables à la liberté, les dévastations et les incendies, le sang répandu par torrents. L'apostat Knox était d'un caractère si emporté, qu'auprès de lui Martin Luther, quelque entreprenant qu'il fût lui-même, pourrait être comparé à un enfant timide. Par ses prédications violentes et sanguinaires, il enflammait le fanatisme populaire de la plus vile canaille; puis, se mettant à la tête de ces bandits, il procédait aux pillages, aux incendies, aux assassinats. Au cri forcené de Glaive du Seigneur et de Gédéoii ! on allait sur la trace d'Aman et des prêtres de Baal, c'est-à-dire des prêtres catholiques, et on les massacrait, s'ils tombaient sous la main. Voilà en abrégé comment on s'y prit pour soumettre les catholiques au nouveau culte. Or tout cela est tiré des récits des écrivains protestants et écossais mêmes (1). De ce

(1) Tels que Fox, dans ses Âc&a et monumenta Ecclesiœ;

nombre Robertson, quoique renommé pour ses préventions anti-catholiques, ne peut s'empêcher de condamner de tels excès : « L'armée protestante, écrit-il. répandait et fomentait partout sur son passage l'ardeur de la Réforme, et se portait aux derniers excès. Les églises et les monastères furent le théâtre des plus indignes violences. On dépouillait les églises de leurs vases sacrés et de tous les ornements; les couvents furent détruits de fond en comble. A la distance où nous sommes de ces temps de tempêtes, il est impossible de ne pas condamner le zèle furibond des réformateurs, et de ne pas déplorer la perte de tant de superbes édifices, les plus nobles ornements de l'Ecosse, les plus riches monuments de la munificence de nos ancêtres » (1) .

Knox, dans son Hist. de la réformation de l'Eglise d'Europe ; Robertson, dans son Hist- d'Ecosse.

(1) Robertson, Hist. de l'Ecosse, t. i, p. 200. Il répète la même observation au t. ni, liv. 6, à Tannée 1572. Le traducteur de Y Hist. ecclésiast. de Mosheim, t. iv, note 73, affirme que Knox étudia, admira et recommanda à ses compatriotes le gouvernement républicain de Calvin. Clarendon, dans Y Histoire de la révolution et des guerres civiles d'Jngl.,t. i, p. 112, dit, en parlant de Knox, qu'il eut la meilleure part à la suppression du papisme. et qu'il fut le plus turbulent et le plus séditieux des ministres de toute l'Ecosse. Hume, dans son Hist. d'.ingl., écrit entre autres choses des puritains ou des calvinistes, t. vu, p. 16 : " Ils mirent tant de fureur et de rage à faire la guerre aux superstitions romaines, qu'en préchant la doctrine de la paix ils portaient le tumulte de la guerre dans toutes les parties de l'Eglise chrétienne.

Mais qui voudra se former une juste idée du caractère de Knox. qui avait reçu ses inspirations à Genève de la bouche même de Calvin, et des horreurs commises par ce misérable dans toute l'Ecosse pour y implanter le pivslntéranisme, n'aura qu'à lire

Que dirons-nous de la manière dont les Hollandais étendirent et affermirent la Réforme dans les Pays-Bas? On ne peut lire sans frissonner d'horreur la série des atrocités qu'ils commirent dans ce but. On a pris à tâche d'exagérer la cruauté du duc d'Albe; mais qu'était-ce que la dureté de caractère de ce général, qui n'a jamais fait exécuter de sentences de mort contre les rebelles qu'après un procès dans les formes, auprès des dévastations de toute espèce commises par les généraux de La Mark, comte de Lumay, et Théodoric Sonoi, lieutenant du prince d'Orange? Le premier, comme l'atteste Feller, fit périr dans une seule année par des supplices inouïs plus de paisibles habitants et de prêtres catholiques, que le duc d'Albe n'avait fait périr de rebelles dans tout le cours de son gouvernement (1). Ce digne disciple de Calvin poussa le fanatisme religieux jusqu'à la fureur: pour faire apostasier les prêtres et les religieux, il eut recours aux tortures et à des supplices qui font frémir d'épouvante. Le martyre des dix-neuf victimes de Gorcam, en 1572, inscrites dans le martyrologe romain, et celui du savant et vertueux Musius, immolé à Leyde, en fournissent des preuves qui n' admettent pas de réplique.

