II. — OBSTACLES VENANT DES PARTICULIERS
Obstacles créés par les sociétés, les ligues, les conspirations contre les catholiques. — Société deYJlliance chrétienne de New- York pour pervertir l'Italie. — La Société secrète du Phy/acterion en Hollande. — La Société Lnitas. — La Société des secours. — Sociétés semblables organisées en Angleterre, — ù Genève, — en Allemagne. — Société de Gustave- tdol plie. — Union protestante. — Obstacles particuliers formés dans les familles.
Ce ne sont pas seulement les gouvernements non catholiques qui se sont coalisés pour opposer des obstacles de toutes sortes aux progrès, et même, s'il leur était possible, à la conservation de la religion catholique ; les particuliers aussi, animés de ce même esprit de haine contre l'Église, ont mis tout en œuvre pour parvenir à la même fin. Et, dans ce but, ils ont organisé des associations, des ligues, des conspirations très puissantes, dont nous allons parler d'abord.
En mettant de côté les sociétés bibliques, dont nous nous sommes occupés ailleurs, et qui travaillent au même dessein , comme nous l'avons déjà démontré , nous trouvons en première ligne l'association formée depuis peu d'années dans l'Amérique du Nord, particulièrement à New-York. D'abord, et comme par manière d'essai, on avait créé dans cette ville une société dite philo-italienne; puis, quelques mois après, c'està-dire le 12 juin 18/i3, on la métamorphosa en une alliance chrétienne, qui a pour objet de réformer nonseulement l'Italie, mais par l'Italie tout l'ancien monde. On publia dans un écrit, que nous pouvons considérer
comme le programme de cette société , que depais vingt-cinq siècles les destinées du monde dépendaient de celles de l'Italie ; que l'empire de Rome avait été, il est vrai, démembré par les barbares, mais que son esprit était immortel ; que les papes l'avaient recueilli en eux-mêmes, et avaient tellement enchaîné le monde au joug despotique de l'Église, qu'ils étaient devenus les vrais successeurs des Césars et les rois des rois de la terre ; que la Réforme était venue ensuite briser le sceptre des papes, mais que l'empire des consciences, fondé par eux, 'pour s'être divisé, n'était pas éteint; que les protestants eux-mêmes avaient méconnu le droit inaliénable de la liber lé de croyance et de culte, et que les princes s'étaient approprié, chacun dans leurs Etats, la même autorité que Rome avait exercée sur tous; que le grand dessein d'exclure entièrement les gouvernements de toute juridiction sur la foi religieuse ne pouvait être mis à effet que dans un monde nouveau, sur lequel la domination romaine n'avait jamais encore projeté son ombre gigantesque ; mais que, pour qu'une si grande révolution pût devenir universelle et rendre au christianisme sa libre et noble simplicité primitive, on avait besoin du concours des Italiens. Après beaucoup d'autres forfanteries dites sur le même ton, on donnait le texte des statuts de YAltiance chrétienne, compris en treize articles, dont les plus remarquables sont celui-ci, qui est le second : « que le but de la Société serait d'étendre la liberté religieuse (le protestantisme), et de répandre d'utiles connaissances en fait de religion parmi les Italiens et dans les États pontificaux ; » et le neuvième, où il était dit
« qu'il ne pourrait jamais se trouver, pour siéger ensemble dans le conseil, deux membres appartenant à la môme dénomination religieuse. » Ce qui fait voir que toutes les sectes devaient concourir dans la société de manière à ce qu'aucune ne pût y prévaloir sur les autres. On réglait en même temps qu'elle aurait ses agents à Londres, à Paris, à Lyon, à Marseille, dans la Suisse, à Malte, en Corse, à Corfou, à Constantinople, à Smyrne, à Barcelone, à Alexandrie, à Alger, à Rio- Janeiro, à Buenos-Ayres, à Montevideo , au Mexique, partout où il y avait des réfugiés ou des marchands italiens pour y tenir des magasins de Bibles, et y former des correspondances et autres moyens de propagande de toute espèce. On traduirait ensuite en italien , à l'aide des réfugiés répandus dans les États-Unis, l'Histoire de la Réforme de Merle d'Aubigné, et celle de la Réforme en Italie de Cric. On disait pour conclusion qu'on ferait circuler toute une série de traités, où seraient racontées en détails toutes les vicissitudes du christianisme de tradition; qu'il serait établi un bureau ou un conseil composé de vingt-quatre membres ; que chaque membre de l'association paierait pour sa quote-part un écu par an, ou trente écus, une fois donnés, pour toute sa vie. Telle est l'œuvre, et tout à la fois le vaste dessein de la société dite l'Alliance chrétienne de New-York. Afin de prémunir l'Italie contre le danger qui la menaçait, Grégoire XVI, d'heureuse mémoire, adressa une encyclique à tous les évêques d'Italie pour exciter leur vigilance (1). Il suffit de
(1) Encyclique du S mai 1844..
cet aperçu pour comprendre maintenant d'où viennent les efforts employés aujourd'hui pour protestantiser l'Italie, pour y répandre des Bibles falsifiées, pour y introduire des ministres protestants, et quelle est aussi la tendance des révolutions politiques de la Péninsule.
