‹ Le protestantisme et la r`egle de foi (volume 3)Chapitre 16 sur 52 · I. — DES APOSTATS DU CATHOLICISME · texte numérisé non relu

I. — DES APOSTATS DU CATHOLICISME

Pourquoi, à l'apparition du protestantisme, beaucoup se laissèrent aller à s'en faire partisans. — Si ces causes n'auraient pas cessé aujourd'hui. — De quels apostats il est question dans ce paragraphe. — Aveux qu'ont faits là-dessus ceux qui sont revenus à l'Eglise catholique. — Rétractation de M. Maurette. — Antres apostasies pires encore. — Aveux d'autres apostats repentants de leur apostasie. — Conversion de Blum. — Rétractation de Barnabe Rodriguez. — Rétractation du chanoine Cosentini par rapport à une lettre qu'il avait écrite sous la dictée de l'apostat Achilli. — Réflexions sur ces documents. — La vie d'Achilli éioquemment décrite par Ncwman. — Ce sont toujours

les mômes motifs qui ont poussé les homme.- de cette espèce à déserter l'Eglise, catholique. — On en rapporte plusieurs exemples. — Pourquoi il y en a tant encore qui ne reviennent pas à l'Eglise après l'avoir abandonnée.

Qu'à certaines époques d'innovations, de troubles et de vertiges, beaucoup d'esprits faibles et irréfléchis se laissent emporter et entraîner par le courant, ou, pour mieux dire, par le torrent dévastateur des fausses idées qui ont usurpé l'empire de la multitude, c'est ce que l'on concevra sans peine. Or c'est à ce point de vue qu'il faut considérer le protestantisme pour le temps où il fit sa première apparition en Allemagne. L'aspiration générale des esprits vers les nouveautés, dans ce siècle de rénovation où tant de gens, entichés de la littérature païenne, étaient idolâtres autant que fiers de leur vain savoir; le dérèglement des mœurs d'une si grande partie du clergé, tant séculier que régulier, occasionné par tant de causes diverses qu'il serait superflu d'énumérer en ce moment; la séduisante perspective qu'offraient les dépouilles des églises et des monastères; la manie des combats de plumes; l'impatience du frein; l'amour de l'indépendance; l'émancipation des pratiques sévères de pénitence ou de discipline; la lente préparation ou prédisposition de bien des esprits à la grande catastrophe causée par les événements du siècle précédent : tout, sans exception, concourait à la séduction, et beaucoup, hélas! s'y laissèrent prendre. Mais depuis que le charme a été dissipé, et que le protestantisme, avec les années, s'est montré dans toute sa nudité et sa turpitude native; depuis qu'il a produit ses fruits de mort et donné à tout l'univers les preuves nom-

breuses et palpables de son impuissance absolue à former un système de dogme et de morale fixe et solide : depuis qu'il a dégoûté tous les esprits droits par le vide qu'il leur a laissé voir, et que tout ce travail de prétendue réforme n'a abouti qu'à la destruction complète du christianisme : si, après tout cela, il s'en trouve encore qui abandonnent le catholicisme pour adopter la nouvelle règle avec ses conséquences fatales et désolantes, c'est là, j'ose le dire, ce qui est vraiment incompréhensible.

Et pourtant, qui le croirait? il n'a pas manqué, pas plus qu'il ne manque aujourd'hui de gens qui, fermant les yeux à la lumière, renouvellent les exemples d'apostasie donnés au xvie siècle, en renonçant à l'unique religion véritable pour faire profession de la prétendue réforme. Devrons-nous dire qu'ils le fassent par conviction, en pleine connaissance de cause, ou par pur amour de la vérité, ou enfin pour amender leur conduite? Non, non, certainement; ils en viennent à cette fatale apostasie uniquement par libertinage, uniquement par ignorance (1). Quelqu'un trouvera peut-être le jugement que nous en portons trop rigoureux, la critique que nous en faisons exagérée ou trop acerbe:

(1) Les apostats de nos jours justifient, comme ceux du temps cVErasme, le refrain que cet homme célèbre mettait dans la bouche de ces derniers :

Jam cuculla vale et cappa ; Vale prior, custos, papa,

Cum obedientiâl Ite vota, preces, horse, Vale timor cum pudore,

Vale cnnscientia!

d'autant plus qu'à les entendre parler, le pur amour de la vérité et le désir le plus sincère de vivre honnêtement sembleraient être les motifs qui les auraient déterminés à cette démarche. Mais je ne crains pas d'affirmer que de telles protestations sont mensongères, et qu'au fond ils agissent contre leur conscience. J'en ai la ferme conviction, et je suis en même temps persuadé que ceux qui voudront étudier avec moi le caractère de ces misérables apostats, tel qu'il résulte des faits publics, en resteront convaincus tout comme moi (1).

