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catholiques (1), il suit de là que plus du tiers de la population des trois royaumes-unis, dont la totalité est de '21 millions, est catholique ; et cette proportion augmente toujours en dépit des vexations que les catholiques y ont à endurer. C'est également un fait admis, que la communion catholique y surpasse en nombre toute autre communion prise à part.
Dans la Hollande, les catholiques en 1849, d'après une relation récemment apportée de ce pays, étaient au nombre de 1,164,142, sur une population totale de 3,056,067, y compris les juifs qui y sont fort nombreux, puisqu'on y en compte 55,333. D'où il résulte que les catholiques y constituent les deux cinquièmes de la population. Ils y ont des évêques, des vicaires apostoliques avec 896 paroisses et 1,519 ministres du culte, des séminaires, des collèges, des établissements pieux qui s'y multiplient tous les jours (2). De plus, comme je viens de l'insinuer, l'état précaire où s'y trouvait la religion catholique a cessé en partie par le rétablissement de la hiérarchie catholique dans ce royaume. Uuoique ce changement ne se soit fait que conformément à la constitution, qui assure les mêmes droits aux
(1) On a trouvé dans le dernier recensement de 1851 que la population d'Irlande avait diminué d'un million par le doublle eiM de la famine, qui avait fait mourir de foun plusieurs centaines de milliers de pauvres, et forcé plusieurs autres centaines de milliers à émigrer en Amérique, ou en Australie ou ailleurs- Ainsi se dispersent en tous lieux les pauvres Irlandais, emportant avec eux la pureté de leur foi.
(2) On peut en voir les détails dans la relation citée tout à l'heure, qui a été reproduite dans la Cirifla cattolica, 48e numéro. ;}e année, 3e samedi de mars.
catholiques qu'aux protestants, on ne saurait croire le soulèvement que les diverses sectes anti- catholiques ont excité à cette occasion. Ce n'en est pas moins, comme on dit aujourd'hui, un fait accompli, et il n'est plus au pouvoir des hommes de le détruire. Ii y a donc maintenant dans ces contrées un archevêque avec quatre évêques suffragants, auxquels il est probable qu'on en adjoindra bientôt un cinquième. Comme les protestants sont divisés et subdivisés en une multitude de communions différentes, il résulte encore de là que les catholiques y sont fort supérieurs en nombre à toute autre communion prise à part, quelque résistance que leur opposent les protestants ligués tous ensemble contre eux seuls.
Il est démontré par les registres officiels de 1847 que, dans les provinces de l'empire d'Autriche où les cultes sont mélangés, le nombre des abjurations devient de jour en jour plus considérable, et que les catholiques faibles qui passent au protestantisme ne sont, par rapport à ceux qui reviennent du protestantisme au catholicisme, que dans la proportion d'un à cent. Mais la différence est encore bien plus sensible en Hongrie, où chaque année, depuis un temps considérable, sur 30 ou 40 mauvais catholiques qui abandonnent la foi de leurs ancêtres, 500 ou 600 fervents fidèles passent des diverses sectes à l'unité catholique. Les protestants, quoique provoqués plus d'une fois publiquement à démentir ce fait, ont gardé là-dessus un profonde silence (1).
(1) Voir Universalis amicus religionis et Ecclesise, et le Correspondant ecclésiastique, publié par M. Benckert de Wurtzbour#, 27 février 1834, p. 11 et suiv.
J'ai dit quelques mauvais catholiques, car la plupart de ces apostats sont déterminés à prendre ce parti ou par quelque motif de vengeance personnelle, ou par quelque affaire de mariage; ou bien ce sont des prêtres et des religieux libertins qui veulent faire leurs victimes de quelques personnes du sexe. Pour revenir aux conversions qui deviennent si nombreuses en Hongrie, en 1852 les habitants de Gross-Tikvon et de Kakowa, communes du comitat de Krassova, et formant une population de plus de 6,000 âmes, ont en même temps et de commun accord abandonné le schisme grec pour rentrer dans la communion de Rome. La Gazette ecclésiastique de Vienne, reproduite par Y Univers, affirme que le mouvement religieux dans ce comitat dont nous venons de parler est extraordinaire, et que des communes entières y ont abandonné la religion schismatique grecque pour se réconcilier à l'Église unie (1).
La situation n'est pas différente en Moldavie et en Valachie, où le schisme photien devient de plus en plus odieux (2). Et il en est de même partout ailleurs, sans excepter les royaumes mêmes où pèse toujours une dure intolérance, comme dans les pays glacés de la Suède, du Danemarck et de la Norwége. Dans la Suède, la persécution barbare excitée contre le peintre Nilson, dont nous avons parlé plus haut, a inspiré particulièrement aux classes supérieures une vraie sympathie pour le catholicisme. Dans la Nonvége, quoique ce royaume soit annexé à la Suède, comme il a cependant sa con-
(1) Voir la Civil ta cattoliea,n<> XLIX, et l'Univers, 28 juin 1853.
