‹ Le protestantisme et la r`egle de foi (volume 3)Chapitre 38 sur 52 · IK · texte numérisé non relu

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dont il est frappé. C'est un mélange de douceur et d'amertume qui n'est bien connu que de celui qui l'éprouve, et il n'y a à l'éprouver que les justes affligés et résignés dans leur affliction.

Ce sentiment habituel n'est pas le privilège exclusif d'un ou deux catholiques seulement; c'est le partage commun de tous les membres du catholicisme qui le professent avec un cœur droit. 11 n'est point besoin pour entrer dans cette disposition d'avoir atteint jusqu'à l'héroïsme de la sainteté ; il suffit pour y être de pratiquer seulement avec tant soit peu d'empressement et d'ardeur la vie chrétienne. En un mot, c'est là l'état normal de tout vrai catholique (1). Cet indice pratique, si j'ose ainsi parler, du catholique sincère n'échappe point, à un œil attentif et observateur. Voici une anecdote qui vient à l'appui de cette dernière observation. Mademoiselle, ou, comme disent les Anglais, miss Pitt, proche parente du célèbre ministre d'Etat du même nom, convertie depuis peu à la foi catholique, voyageait avec uiî Anglais qui lui adressa ces paroles : a A votre air de tranquillité, on dirait que vous êtes catholique?— Oui, répondit-elle à cet Anglais qui ne la connaissait pas, je suis catholique et très ferme dans ma toi : que pourrais-je craindre» (2)? Cette illustre conver-

1 D<- nos jours encore nous voyons se vérifier ce que l'invincible martyr saint Cvprien disait des fidèles de son temps dans le livre qu'il adressa au persécuteur Démétrius, p. 222, édit. des bénéd. : - Viget apud nos spei robur et Brmitas fidei, inter ipsas sœculi labentis ruinas erecta mens est et immobilis virtus. et nunquàm non l?ct;i patientia, et de Deo semper anima secum. » (2) Voir 17 nivers, 9 juin ]*\~

tie est morte au monastère de la Visitation à Àfcbeville. Gomment cet anglican aurait-il soupçonné, à voir seulement son air de tranquillité, que la personne avec qui il voyageait était catholique, si c'était là une qualité commune aussi aux protestants, et non pas le partage exclusif du catholicisme? Mais je vais plus loin, et je dis que ce calme et cette parfaite quiétude de H esprit que la religion enseignée par le Sauveur communique ou plutôt répand dans l'âme du catholique exerce une salutaire influence sur son physique même. Et pour qu'on ne dise pas que ce soit là une imagination dépourvue de réalité, nous nous en rapportons au témoignage des médecins même protestants, qui en ont fait l'expérience. Voici donc ce qu'on lit dans le Journal historique et littéraire de Liège, dans le compte-rendu de l'ouvrage intitulé lléflexions médico-tliéo logiques sur la Confession, par un médecin protestant (l): « L'auteur traite en particulier de la confession sous le rapport médical. S' élevant courageusement au-dessus des préjugés de ceux de sa communion, il démontre les bons effets de la confession pour le traitement des malades, et la regarde en général comme un utile secours. « Il est évident, dit-il, que l'état physique s'améliore à proportion du bien-être moral ; et, par conséquent, il est inutile de faire ici une digression scientifique. La chose est si vraie que, soit dans la société, soit dans les hôpitaux, les sujets dont les maladies sont les moins mortelles ou prennent une allure plus régulière, et qui tendent avec moins de peine à la guérison, sont tous

lli Le docteur Ami Radel, de Genève.

ceux qui ont l'habitude de remplir leurs devoirs de religion avec plus d'exactitude. Beaucoup de médecins même protestants, dans la pratique qu'ils ont faite de leur art, ont été frappés de ce résultat * (1).

Or , quel est chez les catholiques le principe , la source féconde de tant de calme, d'une si complète résignation à la volonté divine, aux décrets de la divine Providence dans les adversités, dans les afflictions qui traversent leur existence presque sans leur laisser de relâche? N'en cherchons pas d'autre, car il n'y en a pas, il ne saurait même y en avoir, disons-le et répétons-le franchement, que la fermeté et la sécurité de la foi. C'est elle qui leur inspire la confiance et la paix, et qui fait qu'à chaque nouvelle tribulation qu'ils endurent, ils se sentent, pour ainsi dire, purifiés de plus en plus de leurs taches, et se disposent à recevoir plus prochainement la couronne qu'ils savent être assurée à la persévérance et à la fidélité. La foi , selon l'enseignement de l'Apôtre, est les fond ou le fondement des choses qu'on espère, la conviction ferme et solide de la vérité des biens invisibles (2), et que la certitude qu'on en a rend présents à l'esprit comme si on les avait sous les yeux.

C'est ce calme, cette tranquillité, effet, j'ose le dire, naturel et propre de la religion catholique, que ne manquent pas d'éprouver tous ceux qui, auparavant engagés dans le protestantisme et fidèles à la grâce, ont le

(1/ Joum. hist. et Htt. dé Liège, t. v, livr. 60, L«* avril 1839. p. 635-636.

(2j llchr. xi, 1.

bonheur de renoncer à leur erreur et d'embrasser la vraie foi. Tous ceux d'entre eux que j'ai vus et connus par moi-même, tous ceux dont j'ai lu les écrits, je les ai trouvés également pénétrés de ce sentiment de joie et de contentement que produisait en eux l'état de sécurité où ils étaient enfin parvenus après tant de fluctuations, d'agitations et de combats qu'il leur avait fallu soutenir contre eux-mêmes avant de se résoudre à faire le pas décisif. Vous diriez de plusieurs d'entre eux qu'ils ont fini par changer de physionomie, tant la paix et l'hilarité dont leur cœur est en possession se manifestent dans tous leurs traits. Nous avons vu plus haut quels étaient les sentiments des Stolberg, des Haller et de plusieurs autres à la suite de leur conversion, et l'on me permettra de joindre à ces illustres exemples celui d'une bonne et pieuse dame, revenue naguère de l'anglicanisme à l'Église catholique. Je veux parler de madame Fanny Pittar. Écossaise, dont j'ai dit déjà quelque chose plus haut, et qui, d'abord fervente protestante, n'eut pas été plus tôt, à la faveur de diverses vicissitudes que lui ménagea la Providence, éclairée de la connaissance de la vérité, que pénétrée d'une vive gratitude comme d'une sainte allégresse pour son heureux retour à l'Église catholique, elle ne put se refuser adonner le détail de sa conversion dans un opuscule qu'elle intitula : Une protestante convertie an catholicisme par sa Bible et son livre de Prières (1) ; ce qu'elle

(1) A protestant conrerted to Calholicitij by lier Bible and prayers book, or an accotait of the conversion of Miss Fanny Maria Pittar icritten by herse! f, Londres, 1847.

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