‹ Le protestantisme et la r`egle de foi (volume 3)Chapitre 34 sur 52 · RIO · texte numérisé non relu

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brusquement dans son diocèse, avec défense de remettre jamais les pieds à Constantinople. Dieu se servit de cette disgrâce pour achever de lui ouvrir les yeux à la lumière de la vérité. Il alla se jeter dans les bras de M. Leleu, préfet apostolique à Constantinople, et, le 6 août 18/i0, il fut réconcilié à l1 Église catholique sous les yeux d'hérétiques sans nombre, que la cérémonie avait attirés, et qu'il exhorta à rentrer comme lui dans la voie du salut. A la nouvelle de cette conversion, sept cents habitants de la ville de Van résolurent de suivre l'exemple de leur premier pasteur. A Constantinople même, les maisons des missionnaires étaient assiégées d'une foule de ces personnes qui demandaient à conférer sur la religion, et en peu de temps le nombre de ces conversions mémorables s'est élevé jusqu'à 1,200, sans que rien paraisse en arrêter les progrès (1) .

Le même mouvement progressif se laisse observer parmi les Syriens catholiques, dont les uns suivent le rite grec et sont appelés Melliites, et les autres retiennent le simple nom de Syriens, parce qu'ils sont restés attachés au rite particulier de cette nation. Or les premiers ont un patriarche avec cinq évêques. Dernièrement, l'archevêque schismatique de Damas, Mgr Hiliani, est rentré dans le sein de l'unité et y a ramené avec lui plusieurs évêques et presque tous ses diocésains.

Les Maronites forment de même au mont Liban une population catholique fort nombreuse. Elle est soumise à un patriarche qui prend le titre de patriarche d'An-

(1) Rohrbaciier. H/.sf. otiiv. de l'Eglise, t. xxvni, p. 447 »'t 8uiv., et 2e édit., p. 50-1 et suiv.

tioche et qui a neuf diocèses sous sa juridiction. Le clergé se compose de 500 prêtres et de 1.600 moines, dont 600 sont prêtres et partagés en trois ordres distincts sous la règle diversement modifiée de saint Antoine. On compte avec cela 500,000 catholiques, tous fidèles aux observances de la religion et qui remplissent en particulier le devoir pascal ; 320 églises, 109 monastères, dont plusieurs ont des imprimeries pour procurer la multiplication des bons livres ; 5 séminaires patriarchaux où la jeunesse de toutes les nations est invitée à recevoir une instruction gratuite ; 1 maison de noviciat pour les missions ; 1 collège pour chaque diocèse, et dans chaque village une école où, avec les principes de la lecture et de l'écriture, on apprend surtout ceux de la doctrine chrétienne. Les Maronites sont la nation modèle de l'Orient. Ils ont contribué à la conversion des Druses, leur voisins, plongés depuis plusieurs siècles dans une profonde idolâtrie ; ceux-ci, depuis 1838, ont commencé d'ouvrir les yeux à la lumière de la vérité, en même temps que leurs cœurs à l'amour de la religion catholique , que beaucoup d'entre eux ont embrassée présentement (1).

Le même esprit de vie ou de progrès du catholicisme s'est également manifesté en Palestine, surtout depuis que les efforts combinés de la Prusse et de l'Angleterre y ont introduit un soi-disant évêquevde Jérusalem. Le pape Pie IX, à son tour, y a érigé un patriarchat qui a sous lui plusieurs tant vicariats apostoliques qu'évêchés

(1) Voir le Tableau général des principales conversions, etc., Paris, 1841. a

et archevêchés. Pour donner une idée des conversions effectuées ces dernières années, malgré les vexations des Grecs schismatiques et des protestants anglo-prussiens, contentons-nous de citer un passage d'une lettre d'un père franciscain de Jérusalem a un de ses confrères d'Italie, écrite sous la date du 11 octobre 1850, et dans laquelle, après avoir donné quelques détails de la conversion de plusieurs anglicans, luthériens, Coptes, Grecs schismatiques, il conclut en ces termes : « Le nombre des convertis dans la nouvelle mission depuis une année seulement dépasse 630» (1). Je laisse de côté les établissements de tout genre qui se sont élevés dans le vicariat d'Àlep, dans les évêehés de Babylone, etc.