(2) Voir Y. /mi de la religion, 18 janvier 1849.
stitution à part, on y a proclamé, en 1846, la liberté de conscience. Or, voici les fruits abondants qu'on n'a pas tardé à recueillir de cette liberté. Au lieu qu'avant que cette loi eût été adoptée, il y avait à Christiania tout au plus 12 familles catholiques que dirigeait un aumônier avec mille difficultés à vaincre, deux années s'étaient à peine écoulées, que l'Église catholique y comptait déjà 700 paroissiens, et ce nombre a depuis augmenté tous les jours (1).
Nous n'en dirons pas davantage sur ce sujet. Nous n'avons fait, comme chacun le voit, qu'effleurer çà et là ce qui concerne les progrès du catholicisme ; car d'en traiter à fond, ce serait la matière de plusieurs volumes. Mais pour donner, avant de conclure, une preuve collective de ce développement matériel, il nous suffira de rappeler que M. Ozanam, s' appuyant sur les calculs de Malte-Brun, auteur protestant, a fait voir dès \ 830 que l'accroissement du nombre des catholiques, comparativement à l'époque de Luther, malgré les pertes que l'Église a essuyées, était de 35 millions (2). Macaulay affirme que le nombre actuel des catholiques n'est pas moindre que de 1 50 millions. Mgr Rosati atteste et prouve à l'aide des chiffres que ce nombre est parvenu à 160 millions ; d'autres le font monter à 200 millions. Balbi, dans les premières éditions de sa Géographie, n'évaluait le nombre des catholiques qu'à 130 millions; mais le fameux Weimar Almanac (almanach de Weimar) de 1836, bien
(1) Voir l'Ami de la religion, 18 novembre 1848.
(2) Univers, 10 mars 1842.
que compilé par des protestants, élevait ce nombre à 121,743,000 seulement pour l'Europe, tout en Raccordant avec Balbi quant au chiffre total de la population de cette partie du monde. Contentons-nous au reste d'un nombre approximatif, d'autant mieux qu'on est loin d'être d'accord sur la population totale du globe, qui, selon Balbi, est de 737 millions; selon Malte-Brun, de 623 millions ; selon d'autres de 900 millions et même plus : quantité moyenne, la population du globe peut être fixée à 800 millions.
Mais pour voir comme d'un coup d'oeil la grandeur et la majesté de l'Église catholique, contemplons en particulier sa hiérarchie éparse sur tous les points de l'univers connu, et formant néanmoins un tout compacte dans la plus étroite unité, ou un même corps régi et gouverné par un seul chef visible qui est le souverain pontife. Voici le résumé de la statistique publiée à Rome au commencement de l'année 1851 : 67 cardinaux; 23 patriarches ; 1kl archevêques; 899 évoques titulaires; Zi61 archevêques et évêques in parlions; 100 vicaires apostoliques, et autant de préfets apostoliques et de délégués revêtus de la juridiction des ordinaires (1). Or, loin de décroître, ces nombres se sont augmentés depuis ces trois années. Jamais dans les temps passés l'Église ne s'était élevée à cette grandeur, ni à un état si florissant. Et quelle autre communion peut offrir un tableau aussi imposant, ou qui approche
(1) Outre la notice déjà citée de Mgr Rosati, on fera bien de consulter l'ouvrage du chevalier Jérôme Pétri publié à Rome en 1851 sous le titre : La gerarchia délia Santa Chiesa Cattolica ipostolica Romana al 1° Gennaro 1851.
seulement de celui que nous venons de mettre sous les yeux? Admirable société, devant laquelle toutes les autres se voient réduites à des proportions microscopiques; ouvrage vraiment divin, dont tout conspire pour favoriser les accroissements, et la paix et la guerre, et les persécutions et les révolutions politiques : elle vogue sur tout cela, comme l'arche sur les eaux du déluge.
§ III, — AVEUX DES PROTESTANTS SUR LA VITALITE ET L'ÉTAT DE PROGRÈS DU CATHOLICISME.
Aveux d'un journal protestant à l'occasion des conciles catholiques et des conciles protestants en Allemagne. — Revue faite par un autre journal protestant des progrès du catholicisme dans le monde entier. — Aveux remarquables de Macaulay sur le catholicisme comparé aux institutions humaines; — sur la vraie réforme opérée dans le sein du catholicisme ; — sur la papauté romaine ; — sur les victoires du catholicisme et les pertes du protestantisme. — Témoignage de Ranke. — Conclusion.