Mais voici des associations protestantes d'un autre genre établies en Europe, dont l'objet est d'empêcher les protestants d'avoir même la pensée de passer au catholicisme. Ce sont des associations toutes récentes, et toutes aussi, sauf certaines différences accidentelles ou locales, formées sur un même type, avec les mêmes règlements, tendant par les mêmes moyens au même but, animées du même esprit de haine qui les caractérise. Elles se sont organisées clans la Hollande, dans l'Angleterre, à Genève et dans toute l'Allemagne, avec une activité étonnante.
Citons d'abord ici la Hollande. Après presque trois siècles de persécutions continuelles et d'un joug pesant et intolérable, les catholiques commencèrent à respirer du moment où cette république ou cet État tomba sous la domination de Napoléon. Depuis ce temps, les diverses communions religieuses* y compris les catholiques, furent mises au même niveau de liberté politique, et avec un égal droit à la liberté de conscience, aux fonctions publiques, aux honoraires de l'État. Mais à peine la Hollande eut-elle été replacée sous le sceptre de la maison d'Orange, qu'en dépit de la constitution du royaume, qui maintenait la liberté politique et religieuse égale pour tous, les catholiques, par l'effet de mille artifices, de mille menées occultes, se virent peu à peu exclus du ministère et en grande partie de la
chambre et des emplois ; et on ne garda en aucune manière la proportion qui devait se conserver entre les catholiques et les protestants. Leur sort fut un peu adouci à partir de l'abdication du feu roi de Hollande, prince connu pour son fanatisme religieux qui lui fit perdre la Belgique, si toutefois on ne doit pas attribuer tout ce qu'a fait ce roi aux mauvais conseils de ses ministres forcenés et impolitiques (1). Le nouveau roi s'est montré plus équitable : mais les manèges n'en ont pas moins continué pour exclure les catholiques des
(1) Dans une correspondance adressée de la Hollande au Journal de Bruxelles, en date du 5 avril 1853, on rapporte l'anecdote suivante qui offre beaucoup d'intérêt. Lorsque le baron de Vincent, commissaire général des puissances alliées en Belgique, eut remis, le 30 juillet 1814, au prince souverain, puis roi Guillaume Ier l'acte officiel de sa nomination au trône de la Hollande et de la Belgique réunies en un même royaume, il s'aperçut qu'au lieu de s'en réjouir, ce prince s'en était attristé. Interrogé sur le motif de sa tristesse, le prince s'en expliqua en ces termes : « Oui, je suis profondément triste ; je ne me réjouis nullement de la réunion de la Belgique et de la Hollande. Tous appartenez à un parti vraiment libéral ; vous ne connaissez pas comme moi rinlolérance de nos protestants : ils sont incorrigibles, et je crains bien qu'ils ne me permettent jamais d'être juste envers les catholiques. De là je prévois dans l'avenir, non-seulement la décomposition de ce royaume, mais peut-être même la perte de ma dynastie. » L'événement a prouvé la vérité de la prévision ou du pressentiment, comme chacun sait.
L'année dernière, 1853, à l'occasion du rétablissement de la hiérarchie dans la Hollande aux termes mêmes de la constitution du royaume, le tapage fut tel qu'il semblait que tout le royaume allait être bouleversé ; et de furieux calvinistes en vinrent jusqu'à menacer de mettre le roi à mort, s'il n'eût, selon leur langage, donné pour cela un soufflet au pape. Voir ['Univers, 11 avril 1853. Ainsi retrouvons-nous toujours les hérétiques semblables à euxmêmes : la tolérance sur la langue, la haine dans le cœur, et le poignard à la main.
emplois et des fonctions publiques. Non contents encore de cela, et voyant d'un œil d'envie les catholiques renforcer leur nombre, les protestants ont pris le parti désespéré de former une société secrète dite Phylaclerion, organisée par eux en 18^8. J'ai entre les mains le document authentique de cette association, qui m'a été communiqué, et qui nous en révèle le plan et les statuts. Je vais en donner ici une idée sommaire.
