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CHAPITRE V

CARACTÈRE DES MOYENS EMPLOYÉS POUR IMPOSER AUX PEUPLES LA NOUVELLE RÈGLE DE FOI.

Ce n'est pas sans raison que j'ai constamment parlé dans le chapitre précédent de ceux qui ont imposé aux peuples la nouvelle règle de foi, puisqu'il a bien fallu leur imposer au pied de la lettre une croyance pour laquelle ils sentaient de l'éloignement, qu'ils ne cherchaient pas, et dont ils ne voulaient pas s'occuper. Mais avant d'entrer de nouveau en matière, il est bon de lever une équivoque fort commune, et dont on a beaucoup abusé de nos jours.

Cette équivoque roule sur ce mot peuple. Le vrai sens de ce mot est de signifier toute la partie de la société qui en forme comme le corps, et qui se compose des honnêtes bourgeois, artisans, laboureurs, pères de famille, propriétaires, etc., tandis qu'au temps de la Réforme, comme encore de nos jours, les novateurs et les anarchistes ou démagogues ont pris fantaisie d'attribuer cette dénomination à ce qui n'en est que la lie, à cette canaille vagabonde livrée à tous les vices, portée d'elle-même à la licence, et toujours prête à se mettre , moyennant rançon, au service des ambitieux. Or, que de pareilles gens aient été, comme ils le sont aujourd'hui et le seront toujours, avides de funestes nouveautés, et par conséquent tout disposés à la réforme si commode d'un Luther, d'un Calvin, d'un Zwingle, ou

encore si on le veut à la religion de Mahomet, e'est ce que j'accorderai volontiers, et que j'ai appris à connaître par expérience; et ce n'est pas de cette tourbe mal civilisée que j'entends parler, lorsque je dis que la nouvelle réforme a été imposée aux peuples ; car ce n'est pas cette classe-là qui forme le peuple proprement dit : elle n'en est que le rebut, ou que le fléau de l'humanité. Je ne nie pas non plus qu'avec le temps, et passé les premières générations, le véritable peuple lui-même n'ait professé volontairement la Réforme après y avoir été forcément engagé, et qu'une fois pris au piège il n'y soit resté de lui-même : ce qui le prouve, c'est la ténacité avec laquelle il s'y maintient encore aujourd'hui ; tellement que si l'on veut l'en retirer pour le faire rentrer dans l'Église qu'ont abandonnée ses ancêtres, il oppose aux efforts faits dans ce but les préjugés qu'il a sucés avec le lait de ses nourrices, et les défaites que lui ont suggérées ses ministres et ses instituteurs [1). Je parle donc tout à la fois du peuple proprement dit, et de ce peuple tel qu'il se trouvait au moment du premier établissement de la Réforme. L'état de la question ainsi posé, et toute ambiguité mise à l'écart, il me sera facile, l'histoire des faits à la main, de prouver ma

[1] Tout cela a été traité fort au lon^ par NfiWMAM dans ses dernières conférences publiées sous le titre de Lectures on the présent position ofcatho/ies in England, Londres, 1851, et dans les trois premières de ces conférences, mais spécialement aux pages 75-76, où l'on trouvera mêlées des anecdotes vraiment singulières, qui font voir jusqu'où va le fanatisme ou la crédulité non-seulement parmi le bas peuple de la nation anglaise, mais encore parmi les savants et les lettrés, qui, eux aussi, ne vivent lu que de traditions sans appuis historiques.

proposition, savoir : que les moyens mis en œuvre pour faire embrasser au peuple le protestantisme ont été des plus immoraux, tels que la séduction , l'imposture, la force brutale. Examinons la chose en détail, en parcourant rapidement l'un après l'autre les pays où ces nouveaux Évangiles, ces bonnes nouvelles, comme on les appelle aujourd'hui dans le Piémont, ont pris pied et racine. Nous suivrons le même ordre que dans le chapitre précédent.

§ I. — MOYENS MIS EN ŒUVRE POUR IMPOSER LA RÉFORME EN ALLEMAGNE , EN SUISSE , A GENÈVE ET EN FRANCE.

De quels artifices se servirent Luther et Mélanchthon pour séduire le peuple. — A ces artifices ont succédé, à l'instigation de Luther et de ses associés, les plus atroces violences des paysans contre les princes, et des princes ensuite contre les paysans. — Horribles atrocités de toute espèce commises contre les catholiques par les princes et les seigneurs d'Allemagne. — Les mêmes violences contre les catholiques fidèles continuées jusqu'à nos jours. — Les mêmes menées ont eu lieu en Suisse de la part de Zwingle. — Cruautés et mauvais traitements exercés contre les catholiques pour leur faire embrasser l'hérésie. — Continuation de ces mêmes manœuvres jusqu'à nos jours. — Les mêmes moyens employés à Genève. — Expédition des Bernois. — Inquisition protestante à Genève. — Rigueurs employées dans les environs de cette ville. — La même intolérance continuée à Genève jusqu'à nos jours. — Saccagements, dévastations, incendies, au moyen desquels les huguenots ont cherché à propager en France la sainte Réforme. — Cruautés qu'ils ont commises dans ce but.

