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journal protestant de Malte Ylndicateur. Cette lettre, \ rai chef-d'œuvre de mensonge effronté et d'hypocrisie raffinée, mérite à ce double titre d'être rapportée en entier. La voici: « Mon cher monsieur, le plaisir que j'ai eu de faire votre connaissance, et l'intérêt que vous prenez au bien spirituel de l'Italie, m'engagent à m'adresse? à vous dans cette lettre pour vous faire part du secret de ma conversion, qui est le motif de mon arrivée en Angleterre. 11 y a bien des années que le Seigneur a commencé d'ouvrir mon cœur et d'éclairer mon esprit du flambeau de sa vérité. L'étude que j'ai faite dès ma jeunesse de la parole de Dieu mise en regard des doctrines que j'allais apprendre à l'école des soi-disant théologiens, m'a mis en état d'abord de révoquer en doute quelques-unes de ces doctrines, puis de me persuader que, plus je devenais théologien dans l'Église romaine, moins j'étais chrétien de cœur et d'âme. Les doutes qui m'agitaient continuellement finirent par me persuader que j'étais loin de la vérité telle qu'elle se trouve contenue dans la Bible; que les doctrines de Rome me conduisaient à bien des erreurs, et en conséquence, que je ne pouvais plus en conscience vivre attaché à ce système. Tel est l'état de guerre avec moimême où j'ai vécu quelques années. Enfin la grâce du Seigneur a triomphé de mon âme. Toute la difficulté qui restait pour moi d'abandonner le papisme était que j'allais me compromettre dans ma personne et dans ma fortune, si je me prononçais en Italie contre les doctrines de Rome. Mais cette difficulté même devenait insensible du moment où la force de l'esprit prévalait en moi sur la faiblesse de la chair. Je me compromis de
fait, et dans mes prédications, et dans les autres fonctions qui faisaient partie de mon ministère. L'inquisition romaine, qui existe toujours dans ce malheureux pays, veillait sur moi, jusqu'à ce qu'en février de cette année-ci même, un des membres de cette même inquisition m'ayant averti avec beaucoup de charité que, si de là à quelques heures je ne fuyais de Rome, j'étais sûr d'être arrêté, et que, comme beaucoup d'autres, je serais victime de ce terrible tribunal, je visse bien que le gouvernement ecclésiastique avait connaissance, entre autres choses, du projet que je méditais d'aller à Malte me joindre au R. Dr Achilli et à d'autres confrères qui étaient là pour se préparer à une mission religieuse à faire en Italie. Ce fut donc alors que je me trouvai forcé de quitter Rome, où j'étais domicilié depuis quelque temps, et de sortir même d'Italie, où je ne me croyais pas en sûreté, pour m' acheminer vers l'Angleterre, où j'étais sûr de vivre en sûreté pour ma personne et en liberté pour ma conscience, en même temps que d'être accueilli avec amitié et avec une charité chrétienne par ces bons fidèles. Jusqu'à ce moment j'avais été arrêté, chemin faisant, par certains embarras, et en particulier par le manque de moyens pour continuer le voyage. Me voici, grâce à Dieu, à Londres depuis dix jours, en pays étranger, parmi un peuple dont la langue m'est inconnue, et dont je n'avais jamais jusqu'ici abordé les rivages. Mais je sais que je suis parmi des chrétiens, où il suffit pour recommandation de faire profession du nom et de la vérité de Jésus-Christ Notre-Seigneur. Je me tiens donc là en attendant, dans l'intention où je suis de rentrer le plus tôt possible dans mon infortunée pa-
trie, pour y prêcher Jésus-Christ et la parole de Dieu. Je suis pauvre de moyens humains pour pourvoir à la vie du corps, mais je suis riche de ceux que donne la grâce de Dieu pour le salut de l'ame; cela me suffît. Est-ce que je ne trouverai personne ici pour me donner un morceau de pain tant que je resterai en Angleterre? C'est bien là la dernière de mes pensées. Ce qui fait ma joie, c'est d'avoir retrouvé ici ce cher frère le Dr Achilli, que je me flattais d'aller rejoindre à Malte. Je suis donc dans sa compagnie, pour rester ici, ou pour aller où Dieu le voudra. Je désire connaître par votre moyen ces bons chrétiens qui s'occupent et s'intéressent aux missions de l'Église d'Italie, à laquelle je déclare appartenir, ma foi s' accordant avec celle qu'ils ont professée les premiers, selon la vérité contenue clairement dans la sainte Écriture, et rien de plus. Veuillez, mon cher monsieur, accueillir avec bonté cette ouverture que je vous fais, et en faire part, si vous le jugez à propos, à quelques autres amis, unis avec nous de foi et de charité. J'ai l'honneur d'être, etc., votre serviteur et frère en Jésus-Christ, François Cosextixi. Londres, 10 septembre 1848. »
Maintenant, qui dirait que cette dictée de l'ex-moine Achilli ne soit qu'un tissu de mensonges, de méchancetés, d'hypocrisies, dignes seulement d'un apostat pervers, qui n'a ni probité ni pudeur? Pourtant il en est ainsi. Apprenons-le de la bouche de ce même chanoine Cosentini, qui, se repentant de sa chute et fidèle à la voix de la grâce qui a parlé à son cœur, nous l'atteste en ces termes dans sa lettre de rétractation publiée peu de mois après sa malheureuse apostasie : « Je soussigné.