Après un préambule sur l'esprit envahissant de Rome, et sur la nécessité prouvée à l'aide de fausses allégations de garantir contre ses entreprises le protestantisme néerlandais, on énonce les articles suivants que chaque associé doit s'engager à observer : 1° de ne jamais prendre pour domestiques, hors le cas de nécessité, que des protestants ; 2° de procurer de préférence aux ouvriers protestants du travail, des avantages pécuniaires et de l'influence, autant que le permet l'honneur ou le devoir ; 3° de ne jamais contracter mariage avec une personne catholique romaine ; lx° de favoriser les protestants en toutes circonstances, hormis les cas d'obligations particulières, pour qu'ils obtiennent exclusivement les charges et les emplois ; 5° d'entretenir et de propager les sentiments de fraternité entre les protestants ; 6° de donner pour le soutien de la Société un florin le jour de son entrée, et pour contribution un centime par semaine, ou vingtcinq florins une fois pour toutes ; 7° de ne révéler les noms des associés à personne qui n'en fasse partie.
L'administration, à l'instar de l'Église réformée, est divisée en communautés, cercles, classes, provinces et administration supérieure. Les fonds de la Société ne
peuvent avoir pour objet de dépense que sa propagation. Chaque année on présentera le compte-rendu de l'emploi des fonds à la direction supérieure. Les comptes seront livrés à la libre inspection des associés l'espace de deux mois, chez le trésorier de la Société.
Le but de la Société Lnitas et de la Société des Secours, dont la propre fonction est de procurer des ressources pécuniaires, rentre dans l'objet de la Société Plujlaclerion, de propager l'esprit du protestantisme et les sentiments d'amour chrétien et fraternel, puisque, quand l'un des moyens réussit, l'autre ne peut manquer d'avoir son effet.
Je passe sous silence les protestations qu'on y joint de ne pas se proposer en cela l'oppression des catholiques, mais seulement la sûreté du protestantisme ; protestations mensongères, puisque je sais certainement que l'exécution va bien plus loin que ne le portent les articles. Le véritable but de cette association est d'affamer et de réduire au désespoir les catholiques des classes pauvres dans toute l'étendue de la Hollande.
Or, cette association nous présente le modèle des autres mentionnées ci-dessus dans les divers pays où les protestants l'emportent par le nombre et par les ressources de la fortune , comme on a vu ces dernières années que cela s'est pratiqué en Angleterre, où de riches protestants et anglicans se sont pareillement associés pour entraver le mouvement catholique. Beaucoup de seigneurs ont congédié et chassé de leurs fermes les paysans, parce qu'ils étaient catholiques, et de même leurs domestiques coupables uniquement d<-
professer cette religion ; et il n'a pas manqué de ministres charitables pour exhorter les maîtres à mettre sur le pavé, sans moyens de subsistance, les pauvres tilles qu'ils tenaient à leur service, malgré le danger où allait être exposée leur vertu (1). Et pour donner en preuve quelque fait précis, je vais rapporter en substance une lettre écrite de Douvres sur la situation des catholiques de cette cité, et qui suffira pour faire conjecturer ce qui se passe en Angleterre partout où existe cette association. « La réunion des catholiques à Douvres, y est-il dit, est comme une chrétienté naissante au milieu des infidèles, qui la connaissent à peine. Il ne s'y trouve qu'une centaine de fidèles à demeure fixe, en ne comprenant pas dans ce chiffre les Irlandais et les Écossais, qui sont toujours nombreux dans l'armée anglaise, et qui tous les dimanches se rassemblent dans la chapelle catholique. La position des catholiques ici doit avoir quelque rapport avec celle des premiers chrétiens parmi les païens : ils ont bien souvent des persécutions à endurer, surtout s'ils appartiennent à des familles protestantes, dont ils aient abandonné la croyance pour entrer dans la véritable Église. Une femme a eu à renoncer aux plus solides avantages pour pouvoir conserver avec ses enfants la loi sous laquelle elle a le bonheur de vivre, et il lui a même fallu passer le détroit et aller avec eux en France vivre les uns et les autres du travail de leurs mains. — Il y a en France d'autres personnes converties, réduites à peu près à la même condition. L'une d'elles, appartenant à une fa-
(1) Voir la Revue catholique, 11 juin 1647.
mille riche et respectable, en a été chassée en punition de ce qu'elle s'était faite catholique, et il lui a- fallu accepter les fonctions d'institutrice pour pourvoir à sa propre existence. — Il n'est pas rare qu'à la persécution matérielle vienne s'ajouter celle de l'insulte» (1).
