I. OBSTACLES OPPOSÉS PAR LES GOUVEKNEMENTS NON CATHOLIQUES
Observation de Léopokl Ranke sur les moyens que les gouvernements ont entre les mains pour favoriser un parti. — Application île cette observation au gouvernement de Prusse. — Système d'oppression organisé contre les catboliques. — Le même système mis en pratique dans le duché de Nassau, — dans l'Angleterre, — dans le nouveau royaume de Grèce, — dans la Russie. — Le même système, par suite des menées tics schismatiques, des anglicans et des autres protestants, introduit dans l'empire ottoman, — dans la Perse, — dans la Syrie, — dans l'Océanie, — dans les Indes. — Empêchements que forment les gouvernements schismatiques et protestants à ce que les enfants nés de parents catholiques soient élevés dans cette même religion. — Activité de leur part à favoriser à cet effet les mariages mixtes. — Les écoles protestantes. — Le service militaire.
Mettons d'abord en avant l'observation du protestant Ranke, bien instruit sur cette matière en particulier. « Un gouvernement, dit cet historien, possède mille moyens de favoriser une opinion qui l'accommode » (1).
|lj Histoire de la papauté dans /es xvr et \\w siècles, trad. de l'allemand. Paris, 1S38. t. IV, C. 1.
Or, c'est là précisément ce qui s'est pratiqué dans ceux de ces gouvernements qui repoussent la religion catholique, et ce qui se pratique encore aujourd'hui dans plusieurs d'entre eux. Commençons par l'Allemagne. Celle-ci, il est vrai, est bien changée maintenant par rapport à ce qu'elle a été, comme je le ferai voir plus loin : mais il n'y a guère d'années que, par une sorte d'instinct traditionnel, elle était encore le centre d'action du protestantisme. Ce centre était particulièrement fixé en Prusse, où sous le feu roi Guillaume III se trouvait organisée une administration politique qui, sans en venir à une persécution déclarée, qui toutefois n'a pas manqué non plus (comme le démontrent entre autres faits la mise en prison de l'archevêque de Cologne et celle de l'évêque de Posen) , avait recours à tous les détours possibles pour favoriser le protestantisme, et empêcher les conversions de protestants à la religion catholique. De là les emplois publics confiés presque sans exception aux protestants, quoique les catholiques fissent plus du tiers de la population totale du royaume et en remplissent les plus belles provinces (i). De là cet encouragement donné au rongisme par tous les moyens dans la Prusse, en même temps qu'on s'opposait aux progrès du ruppisme, ou de la secte nouvellement introduite par Rupp sous le nom d'Eglise libre évangélique.
Le président supérieur de la province de Prusse publia un arrêté par lequel il refusait de reconnaître cette
(1) A l'époque de 1840, il y avait en Prusse 9,084,431 tant luthériens que calvinistes, et 5.612,556 catholiques.
secte au nom ck1 l'Etat, attendu que sa profession de foi était insuffisante par rapport aux mystères de la Trinité et de la Rédemption. Mais ce n'était là qu'un prétexte, puisqu'il est notoire que le rationalisme et l'hégélianisme sont fort répandus dans l'Allemagne et particulièrement dans la Prusse. La véritable raison qui empêchait le gouvernement prussien d'accorder aux ruppistes la même liberté qu'aux rongistes, c'est qu'il pensait que le rongisme créerait des embarras à l'Église catholique, et qu'il voulait préserver d'embarras semblables l'Église évangélique qu'il avait luimême créée, et à laquelle il réservait toute sa prédilection. Mais il s'aperçut bientôt de son illusion, quand il vit que le rongisme était un ennemi beaucoup plus à craindre pour le protestantisme lui-même que pour le catholicisme, et qu'il lui fallut malgré lui pourvoir à la tranquillité publique en comprimant la secte rongiste, quoiqu'il fût déjà trop tard (1). De plus, comme si toutes ces menées du gouvernement prussien et des petits États qui l'entourent et en suivent l'impulsion, comme des satellites autour de leur planète, n'étaient pas encore assez d'obstacles opposés au progrès du catholicisme, on institua il y a peu d'années la Société de Gustave-Adolphe sous prétexte de soutenir le protestantisme ébranlé en Allemagne, mais dans la réalité pour opposer une digue aux progrès toujours croissants du catholicisme.