écrit-il, déclare avec une véritable et sincère conviction rétracter tout ce que j'ai écrit dans la lettre adressée par moi à un protestant de Londres, et qui, bien qu'elle ait été écrite de ma main, ne l'a point été de cœur ou avec une intime persuasion, mais m'a été dictée par un autre qui avait abandonné avant moi l'Église catholique romaine. Je me rétracte donc en déclarant que tout ce qu'elle contient est faux. Il est faux (1) que j'aie eu depuis longtemps la pensée d'apostasier, puisqu'il n'y a qu'une année aujourd'hui accomplie, qu'un ministre anglais m'a fait naître à Rome cette pensée. Il est faux (2) que l'étude que j'aurais faite des saintes Ecritures m'ait amené peu à peu à cet acte d'apostasie, puisque au contraire j'ai toujours été persuadé des vérités catholiques, et que, jusqu'au commencement de cette dernière année, je les ai prêchées de même aux autres avec une pleine conviction ; et par conséquent il est faux (3) que je fusse ou que je me crusse éloigné de la vérité de Dieu, et que ma conscience me fît des reproches pour les doctrines que je professais dans l'Église romaine. Cette autre assertion, que j'avais vécu plusieurs années dans cet état de guerre avec moi-même, est également fausse [h). Je regarde d'ailleurs comme une impiété d'attribuer à la grâce de Dieu ma défection de l'Église romaine (5). // nest pas vrai que je me sois compromis dans mes pré-
il) Premier mensonge dicté par Achilli.
|2j Deuxième mensonge.
(3) Troisième mensonge.
|4) Quatrième mensonge.
i5) Cinquième mensonge joint à une hypocrisie profonde.
dications(l). Il n'est pas vrai que l'inquisition romaine m'ait persécuté (2). // est faux aussi que j'aie médité le projet d'aller à Malte pour me joindre à mes confrères apostats (3). Il est de même faux que ce fût mon intention de rentrer en Italie pour travailler aux missions protestantes (Zi) . Toutes ces rétractations mises en avant, je fais ma profession de foi en déclarant hautement croire tout ce qui est contenu dans l' Écriture sainte, et que croit notre mère l'Église apostolique romaine, toutes les doctrines qui sont professées et enseignées dans ladite Église catholique, à laquelle j'ai l'honneur d'appartenir. Et quoique j'aie été durant quelques mois hors de la communion de l'Église catholique apostolique romaine, je l'ai été par faiblesse et bassesse d'âme, et non par persuasion de cœur. Je me crois donc obligé, pour l'entière décharge de ma conscience, de déclarer en présence de Mgr le vicaire apostolique de Londres, représentant le souverain pontife Pie IX, chef infaillible de l'Église apostolique romaine, que je rétracte la susdite lettre, et tous les discours que j'ai pu tenir de contraires au saint concile de Trente, ainsi qu'aux saints canons, et aux doctrines de ladite Église catholique apostolique romaine, dont je suis et déclare être un fils sincèrement repentant. Et puisque, par son infinie miséricorde, la grâce divine ne m'a pas abandonné, j'ai voulu à l'instant obéir et m'humilier, en me rappelant, avec l'espérance du parti) Sixième mensonge.
(2| Septième mensonge.
! luitième mensonge.