Mais, avant d'aller plus loin, il est bon de prévenir mes lecteurs que je ne parle pas de ces mauvais catholiques qui sont toujours prêts à vendre leur âme pour quelques pièces de monnaie, hommes sans caractère, qui se laissent allécher par l'éclat de l'or; âmes viles, chrétiens de nom, qui ne voient pas l'abîme immense qui sépare le culte vrai du culte faux, et dont une simple parole mordante ou cajoleuse, ou bien encore le simple appât du gain, suffit pour obtenir l'apostasie; hommes dont les basses dispositions sont exploitées tous les jours avec succès par les protestants, par les réformés de Genève en particulier, et surtout par les anglicans, qui poursuivent sans pudeur leur propagande dans les pays catholiques. Non, ce n'est pas de ceux-là que je parle, mais seulement de ceux qui publient dans leurs écrits qu'ils ont apostasie à la suite d'un consciencieux exa-

I lîossuct a bien eu raison de dire des apostats de ce caractère : « Qu'ont-ils vu, ces rares génies, qu'ont-ils vu de plus que les autres 1... Car pensent-ils avoir mieux vu les difficultés, à

cause qu'ils y succombent, et que les autres, qui les ont vues, les ont méprisées ? •■

men et en pleine connaissance de cause, et que ce n'est qu'en vertu de leurs recherches qu'ils ont pris le parti d'abandonner l'Église leur mère, dont ils ont l'impudeur maintenant d'attaquer les pratiques, la croyance et la morale.

Cela supposé, nous prouvons notre proposition d'abord par l'aveu qu'en ont fait naïvement les protestants eux-mêmes. A l'occasion d'un de ces prétendus convertis de la Réforme en Suisse , un journal protestant s'exprime de cette manière : « Tandis que l'Église catholique s'agrège continuellement les protestants les plus instruits, les plus éclairés et les plus distingués par leur moralité , notre Église (réformée) s'est réduite à ne recruter que des moines lascifs et concubin aires » (1). Ce qui a fait dire avec esprit à un autre protestant : « Le pape a nettoyé son jardin, et a jeté la mauvaise herbe par-dessus nos murs » (2).

Quels sont en effet ceux qui abandonnent de nos jours l'Église catholique pour se faire protestants? Pas d'autres que des prêtres ou des moines qui ont commencé par se jeter dans le bourbier de tous les vices, et qui voudraient trouver dans le mariage un voile à leur ignominie. Leur prétendue conversion est tout-àfait dérisoire, même pour le peuple : un mariage, ou, pour mieux dire, un concubinage légal, est toute la raison de leur apostasie et de leur conviction, si consciencieuse en effet. Ce sont pour l'ordinaire des hommes

(1) Cité par Y Univers, 27 octobre 1849.

(2) Le protestant Dean Swift, cité par l'auteur de Y Imposture dévoilée, Londres, 1846. Ce mot est passé en proverbe en Angleterre.

tellement livrés à toute espèce de libertinage, qu'après avoir été le scandale de leur contrée, la croix de leurs supérieurs ou de leurs évêques, ne pouvant plus supporter les remontrances, les réprimandes et les menaces que continuellement ils s'attirent, ni la honte qui partout les poursuit , ils prennent à la fin le parti désespéré d'apostasier (1). Il leur en coûte d'autant moins de se porter à cette démarche, qu'ils trouvent dans les offres de tel émissaire protestant la commodité et les moyens de le faire, et que des ressources suffisantes leur sont assurées pour l'avenir. Ils ont affaire, dans ces apôtres du protestantisme auxquels ils s'adressent, à des espèces de lévriers dressés à la chasse du gibier, et qui, à les flairer seulement, les jugent aussitôt de bonne prise pour la Réforme ; voilà pourquoi ces derniers se jettent sur eux comme des chiens affamés sur des viandes en putréfaction, et en font la glorieuse conquête. On voit encore aujourd'hui, c'est-à-dire après plus de seize cents ans , la vérité de ce que Tertullien affirmait des hérétiques de son temps, que « leur affaire