Parlons d'abord de l'Allemagne. Je laisse de côté les caricatures obscènes que le moine apostat de Wittemberg fit du pontife romain pour lui attirer la haine et

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l'aversion des peuples ; mais que dire de l'imposture et de la fiction la plus révoltante, imaginée par X honnête Mélanchthon et approuvée par le chef de la Réforme, pour abuser de la simplicité de ce bon peuple d'Allemagne ? Cette pièce est enregistrée dans les œuvres de Luther avec l'explication et le commentaire de Mélanchthon, et encore aujourd'hui, après trois siècles écoulés, elle trouve croyance et crédit dans l'Allemagne protestante (1) : c'est une caricature intitulée Le Papeâne, avec l'explication de Mélanchthon et Yamen de Luther. Il y est dit : « En divers temps, Dieu a pris soin d'avertir les peuples par des signes miraculeux de se garder de la séduction de l'antechrist et de sa domi-

[1] Observons ici une coïncidence qui n'a peut-être pas encoreété remarquée entre ces caricatures mises en circulation contre les catholiques par les protestants du xvr siècle, et celles que, dès le IIe siècle de l'Eglise, les païens avaient imaginées contre les chrétiens, et qui ont été l'occasion pour Tertullien d'écrire son célèbre Apologétique, et son autre apologie du ebristianisme adressée à Scopula. Il rapporte dans son Apologétique, c. 16, que les païens avaient représenté le Dieu des chrétiens sous forme humaine avec des oreilles d'âne, un pied pareillement semblable à celui de cet animal, et qui était vêtu d'une toge et tenait un livre à la main. Voici les paroles de Tertullien : « Nova jàm Dei nostri in istâ » proximè civitate editio publicata est... quidam picturam propo- •« suit cum ejusmodi inscriptione, Deus christianorum Oxo- » choites. Is eratauribus asininis, altero pede ungulatus, librum •• gestans et togatus. •■ Qu'on rapproche cette caricature de celle qu'a imaginée Mélanchthon, et on verra combien elles se ressemblent. Voilà donc les païens et les hérétiques ligués ensemble pour combattre avec les mêmes armes le christianisme et le catholicisme. Voir sur ce passage de Tertullien le commentaire et les notes de La Cerda. Ce commentateur veut qu'on lise Ononychites, qu'il fait venir de Jvoç, âne. et ôwf, ongle (ou corne du pied de

nation. Or, parmi ces signes providentiels, on doit particulièrement remarquer celui qu'il a récemment fait paraître, en permettant qu'on trouvât dans le Tibre, Tan 1Û96, l'horrible cadavre du pape-Ane, qui représente si exactement la papauté, qu'aucune main humaine n'aurait pu en tracer une image plus ressemblante, et qu'il faut bien recourir, pour en trouver l'auteur, à une intervention de Dieu lui-même. C'est une figure emblématique ayant une tête d'âne avec un corps d'homme, la main droite semblable au pied d'un éléphant, la main gauche d'un homme, le pied droit à sabot de bœuf et le pied gauche d'un griffon, le ventre et la poitrine de femme, le cou, les bras et les pieds couverts d'écaillés de poisson , au derrière une tête de vieillard et un dragon qui de sa bouche toute grande ouverte vomissait des flammes. » Mélanchthon, comme nous l'avons dit, donne une longue explication de cette figure ridicule, entre dans le détail de chaque partie, et cite à son appui plusieurs passages de l'Écriture sainte, qu'il profane ainsi sans scrupule; puis il conclut son commentaire par ces paroles : « Vous tous, tant que vous êtes, et qui me lirez, je vous prie de ne pas mépriser un si grand prodige de la majesté divine, et de vous arracher de la contagion de l'antechrist et de ses membres. Le doigt de Dieu est ici dans cette peinture si fidèle, si ornée, comme dans un tableau : c'est une preuve que Dieu a pitié de vous, et qu'il a voulu vous tirer de cette sentine de péchés. Réjouissons-nous, nous autres chrétiens, et saluons-le, ce signe, comme l'aurore qui nous annonce le jour de Notre-Seigneur et de notre libérateur Jésus-

Christ < (1). Or, que dire de cette imposture sacrilège? que dire de ses auteurs? Eh bien cependant, elle a trouvé si bien croyance parmi le bon peuple allemand, qu'eu plein xixc siècle l'illustre historien de Luther, M. Audin, affirme avoir vu de ses yeux dans le \\ ittemberg cette même figure du pape-une suspendue au chevet du lit de pauvres paysans, à la place de l'ancien bénitier catholique, de l'image de la Vierge ou du saint patron de la paroisse : «Nous l'avons retrouvée, continue-t-il, derrière la vitrine des libraires, comme au temps de Luther, et sur l'étalage des échoppes d'Eisenach et de Francfort » ("2).