Et pourtant, qui le croirait? ce monstre de cruauté fut surpassé par Sonoi dans l'art de tourmenter les corps pour perdre les âmes. Voici la description qu'une plume protestante et hollandaise nous a laissée des

l'histoire assez exacte d'un auteur protestant et écossais intitulée : History of Scotland, by Patrick Fraser, Ttttler, Esq., Edimbourg, 1841, t. v, 1497-1546, et t. 71, 1842, 1546-1565. (1) Diction»., art. Tolède.

moyens employés par ce tigre pour martyriser les catholiques fidèles à leur religion : « Les procédés ordinaires de la torture la plus cruelle, écrit Rerroux, ne furent que les moindres tourments qu'on fit endurer à ces innocents. Leurs membres disloqués, leurs corps mis en lambeaux par les coups de verges, étaient ensuite enveloppés dans des linges trempés d'eau-de-vie auxquels on mettait le feu; et on les laissait dans cet état, jusqu'à ce que leur chair noircie et ridée laissât voir à nu leurs nerfs sur toutes les parties du corps. Souvent on employait jusqu'à une demi-livre de chandelles de soufre pour leur brûler les aisselles et les plantes des pieds. Ainsi martyrisés, on les laissait plusieurs nuits de suite étendus sur la terre sans couverture, et à force de coups on chassait loin d'eux le sommeil. Pour toute nourriture on leur donnait des harengs et d'autres aliments de cette espèce propres à allumer dans leurs entrailles une soif dévorante, sans leur accorder seulement un verre d'eau, quelque supplice qu'on leur fît endurer. On appliquait des frelons sur leur nombril, d'où on tirait ensuite l'aiguillon que ces insectes j avaient enfoncé de la longueur de la phalange d'un doigt. Il n'était pas rare que Sonoi envoyât au service de cet épouvantable tribunal un certain nombre de rats qu'on plaçait sur la poitrine et sur le ventre de ces infortunés sous un instrument de pierre ou de bois façonné pour cet usage et recouvert de combustibles. On mettait ensuite le feu à ces combustibles, et on forçait ainsi ces animaux à ronger les chairs de la victime et à se faire un passage jusqu'au cœur et aux entrailles. Puis on cautérisait ces plaies avec des charbons allu-

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mes, ou bien on faisait couler du lard fondu sur ces membres ensanglantés... D'autres horreurs plus dégoûtantes encore furent inventées et mises à exécution avec un sang-froid dont on pourrait à peine trouver des exemples parmi les cannibales, mais la décence nous interdit de continuer » (1).

Le prince d'Orange, chef des hérétiques calvinistes, n'établit la Réforme que sur des montagnes de cadavres, suivant l'expression d'un historien : « Le berceau de la république de Hollande, à sa naissance, fut baigné dans le sang des catholiques, qui tous furent égorgés » (2) . Ces simples récits suffisent pour faire comprendre qu'il devient superflu pour nous de nous arrêter davantage à rapporter en détail les moyens iniques dont s'est servi le calvinisme pour obliger les populations de la Hollande à quitter la religion de leurs ancêtres, en mettant à la place l'Évangile barbare du novateur de Noyon (o) .

Pour achever l'esquisse du tableau que nous avons à retracer, il nous reste à raconter les moyens par lesquels le protestantisme fut imposé aux peuples du Nord, c'est-à-dire de Suède, de Danemarck et de Norwége. Tout se passa à cet égard dans ces régions de la même manière que partout ailleurs. Le protestantisme se propagea dans tous ces trois royaumes comme eût pu le

(1) Abrégé de l'histoire de la Hollande, par M. Kerroux. Leyde, 1778. t. il, p 310.