(1) De cette manière, suivant la belle pensée de saint Augustin, ces misérables délivrent l'Eglise d'un poids insupportable qu'ils faisaient peser sur elle, et d'un ulcère fétide cpii faisait sa douleur. Voici les expressions mêmes dont se sert le saint docteur au sujet de ces apostats : « Sunt in corpore Christi quodam modo humores " mali. Quandô evomuntur, tùnc relevatur corpus, sic et mali

• quando exeunt, tùnc Ecclesia relevatur, et dicit, quand ù eos

• evomit, atque projicit corpus: Ex me exicrunt hommes isti, sed ■« non erant ex me. Quid est, quod non erant ex met Non de carne

• meâ prsecisi sunt, sedpectus mihi premebant, cùm inessent. Ex •• nobis esteront, sed nolite tristes esse ; non erant ex nobis. - Tract, m in Epist. i Joan. Sous ce rapport, on peut définir le protestantisme: l'égout du catholicisme.

à eux n'était pas de convertir les païens, mais de pervertir les catholiques, et que la gloire qu'ils ambitionnent le plus est de faire tomber ceux qui sont debout , et non d'aider à se relever ceux qui sont tombés, attendu que toute leur vertu à eux-mêmes consiste non à construire un édifice de matériaux qui soient à eux, mais à détruire l'édifice de la vérité. Ils voudraient, avec les ruines du nôtre, bâtir le leur » (1). Or ces rebuts impurs du catholicisme deviennent en un instant, et sans changer de nature , pierres précieuses pour la Réforme, qui en fait ses brillants les plus attitrés, comme les anciens hérétiques encore « faisaient leurs ministres privilégiés des prosélytes qu'ils réussissaient à enlever à l'Église catholique, afin de s'attacher par l'appât de la gloire ceux à qui ils ne pouvaient offrir l'attrait de la vérité, » comme le disait ce même Tertullien, « car nulle part il n'est plus aisé d'avancer en grade que dans les troupes rebelles, où rien que de se mettre dans les rangs est réputé service ou exploit » (2).

Prouvons actuellement par les faits notre affirmation générale. Laissant de côté ceux que pourraient nous offrir les temps déjà loin de nous, nous nous en tiendrons aux plus récents, et que nous fourniront aussi

(1) De Prxscript., c. 42 : » Cùm hoc sit negotium illis, non » ethnicos convertendi, sednostros evertendi. Hanc magïs gloriam " captant, si stantibus ruinam, non si jacentibus elevationem ope-

• rentur : quoniam et ipsum optis eorum non de suo proprio sedi- •• ficio evenit, sed de veritatis destructione. Nostra effodiunt, ut

• sua sedificent. »

(2) Ibid., c. 51 : •■ Collocant... apostatas nostros, ut gloriâ eos .. obligent, quia veritate non possunt. Nusquàm faciliùs proficitur, « quàm in castris rebellium, ubi ipsum esse illic, promereri est. »

bien ceux qui, enfin touchés de la grâce, ont reconnu leur erreur et ont eu le bonheur de la quitter par une humble rétractation, que ceux qui persistent toujours dans leur funeste apostasie. Je choisirai, dans une espèce comme dans l'autre, les plus éclatants de ces exemples; et comme il s'agit ici de faits publics et notoires, je ne ferai pas difficulté de désigner les personnages par leurs noms propres.