Et il ne s'agit ici que d'une petite ville ; que dironsnous de l'île entière? Bornons-nous à dire qu'on ne saurait presque compter le nombre des travailleurs laissés sans travail par la malice des méthodistes et des autres dissidents de toute couleur ligués avec les anglicans, et cela parce que beaucoup d'entre eux ont passé au catholicisme ces dernières années ; le nombre des paysans jetés sur la route pour le même motif par leurs propriétaires, et réduits au dénûment le plus absolu et à la misère la plus extrême.
La même conspiration contre le catholicisme s'est ourdie récemment à Genève au moyen d'une association secrète. Là, les protestants des diverses communions sont convenus entre eux de ne rien acheter des catholiques, de leur refuser les moyens de travailler, et de ne pas les admettre à leur service (2). De même en
(1) Univers, 18 mai 1850.
(2) Cette association a pris le nom d'Union protestante. Voici entre autres les mesures extra-légales qu'on y a prises pour atteindre le but d'opprimer les catholiques à Genève : « Ecarter les domestiques catholiques ; ne pas acheter chez les marchands catholiques; s'introduire dans les mariages mixtes et amener les enfants au protestantisme ; agir auprès des magistrats et des conseils municipaux par des sollicitations, auprès des citoyens par des remontrances, et au besoin par des offres de service ; attin t des protestants étrangers pour faire concurrence aux catholiques dans certains métiers ; entraver par tous les moyens possibles l'établissement des catholiques et leur admission au droit
Allemagne, ces dernières années, à peine s'aperçut-on du mouvement catholique produit par les missions dont nous parlerons en leur lieu, que les protestants rigides s'élevèrent comme un seul homme pour l'entraver: De là est sortie une nouvelle association protestante, qui s'est unie à celle qui existait déjà sous le titre d'Association de Gustave-Adolphe, dont nous avons parlé, afin de rallumer et d'enflammer les anciennes haines contre les catholiques. On a réimprimé et jeté au milieu du peuple les vieux livres depuis longtemps oubliés, et on en a empoisonné les villes, les bourgs et les villages ; on a réchauffé les vieilles calomnies, et on n'a rien négligé pour atteindre le but proposé d'empêcher les conversions. Enfin, on a organisé dans de plus larges proportions une ligue sous le nom d'Union protestante pour faire une guerre à mort aux catholiques, et on l'a étendue à tous les pays protestants (i). De là il est aisé d'inférer à quelle condition seraient réduits les catholiques, dans les pays protestants, sous la double persécution des gouvernements et des particuliers, soutenus dans leurs moyens vexatoires par les
de cité : en un mot, rompre en visière à l'esprit de charité cvangélique, refuser du travail aux laborieux, du pain aux misérables, des occupations et de la confiance à la probité. » Quelle exquise charité ! Or ce tableau nous a été retracé par un écrivain protestant lui-même. Voir les Annales catholiques de Genève, 2e livraison 1853.
(1) Voir l'Univers, 7 et 9 juin 1844, où l'on peut lire une longue exposition des articles qui entrent dans le plan de cette association, mais que nous nous abstenons de reproduire, parce qu'ils reviennent à ceux que nous avons mentionnés Cette union protestante générale ne doit pas se confondre avec l'union partielle de Genève
gouvernements eux-mêmes. Je ne dis rien des obstacles que je pourrais appeler domestiques ou de famille. Malgré la liberté d'examen proclamée par les protestants, malheur à celui que ce travail d'examen conduit au catholicisme ! Combien n'a-t-il pas à souffrir de ses amis, de ses parents, jusqu'auprès du foyer paternel ! Combien d'exemples n'aurions-nous pas à citer d'enfants déshérités et chassés de la maison où ils ont reçu la vie, pour l'unique crime de s'être faits catholiques ! On peut dire en général de la plupart des convertis qu'ils ont dû souffrir une espèce de martyre par les dégoûts, les affronts, les opprobres qu'il leur a fallu dévorer. Et cependant, comme si ce formidable appareil d'obstacles matériels ne suffisait pas pour retenir les protestants sur le penchant de leur retour au catholicisme, on leur crée aussi des obstacles intellectuels dans de fausses maximes et des imputations calomnieuses par lesquelles on cherche à égarer leurs esprits, et dont il faut bien tenir compte pour parfaire le tableau que nous avons commencé (1).