2 Bérault-Bercastel, Hist. de l'Eglise, liv. 66. Voir MAR- TINET, ouvr. cité, c. 69.

(3) On peut voir ces détails dans Schiller, et de même dans Hœninghaus, qui les rapporte en partie, ouvr. cité : La. Réforme contre la Réforme. 1. 1, p. 475 et suiv.

taire le mahométisme, c'est-à-dire par le fer, par le feu, par les ruines, par des lois de proscription, de sang et de mort. Citons d'abord la Suède. Après avoir conquis ce royaume, principalement à l'aide, comme nous l'avons déjà dit, de ses soldats catholiques, Gustave Wasa, brûlant de la soif de s'enrichir des biens du clergé, des couvents et des églises, chercha à satisfaire sa férocité autant que son avarice, en faisant tous ses efforts pour propager le nouvel Évangile, comme le moyen le plus propre à remplir ses vues. Après s'être attaché à déconsidérer les évêques, les religieux et tout le clergé catholique, il se mit à les opprimer par toutes sortes d'injustices et de vexations. 11 favorisait en même temps de tout son pouvoir les prédicants luthériens, qu'il attirait de Wittemberg dans ses États. Mais bientôt, intimidé par l'attitude menaçante que prenaient les paysans, il dissimula ses perfides projets, et feignit, par une lettre adressée de sa main au souverain pontife, d'être plein de zèle pour la défense de la foi catholique, dans le moment même où il encourageait les nouveaux évangélistes. Il expulsa les religieux qu'il ne put pervertir, et soumit aux outrages les plus révoltants les religieuses fidèles à leur sainte vocation (1). Le sang des évêques ne fut pas épargné. Sunnanwaeder, évêque de Westeras, ami de son roi, mais plus encore ami de son Dieu, ayant prémuni les fidèles de son diocèse contre les menées du gouvernement, dont le but était

(1) Les détails abominables de tout ce que nous racontons ici se trouvent dans l'ouvrage de Tiieixer : La Suède et le Saint-- Siège, trad. de l'allemand par Cohen, Paris, 1842, p. 249-278, avec les i>':èces justificatives.

d'introduire la Réforme ou l'hérésie de Luther, fut accusé comme coupable de haute trahison, et en conséquence déposé de sa dignité avec confiscation de ses biens. Canut, ancien précepteur de Gustave et nommé par lui à l'archevêché d'Upsal, s'interposa en faveur de son évêque; ce fut assez pour le rendre lui-même l'objet des persécutions du tyran. Tous les deux cherchèrent un refuge en Norwége. Gustave demanda alors leur extradition. Canut se présente de lui-même; le roi se constitue en personne son accusateur, et l'accusé est condamné à mort. Sunnanwaeder, étant à son tour rentré en Suède muni d'un sauf-conduit de Gustave, et sous promesse formelle d'avoir la vie sauve même pour le cas où il serait convaincu, n'en fut pas moins condamné lui-même à mort. Mais pour avilir davantage la dignité épiscopale, on les fit monter tous deux à rebours sur un âne, ayant chacun sur la tête une mitre grotesque, et on leur fit traverser en cet état les rues de Stockolm, en butte aux risées de la populace luthérienne, en les obligeant entre autres avanies à boire avec le bourreau. Le 15 février 1527, jour de la foire d'Upsal, Gustave se rendit dans cette ville avec un nombre considérable de troupes, et y fit exécuter la sentence en mettant sur la roue l' évêque de Westeras. Trois jours après, Canut subit le même supplice dans la ville de Stockolm (1).