Le premier que je mettrai en scène, ce sera M. Maurette. Prêtre catholique et curé de Serres, dans le diocèse de Pamiers, canton de Foix, puis apostat, il avait été choisi par les protestants pour pervertir ses anciens paroissiens, en les engageant à l'imiter dans son apostasie : c'est aussi ce qu'il tenta de faire en y employant tous ses moyens, mais sans beaucoup de succès. Il écrivit en outre une lettre au pape, sans doute pour le convertir; ensuite, ayant été condamné, il fut mis en prison pour le libelle où il rendait compte de son apostasie. Or voici ce qu'il a écrit dans une de ses lettres datée du 15 avril 1847 : « Lorsque, en 1841, j'ai cessé les fonctions de prêtre de l'Église romaine, à la suite de la lecture de quelques brochures émanées de plumes protestantes, je croyais que les protestants étaient des enfants de Dieu, ses élus, la nation sainte, les amis et les frères de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ne formant tous ensemble, à l'instar des premiers chrétiens, qu'un cœur et qu'une àme. Mais ayant vu et entendu depuis, j'ai eu mille fois occasion de m'assurer combien j'avais été illusionné. En Suisse, comme en France, je n'ai trouvé que division entre eux, et je suis certain qu'il en est de même en Allemagne et en Angle-

terre. Ainsi chacun prend, selon son bon plaisir, la dénomination qui lui convient, telle que celles-ci : darbistes, — piétistes, — baptistes , — mennonites, — wesleyens, — méthodistes, — puséistes, — rationalistes, — séparatistes, — milléniens, — quakers, etc. Vu cet état de choses, je me rendrais coupable devant Dieu et devant les hommes, si je persistais plus longtemps à pousser en avant, dans ces contrées, la propagande protestante, ne doutant pas un seul instant que si je ne prenais pas cette détermination, il s'y formerait, comme partout ailleurs, dans un temps plus ou moins éloigné, autant de sectes qu'il y a de douzaines de protestants. Ami de l'union, de la paix et du bien, je descends franchement de la brèche, en invitant les protestants pacifiques, qui gémissent à la vue de toutes ces discordes, à déposer aux pieds de Jésus-Christ crucifié tous les préjugés qui les empêchent de rentrer dans le sein de l'Église catholique romaine, hors de laquelle je ne vois ni union, ni amour, ni charité. Je descends de la brèche ; mais je n'en descendrais qu'à demi si je ne prenais mes écrits publiés en 1844, 45 et 46, pour, du commencement à la fin, en condamner et rétracter, comme j'en condamne et rétracte toutes les propositions contraires aux décisions de l'Église catholique, apostolique et romaine, auxquelles je me soumets très volontiers... Maurette » (1). Voilà bien un apostat

<1) Il est bon d'observer qu'à Turin quelques hommes pervers ont traduit en notre langue les ouvrages de Maurette, mais en se gardant bien de rien faire connaître de sa rétractation. Ainsi ce sont toujours les mêmes moyens ignobles ou les mêmes artifices mis en œuvre pour gagner des prosélytes au protestantisme ! Tout t. in. 14

devenu tel au moins par ignorance, c'est-à-dire sans bien connaître ni la religion qu'il abandonnait, ni la nouvelle qu'il embrassait. Mais c'était encore là un des moins coupables; aussi s" est-il converti, grâce à Dieu. Plus coupables sans contredit furent Hugi, Schneider et Kuobel, religieux qui, en 1838, se laissèrent convaincre et persuader de la vérité de la Réforme par la femme que chacun d'eux épousa (1) ; de même qu'un prêtre grec se persuada et se convainquit vers le même temps de la vérité de l'Alcoran, en se faisant turc pour prendre une seconde femme (2), tout prêtre, tout archidiacre même qu'il était. Un autre prêtre apostat, nommé Hischberger, ci -devant aumônier militaire, avait eu la folie de céder aux sollicitations de Ronge en s' agrégeant à sa secte; désespéré ensuite d'être témoin de sa déconvenue en Autriche, il résolut de mettre fin à ses jours. Il se jeta donc dans le bras du Danube qui sépare la cité de Vienne de la Léopoldstadt. Un batelier qui se trouvait près de là le tira de l'eau, mais ce ne fut pas sans avoir à soutenir un combat furieux contre ce malheureux (3). Pour nous faire maintenant une idée du rongisme qu'avait embrassé ce malheureux prêtre, qu'il nous suffise de savoir que, d'après le relevé fait par la police de tous les membres de cette secte qu'il pouvait y avoir à Munich il y a six ans, il ne se trouvait dans cette nouvelle Église, fondée

y est terrestre et conforme à l'esprit corrompu du monde comme dans les sectes elles-mêmes.