[4 Neuvième mensom;^.
don de Dieu, les exemples de saint Pierre, de saint Paul, de saint Augustin, à qui Dieu a pardonné en récompense de la promptitude de leur retour et de leur docilité à la grâce; en me rappelant aussi Judas, Tertullien, Luther et Calvin, qui sont morts dans l'impénitence pour prix de leur orgueil et de leur résistance à la grâce divine; en m' encourageant d'ailleurs par ces paroles du prophète royal : llodièsi vocem ejus audieritis, nolite obdurare corda vestra (si vous entendez aujourd'hui sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs}. Et comme la sainte Église catholique romaine est une mère pleine de bonté, elle saura me pardonner mes égarements et m' accueillir dans son sein. Cependant je prierai toujours le Seigneur de me donner l'esprit de vraie pénitence pour pleurer mes iniquités. Ainsi puisséje voir également convertis et repentants ceux qui avant moi se sont éloignés et restent hors de la sainte Église apostolique romaine, dont ils étaient les fils, trop endurcis, hélas! qu'ils sont aujourd'hui dans leurs erreurs ! Je conclus cette rétractation en priant la sainte Vierge Marie, ma tendre mère, à l'intercession de laquelle je reconnais devoir ma conversion, de continuer toujours d'être ma mère : Monstra te esse matrem. François Cosentini , chanoine. Signé de ma propre, main. Londres, le 3 décembre 1848 » (1).
(1) Ces deux lettres, réunies à une troisième écrite par le même chanoine François Cosentmi au.r ecclésiastiques d'Italie vivant en Angleterre qui ont abandonné la foi catholique romaine, ont été publiées à Londres en anglais et en italien chez Henri Lucas, imprimeur, 3, Burleigh-Slreet, Straud. La première, qui est la plus importante, a pour titre : Lettre écrite <> un protestant par le chanoine François Cosentini sous la dictée de M. ichilli.
Cette révélation nous fait voir quel est le caractère ou la probité de ces hommes que la glorieuse Réforme va recruter dans les rangs de l'Église catholique : menteurs effrontés, qui non-seulement osent mentir euxmêmes à la face du monde, mais engagent de plus les autres à faire comme eux, et leur dictent contre toute bonne foi les mensonges qu'ils ont à dire, et ne se contentent pas même de les leur dicter, mais y mêlent encore leurs impiétés, leurs blasphèmes, jusqu'au point d'attribuer à l'œuvre de la grâce ce qui n'a été que l'œuvre de l'ignorance, de la résistance coupable à la grâce, de l'égarement et de la perversité des mœurs (1) .
J'ai dit de l'ignorance, car il faut qu'elle soit bien forte dans un prêtre catholique, pour qu'il se laisse persuader par un aventurier, ministre protestant si l'on veut, d'abandonner la religion catholique, qui a pour elle des preuves de vérité si claires, si évidentes, pour adopter ce chaos d'absurdités qui percent de tous côtés dans le protestantisme ou la prétendue réforme. J'ai dit de la résistance coupable à la grâce, parce qu'il est impossible qu'un prêtre catholique n'ait pas à lutter fortement contre sa conscience et par là même contre la grâce intérieure qui l'en détourne, avant d'en venir à cette fatale détermination d'apostasier. J'ai dit enfin de
(1) C'est avec la même mauvaise foi et la même hypocrisie qu'a été composée la vie édifiante d'Achilli publiée sous le titre de Brief sketch of t/te life of D. Giacinto Achilli including a narrative ofhis proceedings during the republic. His description of the inquisition, etc., Dublin. Cet écrit n'est qu'un tissu de mensonges. A la page 70 se trouve rapporté au long l'acte de son mariage célébré à Rome le 24 juin 1849, dans le lieu où s'assemblaient les protestants, avec miss Joséphine Haly ; on y rapporte jusqu'aux signatures des témoins.
l'égarement et de la perversité des mœurs, car il n'arrive jamais qu'on perde la foi, à moins qu'on n'ait commencé par une vie immorale, indigne d'un prêtre et d'un religieux. Lorsqu'un prêtre est pieux, qu'il observe exactement les devoirs propres de son état et de sa haute profession, qu'il est homme d'oraison ou de spiritualité, on ne le voit jamais chanceler dans sa foi. Et, en effet, tous ces héros de comédie qui ont apostasie, déterminés à cela, ont-ils dit, par leur conviction et par Y étude approfondie de la Bible, oui, de toute la Bible et de la Bible seule, les Canrlleri, les Achilli, les Ciocci. les Lana, les De Sanctis et autres semblables qui se sont déclarés protestants, pensez-vous qu'ils l'aient fait pour professer une vie plus parfaite , plus régulière , plus sainte? Chacun d'eux s'est donné dévotement une épouse, et c'est là toute la conviction qu'ils ont acquise de la supériorité de la religion protestante ; car ils n'ont pas pu en avoir d'autre, et cela au mépris des vœux par lesquels ils s'étaient, comme ils le sont encore, engagés solennellement.