Que penser d'une religion qui emploie pour se propager de tels moyens et de tels maîtres ? Or, tels sont les expédients auxquels n'a cessé d'avoir plus ou moins recours le protestantisme pour séduire les peuples depuis sa première apparition jusqu'à nous : le mensonge, l'imposture et la calomnie sous toutes formes. Si ces moyens étaient insuffisants, on mettait en œuvre la violence, le recours aux armes meurtrières, la persécution et toutes ses horreurs. L'Allemagne va encore nous en offrir un exemple. Dès le moment où Luther se mit à lancer ses furieuses invectives contre le pape et tous ceux qui continuaient à lui obéir, c'est-à-dire les catholiques, il commença aussi à organiser la violence contre les peuples restés fidèles à la religion de leurs

|1) Walch, Opp. t. xix. |>. 8.'-)» et suiv.; Rohrbac hi-r, t. xxm. p. ^il-97, 1" édit.

(2) Avdin, Histoire de la rip de Lut lier, t. n. c. », ou c. 19, p. 328, éiiit. de 1850.

pères et de leurs ancêtres. Les paysans les plus rustres, et par là même les plus faciles à fanatiser, furent les premiers instruments que sa fureur fit agir pour opérer la destruction des catholiques qui refusaient d'apostasier et dé reconnaître son nouvel Évangile. Us se ruèrent sur les châteaux des seigneurs catholiques, sur les évêchés, sur les monastères, où ils commirent d'horribles dévastations ; et Luther leur applaudissait en les représentant comme les exécuteurs de la justice divine : « Voici, écrivait-il dans son livre de La Magistrature séculière, que Dieu livre les princes catholiques à lefur sort réprouvé ; il veut en finir avec eux et avec tous les grands de l'Église. Leur règne est clos : ils s'en vont descendre dans la tombe couverts de la haine du genre humain, princes, évêques, prêtres, moines, polissons

sur polissons Que sont la plupart des grands? Des

fous, des vauriens, et les plus grands vauriens qui vivent sous le soleil... Princes, la main de Dieu est suspendue sur vos tètes... on vous tient pour polissons et bélîtres... Le peuple lassé ne peut plus supporter votre tyrannie et votre iniquité. Dieu ne le veut pas » (I) . Tel fut le langage de Luther tant que les paysans se bornèrent à se jeter sur les prêtres, sur les évêques, sur les

(1) Audin, ouvr. cité, c. 6, et nouv. édition, 1850, c. 17, p. 269- 290. Après cela, faut-il s'étonner si, dans ces dernières années de troubles et de révoltes, les libéraux d'Allemagne répétant contre les princes ces mêmes invectives de Luther, le gouvernement prussien a mis à son index des livres prohibés les ouvrages de Luther, en défendant de les lire et de les faire circuler? Mais c'est qu'autrefois les paroles de Luther étaient dirigées contre les princes catholiques, au lieu qu'aujourd'hui elles le seraient contre les princes protestants.

monastères, sur les princes et les seigneurs catholiques ; mais quand, s' unissant aux anabaptistes, ils commencèrent à envelopper dans leurs assassinats les princes ou seigneurs qui favorisaient sa réforme ou qui l'avaient embrassée , alors Luther changea de ton. Il excita ces princes à leur tour contre les paysans et les anabaptistes avec un tel emportement, qu'un nombre incalculable de ces malheureux périrent victimes de leur fanatisme, et dans la seule année 1525 il en fut égorgé plus de cent mille ; une infinité d'églises, de monastères, de châteaux, furent saccagés, démolis ou incendiés. Après tous ces désastres, Luther écrivait : « Tout ce sang répandu, c'est moi qui l'ai versé par l'ordre de Dieu; et quiconque a succombé dans cette lutte est perdu de corps et d'âme, et appartient au démon » (1). Ce n'était encore là que le prélude des violences. Le mal alla toujours croissant, et telles furent les atrocités que commirent les princes et les seigneurs dans les divers États de l'Allemagne, qu'on ne peut en lire le récit sans horreur, et qu'on croit assister à des scènes d'enfer. Dans les annales des provinces et des villes d'Allemagne jusque vers le milieu du xvnc siècle, il n'est le plus souvent question que de femmes noyées, enterrées ou brûlées vives, ou mutilées de manière à outrager la pudeur; que d'hommes tourmentés avec des tenailles ardentes, dépecés avec le couteau sous les yeux de leur famille, étendus sur la roue ou brûlés à petit feu. C'est avec sujet qu'un célèbre historien, après avoir rapporté sur l'autorité d'écrivains protestants les atrocités inouïes

il) Ibid.. c. 0, al. c. 24, p. 140.