Non content de ces horreurs, Gustave, ayant obtenr de la diète de Westeras, au moyen de mille artifices, la donation des biens de cette église, alla lui-même en

(1) Ibid.

prendre possession; ce qui lui apporta en apanage treize mille propriétés selon les uns, vingt et même jusqu'à trente mille selon les autres, sans compter une prodigieuse quantité d'or et d'argent. Les nobles en eurent aussi leur part, comme complices et coopérateurs du roi. Ensuite les réformateurs, avec l'approbation du monarque, organisèrent une affreuse inquisition, et quiconque osait ouvrir la bouche contre les nouvelles doctrines se voyait menacé de l'exil et de la mort (1). Les deux célèbres évêques et illustres savants Brask et Jean Magnus, considérés comme les plus fermes colonnes du catholicisme, furent contraints l'un et l'autre d'abandonner le pays. Brask n'eut rien de mieux à faire que de pourvoir à son salut par la fuite ; Magnus, sous prétexte d'une ambassade honorable, fut éloigné par le roi lui-même , avec défense de remettre le pied en Suède. Les autres évêques furent de même forcés d'émigrer pour échapper à une mort imminente. Le clergé subalterne, placé dans l'alternative d'être banni ou d'apostasier, se décida pour ce dernier parti en contractant des mariages et en renonçant au jeûne et à l'abstinence. Et comme les paysans des vallées avaient pris les armes pour défendre leur foi, ils furent engagés artificieusement à se présenter à une conférence sans armes et avec des saufs-conduits ; puis ils se virent cernés et investis par une armée do quatorze mille hommes. Six cents d'entre eux furent égorgés sur-lechamp; les autres obtinrent à grande peine grâce de la vie à force de supplications et de prières (2).

1) Von .Martjmt, Solution de grands problèmes, t. iv, c. 5b. 2 ROHKBACHER, H'tst. unir, de l Eglise catholique, t. n Oh-

J'omets le reste, parce qu'il serait superflu de s' appesantir sur ce détail ; qu'il me suffise de dire qu'on porta dans la suite un décret de bannissement du royaume contre quiconque professerait une religion différente de la luthérienne, décret qui a été trop fidèlement exécuté jusqu'à nos jours. Les feuilles publiques ont rendu célèbre la sentence d'exil prononcée en 1845 contre le peintre Nilson, et exécutée contre lui avec une extrême rigueur, pour le punir de ce qu'il avait suivi ses convictions en se faisant catholique (1). On n'a pas oublié non plus la sentence prononcée par le consistoire luthérien contre le vicaire apostolique, dé-

servons ici en passant la mauvaise foi des protestants et des incrédules, qui ont fait tant de bruit pour l'infraction du prétendu saufconduit accordé à Jean Huss par le concile de Constance, tandis que ce n'était pas autre chose qu'un passeport, comme on l'appelle aujourd'hui, ou un certificat dont il avait besoin pour faire route, et qu'il ne subit que le traitement auquel il s'était assujéti luimême par sa déclaration conçue en ces termes : » Significo toti » Bohemise, me velle sisti coram concilio. Porrô si de errore ali- •• quo me convicerit, non recusabo quascumque hœretici peenas " ferre, » comme on lit dans Y Histoire des doctrines et des actes de Jean Huss, etc., p. 97. Or, il fut effectivement convaincu d'hérésie, et il persista dans sa révolte ; ce qui lui valut le châtiment auquel il fut condamné par l'empereur. Et c'est à peine si l'on parle jamais de l'infraction ouverte de plusieurs saufs-conduits accordés par Gustave Wasa et violés par ce prince d'une manière atroce à l'égard de tant de catholiques innocents! Que dire, que penser de tels hommes et de tels écrivains? V- Foi et lum.,p. 186. (I) Ami de la religion, 7 octobre 1845. Ajoutons que toute la famille de Nilson fut condamnée à partager le même sort. Personne dans cette circonstance n'éleva la voix pour le catholique Nilson au nom de la tolérance, comme tout le protestantisme européen a bien su le faire pour les époux Madiaï. Mais Nilson était catholique, au lieu que ces derniers étaient protestants : c'est ce qui rend la chose toute différente.

claré coupable d'avoir, contrairement aux lois de la Suède, donné des aliments et des habits aux enfants pauvres qui fréquentaient l'école catholique, ce qui constituait le cas de prosélytisme (1).