Citons pour exemple et pour preuve le trop fameux Achilli, qui a servi à plusieurs de guide et de conseiller dans les voies de l'apostasie. Je ne saurais peindre le portrait de cet homme avec de plus vives couleurs que ne l'a faitNewman dans ses dernières conférences, qui lui ont attiré tant de chagrins de la justice impartiale des tribunaux anglais. A propos de l'intolérance protestante, dont le siècle actuel a fourni tant de nouvelles preuves à continuer jusqu'à nos jours, l'éloquent orateur aborde en ces termes les faits relatifs à Achilli :
\u milieu de ces actes atroces d'intolérance, le protestantisme se nettoyant la bouche, se croisant les bras ou joignant les mains, et levant effrontément les yeux vers le ciel, s'apprête à entendre les harangues du docteur Achilli sur l'intolérance de l'inquisition.
« Ah ! le docteur Achilli ! La masse des protestants se porte en foule pour l'entendre, parce qu'il a quelque chose à dire contre l'Église catholique. Il n'a que trop bien quelque chose à dire, c'est vrai ; il a un scandale à révéler, il a un argument à mettre en lumière. Cet argument est simple, il est fort en un sens, il est un. Cet argument c'est lui-même, c'est Achilli ! Sa présence est le triomphe des protestants, la confusion des catholiques; oui, c'est une grande honte pour nous, que notre mère la sainte Église ait eu un tel prêtre. 11 sent la force de l'argument, et il se montre à la multitude, qui le regarde fixement. «Mères de famille, semble-t-il leur dire, gentilles demoiselles, innocentes petites filles, regardezmoi ; car je mérite bien que vous me regardiez, vous ne voyez pas d'ordinaire un pareil spectacle. Une Église peut-elle survivre à la honte d'avoir produit un être tel que moi : moi prêtre et incrédule, moi prêtre et hypocrite, moi un infâme sous le capuchon? Je suis ce P, Achilli qui dès l'an 1826 a été privé de sa chaire pour une faute, que ses supérieurs se sont appliqués à tenir cachée; qui dès l'an 1827 s'était déjà fait la réputation de moine scandaleux. Je suis cet Achilli qui, dans le diocèse de Viterbe, en février 1831, a ravi l'honneur à une jeune personne de dix-huit ans; qui, en septembre 1833, a été convaincu d'un semblable crime avec
une autre de vingt-huit ; qui, en juillet 183/t, en a déshonoré une troisième de vingt-quatre ans. Je suis celui qui depuis a été convaincu de faits pareils et même pires dans d'autres villes voisines. Je suis ce même homme qui est retombé dans les mêmes infamies à Capoue en 183/i , et puis à Naples en 186-0 avec une autre qui n'avait que quinze ans ; pour l'une j'ai fait choix de la sacristie, pour l'autre du vendredi-saint. Regardez-moi bien, dames anglaises, admirez en moi un témoin à charge delà première, voléecontre le papisme; car peut-être jamais n'aurez-vous l'occasion d'en trouver un qui m'égale. Je suis un prêtre qui, après cela, a prêché contre la foi catholique et contre la morale, et en a perverti d'autres encore avec lui par ses discours. Je suis ce chevalier Achilli qui de là est allé à Corfou, 011 il a rendu la femme d'un tailleur infidèle à son mari, a vécu publiquement et a voyagé avec la femme d'un vil chanteur. Je suis ce professeur du collège protestant de Malte, qui s'est fait congédier avec deux autres pour des fautes que les autorités n'essaieront pas de décrire. Maintenant croyez-moi sur parole, et vous verrez, vous verrez des horreurs, des atrocités, des barbaries dans l'inquisition de Rome. » « Vous dites vrai, ô Achilli, et nous n'avons pas mot à vous répondre. Vous êtes un prêtre, vous avez été un moine ; vous êtes, on ne peut le nier, par votre prodigieuse perversité, le scandale du catholicisme et l'argument le plus fort des protestants. Il est vrai, vous êtes un infâme, un incrédule, un hypocrite. Comme vous étiez religieux il n'y a que peu d'années, vous vous trouviez rarement au chœur, plus souvent dans les maisons, et non toujours sans scandale. Vous, destitué de votre