(1) Avant de terminer ce sujet,) je ne dois pas négliger de faire observer que l'esprit que manifestent les protestants à l'égard des catholiques est le même qui dés les premiers temps de l'Eglise animait les anciens hérétiques. Nous en trouvons la preuve dans les ariens et dans les macédoniens sitôt qu'ils parvinrent au pouvoir. Qu'on lise le tome in de Mœhler sur la vie de saint Athanase, et on restera convaincu quec'était la même haine qui animait les ariens contre les catholiques, les mômes menées, les mômes violences qu'ils employaient pour ébranler les catholiques dans leur foi, ou pour empêcher la conversion de ceux de leur propre parti qui voulaient quitter l'hérésie. C'est aussi ce qui nous est prouvé des donatistes par la lettre de saint Augustin à Boniface (c'est la 185e de l'édition des bénédictins), où nous lisons, n. 13. ces paroles au sujet de ceux du parti donatiste qui voulaient re-
§ III —OBSTACLES INTELLECTUELS DANS LES FAUSSES MAXIMES ET LES IMPUTATIONS CALOMNIEUSES DÉ- BITÉES AU SUJET DU CATHOLICISME.
Faiblesse du protestantisme. — Maximes dont il se sert pour empêcher le retour à la religion catholique. — Première maxime, qu'un honnête homme ne doit pas changer de religion. — Deuxième maxime, que chacun doit vivre dans la religion où il est né. — Troisième maxime, que chacun peut se sauver dans sa religion; qu'il suffit d'être. chrétien, etc. — Autres dictons populaires, tendant au même but, qui ont cours parmi les protestants. — Faussetés et calomnies qu'on répand dans le peuple. — L'inquisition romaine. — L'inquisition espagnole. — Les papes. — Reproches faits à l'Eglise des écarts de quelques catholiques. — Autres artifices mis en œuvre pour imposer silence aux catholiques — Progrès du catholicisme malgré tant d'obstacles.
Rien ne sert mieux à faire connaître la faiblesse du protestantisme, que l'appel sous toutes formes qu'il fait aux passions pour tenir engagés dans ses filets les peuples qu'il a séduits, et les réduire à l'impuissance de se débarrasser de ses engins. Il sait bien que, s'il avait la
venir à l'unité catholique : « Quid de illis dicemus, qui nobis •< quotidiè confitentur quôd jàm olim volebant esse catholici ; sed » inter eos habitabant, inter quos id quod volebant esse non pote- » rant, per infirmitatem timoris, ubi si unum verbum pro catho- « licâ dicerent, et ipsi et domus eorum funditùs everterentur ? » Et au n. 16 : « Plures (donatista?) quamvis id vellent, eos tamen liomi- « nés, quibus tanta fuerat licentia sseviendi, inimicos facere non « audebant. Nonnulli quippe illos, cùm ad nos transirent, crude- « lissimos passi sunt. » Par ces paroles dites au sujet des donatistcs, saint Augustin n'a-t-il pas dépeint les protestants de nos jours? Je ne parle pas des iconoclastes et de toutes les cruautés qu'ils ont exercées si longtemps contre les catholiques sous les empereurs de Byzance. En résumé, c'est toujours la même tolérance dans les hérétiques. NU sub sole novum !
— :jo-2 — loyauté de laisser réellement à chacun la liberté de son choix, il ne tarderait pas à voir sa secte abandonnée et ses rangs dégarnis (1). De là, outre les moyens violents, les maximes qu'il répand parmi le peuple pour l'aveugler, de manière à ce qu'il ne puisse sortir du cercle qu'il lui a tracé. C'est là ce que j'ai appelé des obstacles intellectuels; à quoi il faut joindre les imputations calomnieuses au moyen desquelles on travestit les principes et les enseignements catholiques, de manière à en faire un objet d'aversion pour la multitude. Parcourons-les brièvement, et soumettons-les à l'examen.
