I. — MOTIFS DE SÉCURITÉ DANS LE SYSTÈME CATHOLIQUE
Confiance illimitée que le catholique a dans son Eglise. — Ministère de l'Eglise à l'égard du fidèle du berceau à la tombe. — Charité de l'Eglise dans la réconciliation des pécheurs injustement blâmée. — Consolations qu'apporte la bénédiction nuptiale. — Sublimes enseignements de l'Eglise pour quiconque aspire à la perfection. — Dogme consolant du purgatoire. — Culte des saints et vénération de leurs reliques. — Leur invocation.— Inspirations généreuses d'une foi vive. — Les souffrances de l'Eglise catholique n'altèrent jamais sa paix. — Dispositions du vrai catholique à l'égard des souffrances qu'il peut endurer. — Calme intérieur qu'éprouvent les protestants qui reviennent à l'Eglise catholique. — Changement qui s'opère en eux à la suite de leur conversion. — L'opinion qu'avaient des chrétiens les anciens païens est celle-là même que les protestants ont aujourd'hui des catholiques. — Exhortation adressée aux protestants pour qu'ils examinent par eux-mêmes les preuves du catholicisme. — Conclusion.
L'homme peut se dire heureux quand il jouit du calme, de la sécurité et de la paix de l'âme. Or, telles sont les dispositions intimes du catholique vrai et sincère. Il trouve dans la profession de sa foi et dans la pratique de la vertu et de ses devoirs un guide infaillible qui lui donne la sécurité, et l'empêche de se laisser égarer ou par la présomption qu'il aurait dans son savoir, ou par une imagination ardente et capricieuse. S' abandonnant, ou pour parler plus juste, se confiant sans réserve à son guide, il est sûr qu'il ne se trompe ni par excès ni par défaut; il est comme l'enfant entre les bras de sa tendre mère ; il repose, en conséquence, tranquillement et sans aucune crainte, si ce n'est celle qu'il pourrait concevoir de manquer lui-
même de la docilité que montre un enfant pour une mère tout occupée de ses intérêts.
Eh ! comment le catholique pourrait-il concevoir des doutes par rapport à sa foi, à son culte ou à sa morale, quand il s'en rapporte à l'Église que Jésus-Christ lui a donnée pour mère, pour guide, pour maîtresse infaillible dans la voie du salut? Ce serait faire injure à ce Dieu sauveur, qui a voulu qu'il la considérât comme telle. De là naît la confiance illimitée qu'il met dans les ministres de sa religion, qui ne l'abandonnent jamais depuis le berceau jusqu'à la tombe, et qui même après que ses restes corruptibles auront été réduits en poussière, continueront de lui témoigner leur tendre sollicitude, en présentant pour lui leurs prières, et en offrant des sacrifices pour lui obtenir la paix et le repos éternel dans le monde des esprits, auprès du Dieu de toute miséricorde et de toute justice.
Chaque pas qu'il fait dans sa carrière mortelle, ou pour mieux dire, dans son court et rapide pèlerinage, il peut le sanctifier par des moyens de grâce et de salut. A peine l'Église a-t-elle reçu un enfant dans son propre sein par le sacrement de la régénération, qu'elle ne le perd plus de vue. Après l'avoir instruit des mystères de la foi, elle le dispose à recevoir dignement l'aliment spirituel qui continuera d'être celui de toute la suite de sa vie, jusqu'à ce qu'elle le lui présente comme viatique et comme soutien au terme de sa carrière pour le voyage de la bienheureuse éternité. Que si, cédant à l'ardeur de ses passions, il quitte les voies de l'innocence en souillant son âme de quelque péché mortel, elle ne l'abandonne pas pour cela ; mais elle
le rappelle à son devoir avec une inquiète sollicitude, puis, sur le repentir qu'il lui témoigne de ses fautes, elle lui rend dans le sacrement de la réconciliation la grâce qu'il a perdue, et avec elle le calme et la paix du cœur. Quand même ses crimes seraient allés jusqu'à l'impiété, jusqu'à l'incrédulité la plus obstinée, elle n'en conserverait pas moins toujours l'espoir de le rappeler au bercail. Elle a toujours un moyen de le sauver de l'affreux abîme qui s'ouvre devant lui, et de changer sa tristesse et ses remords en un baume salutaire par le repentir et l'espérance.
Je n'ignore pas que cette indulgence même de l'Église lui est reprochée par ses ennemis, comme ouvrant une large voie à la licence et au libertinage par la perspective qu'elle offre du pardon à ceux mêmes qui se précipitent dans la débauche la plus effrénée. Mais ceux qui font cette objection montrent bien combien leurs idées sont fausses là-dessus, combien ils connaissent peu sur ce point comme sur le reste les principes et la conduite de l'Église romaine. Rappelons-leur que, d'après l'enseignement catholique, les moyens extérieurs sont toujours nuls ou de nulle valeur sans les dispositions intérieures de l'âme, quand il s'agit d'adultes, comme dans le cas qu'on nous objecte ici. Lors donc que l'Église offre au nom de Jésus-Christ quelque moyen de salut ou de grâce, ce n'est qu'à condition que le pécheur soit changé en luimême, non-seulement par rapport au passé, mais aussi par rapport à la résolution ferme et sincère qu'il doit prendre pour l'avenir. Si son changement n'est pas véritable, il ne trompera que soi-même, et le moyen qui dans l'intention de l'Église aurait dû être un baume pour
les plaies de son âme, ne fera que les envenimer, en le rendant coupable de sacrilège. D'ailleurs, parce que quelques-uns ou même beaucoup (car peu importe ici le nombre) sont disposés, soit par ignorance, soit par malice, à abuser des dons de Dieu, est-ce que ce sera une raison pour refuser d'en faire part à ceux qui en feraient un bon usage? Et pourquoi le ministre du pardon et de la réconciliation jetterait-il dans le désespoir un homme qui se repent de ses fautes, quelque tardive que soit sa pénitence ? Y a-t-il au contraire rien de plus immoral que de désespérer du pardon de ses crimes? Je ne dis pas assez : y a-t-il une image plus vive de l'enfer sur la terre que l'état de celui qui porte le désespoir dans son cœur? Eh bien, il y a toujours un grand nombre d'hommes qui, passé l'âge bouillant des passions, arrivent à celui du désenchantement, reconnaissent leur folie, voient la fausseté des maximes à l'aide desquelles ils ont essayé d'étouffer en eux ou d'endormir le remords, ne peuvent plus se dissimuler qu'ils approchent du terme de leur carrière, et pressentent à coup sûr que, s'il y a un enfer, il sera pour eux, à moins qu'ils ne se retirent de la voie perverse où ils se sont engagés, qu'ils ne se jettent avec un humble repentir aux pieds de l'Église, cette tendre mère dont ils ont peutêtre déchiré le sein, et qu'ils ne cherchent auprès d'elle un remède à leur état. Que fera donc celle-ci dans ce moment décisif et solennel? Devra-t-elle rebuter ces pécheurs? Ah! ce n'est pas elle qui a de ces entrailles cruelles que l'Écriture reproche aux impies (1) ; cesen-
(1) Fiscera impiorum crudelia, Prov. xn, 10.