Dans l'Afrique même, le mouvement catholique s'est prononcé d'une manière très remarquable. Sans parler du diocèse d'Alger, où on comptait en 1840 plus de 170,000 catholiques, nombre qui s'est beaucoup accru depuis par l'abjuration de plusieurs centaines de protestants et par la conversion de musulmans et de juifs, et de même à Constantine, comme me l'a assuré de vive voix l'évêque même d'Alger, Mgr Pavy, dans un voyage qu'il a fait à Rome, la religion catholique prend pied et s'affermit de plus en plus dans plusieurs autres parties de l'Afrique. Un évêché à Ceuta et un autre à Tanger, dans les États du Maroc, outre le vicariat apostolique de Tunis, celui de Christophe-de -Lagune, dans l'île Ténériffe, une préfecture apostolique est établie à Tripoli, un évêché dans l'île de Saint-Thomas à Santiago pour l'archipel du Cap- Vert, un évêché à

1 Osservat. Roman.

Angola sur les côtes du Congo. Au Sénégal il y a des prêtres, des églises et des écoles tenues par les frères de la Doctrine chrétienne , tant pour la population indigène que pour la colonie française qui s'y trouve. Et dans tous ces diocèses la foi catholique fait des progrés. En 1845, une mission a été établie dans la Guinée, et déjà elle a son évêque et son clergé ; plusieurs conversions s'y sont opérées, et ce vaste pays donne les meilleures espérances.

Depuis que le cap de Bonne-Espérance a été cédé aux Anglais par les Hollandais, il s'y est établi de même un évêque catholique avec quatre prêtres, une église, trois chapelles et une école. La même chose a eu lieu dans l'île de Saint-Maurice, où se trouve un évêque depuis 18^0, avec une population catholique do 85,000 âmes. De même dans l'île Bourbon.

En Abyssinie, il y a eu, dès le xvie siècle, des missions florissantes, mais qui ont été comme anéanties par les persécutions suscitées par l'hérésie entychienw. On a fait, dans les temps qui ont suivi, de continuels efforts pour les rétablir. Dernièrement, M. Justin de Jacobis, prêtre de la congrégation de la Mission, a tenté , non sans quelque succès, cette difficile entreprise. De retour à Rome avec une députation d'Abyssiniens, il a laissé quelques-uns de ces derniers au collège de la Propagande; Valda Kiros, moine abyssinien, a abjuré le schisme, a reçu la prêtrise, et est retourné avec M . de Jacobis cultiver la foi catholique dans sa patrie (1). Déjà MM. de la Mission, ou les laza-

I Voir l'ouvrage cité de Mgr Rosati, p. 20] et suivi

listes, ont en peu d'années réconcilié à l'Église jusqu'à 10,000 schismatiques, et tous les jours ils en reçoivent de nouveaux. Un de ces néophytes, nommé Teclafa, supérieur de plus de mille moines, et en grande réputation de sainteté, non-seulement a ramené tous ses moines à l'unité de l'Église, mais, comme un nouveau Paul, il s'est consacré à la conversion de ses frères, et déjà trois chrétientés y sont, grâce à ses soins, réunies à l'Église de Jésus-Christ (1). Ainsi en cst-il sur les autres points de l'Afrique, comme à Madagascar, dans les Açores, etc.; de sorte que tous les catholiques réunis y forment actuellement un nombre de plus de deux millions, tandis qu'ils y étaient si peu sur la fin du dernier siècle.

Ce n'est pas seulement dans ces parties du monde où nous n'avons fait encore qu'effleurer la matière, mais dans l'Europe aussi, et pour ne pas parler des États catholiques, dans les pays mixtes, et jusque dans ceux où domine l'hérésie ou le schisme, que le catholicisme fait des progrès visibles à la simple vue. Dans le nouveau royaume de Grèce , malgré les persécutions qu'ont dû y essuyer. les catholiques, tant par l'influence des Russes que de la part des Grecs schismatiques, on voit des évêques catholiques établis avec leur clergé, pour gouverner les Églises de Sira, d'Athènes, de Nauplia, de Patras et d'Héraclée. Il y a, de plus, l'évêque de Tina et de Micone, qui gouverne aussi l'Église d'Andros , et les catholiques s'y multiplient de tous cotés.