(1) Extrait de l'Univers, 2S avril 18 !7.

(2) Voir le journal II Catkolico di Lugano, 28 février 183{3

'Ad., 15 mars 1638, n. ô.

dans la capitale de la Bavière, qu'une vingtaine d'excatholiques, et que tout le reste se composait de mécréants de toutes sortes de sectes, parmi lesquels l'on comptait un assez grand nombre de juifs. Cela est tout simple, puisque pour être membre de l'Église germanocatholique il n'est pas même besoin de croire à l'existence de Dieu (1). Pour revenir à nos apostats, qui croira de ces misérables qu'ils aient apostasie par la conviction qu'ils se seraient formée de la vérité d'une secte aussi digne de mépris ?

Mais qu'est -il besoin de recourir aux conjectures, lorsque nous avons pour preuve de la vérité de ce que nous disons l'aveu exprès de tous ceux qui se sont rétractés, en revenant, par un effet de la grâce divine, à cette ancienne Église qu'ils avaient méconnue ? Nous allons en rapporter quelques exemples. A Munich, un religieux, prêtre et docteur en théologie, Jean-Georges- Boniface Huber, avait eu le malheur, au mois d'avril 1848, d'apostasier et de passer à la communion prétendue évangélique. Pénétré de repentir, il publia, le 15 décembre de la même année, que rentré au sein de l'Église, il s'efforcerait, pendant tout le reste de sa vie, de réparer le scandale qu'il y avait, si malheureusement causé. Il s'y reconnaissait d'autant plus étroitement obligé, disait-il, « que le Saint-Père, à sa très humble demande, l'avait non-seulement reçu en grâce et rétabli dans sa dignité sacerdotale, mais qu'il l'avait même dispensé de ses vœux monastiques » (2) .

(1) h'.4mi de la religion, 19 décembre 1848. fâ) Ibid., 4 janvier 1849.

Mais un exemple bien plus illustre que ce dernier nous est fourni par la rétractation de Robert Blum, le trop fameux président du conciliabule rongiste de Leipsick, et l'un des chefs de l'insurrection de Vienne. Tombé entre les mains de la justice après que cette insurrection eut été réprimée, il fut condamné au dernier supplice. Touché de la grâce de Dieu dans ce dernier moment, il reconnut sa faute, la rétracta humblement et se réconcilia à l'Eglise catholique. Voici de quelle manière le célèbre Hurter rapporte ce fait, dont il venait d'être témoin oculaire, dans une lettre adressée à un curé de ses amis : « Ce fut le 9 novembre (1848), au milieu de la nuit, qu'un ecclésiastique fut invité à se rendre à cinq heures du matin dans la prison. Il ignorait près de qui il était appelé, et ne l'apprit qu'en entrant dans sa chambre. « Qui vous a appelé? lui dit Blum. Je suis germano-catholique. » (Dans son interrogatoire il n'avait pas pris cette qualité, et Ton voit dans les actes de son procès qu'il s'était simplement appelé catholique.) — « Je le sais, lui répondit l'ecclésiastique; mais je pense qu'en un si terrible moment vous ne repousserez pas les conseils de l'amitié. » Blum parla de sa famille, gémissant de se trouver séparé d'elle sans pouvoir même en prendre congé : « Ah ! dit-il, si je pouvais avoir la consolation de les voir dans ma prison, et leur adresser quelques paroles d'adieu ! » L'ecclésiastique lui fit remarquer qu'une pareille scène ne ferait que répandre plus d'amertume sur ses derniers instants, et lui rappela qu'en pareille circonstance Socrate avait renvoyé sa famille pour n'être pas interrompu par ses plaintes dans l'en-