trailles sont bien plutôt celles du sectaire ou du pharisien : au retour de cet enfant prodigue, elle se sent émue de compassion, elle oublie les affronts qu'elle en a reçus, elle l'accueille dans ses bras, le ranime, le rassure, et verse dans son âme une telle paix, un tel contentement, que de sa vie, excepté peut-être les premières années de l'innocence, il n'en avait éprouvé de semblable. Jamais l'Eglise ne dédaigne les pécheurs pénitents, ne serait-ce qu'à leur lit de mort qu'ils l'appelleraient à leur aide; elle ne touche au contraire qu'avec respect les plaies de leur âme, qu'elle se représente couvertes du sang du Sauveur; elle essuie la sueur froide qui découle de leurs membres à leur combat suprême, et les remet, l'esprit calme, le cœur dégagé, entre les mains de Celui qui fait l'objet de la commune espérance du genre humain. Quiconque a exercé quelque temps le saint ministère peut rendre témoignage des transports de joie pure dans lesquels il aura vu quelques-uns de ces pécheurs, auparavant désespérés, quitter la terre (1).
(1) Manzoni a dit d'excellentes choses sur ce sujet dans sa Morale cattolica, c. 8 et 9, où il répond au reproche que faisait Sismondi à l'Eglise catholique, de ne pas refuser au moment de la mort ses secours aux coupables repentants. Il faut lire aussi les passages éloquents des articles de Mgr Gerbet (aujourd'hui évêque de Perpignan), donnés dans Y Université catholique, qui ont trait à la confession et au sacrement de pénitence, t. i de ce recueil, p. 237-347, et particulièrement p. 505 et suiv., dans ce beau dialogue qu'il introduit entre Fénelon et Platon. Ce morceau est vraiment magnifique et devrait faire rougir l'indigne apostat De Sanclis. Voir aussi l'ouvr. de M. Alp. de Milly intit. : Causeries du soir ou exposition de la doctrine chrétienne, Paris, 1850, 2e partie, 6e soirée, La pénitence, p. 211 et suiv., où se trouve rapporté en partie ce sublime et pathétique dialogue. De leur côté, les Annules catholiques de Genève l'ont reproduit en entier T. III. 32
Mais, pour reprendre la suite du sujet auquel nous venons de faire digression, l'Église sanctifie le nœud conjugal, dont elle proclame l'unité, la perpétuité, l'indissolubilité. La grâce que communique ce sacrement fait que le mariage n'est plus considéré comme un accouplement brutal et profane, en même temps qu'elle inspire aux époux un amour et un respect réciproques, et donne pour but à la fécondité de leur union, non pas seulement de peupler la terre de nouveaux habitants, mais de multiplier les citoyens du ciel. Elle leur donne de plus la force de supporter avec patience leurs défauts réciproques, inséparables plus ou moins de la condition humaine, et les porte à se soutenir mutuellement dans les pénibles épreuves de leur état, ou qui sont ici-bas comme l'apanage de notre existence (1).
Par ses enseignements, l'Église forme le cœur du chrétien à l'héroïsme de la vertu. Tout en lui recommandant le travail comme partie essentielle de la pénitence qui embrasse toute la durée de la vie chrétienne, elle l'avertit qu'il n'a pas pour fin la vie présente avec tout l'attirail des plaisirs, des richesses et des honneurs qu'offre le monde, mais qu'il doit aspirer sans cesse vers
sous le titre de : De la confession comme institution cirilisatrice, 8e livraison de 1852, p. 170. M. de Lamartine et M. de Sainte- Beuve ont dit de ce dialogue que c'était une des plus belles pages de la langue française.
[1] Voir sur ce sujet le beau travail d'EMiLiEN Avogadro comte della Motta, dans son ouvrage intitulé : Teorica delF istifuzkme del matrimonio, Turin, 1853, ouvrage où il combat l'indigne professeur Nuyts, ainsi que le projet de loi sur le mariage civil proposé aux chambres de Turin. C'est un ouvrage profond, et auquel ses adversaires n'ont rien à répondre.
le ciel, où seulement il trouvera dans la jouissance uu souverain bien, qui est Dieu, la véritable et parfaite félicité. Parla elle le détache de toute affection désordonnée, et l'empêche de se laisser absorber par la pensée des choses de la terre, comme il en serait de ceux qui n'auraient pas d'autre espérance. Elle inculque à chacun, suivant sa condition, ses devoirs de père ou de fils, de maître ou de serviteur, de prince ou de sujet, de pauvre ou de riche, d'artisan ou de cultivateur, etc., sans qu'il y ait personne qui n'ait ainsi tracée devant soi la ligne qu'il doit suivre, pour sanctifier, s'il le veut, toutes ses démarches (1).