(1) Voir les lnnalea de la propagation de la foi, novembre

La Russie elle-même, malgré les persécutions formidables qui y ont été suscitées contre les catholiques, présente aujourd'hui la perspective d'un meilleur avenir. Par suite du concordat du 3 août 1847 passé entre le pape Pie IX et l'empereur Nicolas, sept vastes diocèses ont été établis dans cet empire, avec un archevêché et six évêchés. Chaque évêque a la direction de l'enseignement de tous ses séminaires, et plusieurs autres garanties ont été assurées à la religion catholique, tant dans l'empire même que dans le royaume de Pologne (1).

Dans toutes les parties de l'Allemagne, le catholicisme a donné, ces dernières années, les preuves d'une vie dont un long passé laissait à peine l'espérance. Ce beau mouvement y est l'effet des missions que les rédemptoristes et les jésuites y ont faites concurremment sur tous les points, depuis 1849 jusqu'à ce jour, avec les succès les plus consolants. Ces missions ont eu lieu dans les diverses principautés de l'Allemagne, particulièrement dans le grand-duché de Bade, et en diverses provinces de Prusse. Par elles, non-seulement les catholiques égarés par le libertinage ont été remis dans le droit chemin de la vertu, mais des milliers de protestants ont été réconciliés à l'Église, en abjurant les

(1) On dit cependant que ces conditions du concordat sont éludées par ce gouvernement. Ces bruits sont confirmés par un article remarquable de YUnivers, du 29 mai 1853, où l'on rapporte une suite d'atrocités et de persécutions des plus violentes exercées sans relâche contre les catholiques, et pendant qu'on traitait du concordat, et depuis la conclusion du concordat. On ne saurait lire ces détails sans horreur.

erreurs respectives de leurs sectes (1). Un prêtre de ce pays a assuré qu'à Breslau, un seul prêtre a reçu pour sa part, dans un court espace de temps, l'abjuration publique de plus de 600 de ces derniers, sans compter les abjurations secrètes. Un évêque de ces régions, venu à Rome, nous a dit de même, que dans son diocèse il se faisait chaque année de 5 à 600 abjurations. A Berlin, une paroisse compte aujourd'hui plus de 25,000 catholiques, et comme une seule église ne suffit pas pour un si grand nombre, qui va tous les jours croissant, on bâtit actuellement, dans cette métropole, une seconde église. Le même mouvement de progrès se remarque dans le grand-duché de Bade, dans le Wurtemberg, dans les divers duchés, dans le royaume de Hanovre, dans les villes anséatiques.

(1) Dans le s)"node protestant de Brème, quelques ministres s'étant aventurés à déclamer contre l'Eglise catholique, et en particulier contre les jésuites à cause de leurs missions, quelques nobles cœurs de cette assemblée n'ont pas dédaigné d'en prendre la défense. Voici entre autres en quels termes Stahl s'en est expliqué : " Quant aux missions des jésuites, j'accorde qu'elles se distinguent essentiellement des missions catholiques en général. Je trouve l'essence du jésuitisme dans cette circonstance, que le jésuitisme appuie surtout sur les doctrines catholiques, que le protestantisme appelle erronées. Il est la réaction du catholicisme. »

Hengstenberg s'est exprimé encore plus clairement dans le même sens : « Cependant, a-t-il dit, tout cela ne doit pas nous entraîner jusqu'à mépriser les missions catholiques ; les effets nous montrent au moins que derrière la faiblesse il y a une force cachée: point d'effet sans cause... En portant nos regarda sur les immenses travaux des missions, il nous faut avouer qu'ils brutal de zèle pour Dieu, lors mémo qu'on croirait en certaines occasions ce zèle peu éclairé. Ces sermons et ces confessions de plusieurs jours font honte à notre pays, etc. •• Voir ./;/». catho'., 1. r.