Une des pièces les plus admirables et les plus authentiques, qui nous met sous les yeux les efforts de
1 1 I nivers, 15 mars l>4(i.
toute espèce faits par le gouvernement prussien et les États environnants pour opprimer l'Église catholique sous prétexte de la protéger, c'est l'adresse suivante au Comité de la liberté religieuse de Paris, votée le 6 octobre 18/iS par V Association catholique allemande : « Les afflictions auxquelles a été soumise jusqu'ici l'Église catholique en Allemagne sont . sans doute, connues de la plupart d'entre vous. Mais vous ignorez toute la multiplicité des entraves qui pèsent sur elle depuis près de cinquante ans. Dans plusieurs contrées de notre patrie un système a été mis en œuvre, système vaste et habile, calculé avec art et pratiqué avec persévérance, qui, par des empêchements tantôt violents et tantôt gradués, par une hostilité ouverte ou déguisée, par un servage plus ou moins oppressif, a infligé à l'Église des blessures que la liberté seule peut guérir. L'influence usurpée des gouvernements, presque partout protestants, sur l'instruction et l'éducation du clergé ; l'exclusion persévérante dans beaucoup d'États de la surveillance et de la direction des évêques sur les établissements d'enseignement théologique, séminaires, etc. , ont eu pour effet de répandre çà et là un esprit contraire à l'esprit ecclésiastique, au sein même du clergé catholique. En même temps les libres relations des évêques avec le centre de l'unité catholique, comme avec leur clergé inférieur et les populations confiées à leur juridiction spirituelle, ont été partout entravées et neutralisées, et la réunion des synodes rendue presque impossible par l'obligation de les tenir en présence et sous la surveillance des fonctionnaires des gouvernements. En revanche, on voyait toutes les
aberrations du fanatisme hétérodoxe ou impie, nonseulement tolérées, mais souvent encouragées par les autorités supérieures, tandis que, sous les prétextes les plus pitoyables, on refusait opiniâtrement aux catholiques l'autorisation de publier des journaux destinés à repousser les nombreuses attaques et les noires calomnies dont leur Église était accablée » (1).
Dans le duché de Nassau, l'état des affaires n'était pas différent pour ce qui concernait la religion catholique. Voici ce qu'on écrivait de ce pays à la même époque : « Depuis que le nouvel état des choses en Allemagne a brisé le joug que les cabinets même catholiques faisaient peser sur elle, la presse orthodoxe a démasqué et mis au jour les sourdes menées du protestantisme pour ruiner et étouffer dans les cœurs la foi catholique. Le moyen le plus sûr pour arriver à ses fins, c'était de corrompre l'enseignement dans les deux degrés. Aussi ne manqua-t-il pas de confier la direction des écoles et des collèges à des instituteurs ou à des professeurs protestants. Si dans le nombre il se rencontra quelques catholiques de nom, c'est qu'on connaissait leur zèle et leur ardeur à défendre les principes du rationalisme. Les évoques avaient été privés du droit de veiller à l'enseignement religieux ; les curés ne pouvaient exercer leur influence morale que dans l'église; hors de là, leur autorité était méconnue. I n instituteur enseignait publiquement a ses élèves, que Y Oraison dominicale était une prière inutile cl surannée, incompatible avec les progrès et les lumières du siècle, bonne seulement
11) imi de la religion, 21 avril 1849.
pour les petits et les simples, et le prêtre n'avait aucun moyen d'action contre lui. De pareils enseignements, malheureusement trop communs, ne révèlent que trop clairement la mise en pratique des principes qu'ils avaient puisés à l'école normale, toujours dirigée par un protestant ou par un disciple de Hegel. Les progrès du mal sont tellement rapides, que les catholiques ne voient d'autre remède à y apporter que dans la création d'une école normale spéciale catholique. Ils ont déjà adressé de nombreuses pétitions au ministère, en demandant que l'instruction publique reçût une nouvelle organisation » (1). 11 en a été de même dans les autres pe'.its États d'Allemagne : partout le même système d'oppression sourde et cachée, pour empêcher dans ces contrées le développement et le progrès du catholicisme.