Pour ceux de ses enfants qui, non contents de suivre la voie commune, aspirent à une plus haute perfection, soit en se consacrant au service des autels, soit en embrassant avec générosité les conseils évangéliques , l'Église catholique déploie à leur égard une tendresse et une sollicitude encore plus marquées, en les considérant comme ses membres d'élite, comme sa gloire et sa couronne, et qu'elle est surtout jalouse de conserver (2). Libres de tout lien comme de tout embarras terrestre, ils se dévouent tout entiers au service de l'hu-
|1) Il y a là-dessus un passage sublime de saint Augustin dans son livre De moribus Ecclesix, c. 30, n. 63.
(2) Ward, dans son Idéal of a Christian Church, fait voir que H ascétisme n'est connu et pratiqué que dans l'Eglise catholique. Quant à la pauvre Eglise anglicane, elle rampe terre à terre, et ignore la manière de voler vers la perfection, ou vers le souverain bien qui est Dieu. A ce sujet se rapporte aussi un bel article du Rambler intitulé Protestant Hagiology, Jan. 1849. Non-seulement les protestants n'ont pas de saints, mais ils en ont perdu jusqu'à l'idée.
manité, en allégeant les peines, en calmant les souffrances, et servent à tous de modèles pour la pratique des vertus les plus pures, et de guides pour arriver un jour au ciel.
Enfin, quand un fidèle est parvenu au terme de sa carrière et sur le point de laisser à la terre, d'où il est sorti, sa dépouille mortelle pour prendre ses vêtements d'immortalité, l'Église, après l'avoir purifié par le sacrement de pénitence, et muni du pain des forts, efface jusqu'aux restes de ses péchés par le sacrement de l'extrême-onction : sacrement, dernier soutien de l'humanité souffrante, qui sanctifie tous les sens, qui adoucit toutes les douleurs, et répand sur les derniers moments de la vie une telle joie intérieure, qu'elle va quelquefois jusqu'à éclater au dehors, et devient un gage du repos éternel où l'on est près d'arriver (1). Le ministre de l'Église achève alors son pieux office en recommandant par les plus ferventes prières cette âme à son Dieu, en reçoit les derniers soupirs, en recueille les dernières larmes versées sur cette terre d'exil, au moment de passer à la patrie de l'éternelle félicité ("2).
Mais comme la voie tracée par l'Évangile est d'un côté trop élevée, trop sublime, qu'il ne met point de bornes à la perfection qu'il propose, et que de l'autre ceux-là
(1) Il y a sur ce sujet un passage éloquent de Mgr Gerbet dans ses Dialogues de Platon déjà cités, lorsqu'il dépeint avec de si belles couleurs la mort du vrai chrétien, que viennent fortifier les secours de la religion. Ce morceau ne le cède pas en beauté au tableau qu'en avait présenté déjà Chateaubriand dans son Génie du christianisme.
(2) On trouve de fort belles réflexions là-dessus dans les Soirées de Saint-Pétersbourg du comte de MaJSTRE, t. n, 8e entretien.
sont bien rares qui parcourent cette voie sans s'égarer, ou du moins sans s'arrêter chemin faisant ; comme on ne peut attendre du commun des fidèles qu'une vertu médiocre et ternie bien souvent par des fautes au moins légères ; comme de plus la carrière de la pénitence, telle qu'il faudrait la pratiquer quand on a mené une vie tout entière de désordre dont on ne consent à revenir que surledéclin de Tàge et quelquefois même dans la dernière maladie, pourrait inspirer à plusieurs des sentiments d'effroi et même de découragement, la religion catholique trouve dans ses dogmes de quoi relever le courage des esprits pusillanimes. Tel est, par exemple, le dogme du purgatoire, ce dogme même que combat le protestantisme avec un emportement si aveugle , mais qui néanmoins, tel qu'il est enseigné par l'Église, devient une source de consolation, d'espérance, de confiance et je dirai même de joie. Car si, d'une part, il est écrit que rien de souillé n'entrera dans la sainte cité de Dieu (1), et que, de l'autre, il soit bien difficile que le chrétien, même au sortir de ce monde, ne contracte quelque souillure de la poussière qu'il y remue ; s'il est encore plus difficile qu'on puisse accomplir une pénitence suffisante pour effacer toutes les taches laissées à l'âme même après la rémission qu'on a obtenue de ses fautes, surtout si on ne l'entreprend qu'à la veille de quitter la vie, il est naturel qu'on éprouve alors quelque sentiment de défiance. Et nous devons dire la même chose de ceux qui ont passé leur vie dans l'agitation, au milieu des commodités et des délices de l'opulence, et
;i) Apoe., xxj, 27.