La Suisse n'est pas restée non plus en arrière, malgré les cruelles vexations que les catholiques y ont endurées de la part des radicaux. Il y a à Berne plus de 500 catholiques, et il en est de même à proportion dans les autres cantons exclusivement protestants. À Genève, après que le culte catholique y eut été aboli par le décret du syndicat du 25 août 1535, il ne resta plus qu'un très petit nombre de familles catholiques cachées, et continuellement en butte à la persécution (1) . Mais le culte y ayant été rétabli, en exécution du concordat de Pie Vil avec le gouvernement français, l'église de Saint-Germain a été rendue enfin aux catholiques, au commencement de ce siècle, et le jour de la Toussaint 1803. C'est cette église qui avait été la première dédiée au culte protestant dans le xvie siècle. Aux premiers coups de marteau qui furent frappés pour restaurer cette église, on découvrit le bénitier de marbre, qui fut remis à sa place. On ne comptait à Genève, à cette époque, que liOO catholiques ; mais, depuis lors, le nombre s'en est élevé à plusieurs milliers, par l'effet non-seulement de l'établissement dans cette ville de nouveaux habitants, mais surtout des conversions de protestants à la religion catholique (2) ; tellement,

(1) Voir Fragments biographiques et historiques extraits des registres du conseil d'Etat de la république de Genève, de 1535 à 1799. Dans cet ouvrage sont rapportés des documents qui prouvent que, même depuis le concordat, les catholiques n'ont jamais été en sûreté dans cette ville : tant il est vrai que les hérétiques et les schismatiques sont toujours les mêmes.

(2) Dans cette ville, y compris son territoire, le nombre des protestants, de l'aveu de M. Baumgartner, ne s'est accru que de deux pour cent de 1822 à 1837, tandis que celui des catholiques

qu'en 1851 et 1852, on comptait près de 12,000 catholiques, sur une population d'un peu plus de 29,000 âmes (1). Et ne négligeons pas de faire remarquer ici un trait particulier de la divine Providence. Dans les premiers temps de la prétendue réforme, on avait entouré la ville de Genève de murs et de bastions, avec le concours de tous les protestants d'Europe, comme des Hollandais, des Anglais, des Prussiens, etc. , pour fermer aux catholiques l'accès de cette ville, et en faire pour les protestants comme une nouvelle Rome. Eh bien, dans les années qui viennent de s'écouler, les Ge-

s'est accru de soixante -douze pour cent. Voir Y Univers, 8 mars (1) Voici comme cette population était distribuée en 1851 :

Protestants Catholiques Israélites .

Genevois.

Etrangers.

Totaux.

Totaux . . 16,878 12,330 29,208

Aux 8,817 catholiques de la ville de Genève, il faut ajouter ceux d'autres communes, savoir :

Plainpalais 992

Eaux-Vives 469

Petit-Saconex 945

Total des trois paroisses . 2,406

Total des catholiques tant de la ville que du reste du territoire de Genève, 11,223.

On trouvera clans les premiers numéros de Y Observateur genevois de l'an 1S50 des détails plus étendus sur cet article, avec le tableau des chiffres décroissants d'année en année de la population protestante.

nevois eux-mêmes ont abattu ces fortifications, et un des terrains laissés à découvert par la démolition des bastions, de celui-là même que le duc de Brandebourg avait fait construire, est précisément celui qui a été cédé aux catholiques pour y élever une nouvelle église avec le presbytère ou la maison du curé : c'est ce que m'a assuré ici, à Rome, l'abbé Dunoyer, curé de Genève et vicaire général. Aujourd'hui, en effet, on voit cette église s'élever avec orgueil, bâtie dans un site admirable, avec le produit des aumônes des catholiques.

En Angleterre, pour engager le gouvernement à octroyer aux enfants des familles catholiques la faculté de se faire admettre dans les universités, plusieurs organes de l'opinion publique ont fait les rapprochements suivants, bien propres, en effet, à éclairer les esprits sur les progrès du catholicisme : « Au commencement du règne de Georges III, on ne comptait dans l'Angleterre et l'Ecosse réunies que 60,000 catholiques ; en 1821, un recensement officiel portait déjà ce chiffre à 700,000, et en 1842 il s'élevait à 2,300,000. Sur la fin de 1845, il s'était accru jusqu'à 3,380,000 » (1). Or, combien les catholiques ne se sont-ils pas multipliés davantage, depuis même cette dernière époque î J'ai su, par une lettre particulière, que dans un seul vicariat apostolique d'Ecosse, qui est un des plus stériles en conversions, il y a eu 1x00 conversions, ou à peu près, portées sur les registres en 1851, et par conséquent sans doute un bien plus grand nombre dans les trois autres vicariats. Comme on compte, en Irlande, environ 7 millions de

(1) Voir Y Univers, 5 mars 1847.

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