Les protestants, dans la conscience qu'ils ont des incohérences et des contradictions de leurs symboliques, et de la guerre intestine qui les dévore sans relâche et sans qu'ils puissent y apporter remède, regardent d'un œil d'envie l'unité et la force de l'Église catholique, que rien ne trouble, pas même les tempêtes qui grondent et la menacent. Voici ce qu'a écrit à ce sujet un auteur protestant : « Presque dans le même temps s'assemblaient à Wittemberg des hommes appartenant à plusieurs fractions de l'Église évangélique, et à Leipsick les zélateurs du luthéranisme rigide, tandis que les princes de l'Église catholique étaient réunis à Wurtzbourg. C'étaient les signes menaçants du temps qui
avaient provoqué ces différentes réunions. Ceux qui délibérèrent dans la ville de Luther avaient conçu le projet d'une confédération de toutes les communautés évangéliques, sans unité dogmatique, mais uniquement dans un intérêt commun. Ceux de Leipsick s'occupaient avant toute autre chose du maintien delà doctrine rigide luthérienne; mais ce n'est que dans les murs de l'antique cité que baigne le Mayne qu'on entendait prononcer et lier en un faisceau les convictions réunies de l'Église catholique. Les évêques réunis ont déposé dans un acte public les principes qui, dans ces temps de troubles et de discordes, serviraient à diriger leurs mesures. 0 position digne d'envie de l'Eglise catholique! Attaquée de tous côtés, menacée d'apostasies en masse, pressurée par l'incrédulité et par la frivolité de notre époque, qui la rongent au cœur, et dans le moment où son chef est assiégé et tenu captif par des bandes associées à tous ceux qui élèvent leurs mains contre l'édifice de l'Église, ses représentants tiennent le même langage que celui que nous retrouvons à toutes les pages de son histoire; la barque de Pierre, quelle que soit la tempête qui l'agite, a la promesse d'arriver au port ; toujours elle porte César et sa fortune. » Après avoir prodigué encore d'autres éloges à l'attitude prise en Allemagne, en France, en Angleterre par l'Église catholique, l'article conclut qu'en face de cette Église romaine si étroitement unie, si puissamment coordonnée, l'assemblée de Wittemberg a dû comprendre la nécessité de se constituer en une confédération défensive. « C'est avec une haute sagesse, dit l'article en terminant, qu'elle a distingué avec soin entre union et
confédération, en écartant l'idée de la première, et laissant à chaque Église particulière le droit et la charge de déterminer sa propre confession, et de pourvoir à ses développements. » Et c'est bien là assurément ce que ces honnêtes gens pouvaient faire de mieux; car de vouloir arrêter une profession de foi commune à toutes les Églises protestantes, ce serait la même chose que de verser de l'eau dans le tonneau percé des Danaïdes (1).
Le journal du Peuple de Hall a donné aussi son aperçu sur les progrès du catholicisme. « L'opinion publique en Allemagne, est-il dit dans ce journal, n'a su se rendre compte du nouveau développement du catholicisme que depuis l'arrestation de l'archevêque de Cologne. Des protestants sensés, le roi de Prusse actuel en tête , ont bien vite prévu l'issue de cet acte ; car toute Église reposant sur la vérité chrétienne possède des armes contre lesquelles s'émoussent et s'émousseront toujours celles de la gendarmerie. Quelques années après de faux prophètes se sont écriés : « Il faut que Rome tombe. » Dès lors, Rome a pris un puissant et nouvel essor. Et quand est venue l'année 1848, avec
(1) Voir la Gazette universelle d'Jugsbourg, janvier 1849. L'année dernière encore, 1853, au mois de mai, les protestants ont tenu un synode à Berlin sous le nom de conférences pastorales. Ce synode n'a été qu'une suite de contestations entre les membres qui en faisaient partie. Ils ne purent s'accorder sur rien, et l'issue nous en est indiquée dans les feuilles protestantes par ces mots de condoléance : « Les conférences de Berlin n'ont pas présenté un aspect bien consolant! » Voir V Univers, 20 et 22 juin 1853. C'est toujours le même phénomène : la mort ne peut produire la vie.