- 30? — qui n'ont jamais pensé, ou que très rarement du moins, à expier leurs fautes par des pénitences proportionnées. Et pourtant c'est un principe reçu de tous les fidèles que, pour être sauvé, il faut être ou dans l'état d'innocence, ou en état de pénitence ; la première, il y a longtemps qu'on l'a perdue, et la seconde, on ne l'a pas encore faite, et ainsi dans quelles perplexités se trouve-t-on alors! Dans ces moments donc décisifs et suprêmes où tombent toutes les illusions, et où les âmes les plus saintes sont saisies d'effroi à l'aspect de l'éternité, qui leur ouvre ses abîmes pour les engloutir, il est impossible, pour peu qu'on ait la foi, de se défendre d'un certain frisson et d'une certaine anxiété, avec la conscience qu'on a des fautes qu'on a commises, et du peu qu'on a fait pour les expier. Un tel sentiment, dans ces moments critiques, suffit pour serrer le cœur, et le jeter dans la dernière perplexité. Mais lorsque l'Église vient donner l'assurance qu'il y a après la mort un état intermédiaire où chacun peut expier ses fautes, effacer ses taches, suppléer la nullité ou le défaut de la pénitence omise ou négligée pendant la vie, oh ! que ce rayon de lumière pénétrant au travers des ténèbres de l'âme est fait pour la ranimer ! L'esprit alors calme ses inquiétudes, le cœur se dilate et se rouvre à ['«espérance. Et non-seulement on reprend confiance, mais on éprouve même, comme je l'ai déjà dit, un sentiment de joie et d'allégresse à cette pensée, qu'on peut se purifier encore et se voir en état de paraître dignement en présence du Dieu trois fois saint (1) . Pour tout homme ca-
|li Saint" Catherine de Gênes, dans son admirable Traité du
pable de pensées sérieuses et profondes , le dogme du purgatoire, tel que renseigne l'Église catholique, devient ainsi un des dogmes les plus consolants de la religion, et fournit un des traits les plus saillants de la miséricorde infinie de Dieu pour l'homme.
Voilà comment tout s'harmonise dans le catholicisme, comment tout son système est lié, comment tout y tend à la perfection, à la sainteté du fidèle, comment tout y contribue à porter dans l'àme le calme et la paix.
Le culte des saints lui-même, si calomnié par le protestantisme, qu' est-il autre chose que la sanctification d'un sentiment de l'humanité et de la société même civile? C'est un sentiment naturel à l'homme, et en quelque sorte inné, de vénérer la vertu personnifiée dans ces âmes d'élite qui s'élèvent au-dessus du commun des mortels. Tous les jours, la société élève des statues, érige des monuments à la mémoire de ses héros (1) ,
purgatoire, composé par elle vingt ans avant que Luther vînt en nier le dogme, dit que l'âme, du moment où elle est séparée du corps, se jette d'elle-même dans le purgatoire avec impétuosité, et éprouve à le faire une consolation indicible, et que ce serait pour elle un insupportable tourment de ne pouvoir se laver de ses fautes et en effacer la tache, et d'être obligée de paraître dans cet état devant Dieu, à un tel point qu'elle préférerait, à défaut d'autre moyen pour les expier, de se jeter dans l'enfer même plutôt que de se voir ainsi exposée aux regards de celui qui est la sainteté même. Leibnitz rapporte que le vénérable Louis de Grenade, assistant Philippe II dans ses derniers moments, et le voyant saisi de frayeur à la pensée du purgatoire, se servit de cette pensée même pour le rassurer. Voir son Système théologique, dernière page, édition de Mgr Lacroix. Voir aussi les Soirées de Saint-Pétersbourg , 1. c.
(1) Combien de statues l'Angleterre n'a-t-elle pas élevées en l'honneur de Nelson et de Wellington! On n'a pas oublié les ma-
grave leurs traits sur des toiles impérissables, et en décore les salles et les édifices publics pour réveiller dans les citoyens le sentiment de l'admiration ou de la reconnaissance, avec celui d'une noble émulation. Elle met à haut prix et conserve avec un respect que j'appellerais superstitieux tout ce qui a pu appartenir à ces grands hommes (i ) ; et, naguère, n'a-t-on pas vu transporter
gnifiques funérailles qui ont été faites naguère pour honorer la mémoire de ce grand capitaine.
(lj Audin rapporte dans son Histoire de Lvther, t. n, p. 546 et suiv., et 4e édition abrégée, p. 504, que «longtemps après sa mort on montrait à Eisleben le lit où couchait Luther et sa table de travail. On venait de loin pour toucher ces reliques : chaque dévot à Luther en pmportait quelque parcelle pour la guérison des maux de dents et de tète [De reliquiis Lirfheri diversis in locis asservatis à Georg. Henr. Goethio. Fabricius, in Centifolio Lvtherano, 1. Joh. Kraus, in Den curieusen nahrichten, ou Souvenirs curieux). Arnold, qui fit le pèlerinage d'Eisleben, remarqua que les parois de la chambre qu'occupait le réformateur étaient grattées dans mille endroits par des disciples superstitieux, qui en détachaient quelques grains de poussière auxquels ils attribuaient des vertus extraordinaires... Christ Juncker, dans un ouvrage consacré à la gloire de Luther, parle le plus sérieusement du monde d'un portrait du réformateur, à Ober-Rossla, dont le front se couvrit de sueur au moment où le ministre s'apitoyait sur le triste sort des études en Allemagne [Erengedachnist Luthcri, ou Souvenirs glorieux de Luther, 1707j... Dans la bibliothèque d'Erfurt, on montre encore une pantoufle de Luther placée sous verre. »
Mais ce qu'il y a surtout de curieux, c'est le catalogue que nous lisons dans Y Univers, 5 septembre lb45. » Le prince Albert vient de payer 150 liv. sterl. (3,800 fr.) l'habit que portait l'amiral Nelson à la bataille de Trafalgar lorsqu'il reçut le coup mortel. Cette relique d'un des plus illustres marins dont s'enorgueillisse la Grande-Bretagne sera déposée à Greenwich, l'hôtel dos invalides des hommes de mer. Le chiflïede 150 liv. sterl. ne paraîtra nullement exagéré lorsqu'on saura quelles sommes excessives atteignent parfois, en Angleterre, des objets qu'un seul amateur