Tels sont aussi en Angleterre les procédés du gouvernement. Quoiqu'il dût sembler qu'à la suite de leur émancipation, obtenue en 1829, les catholiques jouiraient enfin des mêmes droits que les autres, sauf un petit nombre de places dont ils restent exclus par cet acte même, les événements ont prouvé qu'il en va tout autrement.
11 y a plusieurs années qu'on a renvoyé aux chambres le bill ayant pour objet l'abrogation légale des lois pénales dont reste souillé encore aujourd'hui le code d'Angleterre; mais ce bill a toujours été écarté et rejeté ; et non-seulement il en a été ainsi, mais de plus on a grossi le code d'un surcroît de lois pénales,
i Ittid.
dirigées contre les évêques catholiques qui prendraient le titre territorial de leurs propres diocèses.
Lorsque le ministère proposa pour un évêché anglican le Dr Hampden, homme diffamé pour ses opinions sociniennes, il s'éleva de concert comme un cri d'alarme de tous les points de l'Angleterre, et spécialement de la part de l'épiscopat anglican. Mais cette réclamation fut inutile. Le gouvernement s'en tint à cette nomination, et voici la raison qu'en donna lord John Russell : « Je suis prêt à subir les conséquences de ma conduite, parce que je crois que la nomination du Dr Hampden tendu fortifier le caractère protestant de notre E<jlise. si sérieusement menacée naguère par les nombreuses défections qui ont grossi les rangs de l'Eglise de Rome » (1). Et il fallut l'accepter, bien que ce fût, à dire vrai, pour le malheur de l'anglicanisme plus que pour celui de l'Église romaine.
Dans le nouveau royaume de Grèce, l'influence d<> l'empereur de Russie a fait adopter au congrès d'Athènes le principe de législation en vertu duquel la religion orthodoxe d'Orient en union avec le siège byzantin et toutes les autres Églises orientales est déclarée dominante, et le proschjtisme défendu sous de forte? peines aux catholiques; et cela dans l'acte même où le congrès proclame la tolérance. On a statué en même temps que le fils à naître d'Othon serait élevé dans la religion schismatique grecque, bien que le père fût catholique et la mère protestante (2).
i / nlvers, 19 octobre IS47.
(2) Ibid., 5 mars Jb44. Cette solennelle moquerie de Dieu el des hommes n'a pas eu d'effet, puisque les augustes époux n'ont pas
Il est inutile de dire avec quelle rigueur le gouvernement russe punit ce qu'il appelle le prosélytisme, c'est-à-dire la conversion des schismatiques à la foi catholique, et prend tellement à tâche d'empêcher le progrès du catholicisme, qu'il souffre plutôt que les sujets de l'empire professent l'Àlcoran et pratiquent l'idolâtrie, que de permettre leur conversion à la foi chrétienne en union avec l'Église de Rome (1). On connaît les lois pénales toujours en vigueur en Danemarck, en Suède, à Berne, contre quiconque aurait le courage de se déclarer catholique.
Cet esprit brutal d'hostilité contre la religion catholique, qu'on veut par tous moyens empêcher de s'étendre, n'agit pas seulement en Europe; mais il agit aussi et s'est souvent manifesté sur tous les autres points du globe où les gouvernements non catholiques peuvent exercer leur influence. Les Russes ont obtenu de la Porte Ottomane un firman qui interdit aux chrétiens de passer d'une communion à une autre; la même conces-
eu d'enfants. Ce seul fait de la diplomatie moderne t'ait bien voir en quel compte la religion est pour la politique.