toute les puissances des ténèbres , quand Rome a paru s'écrouler, nous avons vu que Rome pouvait exister même en dehors de Rome. Sur le Vatican flottait le drapeau rouge, le pape prenait la fuite; mais l'Eglise romaine n'en déployait pas moins une activité surprenante. Etant un pouvoir un en soi, qui saie ce qu'il veut, — la monarchie devrait bien lui demander ce secret, — l'Église romaine fait les plus grandes conquêtes précisément dans les temps de désolation universelle ; elle sait tirer parti de toutes les vicissitudes. Sur le vertige de l'unité allemande, elle bâtit le dôme de Cologne. Dans les assemblées constituantes et éphémères, elle seule, d'une main sûre, saisit le bien réel, la liberté de l'enseignement. Ses missions parcourent tous les pays. De toutes les folles associations du délire révolutionnaire, il ne reste que le ralliement de l'épiscopat allemand appuyé sur les réunions catholiques. Un nouveau royaume surgit pour l'Église catholique dans la vieille Angleterre, au milieu de mille avortements. Sur les ruines de la France, elle plante sa bannière protectrice. Les aberrations constitutionnelles, dans le Mecklembourg. vieux pays luthérien, font renaître le catholicisme. Avec la réaction en Autriche, il prend un nouvel accroissement, et, comme en France, lui seul sait sauver sa liberté au milieu des menottes universelles. Dans son centre, siégeant sur un volcan et ne se soutenant que sur l'appui de l'étranger, il offre son secours à de puissants royaumes. En Angleterre, où l'Eglise catholique est seulement tolérée, elle parait soudain en maîtresse. Plus on l'opprime, plus on la maltraite, plus elle remporte de victoires. Elle ne de-
mande qu'égalité de liberté pour emporter tout-à-fait la palme. On la prive dans tous les pays catholiques de ses biens et de sa puissance temporels ; elle gagne le double par sa pauvreté même, et rien ne paraît la servir mieux que cette sécularisation, passée à l'état de fait accompli partout, excepté en Italie. On la réduit au plus complet dénûment, et elle ne manque ni d'argent pour donner la vie à de nouvelles expéditions, ni de cœurs et de mains qui travaillent dans les privations. Tantôt elle aspire à retourner vers les jours du moyen âge, tantôt elle suit les progrès du temps. Pendant que dans ses ordres de moines usés elle rétablit les vieux règlements d'énergie et de tenue sévère, — et, à en croire des nouvelles venant de Flandre et de Westphalie, la ferveur intérieure du vieux temps n'a pas tardé à se rallumer, — elle rentre résolument dans l'idée moderne des associations. Vers les Yankees, vers le frère Jonathan, s'avance hardiment le moine trappiste avec son unique Mémento mori, tandis que, dans les villages et les villes de Silésie, imitant les démocrates, l'Église placarde des affiches et soulève dans les réunions publiques, accessibles à tout le monde, toutes les questions brûlantes de l'époque, qu'elle résout sans hésitation. Elle est partout. Son archevêque de Paris tombe sur les barricades, en opposant aux balles sa parole de pasteur, et à peine les émeutiers sont-ils liés et garrottés, qu'elle s'offre pour les consoler et les suivre dans l'exil et dans le malheur. Pendant que chez nous s'élaborent mille projets de constitution d'Église, et que chacun d'eux, à peine né, expire sous les protestations de gauche et des centres, l'Eglise romaine, d'une main
sûre et sans un mot, fait sortir du vieux trésor de ses traditions les conciles provinciaux et les synodes diocésains. Tandis que chez nous on discute des années et sans aucun résultat, sur les rapports de la liberté de réunion et du devoir d'obéissance cléricale, l'Eglise romaine, sans controverse ni discussion, couvre de réunions libres tous les pays de l'Europe : sociétés de Saint- Vincent pour les hommes, et de Sainte-Hedwige pour les femmes ; sociétés de Saint- François-Régis pour légitimer des mariages sauvages (marier des concubinaires) , de Marie-Herz pour la conversion des impénitents ; de Saint-François-Xavier pour des missions chez les païens, de Saint-Boniface pour l'Église allemande, en opposition aux sociétés de Gustave-Adolphe; enfin, sociétés de Pie IX, dont les réunions se tiennent partout en Allemagne. La France abonde de frères et de sœurs enseignants. Les écoles de l'État se vident, les écoles catholiques s'emplissent, absolument comme la faculté catholique improvisée à Mayence a. laissé les professeurs de l'université de Gnesen prêchant devant des banquettes et des encriers. En Belgique, la liberté de l'enseignement a tellement augmenté l'influence des catholiques, que les libéraux, se croyant perdus, ont décrété, grâce à la majorité, l'enseignement forcé par l'État. En Hanovre, un second évêché est accordé au* catholiques. Il y en aura bientôt un à Hambourg. Un évêché surgit dans l'Amérique du Nord, au milieu de l'éparpillemcnt des sectes sans nombre. En Angleterre, l'Eglise romaine établit sa hiérarchie à la barbe de l'Etat. Ni les démonstrations bruyantes du peuple, ni les décrets du parlement ne la font reculer d'un pas.