commises contre les catholiques par les princes luthériens allemands, conclut ainsi : « On voit que les hommes les plus sanguinaires de la Révolution française, à la fin du xvme siècle, Marat et Robespierre, comparés aux magistrats ordinaires du protestantisme allemand à la lin du xvi% sont comme de modestes apprentis, par rapport à leurs maîtres, et que dans l'Allemagne protestante du xvie et du xvif siècle, ils auraient passé pour des modèles d'humanité, pour des anges de douceur »> (1).

Depuis cette époque, bien que cette fureur se soit ralentie, néanmoins les princes protestants d'Allemagne n'ont cessé, jusqu'à nos jours, de poursuivre l'œuvre commencée par la violence contre les catholiques, soit indirectement, soit directement, d'une manière tantôt sourde et tantôt ouverte, selon que l'ont conseillé les circonstances. La législation relative aux mariages mixtes, les persécutions ourdies contre le clergé, la déportation de l'archevêque de Cologne, les incarcérations et tant d'autres vexations continuées jusqu'à ces derniers temps en sont une preuve permanente. Et de nos jours encore la nouvelle Société protestante, qui s'est unie à la Société déjà existante de Gustave- Adolphe , qu'est-elle autre chose qu'une conspiration vivante contre les catholiques (2)? Or, celui qui a donné la pre-

(1) ROHRBACHER, t. XXIV, p. 686, et 2e édit., p. 694.

(2) La Société de Gustave-Adolphe a été ressuscitée ces dernières années pour arrêter les progrès du catholicisme en Allemagne. Elle est animée des mêmes principes d'intolérance que l'était ce prince d'odieuse mémoire, qui, en haine du catholicisme, mit à feu et à sang une si vaste étendue de pays.

mière impulsion à ces persécutions violentes et qui les a inaugurées, c'est Luther, le patriarche du protestantisme (1).

Dans la Suisse, ce furent aussi les mêmes moyens employés pour faire accepter aux populations la nouvelle croyance proclamée par Zwingle. On débuta par l'astuce, le mensonge, la calomnie, et on continua par la violence la plus déclarée.

Zwingle, comme nous l'avons naguère observé, voyant à son début que les esprits n'étaient pas encore bien disposés à accueillir ses innovations, y procéda lentement, ne communiquant ses idées qu'à ceux de la perversité desquels il était sûr, et qu'il trouvait pour cela seuls propres et mûrs pour une réforme qui offrait un appât à toutes les passions. Il grossit son parti de prêtres et de moines dissolus et apostats par un écrit, qu'à l'exemple de Luther il intitula : De la liberté chrétienne. Il y développait un système d'anarchie universelle tant religieuse que politique, avec abolition de toute autorité ecclésiastique et d^ tous vœux religieux. Après avoir ainsi multiplié ses partisans et recruté en outre tout ce qu'il y avait dans la magistrature, dans la noblesse et dans le peuple, d'hommes avides de pillage, il intimida le gouvernement de Zurich pour le déterminer à abolir l'ancien culte, qui était toujours celui de la grande majorité. En 1524, Zwingle, Engelhard et Léon de Juda, escortés de douze sénateurs.

1 On lira avec profit deux bons articles dans l'ouvr. déjà cité : Foi et lumières, 2e édition, Paris et Nancy, 1845, « Sur les ri- .• prieurs des protestants du Nord contre les catholiques, » et «Sur .. la prétendue liberté de conscience préebée au siècle de Luther. »

parcoururent la ville, pénétrèrent dans les églises à main armée, et appelant à leur aide menuisiers, maçons, taillandiers, ils firent enlever les images, renverser les statues et détruire tout ce qu'il y avait d'objets sacrés. Par un décret spécial, il fut défendu de toucher les orgues et de sonner les cloches aux funérailles, et d'administrer l'extrême-onction (1).