Les choses ne se passèrent pas différemment en Danemarck. Nous avons déjà exposé en partie dans le chapitre précédent ce que firent Christiern II , surnommé le Néron du Nord, et son fils Frédéric Ier, pour y introduire et y consolider le luthéranisme. Pour parler maintenant des moyens mis en œuvre par ce dernier, quand il eut avant le reste donné aux prêtres et aux moines la faculté de se marier, puis défendu aux évoques, sous de graves peines, d'avoir recours à Rome, puis fait à la noblesse de larges concessions au préjudice du clergé et du peuple pour l'attirer dans son parti,- il ne connut plus aucune mesure. Il nomma aux évèchés ses nouvelles créatures, accorda aux luthériens le libre exercice de leur culte, c'est-à-dire qu'il leur donna le champ libre pour dépouiller les monastères et les églises, chasser et mettre à mort les religieux. Et ils mirent si bien à profit cette faculté, que, suivant le témoignage d'un écrivain protestant, dans aucun autre de tant de pays différents où la Réforme s'établit, les moines n'eurent autant de vexations à souffrir que dans le Danemarck (2).

Frédéric étant mort en 1533, Christiern III, qui lui succéda, acheva l'œuvre de son père en abolissant tota-

(1) lbid., 27 septembre 1845. Voir Martinet, Solution d> r/ronds problèmes, t. n, c. 28.

(2) Voir Hœninghaus, outt. cité, t. i, p. 445 et suiv.

lement le culte catholique et en incarcérant les évêques. Les prévôts et les curés furent forcés ici comme en Suède à choisir entre le bannissement et l'apostasie. Les auteurs protestants de Y Histoire universelle font observer que les violences de Christiern furent telles, que Luther lui-même, qui certes n'était pas d'un caractère modéré, en fut attendri, et écrivit au roi luimême pour qu'il y mît fin ou du moins pour qu'il s'adoucît (1). Et cependant ces actes de violence étaient dirigés par un moine apostat ami intime de Luther, Bugenhagen, que le roi avait lui-même fait venir de Wittemberg dans ce dessein (2). Cet homme couronna le roi, étendit la domination de la nouvelle Église, consacra les surintendants substitués aux évêques, et ne s'oublia pas lui-même dans le pillage des monastères; puis, quand il fut chargé d'or, il quitta le Danemarck pour rentrer à Wittemberg. Le savant Messenius nous a conservé l'adieu que cet homme fit au Danemarck en le quittant, et qui était ainsi conçu : « Adieu, excellent pays ; garde mon Évangile comme je garderai tes écus » (3). Un tel vœu n'a point été frustré ni mis en oubli : encore de nos jours, le Danemarck, endurci dans son luthéranisme, n'a point abrogé la loi de mort portée contre tout prêtre ou religieux qui tenterait de fixer sa demeure dans la limite de ses frontières (4) .

Il) Ibid.

(2) Voir ce qu'a écrit sur cet apostat Dœllinger, ouvr. cité : La Réforme, t. n, p. 139-144.

(3) « Tu meum, Dania, habeas evangelium, ego nummos tuos; « vale. •• Scandinavie/, lllustrata, t. v. Rapporté par Theixer, ouvr.

i4) Voir Martinet, Solution de grands problèmes,' 1. c.

Le peuple de Norvège, après une forte lutte soutenue contre les prédicants, fut forcé à la fin de céder par l'envoi sur ses côtes d'une flotte considérable, dépêchée du Danemarck en 1536 pour le soutien du nouvel Évangile. Les évêques prirent la fuite, pour ne pas subir le sort de leurs collègues du Danemarck, et c'est ainsi que le peuple fut contraint de se soumettre aux nouveaux apôtres, qui se présentèrent à eux l'épée hors du fourreau et mèches allumées (1).

La lutte fut de même en Islande longue et sanglante, le peuple s'y étant soulevé contre le décret royal qui prescrivait le changement de religion. Mais douze bâtiments de guerre, envoyés de Danemark en 1551, obligèrent à la fin ces pauvres catholiques à ouvrir les yeux à la nouvelle lumière (2) .