— ASi —
Une église s'élève après une autre, un couvent après un autre ; tous se peuplent des savants élèves de l'université d'Oxford. Dans le cœur de Londres se bâtit une cathédrale archiépiscopale, et à Berlin l'hôpital catholique rivalise avec succès en faveur de toutes les confessions avec la Béthanie royale. Aux séries brillantes de ses convertis de l'Allemagne du Nord, le comte Frédéric-Léopold de Stolberg en tête, elle en ajoute un grand nombre dans le Mecklembourg. Un jeune gentilhomme, des plus distingués de ce pays, vient d'entrer dans l'ordre des jésuites, en lui léguant toute sa fortune, Dans tous les pays elle gagne, on ne sait comment, les talents les plus vigoureux et les mieux doués » (1).
Nous n'aurions pas osé en dire nous-même autant sur le progrès, sur l'activité et sur l'état vital du catholicisme actuel dans le monde entier, que n'en ont écrit, comme on vient de le voir, ces journalistes protestants. Donnons maintenant le tableau du catholicisme tel qu'il nous est décrit par Macaulay, un des plus habiles écrivains du jour dont se glorifie l'Angleterre.
Le protestant écossais Macaulay, tout ennemi qu'il est du catholicisme, comme en fait foi Y Histoire d'Angleterre qu'il a publiée (2), s'exprime à son sujet de manière à en donner l'idée la plus grandiose. Rappor-
(1) Extrait de la Feuille du peuple de Halle sur le progrès du catholicisme, article rapporté en entier par la nouvelle Gazette de Prusse, et de là dans l'Univers du 4 mai 1852, comme aussi dans d'autres journaux de France.
(2) History of England from the accession of James tl, by Thomas Babington Macaulay, Londres, 1848 et ann. suiv.
tons-en ici la traduction faite de main de maître sur la Revue cT Edimbourg : « Il n'existe point, avoue cet écrivain, il n'a jamais existé sur cette terre une œuvre de la politique humaine aussi digne d'examen et d'étude que l'Église catholique romaine. L'histoire de cette Église relie ensemble les deux grandes époques de la civilisation. Aucune autre institution encore debout ne reporte la pensée à ces temps où la fumée des sacrifices s'échappait du Panthéon pendant que les léopards et les tigres bondissaient dans l'amphithéâtre flavien. Les plus fières maisons royales ne datent que d'hier, comparées à cette succession des souverains pontifes, qui, par une série non interrompue, remonte du pape qui a sacré Napoléon dans le xixe siècle au pape qui sacra Pépin dans le vuie. Mais, bien au-delà de Pépin, l'auguste dynastie apostolique va se perdre dans la nuit des ères fabuleuses. La république de Venise, qui venait après la papauté en fait d'origine antique, était moderne comparativement. La république de Venise n'est plus, et la papauté subsiste. La papauté subsiste, non en état de décadence, non comme une ruine, mais pleine de vie et d'une jeunesse vigoureuse. L'Église catholique envoie jusqu'aux extrémités du monde des missionnaires aussi zélés que ceux qui débarquèrent dans le comté <le Kent avec Augustin, des missionnaires osant encore parler aux rois ennemis, avec la même assurance qui inspira le pape Léon en présence d'Attila. Le nombre de ses enfants est plus considérable que dans aucun des siècles antérieurs. Les acquisitions dans le Nouveau- Monde ont plus que compensé ce qu'elle a perdu dans l'Ancien. Sa suprématie spirituelle s'étend sur les vastes
contrées situées entre les plaines du Missouri et le cap Horn, contrées qui, avant un siècle, contiendront probablement une population égale à celle de l'Europe. Les membres de sa communion peuvent certainement s'évaluer à 150 millions, et il est facile de montrer que toutes les autres sectes réunies ne s'élèvent pas à 130 millions. Aucun signe n'indique que te terme de cette longue souveraineté soit proche. Elle a vu le commencement de tous les gouvernements et de tous les établissements ecclésiastiques qui existent aujourd'hui, et nous n'oserions pas dire qu'elle n'est pas destinée à en voir la fin. Elle était grande et respectée avant que les Saxons eussent mis le pied sur le sol de la Grande-Bretagne, avant que les Francs eussent passé le Rhin, quand l'éloquence grecque était florissante encore à Antioche, quand les idoles étaient adorées encore dans le temple de la Mecque. Elle peut donc être grande et respectée encore alors que quelque voyageur de la Nouvelle-Zélande s'arrêtera, au milieu d'une vaste solitude, contre une arche brisée du pont de Londres pour dessiner les ruines de Saint-Paul » (1) .