Encouragé par ce premier succès, et voyant bien qu'il ne pourrait étendre et établir ses doctrines que par la force armée, le novateur proclama pour lors son grand principe, que l'Évangile a soif de sang (2) ; et dans son livre De l'instruction chrétienne, qu'il dédia à François 1er, il choisit pour épigraphe cette sentence de l'Evangile : Je suis venu pour apporter non la paix, mais la guerre, entendue à sa manière, c'est-à-dire dans un sens tout contraire à celui du Sauveur. À partir de ce moment, on ne vit plus dans la Suisse, de la part des disciples de Zwingle, que carnages, que vexations de toute espèce exercées contre les catholiques qui refusaient de se soumettre au nouvel enseignement. Nonseulement les magistrats des divers cantons pervertis publièrent des écrits sanglants contre quiconque prêcherait la foi catholique, contre quiconque dirait la messe ou administrerait un sacrement; des édits de proscription et de bannissement contre tout prêtre qui ne se marierait pas, des condamnations à de fortes amendes ou à la prison contre ceux qui refuseraient d'as-

>1) AlT'iN, Hist.de la vie de Calvin, 1. 1, c 10.

(2) Nous avons rapporté plus haut ses paroles sur la foi de Bullinger, son disciple.

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sistef aux déclamations furibondes des nouveaux prédicants; d'autres édits contre ceux sur qui l'on trouverait des images ou des chapelets; mais ils portèrent de plus des édits et des déclarations de guerre contre les cantons fidèles qui faisaient difficulté d'accepter l'hérésie (1).

Non contents de ces mesures, ils convinrent entre eux par un acte solennel d'interdire aux catholiques l'achat du blé et du sel, afin de les réduire à la plus extrême détresse. Quelque temps après, ceux des cantons de Berne et de Zurich, ayant été battus avec leurs alliés dans plusieurs batailles par les armées des cantons catholiques, furent contraints de faire trêve à toutes ces vexations et de permettre à chacun, conformément aux traités, de suivre la religion qui lui plairait le mieux. Mais il était aisé de prévoir que ceux qui manquaient à la fidélité due à Dieu, et ne se faisaient pas scrupule de transgresser les serments les plus solennels, n'observeraient pas plus fidèlement les conventions faites entre ennemis. Ils continuèrent toujours leurs persécutions sourdes, qui se sont prolongées jusqu'au temps actuel. Eh! n'avons-nous pas été témoins de la

(1) Tout cela s'est t'ait sans doute pour prouver que le protestantisme est le fruit du libre examen de la Bible par l'esprit privé de chacun. Qui croira désormais à ces charlatans lorsqu'ils viendront vous débiter ces phrases toujours en vogue et toujours mensongères, que le protestantisme est la religion du libre examen et de la conviction individuelle? La liberté d'examen chez les protestants s'est toujours réduite à celle que les fondateurs de leurs sectes prêchaient en ces termes : « Vous avez la liberté d'examen : « mais si vous ne croyez pas ce que nous vous enseignons, vous » serez exilés, pillés. pros< rits et mis à mort.

guerre la plus injuste ourdie contre les cantons catholiques par les autres cantons soi-disant réformés, qui, protégés par un gouvernement hétérodoxe, sont restés vainqueurs dans une lutte trop inégale? Et quelles ont été les suites de leur victoire? C'est ce que peuvent nous dire les prêtres exilés, les curés suspendus de leurs fonctions, l'évêque de Fribourg d'abord emprisonné et puis exilé ; c'est ce que peuvent nous apprendre les couvents supprimés, les religieux et les religieuses expulsés du pays; c'est ce que peuvent enfin nous démontrer les persécutions les plus odieuses, les amendes les plus exorbitantes imposées aux plus honnêtes familles (].). L'esprit intolérant des hérésies est toujours le même ; car le sectaire ne saurait changer de nature. Si les conjonctures présentes ne permettent pas à la persécution d'éclater au grand jour, les sectaires en conservent toujours au moins le désir dans leur cœur, et ils couvent ainsi la haine qui les dévore, jusqu'à ce que le moment se présente pour eux de la manifester par des explosions de rage (2).

Comme je ne me suis pas proposé de composer l'histoire des persécutions dont l'Église catholique a été

(1) On peut consulter sur cette œuvre de ténèbres l'ouvrage île Cp.étineau-Joly intitulé : Hist. du Sonderbund, 2 vol. in-8°, Paris, 1850.

(2) Ce n'est pas sans sujet qu'on a défini le protestantisme la haine du papisme (c'est-à-dire de l'Eglise catholique), et l'exclusion des papistes (c'est-à-dire des catholiques) de tout emploi ecclésiastique et civil. Or, celui qui a donné cette définition est un évêque anglican, l'évêque de Saint-David, qui l'a insérée dans le catéchisme à l'usage de son diocèse. Voir The Protestants Cote— chmn bij the Bishop of Saint-David ', p. 2.

l'objet de la part des sectaires*, amis seulement de mettre en relief les moyens dont ils ont l'ait usage pour propa- "irs doctrines, je n'entrerai pas dans de plus grands détails sur ce sujet. Au reste, il s'agit ici de faits qui ne sont révoqués en doute par personne, à quelque communion qu'on appartienne d'ailleurs, et il sera facile, si on le veut, d'en trouver le récit détaillé dans les historiens dont !a réputation est le mieux établie et le plus méritée (1).