D'après cette esquisse ou cette ébauche du tableau que nous venons de tracer, quoique bien modérément , des moyens par lesquels la nouvelle réforme a été imposée aux diverses populations catholiques, tout homme docile à la voix de la conscience, ou simplement doué de bon sens, pourra voir si l'on peut y retrouver le caractère de l'Évangile ou de l'esprit de Jésus-Christ. A moins d'affirmer par le plus horrible des blasphèmes que l'esprit de mensonge, de fraude, d'astuce, de calomnie : que l'esprit de rapine, de convoitise, du libertinage le plus effronté; que l'esprit enfin de violence brutale, de parjure, d'assassinat, de toute espèce de barbarie, soit l'esprit de Jésus-Christ, il est impossible

(1) Voir Théines, ouvr. cité.

(2| HŒNINGHAUS, 1. c , p. 464.

de reconnaître cet esprit dans la nouvelle règle de foi ou la Réforme, qui n'a pas été imposée par d'autres moyens aux peuples catholiques qui la repoussaient. Disons hautement au contraire que des moyens de cetteespèce font voir plus clair que le jour dans la prétendue réforme le caractère terrestre, mondain, charnel, l'œuvre des ténèbres, le caractère diamétralement opposé à l'esprit de charité, de mansuétude, de patience, de tolérance, du véritable Évangile du Sauveur du monde : caractère qui s'est constamment montré en traits lumineux dans la propagation du christianisme depuis les apôtres jusqu'à nous (1). L'établissement de la Réforme au contraire pourrait se définir : un brigandage astucieux et systématique exercé sous le voile de la religion par quelques princes et seigneurs sur les biens des catholiques, sur leurs personnes et sur leurs consciences.

Lors donc que les écrivains protestants ou catholiques, imbus des mêmes préjugés, nous objectent les horreurs de l'inquisition catholique, les violences et autres semblables calomnies inventées contre ces tribunaux, en supposant même la vérité de telles hyperboles, de quelques épithètes qu'on se plaise à les grossir : tout cela mis ensemble, et en réunissant tous les traits semblables que fournit l'histoire depuis que le catholicisme existe, c'est-à-dire depuis les apôtres jusqu'à nous, n'est rien auprès de ce qui a été pratiqué en

(!) On fera très bien de lire les réflexions sensées et profondes que fait Martinet sur ce sujet dans l'ouvrage cité : Solution, etc.. t. iv, du chapitre 48 au chapitre 56.

ce genre, même dans un seul des pays subjugués par L'hérésie. Et cependant, comme s'il n'était rien de cela, comme si les faits n'étaient pas publics et notoires, avoués même par les historiens protestants, les écrivains dont il s'agit gardent là-dessus un profond silence, en même temps que d'un front sans pudeur ils reprochent à la communion catholique ce que celle-ci déteste et condamne la première (1). Ainsi a-t-on eu raison de dire que l'histoire des trois derniers siècles n'est qu'une conjuration solennelle et une conspiration permanente contre la vérité, et que par conséquent nous devons toujours nous tenir sur nos gardes, lorsqu'il nous tombe entre les mains de ces sortes d'écrits, dont les auteurs semblent n'avoir en vue que de surprendre notre bonne foi et de nous engager dans leurs filets tissus de faussetés et de mensonges.

(1) Scus le rapport des accusations intentées à l'Eglise catholique par le protestantisme à propos des rigueurs exercées quelquefois contre les hérétiques, tandis que lui-même s'est gorgé du sang des catholiques par d'horribles cruautés, il me semble voir son image dans la femme adultère dont parle le livre des Proverbes, XXX, 20, qui, toute couverte qu'elle est de vices et de souillures, n'en fait pas moins la prude, et, après avoir bien mangé et bien bu, se lave la bouche et dit : Je n'ai rien fait de mal : «Talis « est via mulieris adultéra?, quae comedit, et tergens os suum « dicit : Non sum operata malum. »

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