Ce passage de Macaulay, outre le témoignage qu'il renferme en faveur de l'antiquité, de l'immortalité, de l'étendue et de la grandeur de l'Église romaine, témoigne, ce qui va surtout à notre sujet, qu'elle est plus grande présentement que dans aucun des siècles antérieurs, plus étendue et plus nombreuse elle seule que toutes les sectes réunies ensemble.
(1) Edinburg Revievj, oct. 1840. Cet article a fait grand bruit, et a été reproduit daus plusieurs journaux et traduit en diverses langues.
Mais ce n'est pas tout; le même écrivain poursuit ainsi dans le même article : « Nous entendons souvent répéter que le monde va s'éclairant sans cesse et que le progrès des lumières doit être favorable au protestantisme, défavorable au catholicisme. Nous voudrions pouvoir le croire ; mais nous doutons beaucoup au contraire que ce soit là une attente bien fondée. Nous voyons que, depuis deux cent cinquante ans, l'esprit humain a été d'une activité extrême, qu'il a fait faire de grands pas à toutes les sciences naturelles, qu'il a produit d'innombrables inventions tendant à améliorer le bien-être de la vie; que la médecine, la chirurgie, la chimie, la mécanique, ont considérablement gagné ; que l'art du gouvernement, la politique et la légistation se sont perfectionnés, quoique à un moindre degré. Cependant nous voyons aussi que, pendant ces deux cent cinquante ans» le protestantisme n'a fait aucune conquête qui vaille la peine qu'on en parle. Bien plus, nous pensons que s'il y a quelque changement, ce changement a été en faveur de l'Église de Rome. Comment pourrions-nous donc espérer que l'extension des connaissances humaines sera nécessairement fatale à un système qui, pour ne rien dire de trop, a maintenu son terrain en dépit des immenses progrès que les sciences ont faits depuis le règne d'Elisabeth? » Ici, après avoir relevé la différence des sciences naturelles d'avec la théologie ou la religion révélée, qui n'est pas susceptible en elle-même, comme le sont ces sortes de sciences, d'être l'objet de progrès proprement dits, Macaulay en vient à exposer les progrès que fait le protestantisme au nord de l'Europe en conséquence du mouvement imprimé par Luther et ses
coopérateurs. Puis, passant à la réaction opérée par le catholicisme, il continue de cette manière :
« La grande irruption du protestantisme dans une partie de la chrétienté a eu pour effet de produire une explosion également violente du zèle catholique dans une autre partie. Deux réformes éclatèrent à la fois avec une énergie égale : réforme de doctrine dans le Nord, réforme de mœurs et de discipline au Midi. En une seule génération, tout l'esprit de l'Eglise de Rome se renouvela. Depuis le palais du Vatican jusqu'à l'ermitage le plus reculé des Apennins, cette grande rénovation religieuse se fit voir et sentir. Toutefois, les institutions fondées pour la propagation et la défense de la foi furent refondues et munies d'armes plus sûres. Partout, les anciennes communautés religieuses reçurent de nouvelles règles, et de nouvelles communautés furent créées. » Ici, notre écrivain dit en passant quelques mots des camaldules, des capucins, des barnabites, des somasques, des théatins, et s'étend davantage avec Ranke, dont l'histoire a servi de thème à son article entier, sur « le fameux Ignace de Loyola, qui prit, dans la grande réaction catholique, la même part que Luther avait prise dans le mouvement protestant.
« Mécontent du système des théatins, l'enthousiaste Espagnol ( saint Ignace) tourna les yeux vers Rome. Pauvre, obscur, sans patrons, sans recommandations, il entra dans la ville où maintenant deux temples magnifiques, enrichis de peintures et de marbres aux mille couleurs, rappellent les grands services qu'il rendit à l'Église ; où son image sculptée en argent massif, ses os enchâssés dans les pierreries, sont placés au-dessous