L'établissement de la Réforme à Genève et sa propagation dans le royaume de France ne se sont pas exécutés d'une manière dilïérente. Le gouvernement de Berne trompa d'abord le peuple de la campagne en demandant aux paysans s'ils consentaient à la réforme de quelques abus introduits dans le culte; bientôt, ayant recours à la force ouverte, il réussit à effacer dans presque tout le canton les dernières traces du catholicisme. Plus tard, il employa les mêmes artifices pour introduire et faire triompher l'apostasie à Genève. Le prétexte mis en avant (année 1530) fut de prêter son appui à Genève contre les prétentions des ducs de Savoie. Les troupes envoyées pour cette expédition annoncèrent leur approche par les dévastations et les profanations les plus horribles qu'elles commirent dans tous les pays par où elles passèrent. Morges, Rolle, Nyon, furent saccagés; leurs églises et leurs couvenis. ainsi que les maisons des particuliers, livi < ^ auxflamm ■-:

■ 'onsulter entre autres HAIXER, Il ht. do la rérol. rclUj. ou de la Réf. protest, dons la Suisse occidentale ; Audin, Hist. de la rie do( alvin, t. I; RoiiliB.U HKR. Hist. unir., t. XXUi. p. 2BJ <■< siliv., ou244 et suiv., 2e «lit.

les prêtres et les religieux qui tombèrent entre les mains de la soldatesque dépouillés de leurs vêtements. Voici en quels termes cette pieuse expédition évangélique des citoyens de Berne nous a été décrite par la bonne sœur de Jussie dans son style simple et naïf : « Ces Suisses allemands... firent des maux innumérables, et, comme faux chiens hérétiques, partout où ils passèrent, ils pillèrent et bruslèrent toutes les églises, monastères et religions ; ils rompirent tous les ciboires, où reposoit le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ils prenoient les hosties sacrées et les conculquoient sous leurs pieds ; autres les jetoient dans le feu ou dedans quelque fange. Aussi prenoient les sainctes onctions du sacrement de baptême et du sainct huyle dont tous bons chrétiens sont oingts à l'extrémité de maladie, et l'épandoient sur la terre par grand horreur et mépris ; en telle sorte que les Turcs mahométistes et Juifs infidèles n'eussent sceu faire pis. Et épanchoient les saincts fonts, crachoient et se mouchoient sans honte ni vergongne, et se torehoient des saints corporaux. Il fut dit qu'au pays de Vaux , en une église, ils prindrent la sacrée hostie de Jésus- Christ et la firent manger à une chèvre bête brute, puis dirent par grande dérision : Va-t-en mourir quand tu voudras, car tu as tes sacrements » (1).

Et cependant ce n'était encore là que le prélude des

Lé levain du calvinisme ou commencement de /'; éirsie de Genève, par révérende sœur Jeanne de Jussie. pour les religieuses du couvent de Sainte-Claire de Genève, Chambéry, 1611, p. 22 et 23. Cette religieuse était une de celles qui furent contraintes d'évacuer leur couvent de Genève et de se réfugier en Savoie. lorsque la Réforme eut prévalu.

horreurs qu'ils commirent à Genève. Par eux, les furieux prédicants Farel et Viret, puis Froment et un conventuel apostat furent encouragés à prêcher publiquement la Réforme. Ceux-ci contraignirent les Genevois à leur céder quelques églises catholiques pour y pratiquer le nouveau culte, et ils intimidèrent le conseil et les magistrats, qui eurent la faiblesse d'autoriser le pillage des églises, et de bannir les prêtres et les religieux sur le refus qu'ils faisaient de se marier et d'apostasier. Enfin, on vit ces lâches magistrats, après beaucoup de mauvais traitements qu'ils autorisèrent par leur connivence contre les catholiques fidèles, déclarer la religion catholique abolie dans cette malheureuse cité (1).

L'apostasie de Genève étant ainsi consommée, cette ville fut proclamée dès lors la Rome protestante ; elle fut le siège de la domination de Calvin, qui, dans les quelques années de la dictature impitoyable qu'il y

(lj Outre la relation de la soeur Jeanne de Jussie, témoin oculaire: dont nous venons de parler, on peut consulter l'ouvrage cité intitulé : Ilist. de l'établ. de ht Réf. a Genève, par M. VJagm.v Paris, 1834; MARTINET, Solution de grands problèmes, t. u. Paris, 1846, ch. 64-67.