(1) Voir Persécutions et souffrances de l'Eglise catholique en Russie, ouvrage appuyé de documents inédits, par un ancien conseiller d'Etat en Russie, in-8°, Paris, 1842.
Pour connaître l'esprit, toujours le même, qui anime les sectaires de toute dénomination, on peut consulter les journaux de ces derniers temps, qui attestent que, dans le grand-duché de Mecklembourg, depuis que les ministres de Prusse ont rétabli le système de persécution, qui avait été quelque temps suspendu, contre les catholiques, il s'en est trouvé qui ont protesté qu'on devait souffrir plutôt mille athées qu'un seul catholique dans le grand -duché. Voir La Civiltà cattolica, premier samedi d'octobre 1852.
,sion leur a été faite par le schah de Perse, et ils en ont obtenu de plus l'expulsion des missionnaires catholiques qui travaillaient à la conversion des nestoriens (1). Les anglicans ne sont pas restés non plus sous ce rapport en arrière des schismatiques russes. Ils se sont unis aux Turcs et aux Druses, peuples idolâtres, pour compromettre l'état des catholiques en Syrie, et puis promettre à ces derniers leur protection, s'ils voulaient se faire anglicans. Le soi-disant cvêque anglican de Jérusalem (Alexandre, maintenant décédé) se rendit dans ce but à Beyrout, sur l'invitation de M. Ros, consul d'Angleterre, ennemi déclaré des catholiques. A la suite d'un divan auquel les anglicans prirent part, un corps de six mille Albanais fut dirigé sur le mont Liban, c'est-à-dire contre les Maronites catholiques (3). Les anglicans ont donné l'essor, dans le Canada, à ce même esprit d'intolérance contre les catholiques, malgré les traités solennels stipulés avec la France (3). Les Annales de la propagation de la foi constatent en cent endroits les avanies, les persécutions de toute espèce, et souvent des plus atroces, que les anglicans, et surtout les méthodistes anglais, ont mises en œuvre dans l'Océanie et dans les îles Sandwich pour empêcher la propagation de notre sainte religion dans ces contrées : l'expulsion violente et le bannissement des missionnaires catholiques, les actes de cruauté les plus barbares commis pour faire passer ces malheureux néophytes au
il) Univers, 28 lévrier 1814.
|2) Ibid., 16 mars 1844.
(3) Joce delta verità, 20 giugno 1810.
culte anglican et protestant, ne peuvent se lire sans exciter dans Pâme un sentiment d'horreur (1).
Et tout cela s'est pratiqué pour empêcher en tout lieu aussi bien les protestants et les schismatiques que les infidèles et les idolâtres d'embrasser la foi catholique. Et comme si ces moyens étaient encore insuffisants,
(1) Voir la VIIe des Conférences du cardinal WïSEMAN sur les doctrines et les pratiques de l'Eglise catholique. L'émincnt cardinal nous y donne en même temps le tableau dos persécutions et des cruautés exercées pendant cent cinquante ans par les Hollandais contre les catholiques de l'île de Ceylan. Pour détruire le catholicisme dans cette île, ils y firent venir dix prêtres bouddhistes, qui travaillèrent à y rétablir l'idolâtrie qui en était presque entièrement disparue. Ils proscrivirent 'évoque et les prêtres catholiques; ils firent subir aux fidèles les tourments les plus barbares pour les rendre protestants. Et pourtar ils ne purent y parvenir. La même conférence mentionne la violente persécution exercée contre les catholiques des îles de la mer du Sud par les missionnaires américains protestants. Pour les faire apostasier, non-seulement ils leur enlevèrent leurs guides spirituels, mais de plus ils firent subir de cruelles tortures à ces infortunés, les condamnèrent aux travaux forcés en séparant les femmes de leurs maris, et en mirent même cruellement à mort quelques-uns; mais ce moyen ne réussit pas mieux que les autres. Voilà, je le répète, l'esprit de l'hérésie, toujours semblable à elle-même.