A la tête de ces maximes , il faut mettre celle-ci , qu'un honnête homme ne doit pas changer de religion. Peut-il y avoir un principe plus absurde? Quoi ! si quelqu'un vient à connaître la vérité, il ne pourra pas, sans cesser d'être honnête homme, la suivre et l'embrasser? N'est-ce pas, au contraire, le propre de l'honnête homme de s'attacher à la vérité connue,
(1) Je no puis m'empêcher de revenir ici sur la tactique si familière aux protestants d'exalter la tolérance. Ils l'ont sans cesse à la bouche; elle se retrouve dans tous leurs écrits, et cependant il n'y a rien dont ils soient plus éloignés par les dispositions de leur cœur. Comment ces deux ailections d'amour et de haine se concilient-elles en eux ! De la manière la plus facile. Ils aiment la tolérance pleine, illimitée, du protestantisme dans les pays catholiques ; ils ne redoutent et ne détestent rien plus que la tolérance du catholicisme dans les pays protestants. De là vient qu'ils embouchent la trompette pour faire sonner le mot tolérance chez les lins, et qu'ils tiennent en main le glaive pour l'exterminer chez les autres. La raison de leur conduite, c'est que n'ayant d'autres appuis que des moyens charnels et terrestres, ils savent bien que, pour dix mauvais catholiques qu'ils séduiraient, ils perdraient cent des leurs, et qu'en peu de temps le protestantisme serait réduit à rien. Voilà tout le secret.
même au prix, s'il le faut, de ses propres intérêts, de ses biens, de ses droits sociaux, de sa vie même, quand il s'agit de la vérité religieuse de laquelle dépend le salut éternel? N'est-il pas plutôt infiniment glorieux d'agir de cette manière? Il faudrait donc condamner comme des âmes viles ceux qui se sont conduits de même après des recherches consciencieuses, après un mûr examen, et pour obéir à une conviction profonde? Je ne pense pas que personne le dise ni ose le dire. Mais ce qui fait voir mieux que le reste la fausseté de cette maxime, c'est la mauvaise foi avec laquelle on la fait valoir, et le procédé même tenu par les protestants , qui avec un fanatisme de secte travaillent tous les jours à pervertir les catholiques. Que ne font-ils pas, que ne disent-ils pas, que n'entreprennent-ils pas pour les attirer à leur parti? Et s'ils réussissent à en séduire quelqu'un, comme ils embouchent aussitôt la trompette au moyen des journaux ! comme ils publient leur victoire et s'en font un sujet de triomphe ! Mais s'il n'est pas d'un honnête homme de changer de religion , ils devraient donc , eux qui professent cette maxime, s'abstenir de tout prosélytisme ; ils devraient en avoir honte, en rougir : et, au lieu de cela, ils s'en applaudissent comme d'un brillant avantage. C'est ainsi qu'ils démentent par le fait le principe même dont ils se servent pour retenir dans leurs entraves ceux qui voudraient se dégager de l'hérésie et du schisme pour rentrer dans la vraie Église.
Une autre maxime que les protestants font circuler pour arrêter les conversions, c'est que chacun doit vivre dans la religion où il est né. La sottise de ce dicton
saute aux yeux. Qui ne voit qu'on en viendrait par là à justifier les plus monstrueuses superstitions qui soient au monde, le judaïsme, le mahométisme, l'idolâtrie, le fétichisme et tant d'autres absurdités? Il suffit de n'être pas tout-à-fait aveugle pour voir que, si une telle maxime avait toujours prévalu, le monde serait toujours resté païen ; que Jésus-Christ serait en pure perte descendu du ciel pour dissiper nos ténèbres; que ce serait en vain qu'il aurait envoyé ses apôtres annoncer au monde la bonne nouvelle. Il y a même plus : c'est que, si cette maxime avait prévalu dans les commencements du protestantisme, celui-ci n'aurait jamais pu s'étendre. D'où il est aisé de conclure que les protestants qui débitent de pareils principes se mettent en contradiction ouverte et flagrante avec eux-mêmes. Eh ! s'ils en étaient réellement persuadés, ils ne répandraient pas tant de Bibles altérées et tant de petits traités, pour surprendre les catholiques qui ne se tiennent pas sur leurs gardes, et qui ont des raisons tout autrement puissantes pour rester fermement attachés à la religion dans laquelle ils sont nés et ont été élevés, à cette doctrine, à cette foi, à cette Église, qui compte tant de siècles en sa faveur et qui remonte, sans interruption, jusqu'aux apôtres.