chaire; vous, éloigné du confessionnal et de la chaire ;i prêcher; vous, réduit à fermer la bouche à prix d'argent au père d'une de vos victimes, comme nous le prouve le rapport officiel de la police de Viterbe : vous, signalé dans une pièce officielle de la police de Naples comme livré à une incontinence habituelle ; vous, traduit pour cause d'adultère au tribunal civil de Corfou : tout cela est vrai ; et vous avez couronné vos infamies en vous obstinant, tant qu'il vous a été possible, à les nier impudemment. Vous protestiez être avide de la vérité, tandis que, comme un corbeau immonde, vous n'aviez faim que d'impuretés. Oui, vous êtes une preuve sans réplique que les prêtres peuvent tomber, et que les moines peuvent rompre leurs vœux. En vous montrant vous-même, vous avez fait tout ce que vous pouviez faire de pis et de mieux tout à la fois; vous êtes, vous, le seul et le pire argument que vous puissiez employer contre les catholiques. Vos dépositions contre l'Église catholique et contre l'inquisition ne sont rien auprès du témoignage que vous portez contre vous-même. Vous laissez votre aiguillon dans la plaie, vous êtes mort. Et, en vérité, comment pouvons-nous ajouter foi en matière quelconque, de personnes, de faits, de discours, de telles choses que l'on voudra, à un homme de la trempe de Marie Monk, de Jeffrey, de Théodore et d'autres semblables, qui ont eu chacun leur temps, et puis sont morts l'objet du rebut et de l'indignation du genre humain. Le docteur Àchilli n'est pas fou, mais fou est celui qui I ii \nC-le l'oreille » (1).
Lectures on the présent state vf raiholîcs in Engtand,
De la même trempe qu' Achilli sont les autres apostats, comme De Sanetis, perdu de réputation à Rome pour sa conduite immorale (1), et Gavazzi, qui s'est. dégradé jusqu'à faire le vil métier de pantomime dans les principales villes d'Angleterre et d'Ecosse, en provoquant le rire de ces fanatiques par les gestes grotesques que ce misérable ne rougissait pas de faire en habit religieux dans les assemblées publiques en haine du pape et de la religion catholique (2). De là il est allé
lect. v. Les faits rapportés ici sont tirés d'un long article de la Revue de Dublin, qui a puisé à des sources authentiques ce qu'elle a publié de la vie et des miracles du Dr Achilli.
Nous avons tenu à rapporter en entier le fameux passage pour lequel Newman a été accusé par Achilli. Malgré plus de quatrevingts preuves par écrit légalisées en toutes formes, malgré les dépositions judiciaires des victimes séduites par Achilli, le jury présidé par le puritain lord Campbell s'est prononcé en faveur d'Achilli : sentence tellement injuste que le Times et le Morning Chronicle eux-mêmes l'ont hautement improuvée, comme sentant l'esprit de parti contre le catholicisme. Les dépenses qu'a nécessitées la défense de Kcwman se sont élevées, nombre rond, à 8,000 liv. sterl.; celles d'Achilli mises également à la charge de Newman ont été évaluées 1,000 : ce qui fait un total de 9.000 liv. sterl. ; et, par conséquent, on peut dire que le passage que nous venons de mettre sous les veux du lecteur a coûté 250,000 fr. Ces dépenses ont été couvertes par des contributions^ volontaires : près de 6,000 livres sterling, nombre rond, ont été recueillies en Angleterre; plus de 2,000 en Irlande, près de 3,000 en France; 1,000 autres dans les autres Etats: ensemble, 12,000 livres sterling; ce qui a donné un surplus de 3,000 livres sterling ou 75,000 francs.
(1) Je sais qu'il était question à Rome, dans l'intention du moins de ses supérieurs, de lui ôter la charge qu'il occupait, à cause de la mauvaise réputation qu'il s'était acquise: mais les événements de 1847 et de 1848 ne permirent pas de le l'aire.
[2 Gavazzi, s'étant aperçu un jour, au moment de quitter une vi le d'Ecosse, que sa bourse lui manquait, en fit la réclamation
aux États-Unis faire la répétition des mômes pantomimes, mais non toutefois avec un égal succès (1).