à Paris à grands frais et avec une pompe extraordinaire, et placer dans un superbe mausolée, non loin de la colonne de la place Vendôme, les restes mortels de Na-
peut se flatter de posséder. Un exemplaire de la rarissime édition du Décaméron de Boecace imprimée à Venise en 1471 n'a-t-il pas monté en vente publique au chiffre de 2,260 liv. sterl. Un volume portant la signature de Shakespeare n'a-t-il pas trouvé des enchérisseurs à 120 liv. sterl.? Citons quelques exemples qui attestent de quels excès sont capables des gens opulents, idolâtres de tel ou tel personnage célèbre. Le fauteuil en ivoire que Gustave Wasa reçut de la ville de Lubeck a, dit-on, été adjugé, en 1823, au prix de 58,000 florins (environ 120,000 fr ). L'habit que Charles XII portait à la bataille de Pultawa, conservé par les soins du colonel Rosen qui suivit à Bender l'infortuné monarque, se vendit, en 1825, à Edimbourg, 22,000 liv. sterl. (360,000 fr.). Nous notons ces deux faits tels que nous les trouvons relatés en livres dignes de foi parfaite, en avouant toutefois qu'ils mériteraient confirmation. Mais un homme judicieux, un lecteur de bon sens, croit toujours ce qu'il trouve imprimé et ne s'emburelicoque pas l'esprit de controverses oiseuses. — En 1828 mourut à Paris un littérateur connu par d'estimables travaux sur les poésies du moyen-âge, M. Mion; sa bibliothèque, son cabinet d'objets curieux, furent livrés aux chances des enchères, et le no 721 du catalogue mentionne un morceau de l'habit que portait Louis XVI en allant à l'échafaud. Des motifs de bienséance firent retirer de la vente cette relique du roi martyr. — En 1816, lord Shaftesbury a payé une dent de Newton 730 liv. sterl. (16,550 fr.); il l'a fait monter dans le chaton d'une bague qu'il porte habituellement. — A propos de dents, M. Alexandre Lenoir, le fondateur du musée français, rapporte que, lors du transport des restes d'Héloïse et d'Abélard aux Petits-Augustins, un Anglais offrit 100,000 fr. d'une dent d'Héloïse. — Il n'y avait sans doute aucun Anglais à Stockholm en 1830, lors de la vente du cabinet du docteur Sourmon : le crâne de Descartes y fut donné, c'est le mot, pour 99 fr. — Une canne de Voltaire a été vendue 500 fr. à Paris au docteur D. — Une veste de J -J. Rousseau a été payée 959 fr., et sa montre en cuivre 500 fr. — Une vieille perruque du philosophe Kanta trouvé un amateur à 200 fr.; et en 1822, dans une vente publique à Londres, une perruque de Sterne provoqua une vive émulation d'enchères et s'éleva au prix de 200 guinées (5,350 fr.). — On a im-
poléon? Tout cela est fort bien sans doute; mais que '• - •-. .-:•■-...'.-• ■ .-. :'.-.. 2. :. :■.:..■ \; . ; •. - :-. : ;•' r. ~héros? Changez l'objet, dont Ton est parement civil et Fautre religieux, et tous y trouverez une ressemblance parfaite : et cependant on applaudit au premier, et on condamne le second. Il est vrai que la religion va plus loin encore, et qu'eue ne voit et ne propose pas seulement dans ses saints d'excellents modèles à imiter, mais aussi des médiateurs qui nous servent auprès de Dieu, comme jouissant de sa faveur et de son amitié par les mérites du commun médiateur Jésus-Christ, à qui ûs doivent eux-mêmes d'être parvenus à la hh..:r.--:\- .
M bis même en ce dernier point l'Eglise n'a tait que consacrer un sentiment naturel Car toute personne
seurs auprès de son prince, et parmi ceux-là les plus propres sont ceux qui jouissent auprès de lui d'une plus haute faveur, et sont le plus honores de son amiprotestants, qui ne voient pas que ce soit rien ôter à la qualité de suprême médiateur qu'ils reconnaissent à Jésus-Christ que de se recommander è l'intercession des vivants, comme ils ont coutume eux-mêmes de le faire à l'imitation de saint PauL, ont peur après
primé que air Francis Burdet s'était trouvé heureux de dereaâr propriétaire, aauyeauaut la bagatelle de 500 tir. sterL
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- " été adjugé pour la somme de 1 .920 fr. à M. lierais, mrnVriu.
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cela défaire tortà la médiation du Christ en invoquant lessaintsqui règneni dans le ciel, Ils taxent cette invocation d'idolâtrie, comme si les catholiques attribuaient aux saints la toute-puissance, l'immensité et les autres attributs exclusivement propres à ta Divinité. Mais ce n'est point ainsi que l'entendent les catholiques, qui savent et professent que les saints ne sont médiateurs que d'une manière secondaire, c'est-à-dire par la faveur que leur fait Jésus-Christ, qui veut les honorer ainsi même ici-bas; ils savent el professent que la médiation des saints est fondre tout entière sur Les mérites de Jésus-Christ, notre rédempteur et notre médiateur souverain; ils savent et professent que ni la Vierge Marie ni les autres saints ne sont la source ou le principe de la grâce, mais qu'ils ne, sont que «les canaux ou des moyens pour l'obtenir plus aisément de l'unique véritable sonne, qui est le Sauveur; ils savent et professent que ce n'est pas par leur propre vertu que les saints connaissent el entendent nos vœux et nos prières, mais uniquement par la connaissance que Dieu leur en communique, de la même manière que les anges peuvenl avoir connaissance el se réjouir de la conversion des pécheurs, comme l'atteste l'Evangile (1), et présenter à la divine majesté dos coupes d'or pleines de parfums, qui sont les prières des saints, comme nous le Usons aussi dans l'Apocalypse (2).