Mais ce qui fait voir plus que le reste l'esprit de persécution dont les protestants sont animés, c'est ce qu'on lit dans l'ouvrage de Rupp intitulé : An original history of the religions dénominations in the United States, art. Catholic Roman : « que les catholiques, ayant les premiers occupé le Maryland et les autres pays circonvoisins, promulguèrent la loi de liberté de conscience pour tout le monde; qu'en conséquence, pour jouir de cette liberté; beaucoup de protestants persécutés pour leurs opinions religieuses par les protestants eux-mêmes, mais de sectes différentes, se réfugièrent chez les catholiques du Maryland ; mais qu'à la fin s'étant aperçus que, par leurs sectes réunies, ils surpassaient en nombre les catholiques, ils se mirent à les persécuter en leur étant en retour la liberté de conscience, et cherchant à les exterminer s'il leur eût été possible. » Que dire de l'esprit du protestantisme?
on a cherché de plus à mettre obstacle à ce que les enfants même nés de parente catholiques fussent éli dans la religion de leurs pères. C'est là ce qu'on a fait, et ce qu'on fait encore dans une grande partie de l'Allemagne et dans l'empire russe, au moyen d'une dure et cruelle législation d'une part, et d'une incroyable activité de l'autre. On a premièrement statué par une loi que tous les enfants mâles issus d'un mariage mixte seraient élevés dans la religion du père si celui-ci était protestant, ou que, si la mère était catholique, il n'y aurait que les filles à être élevées dans la religion de leur mère. Mais cette loi même paraissant trop modérée, d'autres lois sont survenues pour prescrire d'élever dans la religion du père tous les enfants indistinctement; puis, comme il pouvait arriver que le père fût catholique, on a fini par ordonner que tous les enfants sans distinction seraient élevés dans la religion dominante, ce qui voulait dire dans la religion schismatique ou protestante (1). Et ce n'est pas
1 On peut voir les documents authentiques de ces lois émanées de Russie, de Prusse et des divers Etats de l'Allemagne, comme des duchés de Nassau, de Meckleml.ourg, deDarmstadt, etc., dans les Prselectiones t/ieologicx de l'auteur de cet ouvrage, h l'article des mariages mixtes, et plus en détail encore dans fiOBBOVAHl . De iiw.trim. mixtis, en 2 gros vol.; Qitinque Ecclesiis, 1842. — Que n'aurions-nous pas à dire de plus aujourd'hui de la persécution allumée en ce moment même dans le grand-duché de Bade et les Etats voisins contre Mgr Hermann de Vicaey, archevêque de Fribourg, ses suffragants et tout leur clergé ! Mais au&si comment nous taire sur le magnifique spectacle que présentent d'un coté l'héroïque constance de ces nobles confesseurs de la toi, de l'autre uiaudissemonls qu'Us reçoivent de toutes les parties de l'univers catho1 Addition du traducteur.)
seulement en Allemagne et en Russie qu'on a commis cette intolérance; mais le gouvernement de Danemarck a de même décrété par une loi formelle que tous les enfants, d'un sexe comme de l'autre, seraient élevés dans la religion luthérienne, et les pasteurs de cette secte n'y négligent rien pour que la loi soit pleinement et ponctuellement observée (1). Telle est la législation qui a occasionné les querelles élevées entre le Saint- Siège, la Prusse et la Russie, et dont la suite a été de voir les prélats catholiques de ces contrées en butte à des persécutions si dures et si atroces, qu'elles ont excité l'indignation universelle, et rendu nécessaires les réclamations solennelles du siège de Rome (2). Mais en même temps que ces gouvernements portaient de telles lois, ils favorisaient de tout leur pouvoir et par tous les moyens les mariages mixtes de protestants avec les catholiques, c'est-à-dire, comme ils font semblant de le croire, avec des idolâtres, pour diminuer ainsi de plus en plus le nombre de catholiques et finir par les
(1) Voir VUnivers, 21 juillet 1844.
Voir YEsposizione di fatto documentata su quanto ha precedt'to e seguito la deportazione di monsignor Droste, arcivescovodi Co/onia, emanata dalla segretaria di siato, il 4 marzo 1838, ou Exposition appuyée de documents de tout ce qui a précédé et suivi la déportation de Mgr Droste Wischering, archevêque de Cologne, publiée par la secrétairerie d'Etat du Saint- Siège, le 4 mars 1838.