Une troisième maxime en vogue chez les protestants, à l'effet de ne pas perdre leurs adeptes, c'est que chacun peut se sauver dans sa religion; qu'après tout il suffit d'être chrétien, quelque forme de christianisme qu'on adopte ; que Dieu n'a pas attaché le salut éternel de l'àme à une forme déterminée, et autres semblables sornettes. Mais, pour peu qu'on ait de bon sens, on ne peut s'empêcher de voir tout de suite ici la frivolité de pareils ar-
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guments: car, nuire qu'ils tendraient à justifier la maxime du philosophisme ou de l'incrédulité, qui consiste dans le tolérantisme universel ou clans le latitudinarisme entendu de toutes les religions, ils ne s'aperçoivent pas qu'en les restreignant même aux seules religions qui se disent chrétiennes, ils consacreraient, comme possédant la vérité, toutes les sectes les plus opposées que le christianisme ait vues naître dans son sein ou qui pourraient y naître encore, et qui toutes s'en attribuent le nom et la profession. Si Dieu n'a attaché le salut éternel à aucune forme déterminée de christianisme, mais qu'il suffise d'en retenir vaguement le nom, quelle que soit la foi qu'on professe, il s'ensuivra que Dieu serait donc indifférent par rapport aux vérités qu'il nous a révélées, que chacun les admette comme il pourra lui convenir, en plus grand ou en moindre nombre, qu'on les nie en totalité ou en partie, qu'on les mette en pièces comme on le voudra, qu'on y mêle autant d'extravagances et de folies qu'il peut en venir à l'esprit du premier aventurier. On pourrait donc impunément adopter toutes les rêveries desgnostiques, toutes les impiétés des ariens, toutes les vaines prétentions des pélagiens. Et ainsi faudrait-il raisonner, non-seulement des sectes tenues pour hétérodoxes par le parti soi-disant orthodoxe du protestantisme, mais encore du socinianisme, du rationalisme, du mythisme, et d'autres semblables monstruosités qui ne laissent pas de se donner ellesmêmes pour des formes du christianisme. Les protestants rigides condamnent ces maximes, quand elles sortent de la bouche de leurs dissidents; pourquoi donc cherchent-ils à s'en prévaloir en les érigeant en autant t. m. 20
de principes, quand il s'agit du catholicisme, c'est-àdire quand il s'agit pour quelques-uns des leurs d'embrasser la religion catholique? Mais, ce qu'il y a de plus fort, si de telles maximes étaient fondées en vérité et que les protestants en fussent réellement convaincus, pourquoi se mettent-ils tant en peine de détacher les catholiques de leur croyance, de cette foi dans laquelle ils reconnaissent eux-mêmes que leurs ancêtres ont pu se sauver?
On doit porter le même jugement d'autres dictons de cette espèce qu'on fait courir parmi le peuple et que les protestants ont si souvent à la bouche, comme, par exemple, qu'il suffit de bien vivre pour se sauver, quelle que soit la foi qu'on professe; qu on doit garder la foi dans laquelle on est né; qu'on doit être fidèle à la foi de ses pères; qu'on doit demeurer ferme dans la foi de /' Église où l'on a été baptisé et élevé, et bien d'autres semblables défaites, comme si l'on ne pouvait pas en dire autant de toutes les sectes condamnées et réprouvées par les protestants eux-mêmes, ainsi que je l'ai tout à l'heure observé. En un mot, il n'y a pas une seule de ces maximes, avec lesquelles les protestants s'efforcent d'arrêter les conversions à la religion catholique, qu'on ne puisse rétorquer avec la même force, ou plutôt avec beaucoup plus de force contre eux, et qu'ils ne condamnent eux-mêmes en toute autre circonstance.
Bien pires que les maximes sont les faussetés et les calomnies que plus d'un fanatique ne cesse de mettre en avant pour décréditer l'Église catholique , et empêcher ainsi la conversion des simples, qui ne peuvent
s'empêcher d'admirer la solidité , la beauté et tant d'autres qualités de cette Église, qui leur inspirent du penchant pour elle (1). J'ai dit plus d'un fanatique; car il faut avouer, pour l'amour de la vérité, que les protestants graves et instruits dédaignent aujourd'hui de recourir à ces mensonges, et il faut avouer aussi que beaucoup de ces vieux préjugés se dissipent peu à peu parmi le peuple même. Mais il est vrai en même temps qu'il y a toujours des hommes de mauvaise volonté, et ce sont les plus actifs et les plus entreprenants, et dont l'influence s'étend le plus sur les masses, qui n'ont pas honte de répandre dans le peuple ces sortes d'accusations. Il serait trop long de les rapporter toutes ici ; cela serait même impossible, tant elles sont multipliées. Je me bornerai donc à en produire quelques exemples qui serviront à juger des autres.