tretien qu'il avait avec ses amis sur l'immortalité. Un prodigieux changement sembla s'être opéré dans l'âme de Blum pendant cet entretien; tout-à-coup il joignit les mains, tomba aux pieds du P. Raymond, et le supplia de lui donner la sainte Eucharistie : « Vous devez bien savoir, lui répondit le père , que cela ne peut avoir lieu qu'après que, par une confession sincère, vous vous serez réconcilié avec Dieu. » Blum répondit que c'était tout son désir. Alors le prévôt quitta la chambre. Le condamné fit sa confession, et reçut le corps du Seigneur avec une grande dévotion. Gloire à Celui qui l'a rendu accessible à sa grâce ! Quant à nous, il est de notre devoir de déclarer publiquement, en dépit de toutes les objections, comme une incontestable vérité, qu'avant de mourir Robert Blum a abjuré l'erreur germano-catholique, et s'est réconcilié avec l'Église. Tandis qu'on le conduisait au lieu du supplice, il entendit le tintement d'une petite cloche qui appelait à la messe dans une église voisine, et ces sons l'émurent profondément, en lui rappelant les jeunes années qu'il avait passées à Cologne, et le temps où si souvent il servait la messe chez les bénédictins. Il se rappelait aussi le souvenir de sa vieille mère qui, en l'envoyant à l'église, lui recommandait de ne jamais perdre de vue la crainte de Dieu et sa loi divine. »

Tel est le récit de Hurter (1). Et comme des malveillants révoquaient toujours en doute la conversion et la rétractation de Blum, l'archevêque de Vienne en fit constater la vérité par un procès-verbal qu'il publia.

(1) Ibid., 18 janvier 1849.

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Une rétractation d'une autre espèce est celle que fit le prêtre et religieux espagnol Barnabe Rodriguez en rentrant en grâce avec l'Église catholique, qu'il avait calomniée, comme ces sortes d'apostats ont coutume de faire. Nous allons donner tout au long la traduction de sa lettre écrite de Londres en date du 7 avril 18/iX), et traduite en italien sur l'original anglais, parce qu'il y peint au vif l'état et le vrai motif de l'apostasie : « Que les motifs et les sentiments, écrit-il, qui me portent aujourd'hui à vous récrire, sont différents de ceux que j'ai affecté de rendre publics au premier janvier dernier ! C'est uniquement un sentiment de justice, mais des plus vifs, pour cette sainte religion que j'ai foulée aux pieds à cette époque, avec le désir empressé de réparer le scandale démon apostasie, qui m'engage aujourd'hui à vous écrire ces quelques mots. — Aveuglé par de coupables passions, et entraîné par elles sans autre raison que celle-là do changer mes convictions religieuses, mon cœur s'est égaré, et mon âme, abandonnée de Dieu à ses pensées perverses, en est venue au point de vouloir renverser cette sainte religion dont j'ai été un si indigne ministre. — 0 vous, mes frères, qui fûtes témoins du scandale de mon apostasie, et qui avez lu avec une juste horreur les fausses invectives et les plaisanteries pleines de mensonges que j'ai osé faire sur notre sainte religion, comment pourrai-je vous exprimer l'angoisse, le remords, la terreur dont mon Ame a été saisie, lorsque Dieu, dans sa bonté miséricordieuse pour un aussi indigne pécheur, a permis que le nuage de ma passion criminelle se soit dissipé, et m'a fait connaître moi-même à moi-même dans mon

état déchu? Oh ! que c'est bien justement que l'estime de tous les gens de bien est retirée à un prêtre, à un ministre de la religion, à un homme consacré au service de ses autels, qui non-seulement ose nourrir dans son cœur une passion coupable pour une femme ver* l ueuse, mais encore, lorsqu'il voit déjoués tous ses projets de faire succomber sa vertu, a l'audace de renoncer ouvertement à la foi catholique pour obtenir l'objet de ses criminels désirs ! Tel a été mon malheureux état. Ah ! si ce Dieu bon et miséricordieux, qui a permis que l'aiguillon du remords le plus déchirant et l'angoisse du désespoir vinssent agiter mon âme pour la ramener au sentiment de ses devoirs, voulait bien accorder pour toute grâce à son ministre tombé celle de ne mettre aucunes bornes à son repentir ! 0 mes amis, qui fûtes témoins de mes prévarications, recevez maintenant l'aveu le plus sincère et le plus humble de mon crime; c'est par cette déclaration publique de mes vifs sentiments de repentir que je crois pouvoir encore espérer la réparation du scandale énorme dont j'ai été cause. Je déclare aujourd'hui ouvertement, devant vous et devant le monde, qu'élevé dans le sein de Tunique véritable Eglise catholique, et bien instruit de ses doctrines, et comme ministre de son culte, je n'ai jamais un seul instant entretenu dans mon esprit ou dans ma raison un doute par rapport à la foi, ou eu d'autre conviction que celle de sa vérité, tant que les passions ne m'ont pas aveuglé. Ce n'est qu'à partir de là que je suis devenu impatient du frein, et que j'ai de plus commis l'horrible péché de rompre mes engagements solennels en renonçant à ma foi par le seul motif de pouvoir con-