Ce serait trop nous étendre, si nous voulions rapporter d'autres exemples de malheureux apostats, la plupart prêtres et moines scandaleux, qui dans ces derniers temps ont montré si tristement dans leur personne quel est le caractère moral de ceux qui abandonnent l'antique règle de foi pour s'attacher à la nouvelle. Il nous semble que le peu que nous en avons rapporté suffit, et au-delà. Car on peut, sans crainte de se tromper, se former d'après cet échantillon une idée juste de tous les autres. On n'a pas trouvé encore un seul prêtre ou religieux fidèle à ses devoirs, rempli de l'esprit de Dieu et attaché à la pratique des vertus de son état, qui ait, je ne dirai pas apostaiié, ce qui n'est pas possible, mais seulement douté de la vérité de sa religion. Et si nous portons nos regards sur toute l'histoire de la Réforme depuis son début et ses premiers progrès jusqu'au temps actuel, en Allemagne, en France, en Suisse, en Angleterre et partout ailleurs, nous ne trouverons que des hommes immoraux, impudiques, ambitieux, qui aient de leur propre choix embrassé le protestantisme.
auprès de ses amis, et ceux-ci la lui retrouvèrent dans an mauvais lieu, où il l'avait oubliée.
(i) Voir Yl'nivers, 24 février 1851, où se trouve rapporté un passage 'lu Constitutionnel. Je sais par quelqu'une de mes correspondances particulières que Gavazzi, repris par quelqu'un pour sa conduite immorale, lui donna pour réponse qu'il était possédé du démon, et qu'il ne pouvait s'empêcher de faire ce qu'il faisait, qu'il aurait même tait et dit davantage, s'il l'avait pu, contre la religion. Quel aveu humiliant! quelle honte pour le protestantisme !
Les moins coupables d'entre eux, sensibles auremords qui déchirait leur conscience, ont reconnu leur erreur, et ont fait le naïf aveu de leur état d'agitation, comme de l'incertitude où les laissait toujours la secte qu'ils avaient embrassée, et ils ont de même exposé avec candeur les véritables motifs qui les avaient poussés à l'apostasie. D'autres, hélas! en plus grand nombre, après avoir plus ou moins longtemps résisté aux sollicitations de la grâce, en sont venus au point d'étouffer leurs remords, et s'obstinant dans le mal, ont ainsi abouti ù l'impénitence finale (1). Quelques-uns peut-être de cette dernière classe auraient voulu rompre avec la secte; mais les liens du mariage, ou pour parler plus juste, du concubinage légal ; la progéniture qui en a été la suite ; la perte qu'il leur faudrait subir de leurs
(1) On a beaucoup parlé ces dernières années du prêtre espagnol Blanco (White), qui, dès sa jeunesse, avait mené une vie déréglée. Elevé néanmoins au sacerdoce, il se rendit familière la lecture des philosophes incrédules français du xvme siècle, et perdit la foi avant d'avoir quitté l'Espagne. Arrivé en Angleterre, il se fit anglican ; et devenu professeur à Oxford, il professa ce demichristianisme. Après avoir calomnié dans différents écrits le clergé catholique d'Espagne, il en publia un dernier d'un genre tout-àfait populaire sous le titre : The poor man's preservative ogainst Popery, c'est-à-dire Préservatif contre le papisme en faveur des pauvres ! Cet apostat était considéré comme une des plus précieuses conquêtes de l'Eglise anglicane. Mais qu'arriva-t-il ? Le caractère moral de l'auteur, qui en vint bientôt à faire de nouveau profession ouverte d'incrédulité, en passant de l'anglicanisme au socinianisme, puis du socinianisme à l'athéisme, fit que son livre fut retiré du commerce. Il est mort en 1841 en Angleterre, sans foi en Dieu pas plus qu'à l'immortalité de l'âme. Tels sont les héros qui apostasient la foi catholique! Newman parle au long de ce misérable dans ses dernières conférences déjà citées, ei particulièrement dans la rv*, p. 135-155.
honoraires comme de leur poste, unique moyen pour eux de soutenir leur vie; le respect humain, l' amourpropre enfin, sont autant d'obstacles qui les ont arrêtés et les arrêtent toujours. Ils préfèrent le bien-être temporel au salut éternel, le corps à l'àme. Au reste, comme il est notoire, le véritable motif de leur apostasie a toujours été le désordre des mœurs. Nous abandonnons sans peine ces rebuts du catholicisme, dont ils faisaient la honte, à la Réforme qui, ne pouvant rien obtenir de mieux, s'en prévaut comme d'une conquête sans prix; ce qui ne nous empêche pas d'en gémir par motif de charité, et de verser des larmes amères sur la perte irréparable et éternelle de ces malheureuses victimes d'une ignoble passion.