Ensuite, l'ouvrage intitulé : Relation abrégée des travaux de /'apôtre du Chablais, c'est-à-dire de saint François de Sales, donne le détail des violences exercées par ces mêmes Bernois unis aux Genevois pour introduire dans le Chablais la prétendue réforme Or, celles-ci, pour ne pas faire d'inutiles répétitions, furent les mêmes que celles cpie nous avons dites plus haut, c'est -à-dire qu'elles consistèrent aussi à incendier, à piller, à dévaster, à expulser les prêtres et les moines, de sorte qu'au bout de cinquante ans environ, c'est-à-dire de 1536 à 1598, (pie le pays fut reconquis par le duc de Savoie, il restait à peine cent catholiques dans toitf> la province.

exerça, lui fit perdre ce qui lui restait encore de foi el de liberté. Cette ville, à son tour devenue centre de propagande, secoua le joug trop pesant de la protection de Berne ; et rendue à son indépendance, en même temps que profondément pénétrée de l'esprit de Calvin, elle continua l'œuvre de cet hérésiarque par le bannissement, la proscription et la mort du petit nombre de catholiques qui restaient encore cachés dans son enceinte. On établit l'inquisition la plus odieuse, et dont on ne trouverait pas même l'ombre dans l'inquisition d'Espagne, quand on sut qu'il restait toujours une trentaine de prêtres et de religieux cachés dans Genève, qui allaient de maison en maisori chez le peu qui restait de catholiques pour les confirmer dans leurs sentiments, les confesser, baptiser leurs enfants, bénir leurs mariages, célébrer la messe (1). Ces derniers devinrent l'objet des perquisitions les plus sévères.

De la ville, on voulut étendre le bienfait de la Réforme aux campagnes circon voisines, que, grâce à la protection de Berne, les Genevois tenaient sous leur domination. Dès le 24 mars 1536, on porta le décret de l'abolition de la messe, avec la défense générale de faire dans la campagne ce qu'il était défendu de faire dans la ville. Ceux qui se montrèrent récalcitrants furent contraints par la force. On introduisait de vive force, comme l'atteste un écrivain protestant, la Réforme dans les villages, malgré les réclamations des paysans, qui demandaient qu'on eût égard à leur conviction (2). L'irritation était grande, et les ministres ne

(1] Ruchat, Hlst. de la Réf., t. nr. p. 384. 12) Roset, Hist. de Genève, liv. 3.

parcouraient les campagnes que sous bonne escorte, en prenant de plus la précaution de rentrer chaque soir dans la ville (1). Cette glorieuse expédition fut couronnée comme les autres par le pillage, par la dévastation, par la proscription, par la mort. Ce méchant esprit ne s'est point affaibli avec les années. Napoléon ayanl obligé les Genevois à céder une église aux catholiques, qui ne tardèrent pas à se multiplier étonnamment, les calvinistes, jaloux de leurs progrès et pleins d'alarmes pour leur avenir, résolurent d'un commun accord de former une ligue ou association dans laquelle ils prenaient l'engagement de ne rien acheter des catholiques, de ne les employer à aucun travail, de les réduire à la plus complète indigence et à la dernière détresse; et tout cela s'est fait de nos jours, dans ce xixe siècle dont la tolérance est si vantée (2) . et par des hommes qui ne

[1] Ibid. Observons ici combien la conduite des missiomu.in catholiques est différente de celle des fanatiques ministres protestants. Saint François de Salts se trouvant exposé à de y-raves dangers de la part des hérétiques qui avaient résolu sa mort, le duc de Savoie voulait le faire escorter par des soldats pour mettre sa vie en sûreté; mais le saint s"y refusa en disant : •• Les apôtres ne se sont pas servis de soldats ; ils n'ont employé, pour soumettre l'univers, que le seul glaive de là parole de Dieu. Luther et Calvin ont établi leurs hérésies par la force et les armes ; c'est ainsi qu'on les a introduites dans le Chablais. Je veux, au contraire, les en arracher par la seule parole du Seigneur. Dn reste, si Dieu daigne me faire la grâce de cimenter de mon sang la doctrine qwe je prêche, rien ne peut être plus glorieux ]>our moi. - Ouvr. cité, Relation abrégée, t. I, p. 289.

ai peut voir les détails de cette confédération, semblable à celle d'autres pays protestants dont non* parlons, dans l'É/wàw* et dans 1' tmi de la religion, mais particulièrement dans les annales catholiques de Genève, article : Genève est-4JIe unecih '■ protestante .' 3e livraison.

croient plus à la divinité de Jésus-Christ, et chez qui on est libre d'être incrédule, panthéiste et nihiliste en fait de religion, mais non d'être catholique !