de l'autel de Dieu. Son activité et son zèle surmontèrent tous les obstacles. Sous sa règle, Tordre des jésuites commença a exister et s'éleva rapidement à la plénitude de son gigantesque pouvoir. Avec quelle véhémence, quelle adroite politique, quelle exacte discipline, quel courage intrépide, quelle abnégation d'eux-mêmes, quel oubli des liens les plus chers ; avec quel dévoûment opiniâtre; avec quelle unité de but, quelle versatilité et quelle souplesse, sans scrupule clans le choix des moyens , les jésuites combattirent pour l'Église ! On les retrouve dans chacune des pages des annales de l'Europe pendant plusieurs générations. La quintessence de l'esprit catholique s'était concentrée dans la compagnie de Jésus, et l'histoire de V ordre des jésuites est l'histoire même de la grande réaction catholique. Cet ordre possédait à la fois tous les moyens d'agir sur l'esprit public : la chaire, le confessionnal, la presse, les académies. Partout où les jésuites prêchaient, l'église se trouvait trop petite pour contenir les assistants. Le nom de jésuite, inscrit sur le titre d'un livre, en assurait la circulation. C'était dans l'oreille du jésuite que les puissants, les nobles, les beautés de la terre, confiaient la secrète histoire de leur vie. C'était aux pieds des jésuites que la jeunesse des hautes et des moyennes classes s'instruisait et s'élevait des premiers rudiments de l'enseignement jusqu'aux classes de rhétorique et de philosophie. La littérature, la science, auparavant associées à l'hérésie ou à l'incrédulité, devinrent alors les alliées de l'orthodoxie. Dominante au midi de l'Europe, la compagnie de Jésus en sortit pour chercher des conquêtes. En dépit de l'Océan et des déserts, de la peste et de la famine, des espions et, des lois pénales, des ca-
chots et des tortures, des gibets et des échafauds, on trouve des jésuites sous tous les déguisements, dans toutes les contrées, professeurs, médecins, marchands ou hommes de peine. On les retrouve à la cour ennemie de Suède, dans les vieux manoirs du Cheshire, dans les chaumières du Connaught, argumentant, instruisant, consolant, ravivant les cœurs de la jeunesse, animant, le courage des timides, offrant le crucifix aux yeux des mourants... »
M. Macaulay se console de ces aveux forcés par quelques déclamations banales, imitées de Ranke, le maître qu'il suit, contre la compagnie de Jésus ; puis il ajoute : «L'ancien monde ne suffisait pas à cette étrange activité : les jésuites envahirent tous les pays que les grandes découvertes maritimes du siècle précédent avaient ouverts aux entreprises des Européens. On les trouve dans les profondeurs des mines du Pérou, aux marchés où les caravanes trafiquaient des esclaves africains, sur les côtes des îles indiennes et dans les observatoires de la Chine. Ils firent des prosélytes dans les régions où ni l'avarice ni la curiosité n'avaient attiré aucun de leurs compatriotes ; ils prêchèrent et disputèrent dans des langues dont aucun autre habitant de l'Occident n'entendait un mot. L'esprit qui prédominait dans cet ordre animait alors tout le monde catholique. La cour de Rome elle-même était purifiée. Des hommes d'une tout autre espèce s'élevèrent alors à la direction des affaires ecclésiastiques, des hommes dont l'esprit ressemblait à celui de Dunstan et de Becket. Les pontifes romains offrirent dans leur personne toute l'austérité des premiers anachorètes de Syrie. Paul IV
porta sur le trône pontifical la même ferveur de zèle qui l'avait conduit dans le couvent des théatins. Pie V, sous ses vêtements splendides, cachait le cilice d'un simple moine, marchait nu-pieds à la tête des processions, trouvait, même au milieu des plus pressantes occupations, du temps pour la prière; regrettait souvent que les devoirs publics de sa situation missent obstacle à son avancement dans la sainteté; et il édifia son troupeau par des exemples innombrables d'humilité, de charité , de pardon des injures. Dans le même temps, il soutenait l'autorité de son siège et les doctrines orthodoxes de l'Église avec toute l'obstination et la véhémence d'Hildebrand. Grégoire XIII s'efforça, nonseulement d'imiter, mais de surpasser Pie V dans les sévères vertus de sa sainte profession. Telle était la tête, tels étaient les membres. On peut suivre le changement de l'esprit du monde catholique dans toutes les branches de la littérature et des arts ; il frappera toute personne qui comparera le poème du Tasse à celui de l'Arioste, ou les monuments de Sixte-Quint à ceux de Léon X. » Mettons fin à ces longs extraits en citant rapidement quelques autres aveux du même écrivain, sur la victoire complète remportée par le catholicisme dans la grande lutte qu'il a eu à soutenir l'espace d'un siècle à peu près contre le protestantisme. Voici ce qu'il dit, après avoir fait le tableau de la disposition où étaient les esprits dans les divers États du continent européen :
« L'histoire des deux générations qui suivirent est celle de la grande lutte entre le protestantisme, possesseur du nord de l'Europe, et le catholicisme, possesseur du midi, qui se disputaient le terrain mixte ou douteux.