tracter mariage avec l'objet de mes affections. Je remercie Dieu de toute mon âme de ce que cet acte n'a point eu lieu, et que, bien que coupable dans mon intention, je n'ai pas consommé mon crime. — Je déclare devant vous et en présence d'un Dieu offensé, de mes frères affligés et de toute ma famille, mon sincère repentir et ma profonde douleur de ce scandale causé à la religion, et je voudrais de tout mon cœur en faire la réparation publique et publier par tous les moyens mes remords et mes regrets. Plaise à Dieu, dans sa bonté, que je passe le reste de ma vie dans la pénitence, et dans le sein de la vraie Église, dans laquelle par sa grâce je veux vivre et mourir ! — 0 vous tous, catholiques, mes frères, puissent ma chute et mon malheur servir d'un terrible avertissement pour vous-mêmes et pour vos enfants ; puissiez-vous en profiter pour veiller attentivement au salut de vos âmes, et que cela vous engage à trembler pour vos enfants, quand une fois la contagion des penchants funestes infecte leurs esprits et corrompt leurs cœurs! — Et vous, pieux et dignes ecclésiastiques, dont j'ai déshonoré le ministère par l'oubli des sublimes devoirs de ma vocation sainte, et que j'ai affligés par mes scandales, accablés de tristesse en vous montrant un prêtre qui osait recevoir son Dieu et célébrer la messe avec le crime dans le cœur et la prévarication sur les lèvres, comment puis-je seulement paraître devant vous? Je vous demande pardon de cet outrage à la religion, et j'implore en même temps vos plus ferventes prières, pour que Dieu n'abandonne pas au désespoir votre frère repentant; mais qu'il me laisse espérer, ainsi qu'à l'enfant prodigue, et pour prix de

ma contrition et de mon repentir, d'être admis un jour, comme le dernier de ses fils, au bonheur de le voir dans le ciel ! — Je suis avec respect et affection, etc., Barnabe Rodrigiez. Londres, 7 avril 1840 » (1).

Dans cet apostat converti on peut bien dire que nous avons personnifié tous les autres, et non-seulement ceux d'entre eux qui sont revenus à l'Église leur mère, mais ceux encore qui ont persisté dans leur apostasie. Lui aussi, il a écrit contre l'Église catholique en tournant en ridicule ses pratiques et ses dogmes ; lui aussi il a feint de ne s'être décidé à cette démarche que pour obéir à sa conviction personnelle; et qui ne l'aurait cru sur parole, en l'entendant parler avec tant d'assurance? Eh bien ! sa lettre de rétractation nous apprend qu'une telle conviction n'était qu'apparente; que ce n'était qu'un masque dont il se servait pour dissimuler les remords qui déchiraient et dévoraient son àme; que ce n'était en un mot que la passion brutale qui se couvrait du manteau de la conviction personnelle. Mais voici un autre fait qui confirme au plus haut point notre théorie, et qui de plus dévoile on ne peut, mieux l'hypocrisie d'un de ces soi-disant convertis au protestantisme. Ce sont trois lettres déjà publiées par un prêtre italien revenu de même de ses égarements, et rentré dans le sein de l'Église dont il s'était séparé. C'est le chanoine Cosentini, qui, à l'occasion de son apostasie, publia une lettre adressée à un protestant anglais sous la dictée du fameux Achilli, l'un des héros du

(1) Letler adressed to the catholics and inhabitant of Gosport bij lier. Bamabas Bodrigiœz- {Spanish Priest) on lus aposfasij from the catkolic religion and subséquent repentance.

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