C'est encore de la même manière que le calvinisme s'est propagé en France. L'histoire de ce royaume, pendant près de deux siècles, ne retentit que d'actes de scélératesse des plus caractérisés, de pillages, de séditions, de révoltes, commis par les huguenots, partout où a pénétré, et surtout prévalu, la doctrine de Calvin. Toute cette période de propagation du calvinisme dans la France n'est qu'un tissu de désordres, de perfidies, de cruautés. Et il n'y a point à s'en étonner, puisque telle était la doctrine hautement proclamée par le novateur, qu'on ne devait plus considérer ni respecter comme rois ou princes ceux qui s'opposaient à son nouvel Évangile (1). Cela explique la conduite de ces Français renégats et huguenots qui, ayant à leur tête la branche cadette de la famille des Bourbons, petits-fils dégénérés de saint Louis, parcoururent leur patrie le fer et le feu à la main, pour lui faire abandonner, bon gré mal gré, la religion catholique et y substituer la dure et impitoyable doctrine de Calvin. Le prince de Gondé fut le premier qui leva l'étendard de la guerre civile, et il fut suivi deux jours après par l'amiral de Coligm . qui céda aux instances et aux larmes de son épouse devenue zélée huguenote. Et comme le roi de France, encore enfant, était catholique, ces dignes disciples de Calvin arrêtèrent le projet de l'enlever dans son palais

(1) Nous avons l'apporte au chapitre j (recèdent, [p. 95, les |»m près paroles de Calvin extrades de sou Comment, sur Daniel.

— l'Ode Fontainebleau ; puis, ayant manqué leur coup, ils s'emparèrent de la ville d'Orléans, et y commirent les profanations et les cruautés qu'on pouvait attendre de leur part contre les catholiques. Ils firent de même dans plusieurs autres villes des bords de la Loire, comme Meung, Beaugency, Jargeau, Tours, Blois, Ghinon, et ruinèrent Cléry. Ils firent éprouver le même sort à plusieurs villes ou places de Normandie, qui eurent le malheur de tomber entre les mains de ces rebelles. Les mêmes désastres atteignirent les villes voisines de Paris, et il en fut de même de celles du midi de la France, et en particulier du Languedoc, où les huguenots se trouvaient les plus forts en nombre. Ainsi se conduisirent-ils à Montauban, à Castres, à Béziers, à Nîmes et à Montpellier, où ils interdirent tout exercice du culte catholique (1).

A Valence, les nobles renégats du Dauphiné assiégèrent, dans sa maison, le commandant du roi, le tuèrent et le pendirent aux fenêtres ; puis ils mirent à leur tète le baron des Adrets. Celui-ci, ayant pris Montbrison, en tua, selon sa coutume, toute la garnison, à la réserve seulement d'un certain nombre de prisonniers, pour se donner l'innocent plaisir, après son dîner, par manière de récréation, de les faire sauter les uns après

(1) Voir l'ouvr. déjà cité : Coup d'œil sur l'hist. du calvinisme en France, où l'on prouve jusqu'à l'évidence, par toute sorte de

documents historiques que fournissent les auteurs tant catholiques que protestants, et par les aveux des adversaires eux-mêmes, l'esprit de persécution et de cruauté dont étaient animés les disciples de Calvin, et les horreurs qu'ils exercèrent contre les catholiques partout où ils eurent le dessus ou même purent pénétrer.

les autres du haut, d'une tour. Or tel est à peu près le traitement que les huguenots firent subir à toutes les villes qui tombèrent en leur pouvoir : églises profanées, enlèvement des vases sacrés, prêtres et religieux expulsés ou tués, atrocités les plus barbares jointes à toutes les sortes de sacrilèges. Tandis que le duc de Guise assiégeait Rouen, peu s'en fallut qu'il ne fût poignardé par un gentilhomme huguenot. L'assassin, ayant été arrêté, déclara qu'il n'avait consulté clans cette entreprise que l'intérêt de sa religion. « Or çà, dit le prince de Lorraine, je vous veux montrer combien la religion que je soutiens est plus douce que celle de quoi vous faites prefession. La vôtre vous a conseillé de me tuer, sans m' ouïr, n'ayant reçu de moi aucune offense, et la mienne me commande que je vous pardonne, tout convaincu que vous êtes de m' avoir voulu tuer sans raison. » Dans la même année 1562, François de Lorraine emporta d'assaut la ville de Rouen ; puis ayant gagné une bataille qui, sans lui, allait être perdue pour l'armée royale, il fit prisonnier le prince de Condé. Or ce prince avait répandu contre lui des libelles qui représentaient sa vie publique et privée sous les plus noires couleurs. Pour toute vengeance, Guise le fit entrer dans sa tente, le fit souper avec lui comme un ami malheureux, lui offrit de partager avec lui le seul lit qu'il eût a sa disposition, et dormit à ses côtés d'un profond sommeil, tandis que Condé ne pouvait fermer l'œil (1).

(1) Rohrbacher, ouvr. cité, t. xxiv, p, 670 et suiv., ou2p édition, p. 624-625.

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