« Les chances parurent d'abord toutes favorables au protestantisme , mais la victoire demeura à l'Église romaine. Elle eut l'avantage sur tous les points. Si nous franchissons un autre demi-siècle, nous la trouvons triomphante en France, en Belgique, en Bavière, en Bohême, en Autriche, en Pologne et en Hongrie, et le protestantisme n'a pas été capable, dans le cours de deux cents ans, de reconquérir ce qu'il perdit alors. Il ne faut pas d'ailleurs se dissimuler que cet étonnant triomphe de la papauté doit principalement être attribué non à la force des armes, mais à une grande réaction de l'opinion publique» (1). Ensuite Macaulay, s'attachant aux pas de Ranke, reconnaît en détail les pertes du protestantisme et les conquêtes de l'Église catholique, en rapportant les unes et les autres, comme c'est le propre de ces écrivains, à des causes purement humaines (2), au lieu d'en chercher la cause dans la divine sagesse appliquée à tenir les promesses faites à l'Eglise.
près des aveux si précis de Macaulay, il devient superflu de citer en outre ceux que nous pourrions prendre dans Y Histoire même de Léopold Ranke, et qui s'accordent parfaitement avec ceux-ci. Entre les
(1) Cet article de Macaulay se trouve rapporté en entier par M. l'abbé Chassay dans l'appendice qu'il a donné sous le titre de L'Eglise éternelle à son célèbre ouvrage de la Défense du christianisme historique, que nous avons cité plusieurs fois dans le cours de celui-ci. Cet illustre défenseur du catholicisme, déjà connu par divers autres écrits, a publié l'année dernière deux gros volumes destinés, l'un à servir d'introduction aux Démonstrations évangéliques recueillies par M. Migne, l'autre à clore cette collection.
(2) Tout cela est rapporté au long dans les Annales des sciences religieuses de Rome, t. xiii de la lre série, n° 57, p. 98 et suiv.
autres choses que dit ce dernier écrivain qui se rapportent à notre sujet, il appelle la compagnie de Jésus « une république qui égale en pouvoir et en habileté celle de Romulus. Si Luther a enlevé au pape deux millions d'âmes, Ignace de Loyala lui en a rendu dix millions » (1).
Il ne servirait à rien d'ajouter d'autres témoignages éclatants rendus à l'Église catholique par beaucoup de protestants d'un mérite distingué.
Telle est donc, de l'aveu de ses ennemis mêmes, l'Église romaine, l'Église catholique, cette admirable institution, ouvrage de Dieu même. Telle est cette Église que dix-neuf siècles ont essayé de détruire en l'attaquant sans relâche, tantôt par la violence, tantôt par l'astuce, en lui donnant à combattre là des ennemis extérieurs, ici des ennemis domestiques, avec une obstination, une persévérance que rien n'a découragée jusqu'ici. Telle est cette Église contre laquelle ont conjuré, liguées ensemble, toutes les portes de l'enfer, avec une fureur calculée, sur tous les points du monde habité. Telle est cette Église pour l'anéantissement de laquelle on a mis en œuvre les bûchers, la hache du bourreau et tous les supplices; Église contre laquelle non-seulement tous les ressorts que peut mettre en jeu une politique homicide , mais encore toute la malice des incrédules, toute la subtilité des soi-disant philosophes et rationalistes, toute la sagesse mondaine, en un mot, avec toute l'habileté des mille et mille écrivains dont elle dispose, ont conspiré de concert pour
|1) Voir Audin, Fie de Luther, t. n, p. 503.
la décréditer de toute manière en servant comme de troupes auxiliaires à l'hérésie. Tandis que tout passe devant elle et disparait à l'instant, que les choses du temps et le temps lui-même s'envolent avec une rapidité effrayante, seule elle ne passe pas, seule elle demeure inébranlable au milieu des orages et des tempêtes que soulève contre elle le tourbillon des événements humains. La mort, suivant l'énergique expression d'un profond penseur (1) , n'a pas reçu la permission de mettre la main sur cette Église, à qui Dieu a donné le privilège de s'assimiler ses propres ennemis, et de s'engraisser de leur dépouille dans le moment même où ils s'apprêtent à la dévorer. Telle est cette Église qu'insultent encore de nos jours quelques mécréants ou agents du protestantisme dans nos pays, vrais insectes microscopiques, impurs vermisseaux qui rampent sur la poussière, sans se douter que ce à quoi ils s'attaquent n'est rien de moins que l'ouvrage immortel du Dieu vivant (2).
(1) Doxoso Cortes, dans sa réponse à YHeraldo du 13 avril
(2) Ainsi se vérifie pleinement dans ce siècle même ce qu'écrivait au rve, au sujet de l'Eglise catholique, saint Hilaire de Poitiers, alors qu'elle gémissait sous la dure persécution de l'empereur Constance : « L'Eglise catholique a cela de propre qu'elle prospère dans la persécution, qu'elle grandit dans l'oppression, qu'elle fonde sa gloire dans le mépris, qu'elle triomphe dans ses
isgrâces, qu'elle puise la force de ses raisonnements dans l'habileté sophistique de ses adversaires, et qu'elle n'a jamais plus de force et de vitalité que lorsqu'elle paraît anéantie. ■• Lib. vn, de Trinit.