Tout cela est expliqué au long dans le- livres -\inl)oli-
ques de l'Église catholique; tout cela se lit dans tous
il, Luc ■ tu.
nos controversistes depuis trois siècles et au-delà ; les catholiques répètent la même chose tous les jours à leurs adversaires, et malgré tout les protestants s'obstinent à ressasser les mêmes calomnies, comme au premier jour de leur prétendue réforme. Les catholiques protestent que le culte des saints, la vénération de leurs images, n'est qu'un culte relatif, secondaire, et qui se borne à des témoignages de vénération, dans le même sens où nous lisons qu'Abraham se prosterna devant les fils de Heth, Nathan devant David, Bethsabée devant Salomon, la veuve de Sarepta devant Élie; ils ne cessent de le dire depuis plus de trois cents ans; et en dépit de toutes ces déclarations, les protestants rafraîchissent tous les jours de nouveau l'accusation qu'ils intentent aux catholiques de déférer le culte suprême aux saints et à leurs images. Ce sont là cependant des notions si simples, si naturelles, si fort à la portée de tous, qu'il n'y a personne doué seulement de sens commun qui ne les comprenne (1). Mais ces injustes dé-
fi) Le livre dit des Communes prières, Common Prayers Book, qui sert de régulateur pour le culte anglican, contient tout notre calendrier ecclésiastique, la liste des saints, les fêtes, etc.; ce qui a fait dire à quelques dissidents que l'Eglise anglicane est un papisme habillé à l'anglaise, Vopertj in English dress, et comme ce papisme nouveau ne reconnaît pas le pape, ils l'appellent un catholicisme décapité. Du reste, plusieurs protestants admettent et soutiennent le culte et l'invocation des saints, entre autres Montaigu (voir Y Histoire des sectes, par Grégoire, t. iv, p. 305). Leibnitz accepte de même ce dogme et le soutient au long et par de bonnes preuves dans son Système théologhjue, en même temps qu'il fait voir la mauvaise foi de ceux des protestants qui voudraient y trouver de l'idolâtrie. Grotius était dans les mêmes sentiments, comme nous l'avons rapporté ailleurs. Parmi les mo-
tracteurs ont été bien punis, en recevant un double châtiment, et de Dieu, et des hommes : de Dieu, qui les a laissés tomber dans de si épaisses ténèbres, qu'ils en sont venus jusqu'à nier la divinité même de Jésus- Christ, du soutien de laquelle ils s'étaient montrés si jaloux; des hommes, puisque ceux d'entre eux qui continuent d'y croire, et qui s'appellent orthodoxes, sont accusés à leur tour d'idolâtrie par les nombreuses communautés protestantes qui n'y croient plus, pour le culte de latrie qu'ils rendent au Sauveur, ni plus ni moins qu'ils ne font eux-mêmes un semblable reproche aux catholiques.
Au reste, ce culte des saints, tel qu'il est pratiqué dans l'Église catholique, ne contribue pas peu à la paix intérieure et à la tranquillité d'esprit des fidèles. C'est un moyen sensible pour eux de se convaincre et de s'assurer qu'ils appartiennent à la communion qui a formé et forme encore aujourd'hui tant de héros, tant de prodiges de sainteté et de force d'âme; que dans cette Église, toujours et partout la même, se concen-
dernes, le Dr Thiexr , ministre d'Umenau en Saxe , dans les Sermons qu'il a publiés en 1823, ne tarit pas en louanges sur le culte décerné à la sainte Vierge, et en parle même avec une onction qui vous étonne. Wokmser, dans son ouvrage intitulé : La vraie doctrine catholique mise sous les yeux de ses fidèles protestants, Leipsick, 1826, fait une apologie vigoureuse du culte catholique des saints. Il a été imité en ce point par le célèbre prédicateur De Meyer, dans le recueil intitulé : Feuilles pour la vérité la plus sublime, recueil vin, p. 53, Francfort-sur-le-Mein, 1827. Plusieurs autres avaient déjà été cités par le baron de Starck, dans son Banquet de Théodule, et plusieurs l'ont été aussi par Hœnixghaus, dans son ouvrage intitulé : La Réforme contre la Réforme.
trent comme dans leur lien tous les temps et tous les lieux ; qu'il faut bien que Dieu soit toujours avec cette Église pour la protéger et la défendre, puisqu'il ne cesse d'être si prodigue envers elle de ses dons et de ses grâces ; qu'ils sont eux-mêmes en relation étroite avec les habitants du ciel, dont l'intercession leur est offerte auprès de la divine miséricorde. Et l'impression qu'ils reçoivent du souvenir de leurs exemples les anime à surmonter les difficultés de la route qu'ils leur ont tracée, pour obtenir un jour la même couronne. Telle est la solidité, la beauté d'ensemble et l'harmonie de toutes les parties de l'édilice catholique, dont l'architecte, le fondateur et le perpétuel gardien est ce même Fils de Dieu, qui continue d'y résider jusqu'à ce que les siècles aient achevé leur cours. Qu'y a-t-il donc à s'étonner, si dans cette Église, et dans cette Église seule, il se retrouve en tout temps et en tout lieu tant de personnes de toute classe et de toute condition si détachées des choses du monde, qu'elles abandonnent sans regret tout ce qui offre le plus d'appât au cœur humain, qu'elles font volontiers le sacrifice de leur liberté, de leurs commodités, de leurs aises, pour se consacrer toute leur vie, soit à la solitude des cloîtres, soit à la pratique volontaire de l'obéissance religieuse, soit à l'exacte observance du célibat, afin d'être plus libres de toute entrave pour se dévouer corps et âme au service du prochain ? Tandis que les maîtres temporels de la société humaine sont à bout de ressources pour réprimer, ici, la cupidité de ces hommes qui, aux dépens de leurs semblables, entreprennent d'élever des furtunes colossales, qui semblent des montagnes d'or au
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milieu de l'immense désert du paupérisme ; là, cette tourbe inquiète et factieuse des socialistes et des communistes qui, comme un déluge dont les eaux montent toujours, toujours, menacent les nations de leur dernière ruine ; ailleurs, l'ambition des aspirants aux charges et aux honneurs, trop rares, hélas ! et trop peu lucratifs pour répondre au nombre et à l'avidité de tant de candidats qui se heurtent, qui se pressent, qui se foulent, qui assiègent les gouvernements, incapables de fournir une pâture suffisante à tant de personnes affamées, le catholicisme, au milieu de cette société où fermentent, où bouillonnent tant de passions, est comme la soupape de sûreté qui donne l'issue nécessaire au trop-plein effrayant de la vapeur condensée. Des milliers d'individus, obéissant aux inspirations de la foi, renoncent spontanément, dès leurs jeunes années, aux espérances séduisantes d'une carrière de jouissances terrestres qui semble s'ouvrir devant eux. Ils cèdent ainsi volontairement, et uniquement par principe de vertu, la place que sans cela leur disputeraient d'autres concurrents. Eh ! combien le nombre de ces sacrifices volontaires ne serait-il pas plus considérable, si la société, méconnaissant, au lieu de le seconder, un mouvement si avantageux pour ses propres intérêts, ne s'obstinait trop souvent à le contrarier, à le mettre à l'amende, à lui imposer des peines, à verser en un mot la coupe des amertumes et des déboires sur ces nobles victimes de la pénitence et de la vertu ! Mais le jour viendra où, ramenée au bon sens par l'excès du mal, elle se portera elle-même, bon gré malgré, à encourager de tout son pouvoir cet élan de la piété,
comme l'unique moyen pour elle d'échapper à un naufrage imminent, et de prévenir l'entière dissolution du vaisseau social craquant sous la tempête et faisant eau de toutes parts.