Ces hommes font entendre aux ignorants que la religion catholique est la pire de toutes les religions,
(1) Citons à ce propos l'aveu remarquable d'un protestant sincèfe, consigné dans l'Indicateur littéraire de Tholuck, 1843, n° 5, sur les différences des procédés des catholiques et des protestants : " Le caractère pratique des livres de dévotion et d'instructions catholiques est quelque chose de vraiment beau et respectable, que nous devrions imiter. Ainsi, par exemple, en laissant de côté les ouvrages polémiques d'une certaine partie de la presse actuelle, nous n'avons pas rencontré un seul catéchisme catholique, quoi que puissent dire les ignorants, où il soit fait mention des autres communions ou de questions controversées. Au contraire, il est impossible de tomber sur deux pages de nos meilleurs catéchismes sans y trouver quelque sortie contre l'indignité de l'Eglise romaine, contre ses doctrines tout humaines, sur les ténèbres épaisses du papisme, etc. •
puisqu'on y adore le pape comme Dieu, qu'on y adore de même comme Dieu la vierge Marie, qu'on y adore les statues et les images, comme les païens le faisaient autrefois de leurs idoles (1). Les catholiques substituent les saints à l'unique médiateur Jésus- Christ; ils vendent les indulgences et le pardon des péchés ; ils tiennent qu'il est permis de se parjurer et de ne pas garder la foi jurée aux hérétiques ; que c'est une action méritoire de les empoisonner ou de les tuer quand on peut le faire impunément ; que tous les hérétiques, sans distinction, sont damnés. Ils cachent pour raison la Bible aux fidèles, de crainte que ceux-ci ne viennent à découvrir les superstitions, les corruptions, les erreurs du papisme. Les prêtres ont inventé la messe et la confession pour gagner de l'argent (2) ; ils mettent la messe à la place du sacrifice que Jésus- Christ a fait de lui-même sur la croix ; ils ne placent pas leur confiance dans les mérites du Sauveur, mais uniquement dans leurs bonnes œuvres. Le pape est l'antechrist, et Rome la Babylonede l'Apocalypse. Ces sottises et cent autres semblables sont mises en circulation dans beaucoup de pays protestants parmi le peuple simple et ignorant, qui s'en repaît, comme ferait un enfant, avec une avidité sans pareille et sans
(1) Nous avons rapporté un peu plus haut les expressions virulentes de quelques protestants anglicans, qui déclarent le catholicisme pire que le paganisme, qui soutiennent que l'idolâtrie règne dans l'Eglise catholique avec plus d'empire que jamais elle n'a régné sous les Césars, etc.
(2) De là cet impertinent et outrageux surnom de Buttega (boutique) donné par quelques mauvais sujets à l'Eglise catholique dans une partie de l'Italie, expression citée flans Botta.
suspecter de fausseté même un instant d'aussi ridicules imputations (1).
Qui dira maintenant que ces fanatiques propagateurs de telles impiétés, mises à la charge de près de deux cents millions d'individus disséminés sur toute la terre, de tant d'hommes renommés pour la science et la piété , et dont ils voudraient faire apparemment tout autant d'imbéciles , aient tant soit peu, je ne dirai plus d'honnêteté naturelle, mais seulement de pudeur et de bon sens? Ils ont tellement pris à tâche de tenir le bandeau sur les yeux à une multitude esclave, qu'ils débitent tout cela avec une complète assurance comme autant d'articles de foi. Pendant qu'un si grand nombre d'entre eux nient les principaux mystères de la religion chrétienne, qu'ils méconnaissent la divinité de Jésus-Christ et végètent dans la plus profonde ignorance du christianisme, ils affectent de tenir pour des dogmes incontestables ces fables insipides. La note mise au bas de la page qui suit en fournira la preuve dans une de ces feuilles légères publiées par des ministres
[1] Voir la première des lettres de M. Brown au Dr Millier dans l'ouvrage de l'illustre prélat intitulé : End of religions contrever sy. Voir aussi l'opuscule intitulé : A protestant couvert ed to Catholicity bij lier Bible and prayer Look alone, c'est-à-dire : (ne protestante convertie au catholicisme uniquement par sa Bible et par son livre de prières, Londres, 1847, p. 2 et suiv., où madame Fanny-Maria Pitter, Ecossaise récemment convertie, expose l'horreur qu'elle avait conçue du catholicisme par suite de semblables imputations, lorsqu'elle était encore protestante. Voir enfin Newman, ouvr. cité : Lectures on the présent position of catholks in Eng/and, Londres, 1851, lect. iv, p. 22, où il fait observer fort à propos que le plus solide terrain du protestantisme, c'est le mensonge et la calomnie.
protestants, qui est tombée entre les mains de l'auteur pendant son séjour en Angleterre(l). Le lecteur y verra
(Il Voici textuellement cette pièce traduite en notre langue :