Presque à la même époque, la secrétairerie d'Etat a publié sur les affaires de Russie concernant la religion l'allocution de Sa Sainteté Grégoire XVI prononcée au consistoire secret du 22 juillet 1842, suivie d'une exposition appuyée de pièces justificatives des continuels efforts faits par le Saint-Siège pour réparer les maux si graves dont est affligée la religion catholique dans les Etats de Russie et de Pologne, Rome. 1842.
faire disparaître. Quïl nous suffise de dire eu preuve de notre assertion que, dans le seul royaume de Prusse, même depuis que les différends ont été apaisés, il a été célébré en 1840 deux mille cinq cent cinquante-neuf mariages de luthériens avec des femmes catholiques, et deux mille neuf cent quatre-vingt-six de catholiques avec des luthériennes, c'est-à-dire en totalité cinq mille cinq cent quarante-cinq (1); et il en a été de même à proportion en Russie, dans les États d'Allemagne et dans les villes anséatiques. Que cela ensuite se fasse uniquement pour nuire au catholicisme, la preuve en est dans ce qui se pratique à Hambourg, où il se fait souvent des mariages mixtes entre individus luthériens et juifs. Dans ce cas tous les enfants sont élevés dans la religion juive ; mais on ne veut ni on ne peut obtenir que la même condition ait lieu dans les mariages entre individus catholiques et luthériens (2). Et, comme si tout cela n'était pas encore assez, on a statué par une loi dans plusieurs principautés d'Allemagne, et entre autres dans le duché de Nassau, que si le père était non catholique et la mère catholique, tous les enfants seraient baptisés par le ministre protestant, et élevés en conséquence dans la même communion, et que les enfants n'auraient pas la liberté d'opter pour la religion de leur mère avant l'âge de quatorze ans. c'est-à-
(1) Voir 17 'mon catholique, Ier janvier 1842, extrait de la Gazette d'Etat de Berlin. Ne perdons pas de vue que ces mêmes protestants affectent détenir les catholiques pour des idolâtres. Et malgré cela, ils font tout ce qui est en eux pour procurer ces sortes de mariages, des mariages d'évangéliques purs arec des idolâtrt s. Ainsi toujours l'iniquité se vient à elle-même. 2 l nivers, 30 octobre 18 15.
dire qu'ils ne pourraient le faire qu'après avoir été imbus bel et bien par le maître d'école des principes de la doctrine luthérienne, en même temps que de préjugés contre la religion catholique. Aussi, sur tant de jeunes gens, à peine en voit-on un seul professer la religion de sa mère. Outre cela, dans les pays où le protestantisme est le plus fort, les parents catholiques sont forcés d'envoyer leurs enfants au maître d'école protestant, parce qu'on n'en souffre pas d'autres pour l'instruction publique, et toujours par le même motif. De plus, aux militaires protestants on donne des ministres de leur secte ; mais non-seulement on ne donne pas aux militaires catholiques le même moyen d'assister aux offices et aux prédications catholiques, on les force encore à se trouver au service religieux et au prêche des protestants. Et c'est ainsi qu'on a mis en usage toutes les mesures et tous les moyens les plus iniques, hélas ! et les plus efficaces, je ne dirai pas seulement pour empêcher que personne se fasse catholique, ce qui serait trop peu, mais en outre pour pousser de toutes manières les populations à devenir, en peu d'années, de catholiques qu'elles auraient été, schismatiques ou protestantes. Sous ce nouveau rapport, nous pourrions définir le protestantisme : la persécution permanente et légale du catholicisme de la part des soi-disant par tisans du libre examen.
C'est assez parlé, ce nous semble, des obstacles mis par les gouvernements non catholiques aux progrès du catholicisme, et des moyens mis en œuvre pour l'éteindre dans les pays respectivement soumis à ces gouvernements.