Quel que soit le parti auquel se déterminera la société, personne ne niera que l'inspiration de tant de nobles et généreux sacrifices, dont l'Église catholique offre l'exemple journalier, ne soit l'effet de la profonde impression que produit dans ces âmes d'élite la foi vive et sensible, pour ainsi parler, qui les remplit. Pourquoi cette vertu est-elle si active, si féconde, si généralement répandue parmi les catholiques, tandis que chez les protestants et les anglicans elle est si languissante, si stérile, si anéantie ? Chez les premiers, cet effet est si naturel et si spontané, qu'il n'a, pour ainsi dire, pas besoin d'aiguillon, mais plutôt de frein ; chez les autres au contraire, les esprits sont naturellement si peu disposés à de pareils sacrifices ou renoncements d'eux-mêmes, que les parodies qu'ils en ont essayées tant de fois, sous les noms spécieux de frein moral et de diaconesses ou d'autres semblables encore, n'ont, avec toute la bonne volonté du monde, abouti qu'à des avortetements. Et cependant ces institutions tentées dans les pays hétérodoxes, à l'imitation des pays catholiques, étaient encouragées, soutenues, intéressées par les offres les plus séduisantes de riches appointements, de possessions considérables, d'honneurs tout particuliers. D'où vient, je le répète, une si grande diflérence, un pareil contraste ? De nulle autre source que de la fermeté de la foi, qui ne se trouve que dans le sein de l'Église catholique, et qui, comme un levier puissant,
met en mouvement et en action toutes les affections de l'àme, qu'elle gouverne et qu'elle domine. Au lieu que dans le protestantisme, où chaque individu est obligé de se former et de se créer à lui-même l'objectif de sa croyance, ou s'il la reçoit d' autrui, de la recevoir de ceux qui se la seront de même créée, il est impossible, comme je ne tarderai pas à le prouver, de sentir en soi-même, faute d'un point d'appui assez haut placé, une force motrice suffisante pour de si grands et si pénibles sacrifices.
De la solidité même de sa foi naissent pour le catholique la patience et la longanimité qu'il déploie au besoin dans les diverses épreuves de la vie. Le catholique, soit comme membre du corps entier, soit comme simple individu, est presque constamment en butte à des persécutions et à des calomnies presque sans nombre. Parlons d'abord du catholicisme considéré comme corps moral, pour passer de là à la considération de ses membres en particulier. Quiconque connaît tant soit peu l'histoire sait combien l'Église catholique, qui ne fait qu'une même chose avec le christianisme, a été dès son berceau l'objet de la fureur et de la rage du siècle. A peine a-t-elle paru, qu'elle a déclaré la première la guerre au monde, c'est-à-dire généralement à tous les penchants déréglés ; et dès lors elle a dû s'attendre à une terrible réaction du monde lui-même et de toutes ses passions tumultueuses et désordonnées. La lutte a continué jusqu'à nous avec plus ou moins de furie et d'intensité, et elle devra continuer aussi longtemps que l'Église persistera à combattre les passions, et que les passions elles-mêmes s'obstineront à réagir
contre leur ennemie, c'est-à-dire tant que le temps de la vie présente ne se sera pas écoulé tout entier dans l'immense océan de l'éternité.
Si les scènes ont varié, les acteurs ont varié aussi. Au judaïsme, qui s'est mis le premier en scène en mettant à mort le Sauveur, a succédé bientôt le paganisme pour persécuter l'Église naissante ; au paganisme, qui durant trois siècles entiers a plongé l'Eglise dans le sang de ses enfants, se sont substituées à leur tour tes hérésies avec leurs sectes sans nombre. Chacune de ces sectes a eu son temps déterminé ; l'une cessait pour faire place à l'autre, ou, pour parler avec plus de vérité, l'hérésie qui survenait s'enrichissait des dépouilles de sa devancière, et ainsi d'une secte à l'autre, jusqu'à ce que le protestantisme soit venu se les assimiler toutes à la fois, puisque dans ce système chacun, sans cesser dVtre protestant , peut inventer et admettre toutes les extravagances qui lui sourient le plus, et en venir jusqu'à la négation de toutes les vérités révélées, comme le rationalisme, qui n'est que le protestantisme complet et conséquent, en est une preuve vivante. Chacune de tant de sectes, comme de tant de schismes, qui ont surgi de même pour lacérer le sein de la société catholique, lui a fait une guerre implacable, une guerre à mort ; si elle a, à diverses époques, diminué d'intensité et de fureur, jamais elle n'a cessé totalement. De fois à autre toutes ces sectes différentes se sont coalisées, comme des puissances qui se liguent pour s'assurer le succès : tellement que, comme nous l'avons observé dans un de nos chapitres précédents et de l'aveu des protestants euxmêmes, la guerre que tant de sectes diverses font de
concert à l'Église catholique est le seul point qu'elles aient de ralliement, et qui constitue ou qui puisse constituer l'unité du protestantisme. Plusieurs de ces sectes ont, à diverses époques, fait souffrir à l'Église des maux non moins violents que ne l'avait fait le paganisme , si elles ne l'ont surpassé même en cela. Or. quelle attitude l'Église a-t-elle gardée, soit en face du judaïsme et de la gentilité, soit en face des schismes et des hérésies? A-t-elle usé de représailles? S'en est-elle vengée dans les jours de ses triomphes ? A-t-elle manié à son tour l'arme de la calomnie ou de la diffamation? Non, non mille fois; tout en s'opposaut, comme elle le devait, au prosélytisme de ses ennemis, à la propagation de leurs erreurs qui auraient perdu les âmes, soumise cependant à tous les décrets de la divine Providence, lorsque celle-ci permettait aux sectes de s'élever dans ses impénétrables desseins, elle reprenait son calme, et, contente d'avoir condamné les novateurs en les expulsant de son sein, elle attendait en paix le retour de ses fils égarés ; sûre des promesses du Sauveur, appuyée sur l'ancre immobile de l'espérance, elle a supporté avec un calme imperturbable tous les outrages, toutes les imputations calomnieuses, et jusqu'aux tempêtes qui menaçaient de l'engloutir. Aux invectives de l'anglicanisme, aux démonstrations hostiles et publiques du protestantisme en diverses contrées, elle n'a jamais opposé que la patience et la prière. Telle est l'attitude vraiment digne qu'elle a gardée, la seule aussi qui convienne à une religion divine, fille du ciel[(l). Or, cet esprit, elle l'a
(1) Voici le l>eau témoignage qu'Eusèbe nous a laissé dans sou
puisé dans la fermeté de sa foi, qui seule peut le produire, et par là elle a formé à toutes les époques un contraste, merveilleux avec l'esprit turbulent, inquiet, remuant, furibond, de toutes les hérésies, qui ne sont animées que de l'esprit des ténèbres.
Le même esprit qui anime l'Église catholique en général pénètre chacun de ses membres en particulier. Le vrai catholique est toujours calme. Dieu se plaît à faire passer les justes par beaucoup d'épreuves, poulies détacher ainsi de l'amour excessif qu'ils auraient sans cela des choses de la terre, leur rappeler leur condition d'étrangers et de voyageurs ici-bas, leur fournir des occasions de pratiquer la patience, d'acquérir des mérites, et de se rendre semblables au divin
Histoire ecclésiastique, 1. iv, c. 7, à la louange de l'Église catholique, qui l'a mérité de même à toutes les époques : « L'Église catholique, la seule qui soit la véritable, toujours semblable à ellemême, prenait de jour en jour de nouveaux accroissements, s'attirant l'admiration, non-seulement des Grecs, mais aussi dos barbares, par la gravité de mœurs, la franchise de caractère, la noble indépendance, la conduite modeste et la sainteté de vie de ses enfants .. Insensiblement les sectes s'éteignaient... seule, notre société restait debout, victorieuse de toutes les sectes, et, au jugement de tous les hommes, supérieure à toutes par la modestie, la gravité , et les leçons qu'elle donnait d'une divine sagesse. »
Que l'on compare cette attitude de l'Église catholique avec les fureurs de l'anglicanisme à l'occasion du rétablissement de la hiérarchie catholique en Angleterre; fureurs qui allaient jusqu'à brûler, au milieu des rues et des places publiques, des mannequins représentant le pape et le cardinal YViseman, et, ce qu'on ne peut dire sans horreur, la sainte Mère de Dieu ; qu'on fasse la même comparaison avec les menées furibondes pratiquées en Hollande plus récemment encore pour un sujet semblable, et qu'on nous dise ensuite où apparaît l'esprit de Dieu, et où est apparu l'esprit 'lu monde.
modèle de tous les prédestinés. Aussi est-il vrai de dire que la tribuîation est la part qui leur convient, comme l'Écriture le répète en cent endroits : Les tribulations des justes sont sans nombre (1); Dieu les a éprouvés et les a trouvés dignes de lui (2) ; je suis avec lui dans la tribuîation. (o) Et pour ne rien dire de tant d'autres témoignages semblables, l'Apôtre déclare en termes généraux que tous ceux qui voudront vivre avec piété en Jésus-Christ sou/friront persécution (&). De là les afflictions, la pauvreté, les renversements de fortune, les calomnies, les oppressions de toute espèce qu'on voit si souvent pleuvoir, ou plutôt fondre comme des torrents sur ceux qui font profession de piété. Toutes les vies de saints, sans exception d'une seule, sont autant de preuves de cette vérité. Or, le vrai catholique incline la tête avec une pleine résignation sous la main qui le frappe dans ces moments de pénibles épreuves. Quelquefois les larmes arrachées par la douleur coulent malgré lui de ses yeux; il connaît, il sent en lui-même l'injustice de ses oppresseurs ; mais ce n'est pas qu'il manque de confiance ou de charité : il ne récrimine pas pour cela , et sa sensibilité ne va pas jusqu'à jeter le trouble dans son cœur, ou jusqu'à lui faire perdre rien de la paix qu'il possède intérieurement. Disons plutôt qu'un profond sentiment de gaîté, inconnu de l'impie, rafraîchit son àme, et la rend invulnérable aux coups
(lj Ps. xxxiii, 20.
(2) Sag. m, 5.
(3) Ps. XC, 15.
4) II, Tim. m, 12.